Exercice 2 - Sujet C : Essai · Bac STMG Français Métropole remplacement 2024

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Métropole France remplacement (2024)

Énoncé

Sujet C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne – Parcours: écrire et combattre pour l'égalité.

Essai

Sujet C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne – Parcours: écrire et combattre pour l'égalité.

Texte d'après Patrick SAVIDAN, Voulons-nous vraiment l'égalité ?, 2015.

Observant le peu d'effets produits par notre désir bien informé d'égalisation, faut-il conclure à une forme d'hypocrisie généralisée ? Nous parlerions plus fréquemment des injustices sociales, les condamnerions rituellement, mais, au fond, n'y serions-nous pas moins indifférents ?

Ce serait assez surprenant. Nous pouvons en effet supposer que si nous acceptions réellement les injustices, nous nous attacherions davantage à les ignorer ou à leur trouver des raisons qu'à les décrire et à les dénoncer. Question de confort psychologique.

Pour s'en convaincre, il suffit de relever a contrario l'écart abyssal que l'on peut observer en France (mais aussi dans la plupart des pays avancés) entre le traitement réservé à la question des inégalités sur le territoire national et celui accordé au problème des inégalités à l'échelle du globe.

Dans les pays de l'extrême pauvreté, on meurt en effet beaucoup, sans que cela ne suscite, dans les pays riches, de réactions notables. Si, comme le suggère la philosophe Judith Shklar, l'hypocrite social est bien celui qui craint par-dessus tout le réel (il « ne peut pas supporter les preuves qui ébranleraient sa confiance » en l'ordre social, écrit-elle), alors, c'est évident: nous sommes en effet des hypocrites sociaux pour ce qui est de l'extrême pauvreté dans le monde.

Nous nous enveloppons d'un voile d'irréalité pour nous protéger nous-mêmes, face à des gens que nous n'écrasons certes pas directement mais que nous choisissons de ne pas voir et auxquels nous décidons de ne pas porter secours. De fait, personne ne pourrait supporter d'être constamment exposé à toute cette injustice. Ces inégalités globales meurtrières, nous ne voulons pas les voir pour ce qu'elles sont. Par un attachement immodéré à l'idée de frontières, qui conduit à donner à la solidarité des accents au mieux nationaux, se constitue là – sans scrupules notables – le dernier refuge de notre plus grande hypocrisie sociale.

En 1846, Victor Hugo a rapporté dans ses carnets le détail d'une scène de rue particulièrement révélatrice. Il évoque un homme misérable, « pâle, maigre, hagard » emporté par deux soldats pour avoir volé un pain. À proximité, dans une voiture « armoriée portant aux lanternes une couronne ducale », « une femme en chapeau rose, en robe de velours noir, fraîche, blanche, éblouissante, qui riait et jouait avec un charmant petit enfant de seize mois enfoui sous les rubans, les dentelles et les fourrures. Cette femme ne voyait pas l'homme terrible qui la regardait ». Hugo, décrivant ces regards qui ne se croisent pas, souligne l'aveuglement auquel conduisent l'aisance matérielle et l'assurance recluse du privilégié. Hugo ne montre pas seulement ce pauvre, il dévoile aussi ce regard riche qui l'ignore et qui est vu l'ignorant. Il y a, de la part de l'auteur des Misérables, la volonté de dénoncer ainsi l'indifférence et d'avertir: cette asymétrie des regards pourrait bien être le fuel d'une « révolution qui vient ». [...]

On en trouve aussi la trace dans l'œuvre de certains peintres. Par exemple, dans un tableau de Telemaco Signorini, on voit un groupe d'hommes, pauvrement vêtus, courbés par l'effort qu'ils produisent pour tirer à contre-courant une embarcation, tandis qu'à quelques pas se tiennent un père de famille, en tenue bourgeoise, et sa très jeune fille. [...] Le père regarde au loin la mer, complètement indifférent à la présence de ces hommes bêtes de somme, harnachés, harassés, ahanant sous une grande lumière toscane.

Nous pourrions multiplier les figurations de cette dénonciation de l'indifférence. Elles confirmeraient toutes qu'il s'agit bien de montrer la misère, mais de rendre également perceptible le fait de ne pas la voir.

Aujourd'hui, nous n'en sommes plus là. Les formes que prennent actuellement la pauvreté et l'exclusion dans les pays riches se sont transformées, mais, avec elles, ont également évolué et se sont intensifiées les manières de les rendre visibles.

Subsistent bien sûr des zones d'ombre et des formes de déni (en particulier lorsque l'on a affaire à de la discrimination et de la domination), mais on ne peut plus parler d'aveuglement en matière d'inégalités sociales. Notre attitude n'est plus celle des privilégiés du XIX ème siècle; elle diffère aussi grandement de celle que nous adoptons à l'égard des injustices globales: nous percevons les inégalités sociales, les réprouvons et estimons manifestement qu'elles sont de notre ressort. Nous ne pouvons plus être des hypocrites sociaux, nous voyons des « inégalités » et non plus des « différences ».

818 mots

L'indifférence est-elle le principal ennemi à combattre lorsqu'on écrit pour l'égalité ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouges, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

L'indifférence est-elle le principal ennemi à combattre lorsqu'on écrit pour l'égalité ?

Réponse : Une dissertation organisée selon un plan en deux ou trois parties : 1. L'indifférence et la passivité, obstacles fondamentaux à l'égalité : - L'indifférence anesthésie les consciences et perpétue le statu quo. Comme le souligne Patrick Savidan, le regard détourné protège le confort des privilégiés face à la misère et aux injustices. - Olympe de Gouges s'attaque frontalement au sommeil des consciences féminines dans son « Postambule » (« Femme, réveille-toi ! ») : la résignation et l'acceptation passive de son sort sont le premier piège à déjouer. - Dénoncer l'indifférence des dominants permet de briser le voile d'invisibilité qui pèse sur les opprimés (les esclaves dans *Zamore et Mirza* ou chez Voltaire dans *Candide* avec l'épisode du nègre de Surinam). 2. Toutefois, l'écriture émancipatrice affronte des adversaires plus violents et structurés : - L'oppression institutionnalisée et le patriarcat : les lois iniques privent activement les femmes de droits civils et politiques. Gouges s'attaque à la Constitution et à l'Assemblée pour refonder le droit positif. - Les préjugés et les sophismes obscurantistes : Montesquieu (*De l'esprit des lois*) démonte par l'ironie l'argumentation raciste et esclavagiste ; Gouges réfute l'infériorité « naturelle » alléguée par les hommes. - La tyrannie et la violence politique : écrire pour l'égalité expose à la censure, à l'exil ou à l'échafaud, ce que Gouges assumera jusqu'au sacrifice suprême. 3. Conclusion / Synthèse : L'indifférence est le terreau fertile qui rend possibles toutes les autres tyrannies ; l'écrivain engagé doit donc impérativement susciter le scandale et le réveil critique pour ensuite attaquer les structures politiques et juridiques de l'inégalité.

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