Exercice 2.C - Essai · Bac STMG Français Métropole remplacement 2023
Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Métropole France remplacement (2023)
Énoncé
Essai
« Prendre la parole, comme d'autres prendront la Bastille »: écrire pour l'égalité, est-ce agir ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouges, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ».
Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.
Parcours: écrire et combattre pour l'égalité.
Texte de Michel Faucheux, « La moitié oubliée des hommes », Les Grands dossiers des sciences humaines n°61, décembre 2020-janvier-février 2021.
En pleine Révolution française, Olympe de Gouges (1748-1793) est la première
femme à avoir tenté d'inscrire dans la loi l'égalité des hommes et des femmes.
Publiant la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne le 14 septembre
1791, elle décline en dix-sept articles les conséquences du fait que, écrit-elle, « la
5 femme naît libre et égale en droits » (article 1). Le texte n'est pas pour autant une
copie au féminin de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen adoptée en
1789. Il vient mettre en évidence la contradiction sur laquelle celle-ci repose. La
revendication d'égalité des droits propre aux Lumières se constitue, en effet, sur le
postulat 1 d'une inégalité des sexes qui en est la contrepartie et le revers: « S'il n'y a
10 de différences que de sexe, alors il n'y en a pas de sang. L'idée d'une
incommensurabilité 2 biologique entre l'homme et la femme qui s'impose à partir des
années 1760 est aussi une machine de guerre contre les inégalités fondées sur la
naissance. […] » ( La Confusion des sexes, Sylvie Steinberg, 2001).
La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne conteste la fausse
15 universalité de l'horizon humaniste des Lumières. Sa subversion 3 n'est pas
simplement politique, elle est philosophique et oblige à repenser les principes
fondateurs de la Révolution, dont celui de liberté. Pour Olympe de Gouges, en effet,
la liberté n'est pas affaire de limite, comme il est écrit dans la Déclaration de 1789:
« La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ». C'est aussi une
20 affaire de justice et de recouvrement de droits: « La liberté et la justice consistent à
rendre tout ce qui appartient à autrui » (article 4). Ainsi, écrit-elle: « Cette Révolution
ne s'opérera que quand toutes les femmes seront pénétrées 4 de leur déplorable sort
et des droits qu'elles ont perdus dans la société. » Comment concevoir en effet que
l'égalité règne si l'homme peut se conduire en despote ? […]
25 Oubliant la situation concrète des femmes qu'il infériorise, l'humanisme des
Lumières, dans son abstraction, est le masque de la domination masculine. Prendre
en compte la réalité vécue des sentiments et développer une égalité concrète des
droits devrait conduire, selon Olympe de Gouges, à substituer au mariage,
« tombeau de la confiance et de l'amour », un « contrat social de l'homme et de la
30 femme » qui, de plus, assurerait aux enfants nés hors mariage les mêmes droits que
ceux des enfants légitimes. Un divorce devrait pouvoir y mettre fin, qui assure
« l'égalité entre les époux et les épouses, comme entre tous les individus français »
( Le Bon sens du Français, 1792).
Mais, comment, plus généralement, lutter contre cet universalisme masculin et
35 inventer un humanisme inclusif 5 ? La voie empruntée par Olympe de Gouges est
originale: elle est celle de la fiction qui dit vrai. Marie Gouze, jeune veuve
provinciale, invente un personnage qui a pour nom de scène Olympe de Gouges
alors que, au 18e siècle, se théâtralise la vie politique et que l'histoire devient une
dramaturgie. Ainsi peut-elle porter haut ses revendications sur la scène de l'histoire.
40 L'œuvre théâtrale que développe Olympe de Gouges est inséparable de ses écrits
politiques. Interprétant le rôle qu'elle s'est donné, faisant de l'imagination une vertu
politique créatrice de « songes patriotiques », elle invente sa propre liberté à
l'intérieur du projet d'émancipation des Lumières, et « endosse le rôle du citoyen actif
(masculin) pour revendiquer la citoyenneté active des femmes » (Joan Scott, La
45 Citoyenne paradoxale, 1998). Elle entreprend ainsi une autocréation de soi qui met
en place les premiers éléments d'un féminisme naissant. Prendre un nouveau nom,
signer ses écrits de son propre nom, c'est, dans le sillage des Lumières, vouloir jouer
un rôle politique, nouveau et courageux, sur la scène du monde. Défendre la place et
le rôle politique des femmes, dans une révolution qui est une affaire d'hommes,
50 amène Olympe de Gouges à articuler ce combat à d'autres, tout aussi nécessaires:
elle milite aussi contre l'esclavage des Noirs, forme accomplie de la barbarie et de
l'inhumanité. Chaque fois qu'elle le peut, elle proteste contre les inégalités, les
injustices, le despotisme.
