Exercice 2.A - Essai · Bac STMG Français Antilles-Guyane remplacement 2022

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2022)

Énoncé

A - Œuvre: Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV – Parcours: La bonne éducation.

Pierre-Henri Tavoillot, « Âges de la vie, la crise de l'âge adulte » dans L'École des parents 2013/1 (n°600), Éduquer les adultes de demain, 2013.

Il me semble que, plus qu'une crise, nous assistons à une reconfiguration de l'âge adulte, qui va de pair avec un brouillage des âges. Les enfants veulent grandir et sortent de l'enfance de plus en plus tôt; les adultes entrent plus tard dans l'âge adulte. [...]

Quels sont donc les indices d'une crise, voire une disparition, de l'âge adulte ? D'abord, il faut mentionner l'apparition de nouveaux âges de la vie – avant et après l'âge adulte – qui viennent en quelque sorte concurrencer cet âge: une adolescence interminable, quinze ans à peu près, et un « âge senior », où l'on est âgé tout en étant jeune (dès lors qu'on est débarrassé des contraintes professionnelles et parentales et qu'on jouit d'un niveau de vie correct).

Dans l'entre-deux, la période de l'âge adulte est de plus en plus réduite. C'est un temps où il faut tout mener de front: enfants, carrière, amours… On se doit d'être performant dans tous les domaines, ce qui crée une vie harassée. [...] L'âge adulte fait peur.

Autre phénomène, reflet de l'air du temps: les sociétés traditionnelles étaient structurées par le passé; les grands ancêtres avaient donné tout ce qui vaut: normes, lois, valeurs, modes de vie… Le but de l'existence était donc de vieillir, d'être fidèle à cet héritage qui nous constitue. Il n'était surtout pas question d'innover, de rajeunir, mais de répéter, réitérer, en évacuant la jeunesse le plus vite possible. En revanche, nos sociétés sont structurées par l'avenir. La génération qui incarne la valeur dans le présent est donc l'enfance ou la jeunesse, qui sont, dans le présent, l'avenir. Nous avons mis en place une dévalorisation et de la vieillesse et de l'âge adulte, à partir de l'idée que l'homme doit toujours être perfectible, toujours pouvoir mieux faire (pensons à la fameuse mention des carnets scolaires: « Peut mieux faire »). Dès lors, l'idée d'accomplissement devient suspecte. S'accomplir, c'est « être fait », être mort. Il faudrait toujours être en projet, en avancement.

Troisième raison qui peut conduire à penser qu'il y a une crise de l'âge adulte, et cette troisième raison nous immunisera contre toute nostalgie. En 1896, Léon Bourgeois, grand nom du solidarisme 1 de la III e République, réfléchissait sur la réforme de l'enseignement secondaire. Son postulat est que l'enseignement secondaire doit produire des « adultes ». Or qu'est-ce qu'un adulte, se demande-t-il ? Un soldat, un père de famille, un citoyen. Dans cette définition, il manque quelque chose, ou plutôt quelqu'un: la femme. Car, à cette époque, la femme n'est pas envisagée comme adulte. [...]

À quel âge vous êtes-vous senti adultes ? Personne ne dira 18 ans ! On entre dans l'âge adulte, mais on n'est pas adulte. On ne se sent pas adulte dans son for intérieur. Nous sommes entrés dans l'âge adulte, mais nous sommes tous déçus par rapport à notre idéal. Il s'agit d'un processus, d'une « maturescence », selon l'expression de Claudine Attias-Donfut.

Comment définir ce processus ? Il peut se définir par trois mots: expérience, responsabilité, authenticité ou autonomie. Adulte, on se reconnaît davantage d'expérience, conçue comme la capacité de faire face à ce que l'on n'a pas encore expérimenté. Par exemple, dans une ville inconnue: un adulte fera l'admiration de ses enfants parce qu'il sait se retrouver grâce à une carte, mais il sait se retrouver parce qu'il s'est déjà perdu. Or, on voudrait, lorsqu'on est parent, transmettre l'expérience à nos enfants, ce qui n'est pas possible. L'expérience ne se transmet pas. On peut transmettre des expériences, on ne peut pas transmettre l'expérience. L'expérience est une conquête individuelle. On voudrait à toute force protéger nos enfants de l'échec, des traumatismes. Or, les échecs, les traumatismes, c'est ce qui nous forme, nous fait devenir adultes. Donc, ne protégeons pas trop nos enfants ! Ou bien protégeons nos enfants d'une trop grande protection.

Deuxième idée, la responsabilité pour autrui. On a tous en tête, en tant qu'adultes, des gens qui ont compté pour nous, qui nous ont mis le pied à l'étrier, qui nous ont fait confiance… Être adulte, c'est se dire que c'est notre tour. Ce n'est pas une responsabilité de ses actes, mais, comme dit Emmanuel Lévinas, une « responsabilité pour autrui ».

Enfin, l'autonomie ou authenticité: une fois que l'on s'est réconcilié avec le monde ( cf. l'expérience) et avec les autres ( cf. la responsabilité), on peut se réconcilier avec soi-même. Ce n'est pas s'aimer, au sens de la complaisance, mais savoir que tout n'est plus possible et, pour autant, continuer à produire des projets.

(808 mots)

1 Léon Bourgeois, homme politique de la III e République, fut le théoricien du solidarisme, courant politique qui pose les bases d'une société solidaire contre les inégalités sociales. Pour L. Bourgeois « l'homme isolé n'existe pas » et les souffrances des uns se répercutent inévitablement sur les autres.

Essai

Selon vous, la bonne éducation consiste-t-elle à suivre les modèles du passé ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les chapitres XI à XXIV de Gargantua de Rabelais, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Comparez votre essai avec la proposition de correction ci-dessous.

Énoncé: Exercice 2.A - Essai · Bac STMG Français Antilles-Guyane remplacement 2022

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Selon vous, la bonne éducation consiste-t-elle à suivre les modèles du passé ?

Réponse : Plan possible en trois parties : I. L'éducation s'appuie nécessairement sur des modèles hérités du passé : dans Gargantua, Rabelais oppose certes la pédagogie scolastique de Thubal Holoferne, mais l'éducation humaniste dispensée par Ponocrates reste elle-même fondée sur l'héritage antique (les auteurs grecs et latins) revisité ; de même, toute société transmet des valeurs, des normes et un patrimoine culturel indispensables à la formation du jugement. II. Cependant, suivre servilement les modèles du passé peut être un obstacle : Rabelais critique justement l'éducation médiévale figée dans la répétition et l'érudition stérile ; Tavoillot montre que l'expérience individuelle, condition de la maturité, ne peut se transmettre toute faite et que chacun doit affronter lui-même l'échec pour grandir ; l'éducation doit donc préparer à un monde en mouvement, non reproduire mécaniquement le passé. III. La bonne éducation est donc une réappropriation critique et vivante de l'héritage : comme Ponocrates avec Gargantua, il s'agit de sélectionner, d'adapter et de dépasser les modèles anciens pour former un jugement autonome, capable d'innover tout en s'enracinant dans une culture transmise.

L’explication pas à pas, faite avec l’IA, est réservée aux membres Premium. Premium

Résous-le ici : correction automatique, indices et corrigé détaillé.

‹ Exercice 2.C - Essai · Antilles-Guyane session normale 2023 · Exercice 2.B - Essai · Antilles-Guyane remplacement 2022 ›

Plus d’exercices d’Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle