Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Métropole remplacement 2024
Thème : Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Métropole France remplacement (2024)
Énoncé
Objet d'étude: la poésie du XIXe au XXIe siècle
Yves Bonnefoy, Les Planches courbes, « La maison natale », VII, 2001.
Je me souviens, c'était un matin, l'été,
La fenêtre était entrouverte, je m'approchais,
J'apercevais mon père au fond du jardin.
Il était immobile, il regardait
5 Où, quoi, je ne savais, au-dehors de tout,
Voûté comme il était déjà mais redressant
Son regard vers l'inaccompli ou l'impossible.
Il avait déposé la pioche, la bêche,
L'air était frais ce matin-là du monde,
10 Mais impénétrable est la fraîcheur même, et cruel
Le souvenir des matins de l'enfance.
Qui était-il, qui avait-il été dans la lumière,
Je ne le savais pas, je ne sais encore.
Mais je le vois aussi, sur le boulevard,
15 Avançant lentement, tant de fatigue
Alourdissant ses gestes d'autrefois.
Il repartait au travail, quant à moi
J'errais avec quelques-uns de ma classe
Au début de l'après-midi sans durée encore.
20 À ce passage-là, aperçu de loin,
Soient dédiés les mots qui ne savent dire.
(Dans la salle à manger
De l'après-midi d'un dimanche, c'est en été,
Les volets sont fermés contre la chaleur,
25 La table débarrassée, il a proposé
Les cartes puisqu'il n'est pas d'autres images
Dans la maison natale pour recevoir
La demande du rêve, mais il sort
Et aussitôt l'enfant maladroit prend les cartes,
30 Il substitue à celles de l'autre jeu
Toutes les cartes gagnantes, puis il attend
Avec fièvre, que la partie reprenne, et que celui
Qui perdait gagne, et si glorieusement
Qu'il y voie comme un signe, et de quoi nourrir
35 Il ne sait, lui l'enfant, quelle espérance.
Après quoi deux voies se séparent, et l'une d'elles
Se perd, et presque tout de suite, et ce sera
Tout de même l'oubli, l'oubli avide.
J'aurai barré
40 Cent fois ces mots partout, en vers, en prose,
Mais je ne puis
Faire qu'ils ne remontent dans ma parole).
Vous commenterez ce poème d'Yves Bonnefoy. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention à:
l'émotion du souvenir
la poésie du quotidien

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Vous commenterez ce poème d'Yves Bonnefoy. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention à : l'émotion du souvenir ; la poésie du quotidien.
Réponse : ### Proposition de parcours de lecture et plan détaillé #### Introduction - Accroche : Dans *Les Planches courbes* (2001), Yves Bonnefoy poursuit sa quête d'une « présence » sensible. Il le fait à travers la mémoire d'enfance et la figure paternelle. - Présentation du texte : Le poème VII de « La maison natale » ressuscite trois scènes. On voit le père immobile au jardin un matin d'été, puis marchant fatigué sur le boulevard. Vient enfin, entre parenthèses, une partie de cartes un dimanche après-midi, où l'enfant triche pour faire gagner son père. - Problématique : Comment l'émotion du souvenir et la célébration des gestes quotidiens permettent-elles à Bonnefoy d'interroger le mystère d'une vie paternelle et le pouvoir de la poésie face à l'oubli ? - Annonce du plan : 1. Une poésie du quotidien humble et sensible. 2. L'émotion d'un souvenir habité par le mystère et la séparation. 3. Le pouvoir et les limites de la parole poétique face à l'oubli. --- #### I. La transfiguration poétique du quotidien 1. Un cadre familier et modeste - Les objets et les gestes sont ordinaires : « la pioche, la bêche », « les cartes », « les volets sont fermés », « la table débarrassée ». - La syntaxe est proche de la prose. Les vers sont libres, souvent proches de l'alexandrin ou du décasyllabe, avec des vers brefs (« J'aurai barré », « Mais je ne puis »). Les énumérations et les enjambements donnent le ton d'un récit oral : « Je me souviens, c'était un matin, l'été ». - La présence sensorielle de l'été est forte : « l'air était frais », « contre la chaleur ». La lumière du matin s'oppose à la pénombre de la salle à manger. 