Exercice 2.B - Essai · Bac STMG Français Antilles-Guyane remplacement 2022
Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2022)
Énoncé
B - Œuvre: La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme » – Parcours: Peindre les Hommes, examiner la nature humaine
B - Œuvre: La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme » – Parcours: Peindre les Hommes, examiner la nature humaine.
Jean-François Dortier, Humains mode d'emploi, 2009.
5 La quête de reconnaissance et le souci de paraître ont été perçus par plusieurs philosophes comme faisant partie des mobiles fondamentaux qui guident nos vies. Pour Jean-Jacques Rousseau, la recherche de « considération » est à la fois l'un des plus puissants mobiles personnels et un ciment de la vie en groupe. « Chacun commença à regarder les autres et à vouloir être regardé soi-même », écrit-il dans son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes (1755). Adam Smith, le père de l'économie politique, a également compris que le besoin de reconnaissance est « le désir le plus ardent de l'âme humaine ». Dans sa Théorie des sentiments moraux (1759), moins connue que La Richesse des Nations, il note que « les hommes ont souvent renoncé volontairement à la vie, pour acquérir, après leur mort, une renommée dont ils ne pouvaient plus jouir ». On retrouve chez le philosophe Hegel cette même thématique. Dans un fameux chapitre de La Phénoménologie de l'esprit (1807), consacré à la « dialectique du maître et de l'esclave », il décrit la lutte à mort que se livrent entre eux les hommes pour obtenir la « reconnaissance ». Celui qui deviendra le maître est celui qui est « prêt à perdre sa vie pour gagner la renommée ».
20 Longtemps passée inaperçue, l'idée centrale de la reconnaissance sera reprise et développée par quelques penseurs contemporains. Le philosophe Tzvetan Todorov soutient dans La Vie commune une proposition simple: une des motivations principales de l'existence humaine réside dans le désir d'être « reconnu par autrui ».
De ce postulat, plusieurs conséquences sociales, psychologiques et morales découlent. Tout d'abord, si l'un des ressorts principaux de nos existences vise la reconnaissance d'autrui, il en résulte une incomplétude fondatrice de l'être humain qui a toujours besoin de l'autre pour « exister ». La Rochefoucauld l'avait dit à sa manière: « Si l'aiguillon principal de l'activité humaine n'est pas le désir de biens matériels, de la satisfaction égoïste, mais aspiration à la gloire et aux honneurs, comment pourrait-on se passer des autres, qui sont leurs seuls pourvoyeurs possibles ? » ( Maximes et réflexions diverses, 1664). Le besoin de « reconnaissance » − entendu comme la quête de l'estime publique − suppose une dépendance à l'égard d'autrui qui est constitutive de la nature humaine et ne peut donc se satisfaire de la vie solitaire.
30 Il n'est pas un domaine de l'activité humaine qui échappe à cette quête de reconnaissance. Qu'il s'agisse du sport, de l'économie, des arts, de la politique, des sciences, et même le jardinage ou la collection de timbres, tous ont leur hiérarchie de prestige et leur mode de distinction, où il est possible de se mettre en valeur et de récolter titres, honneurs, médailles, félicitations et autres caresses symboliques qui ont pour vertu de flatter l' ego.
35 Une autre façon de rechercher la reconnaissance relève, non de la distinction personnelle, mais, au contraire, de l'appartenance à un groupe. « Si je n'ai rien dont je puisse être fier, dans ma vie à moi », écrit T. Todorov, « je m'attache d'autant plus d'acharnement à prouver ou à défendre la bonne renommée de ma nation ou de ma famille religieuse ». On reconnaît là une motivation de supporter, qui se valorise à travers la gloire de son équipe ou son champion. L'idolâtrie relève d'une stratégie de substitution qui consiste à accepter de vivre dans l'ombre d'une idole ou d'un groupe en escomptant recevoir une part de gloire du fait de sa proximité avec lui.
