Exercice 2.C - Essai · Bac STMG Français Antilles-Guyane remplacement 2023
Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2023)
Énoncé
C - Œuvre: Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (du « préambule » au « postambule ») – Parcours: Écrire et combattre pour l'égalité.
Françoise Barret-Ducrocq, « Sur les chemins du pouvoir », Sciences humaines, 1998.
Alors que les bibliothèques regorgent de biographies masculines exemplaires - soldats, explorateurs, médecins, prêtres, ingénieurs, écrivains, professeurs, capitaines d'industries -, récits inspirés par la vanité humaine ou par la volonté affichée d'hagiographie 1 religieuse, les exemples de femmes ayant eu une vie publique significative sont rares, à l'exception de quelques cas aristocratiques (et souvent méconnus) et de figures emblématiques comme Jeanne d'Arc, Marie Curie ou Simone de Beauvoir.
Dès lors, comment procéder lorsque l'on est une brillante élève à l'école, puis au lycée, et que l'on a la tête pleine d'idées, d'ambitions et de rêves ? Toutes répondent qu'elles ont navigué à vue, sans l'un de ces plans de carrière préparés à l'avance pour les garçons par une société impatiente de les accueillir en son sein. Au cours du siècle qui vient de s'écouler, les choses ont, bien sûr, considérablement évolué. Nous ne sommes plus dans les années 20, époque à laquelle les lycées de filles ne préparaient pas toutes leurs élèves au bac, ni même au début des années 90 où les filles n'avaient pas encore un égal accès à tous les postes de responsabilité auxquels la méritocratie 2 républicaine leur ouvre désormais les portes. Ce partage, d'ailleurs encore très inégal, des responsabilités publiques ne s'est pas fait sans peine. Les avancées du droit des femmes se sont produites parce qu'il a bien enfin fallu reconnaître leur capacité à agir et à commander « comme des hommes », que ce soit au cours de la Première Guerre mondiale, lorsqu'elles comblaient les vides dans les usines d'armement et les services publics, dans la Résistance, où elles ont fait preuve de leur héroïsme, ou encore en mai 1968, quand les étudiantes mêlèrent leurs revendications et leurs luttes dans les cortèges de manifestants. [...]
Malgré l'évolution des mentalités en cours, nombre de femmes s'aperçoivent qu'il leur faut payer le prix de leur différence. Celle-ci fait d'entrée de jeu peser sur elles des suspicions quant au nombre et à la durée de leurs congés de maternité, à leur véritable investissement dans le service ou l'entreprise, à leur plan de carrière, à leur mobilité, à leur disponibilité. Le prix de cette suspicion se solde par une disparité de salaire dans le privé, de carrière dans le public, de perspectives d'accès aux postes les plus importants dans bien des cas. Et lorsqu'une femme parvient à l'un de ces postes, elle fait souvent l'objet de critiques sur le prix payé par sa famille et par ses proches. Ce n'est pas un hasard si un assez grand nombre des pionnières qui ont les premières accédé à de hauts postes d'autorité sont demeurées célibataires ou n'ont pas eu d'enfant. Cette situation réduisait les tensions entre vie personnelle et vie professionnelle, mais, par sa ressemblance avec le célibat de la vocation religieuse, rassurait sans doute les plus conservateurs [...].
Quoi qu'il en soit, à de rares exceptions près, les femmes qui font aujourd'hui carrière relèvent un défi longtemps présenté comme impossible: combiner réussite professionnelle et vie privée. Toutes parlent du plaisir pris à leur travail, de la passion qui les anime. Aucune ne prétend jouer le rôle de cette « superwoman » dont on a cherché, ces dernières années, à faire un modèle en même temps qu'un repoussoir. Ce ne sont pas les enfants, disent-elles, qui empêchent de faire carrière, mais plutôt les époux lorsqu'ils cherchent à les freiner. Des regrets ? Fugaces 3 chez quelques-unes: trop de temps accordé au travail « au détriment du loisir, de la fantaisie, du plaisir... ». Il reste que pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, elles ont dédramatisé l'antique antinomie 4 entre maternité et vie professionnelle, elles ont su trouver l'ingéniosité nécessaire pour que leur employeur ne soit pas lésé et que leur famille n'en pâtisse pas trop. Le défi qu'elles ont réalisé était double: d'une part refuser de choisir entre leur vie privée et leur carrière, d'autre part faire sans cesse davantage la preuve de leurs qualités professionnelles. [...]