2. La silhouette paternelle, entre labeur et lassitude - C'est un travailleur marqué par l'effort : « Voûté comme il était déjà », « Avançant lentement, tant de fatigue / Alourdissant ses gestes d'autrefois ». - Un contraste oppose la répétition du travail (« Il repartait au travail ») à l'insouciance du fils (« J'errais avec quelques-uns de ma classe / Au début de l'après-midi sans durée encore »). 3. Le simple élevé au rang d'événement existentiel - Le père debout au jardin devient une figure presque métaphysique : « au-dehors de tout », « vers l'inaccompli ou l'impossible ». L'hyperbole « ce matin-là du monde » fait du souvenir un matin originel. - Le jeu de cartes devient le seul support du rêve : « puisqu'il n'est pas d'autres images / Dans la maison natale pour recevoir / La demande du rêve ». --- #### II. L'émotion du souvenir et l'opacité de l'autre 1. L'amour filial et le désir de réparation - La tricherie de l'enfant est innocente : il « substitue » les « cartes gagnantes » pour « que celui / Qui perdait gagne, et si glorieusement / Qu'il y voie comme un signe ». - Une longue phrase haletante, rythmée par les « et » (polysyndète), traduit la « fièvre » de l'attente. L'affection reste muette, sans effusion, et passe par un geste clandestin. - Le passage au présent de narration (« il a proposé », « il sort ») et à la troisième personne (« l'enfant maladroit ») crée une distance. Le poète se regarde enfant avec tendresse et lucidité. 2. L'inaccessibilité de la figure paternelle - Le père reste une énigme : « Où, quoi, je ne savais », « Qui était-il, qui avait-il été dans la lumière, / Je ne le savais pas, je ne sais encore ». Les questions sans réponse et les négations dominent. - Les temps verbaux (imparfait du souvenir / présent de l'énonciation) marquent l'écart entre passé et présent. Cette ignorance dure encore. - Même le sens du geste échappe à l'enfant : « de quoi nourrir / Il ne sait, lui l'enfant, quelle espérance ». 3. La mélancolie et la cruauté du temps - Le paradoxe « impénétrable est la fraîcheur même, et cruel / Le souvenir des matins de l'enfance » est renforcé par l'inversion syntaxique. Le bonheur passé devient douleur. - La vision est lointaine : « aperçu de loin ». La séparation est annoncée : « deux voies se séparent, et l'une d'elles / Se perd ». Cette voie perdue peut être celle de l'espérance, ou celle du père vers la mort. --- #### III. Le pouvoir et les limites de la parole poétique 1. Une parole consciente de son impuissance - Le paradoxe « les mots qui ne savent dire » désigne les limites du langage. - Les incertitudes et les reprises de la syntaxe montrent une parole qui tâtonne. 2. La poésie comme offrande et hommage - Le subjonctif solennel de la dédicace, « Soient dédiés les mots », est mis en relief par l'inversion. Le poème devient un tombeau, une offrande au père, à ce « passage-là ». - La parenthèse fonctionne comme un aveu intime enchâssé dans le poème : le souvenir le plus secret. 3. Le combat contre l'oubli - L'oubli est personnifié et répété : « l'oubli, l'oubli avide ». Il dévore, mais le souvenir résiste. - Les vers brefs et la dernière phrase, au futur antérieur (« J'aurai barré / Cent fois ces mots partout, en vers, en prose »), disent un souvenir obsédant. L'aveu final est : « Mais je ne puis / Faire qu'ils ne remontent dans ma parole ». - La mémoire involontaire fonde l'écriture même : la poésie naît de ce qui insiste. --- #### Conclusion - Bilan : À partir de scènes humbles (le jardin, le boulevard, une partie de cartes), Bonnefoy transfigure le quotidien. Il fait entendre l'émotion d'un souvenir à la fois tendre et douloureux, et le mystère d'un père resté inconnu. - Portée : La poésie se révèle à la fois impuissante (« les mots qui ne savent dire ») et nécessaire, seule capable de résister à « l'oubli avide ». - Ouverture : On peut rapprocher ce poème des *Contemplations* de Hugo (« Demain, dès l'aube… ») ou de la mémoire involontaire chez Proust.
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