Exercice 2.B - Essai · Bac STMG Français Antilles-Guyane remplacement 2023

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2023)

Énoncé

B – Œuvre: La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme » – Parcours: Peindre les Hommes, examiner la nature humaine.

Anthony Huard, « La bête est en nous ! Une psychanalyse de A à Z », Geek magazine, 2021.

Représenter un animal à la forme humaine apporte deux avantages narratifs: la mise à distance avec soi-même, et une caractérisation immédiate du personnage. Si un détective privé est par exemple représenté sous les traits d'un chat à l'allure humaine, l'exotisme surgit d'emblée. C'est un autre monde différent du sien, et cette mise à distance autorise de fait de camper des situations qui prennent place en dehors de la réalité. Lorsque le Coyote court après Beep-Beep 1, les scènes sont d'autant plus hilarantes et le personnage absurde qu'il est clairement extérieur à soi. L'humour repose sur ce principe, que nous rions de ce qui n'est pas nous. Ainsi cette forme animale du personnage assure une distance salutaire sur le plan psychique. Celui-ci étant étranger à nous-mêmes, nous pouvons en rire, lui attribuer un ensemble de pensées différentes des nôtres, des pulsions qui ne nous traversent aucunement mais semblent des instincts chez cet être animal anthropomorphe 2. Cet animal possède un comportement humain mais une apparence animale, et cette distinction permet cette mise à distance. L'animal anthropomorphe est un autre. Je puis donc m'y identifier tout en autorisant chez ce personnage des attitudes qui sortent de l'ordinaire.

L'autre aspect est la caractérisation immédiate du personnage. Voir dans une histoire comme Zootopia 3 un voleur roublard sous les traits d'un renard va amener à faire coïncider d'emblée l'image et la personnalité. Ce que nous voyons amène à en savoir d'ores et déjà suffisamment sur le personnage et ses traits caractéristiques. Voir une lapine officier de police nous fait par exemple mesurer l'écart entre les caractéristiques attendues et celles du personnage. Sautiller d'enthousiasme ne sera pas suffisant et nous pourrons alors ressentir une empathie pour ce personnage très « mignon » mais a priori inadapté au monde dans lequel il évolue, parmi les lions, les rhinocéros et autres poids lourds de la savane urbaine. Et nous attribuons à ces poids lourds des aptitudes de force et d'invulnérabilité. Lorsque nous suivons les aventures d'une souris se comportant comme un être humain, nous attribuons inconsciemment à celle-ci le caractère à la fois non belliqueux 4 et malin de la souris échappant au chat. Dans Tom et Jerry 5, c'est bien le chat qui est perçu comme celui qui cherche à croquer l'autre, parce que ceci est sa nature. L'empathie va dès lors vers la souris qui échappe à son bourreau. Mais une part de notre sympathie peut aller de temps en temps vers Tom car en tant qu'être humain nous sommes les deux, tour à tour. Victime et bourreau, chasseur et chassé. Cet anthropomorphisme nous permet ainsi de voir une part de nous en chacun, de nous reconnaître de façon entière dans l'un comme dans l'autre, là où en tant qu'individus nous sommes divisés entre nos pulsions et nos censures, nos instincts et nos barreaux.

Mais revenons à nos moutons. La mise à distance avec soi-même telle que nous l'avons évoquée recèle cependant un effet boomerang des plus intéressants. Et celui-ci consiste en son exact opposé. Quelle meilleure façon de parler d'un sujet en l'abordant par ce qui lui paraît très éloigné ? Ainsi, les figures animales anthropomorphes forment un moyen de développer des histoires en posant des caractéristiques propres aux animaux. La ruse, la férocité, la chasse, le meurtre deviennent ainsi acceptables chez la figure animale, mais ces caractéristiques masquent leurs équivalents chez l'être humain, comme la trahison, la cruauté, la guerre, le massacre. En représentant les figures animales comme personnages principaux, cette mise à distance qui intervient dans un premier temps permet dans un second temps de voir dans un miroir déformé ses propres travers. L'animal, c'est soi et le non-soi à la fois. C'est déjà ce que faisait La Fontaine dans ses fables, dont chacun pouvait moquer le sort de tel protagoniste malheureux après sa tentative de domination. Ce n'est que dans une seconde lecture que ce reflet prend tout son sens, et éclaire par ricochet la psyché 6 bien humaine à laquelle ces figures animales prêtent leurs attributs et leurs mots.

Ainsi l'anthropomorphisme se joue-t-il en deux temps, mise à distance puis rapprochement. Dans cet écart, la parole et l'action gagnent en liberté. Elles ne sont pas jugées à l'aune 7 des mœurs 8 humaines et peuvent dès lors se développer sans jugement hâtif. La vie animale évoque une vie libre et à même de résoudre les conflits intrapsychiques de chaque être humain. Là où hommes et femmes se retrouvent en conflit avec les différentes parts de soi, l'animal est entier. Il vit en tant qu'animal. Là où l'être humain doute, hésite, fait un choix, l'annule, cherche le sens de ses actes, bref existe, l'animal, lui, naturellement vit.

(819 mots)

1 Beep-Beep et Coyote: dessin animé dans lequel Beep-Beep, un oiseau à grand cou et aux longues pattes, est poursuivi par Coyote, un loup qui ne parvient jamais à l'attraper.

2 anthropomorphe: qui par sa forme apparente évoque un être humain. L'anthropomorphisme est une tendance à se représenter toute réalité comme semblable à la réalité humaine.

3 Zootopia: film d'animation dans lequel tous les personnages sont des animaux anthropomorphes.

4 belliqueux: qui aime la guerre.

5 Tom et Jerry: dessin animé dans lequel Tom, un chat, poursuit sans cesse Jerry, une souris intelligente, qui parvient toujours à lui échapper.

6 psyché: personnification du principe de la vie, de l'âme, par opposition au corps matériel.

7 à l'aune de: signifie « à la lumière de », « en considération de ».

8 mœurs: ensemble de comportements propres à un groupe humain ou à un individu et considérés dans leurs rapports avec une morale.

2.B - Essai

Peindre les Hommes avec des traits déformés ou transformés permet-il de mieux examiner la nature humaine ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur le livre XI des Caractères de La Bruyère, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Peindre les Hommes avec des traits déformés ou transformés permet-il de mieux examiner la nature humaine ?

Réponse : Rédaction libre / Essai argumenté

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