S'inventer comme actrice de soi-même, c'est prendre la parole, comme d'autres
55 prendront la Bastille, tant la parole demeure l'attribut du pouvoir des hommes.
747 mots
1 Postulat: principe, théorie que l'on ne remet pas en question.
2 Incommensurabilité: ici, différence absolue.
3 Subversion: action qui consiste à renverser les principes établis.
4 Pénétrées: convaincues.
5 Inclusif: ici, qui inclut hommes et femmes.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
« Prendre la parole, comme d'autres prendront la Bastille » : écrire pour l'égalité, est-ce agir ?
Réponse : Proposition d'organisation de l'essai : Introduction : - Accroche : À l'été 1789, la prise de la Bastille incarne l'action révolutionnaire par la force matérielle. Pourtant, dans son analyse d'Olympe de Gouges, Michel Faucheux affirme que « s'inventer comme actrice de soi-même, c'est prendre la parole, comme d'autres prendront la Bastille ». - Problématique : Dans quelle mesure l'écriture en faveur de l'égalité peut-elle être assimilée à une véritable action politique et émancipatrice ? - Annonce du plan : Si écrire apparaît d'abord comme un acte de subversion et de conquête de l'espace public (I), l'écrit rencontre des limites matérielles et institutionnelles qui semblent l'éloigner de l'action directe (II), mais il constitue en réalité la forme d'action la plus féconde et durable pour refonder la société (III). I. Écrire pour l'égalité est un acte subversif et une prise de pouvoir : 1. *Occuper l'espace public interdit :* Pour les femmes du XVIIIe siècle, exclues du vote et des assemblées, écrire constitue une transgression majeure. En publiant la *DDFC*, Olympe de Gouges commet un acte de rupture politique, s'instituant elle-même citoyenne active. 2. *Dévoiler et déconstruire les contradictions du pouvoir :* L'écrit permet de contester la fausse universalité des droits (comme le rappelle Faucheux). Dans la littérature d'idées, Voltaire (*Candide*, chapitre du nègre de Surinam) ou Montesquieu (*De l'esprit des lois*, « De l'esclavage des nègres ») usent de l'ironie pour saper les justifications idéologiques de l'inégalité. 3. *Créer des outils juridiques et politiques opérants :* La *DDFC* n'est pas une simple méditation littéraire mais un projet de loi performatif, destiné à être ratifié par l'Assemblée nationale. II. Les limites de l'écriture face à l'urgence de l'action concrète : 1. *Le risque de l'impuissance face à la force matérielle :* Les mots ne suffisent pas toujours contre la violence institutionnelle ou despotique. Olympe de Gouges sera guillotinée sous la Terreur, ce qui illustre le décalage tragique entre l'idéal écrit et la brutalité du pouvoir. 2. *La dépendance envers les récepteurs :* Un texte doit être lu et compris. Au XVIIIe siècle, l'accès à la lecture reste limité, rendant l'impact direct de l'écrit tributaire d'une élite lettrée, tandis que la prise d'armes touche immédiatement les masses. III. L'écriture : l'action la plus pérenne pour transformer les consciences et l'histoire : 1. *La portée performative du langage :* Énoncer l'égalité (« La femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits »), c'est la faire exister dans le champ de la pensée et du débat juridique. 2. *L'intersectionnalité des combats :* L'écriture permet d'articuler différentes luttes pour l'émancipation humaine : Gouges joint le féminisme à la lutte antiesclavagiste (*Zamore et Mirza*), tout comme Condorcet dans ses *Réflexions sur l'esclavage des nègres*. 3. *La pérennité de l'héritage intellectuel :* Si les bastilles tombent en un jour, l'écriture transmet le flambeau de l'égalité à travers les siècles, inspirant les conquêtes républicaines et féministes futures. Conclusion : Écrire pour l'égalité n'est pas un substitut passif à l'action, c'est l'étincelle et le levier même de l'action politique. En s'emparant de la plume, Olympe de Gouges a abattu les bastilles symboliques de l'invisibilisation féminine.
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