45 Ceux qui ne parviennent pas à se faire admirer dans un milieu donné, ont tendance à se forger des « reconnaissances de substitution ». […] La provocation, l'extravagance, le conflit tapageur aura pour but d'attirer les regards d'un autre public pour se mettre en valeur.
Les possibilités ne s'arrêtent pas là. La recherche de prestige peut se réaliser à travers d'une « reconnaissance illusoire »: celle du vantard ou du mythomane qui s'invente de faux titres de gloire; il y a aussi l'orgueil qui est une forme de culte solitaire de sa propre valeur lorsque l'on ne parvient pas à être reconnu par les autres. Il y a encore la tactique de la victime qui veut attirer l'attention sur elle en étalant ses malheurs ou ses maladies. En 50 psychiatrie, on appelle cela le syndrome de Münchausen, une des pathologies du désir de reconnaissance.
(740 mots)
Contraction
Vous résumerez ce texte en 185 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 167 et au plus 203 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.
Essai
Toutes les actions humaines peuvent-elles s'expliquer par le besoin d'être reconnu par les autres ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur Les Caractères de La Bruyère, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Essai
Toutes les actions humaines peuvent-elles s'expliquer par le besoin d'être reconnu par les autres ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur Les Caractères de La Bruyère, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés durant l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Essai termine. Consultez la solution proposee pour comparer votre argumentation.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Toutes les actions humaines peuvent-elles s'expliquer par le besoin d'être reconnu par les autres ?
Réponse : Proposition de plan pour l'essai Introduction : partir du constat de Dortier et des philosophes cités (Rousseau, Smith, Hegel, Todorov) selon lequel la recherche de reconnaissance serait un mobile universel des actions humaines ; poser le problème : cette explication peut-elle rendre compte de la totalité des actions humaines, ou trouve-t-elle des limites ? I. Le besoin de reconnaissance explique une part considérable des actions humaines - Les portraits de La Bruyère (courtisans, vaniteux, riches ostentatoires comme Giton, qui occupe tout l'espace pour être vu et écouté) montrent des individus dont chaque geste vise à être vu, admiré, jugé par autrui. - Le texte de Dortier montre que même des activités désintéressées en apparence (sport, art, sciences, collections) s'inscrivent dans des hiérarchies de prestige. - Les stratégies de « reconnaissance de substitution » (provocation, mythomanie, plainte, appartenance à un groupe/supporterisme) confirment la force de ce besoin même chez ceux qui échouent à être reconnus légitimement. II. Cependant, certaines actions échappent à cette seule explication - Des actes de générosité, d'amour, de sacrifice anonyme (charité secrète, amour maternel, actes de résistance clandestine) ne visent aucun regard extérieur. - Des motivations vitales ou biologiques (survie, besoins physiologiques), ou l'égoïsme pur (Gnathon, qui ne pense qu'à son plaisir), ne relèvent pas d'une logique de reconnaissance. Ménalque le distrait, lui, agit sans se soucier du regard des autres. - La morale intérieure telle que la conçoivent certains moralistes (la vertu pour elle-même, la conscience, le rapport à soi plutôt qu'à autrui) peut guider l'action indépendamment du regard d'autrui. III. Reconnaissance de soi et reconnaissance par autrui : une dialectique plus complexe - Montrer que même les actes apparemment désintéressés peuvent receler un besoin plus profond de reconnaissance de soi (estime de soi, cohérence avec ses valeurs), ce qui nuance sans annuler la thèse initiale. - La Bruyère lui-même, en peignant les travers humains, vise à faire réfléchir le lecteur sur sa propre conduite : la littérature d'idées cherche à transformer le rapport de l'homme à lui-même autant qu'au regard des autres. Conclusion : le besoin de reconnaissance éclaire une très large part du comportement humain, comme le montrent La Bruyère et Dortier. Il ne peut cependant prétendre à une explication totale et exclusive de toutes les actions humaines, certaines relevant de motifs intérieurs, moraux ou vitaux irréductibles au regard d'autrui.
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