Quand on observe aujourd'hui les jeunes femmes qui débutent une carrière, on est frappé d'abord par leur nombre, qui est en constante augmentation, mais aussi par le sentiment dominant d'une facilité nouvelle. Formées depuis leur enfance dans le cadre de la mixité, elles ont souvent l'impression d'avoir seulement eu à occuper un terrain préparé d'avance et que tout était gagné. Cependant, lorsque l'on s'entretient avec ces jeunes femmes, on sent également poindre 5 sous ces évidences des ambitions et des impatiences nouvelles. Elles sont bien déterminées à faire voler en éclats ce fameux « plafond de verre » sous lequel la société masculine maintient encore leurs carrières.
(793 mots)
1 hagiographie: biographie élogieuse
2 méritocratie: système qui récompense les plus méritants
3 fugaces: passagers, momentanés
4 antinomie: opposition
5 poindre: apparaître
Essai
Suffit-il de déclarer l'égalité pour qu'elle s'accomplisse ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne (du « préambule » au « postambule ») d'Olympe de Gouges, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Votre essai est terminé. Comparez votre argumentation et vos exemples avec la proposition de corrigé.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Suffit-il de déclarer l'égalité pour qu'elle s'accomplisse ?
Réponse : Introduction : Depuis la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, dont Olympe de Gouges dénonce l'exclusion des femmes dans sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, proclamer un droit ne garantit pas son application. Faut-il alors considérer la déclaration de l'égalité comme suffisante pour qu'elle devienne réalité ? I. Déclarer l'égalité est un acte fondateur nécessaire. Olympe de Gouges reformule article par article la déclaration de 1789 au féminin (« La femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits »). Elle donne ainsi un statut juridique et symbolique à une revendication jusque-là ignorée. De même, au XVIIIe siècle, les philosophes des Lumières (Montesquieu, Voltaire, Diderot) ont montré que nommer une injustice dans un texte fort est la première condition pour la combattre : sans texte de loi ou manifeste, aucune contestation légitime n'est possible. II. Mais la déclaration ne suffit pas à transformer les mentalités ni les pratiques sociales. Le texte de Françoise Barret-Ducrocq le montre : deux siècles après la Déclaration d'Olympe de Gouges, et plusieurs décennies après les avancées juridiques du XXe siècle, les femmes qui font carrière restent soupçonnées de négliger leur famille. Elles subissent des écarts de salaire et se heurtent à un « plafond de verre ». Olympe de Gouges elle-même, dans son postambule, appelle les femmes à se réveiller et à agir, preuve que la loi seule ne suffit pas. Elle fut d'ailleurs exécutée en 1793 sans que ses idées ne s'imposent. III. L'égalité s'accomplit par une transformation progressive des pratiques, portée par l'éducation, la lutte collective et la remise en cause continue des préjugés. Les femmes évoquées par Barret-Ducrocq ont grandi dans la mixité. Elles montrent qu'un changement culturel, plus lent que le changement légal, est nécessaire pour que le droit devienne un fait vécu. C'est cette combinaison entre texte fondateur et mobilisation continue qui permet à l'égalité déclarée de s'accomplir réellement. Conclusion : Déclarer l'égalité est indispensable pour lui donner une existence légale et symbolique, mais insuffisant en soi. Elle ne s'accomplit que par une transformation durable des mentalités et des pratiques sociales, que la seule proclamation ne peut garantir.
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