Exercice 2 - Sujet B - Essai · Bac STMG Français Antilles-Guyane session normale 2022
Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2022)
Énoncé
B - Œuvre: La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme » – Parcours: Peindre les Hommes, examiner la nature humaine.
Elena Pulcini, L'Envie. Essai sur une passion triste, traduit de l'italien par Thamy Ayouch, 2013.
5 Il existe aujourd'hui une quête généralisée de formes éphémères et futiles de distinction, un désir avide de gratifications personnelles immédiates, une intolérance envers tout ce qui exige l'engagement, l'attente et l'effort. On poursuit des objectifs immédiats en brûlant les étapes pour pouvoir, à n'importe quel prix, arriver, vaincre, émerger. Face à un futur considéré toujours plus opaque et incertain s'élève la prétention de réaliser « tout immédiatement » dans le présent, en saisissant toute occasion. « Life is now » 1, ponctue un célèbre slogan publicitaire adressé surtout aux jeunes générations, livrées à des pulsions d'acquisition exemptes de tout projet 2 et qui s'épuisent, progressivement, dans une éternelle actualité. 10 La quête de réussite transforme l'autre en obstacle à éliminer et surmonter, rapidement et par tous les moyens. La logique du défi précédemment évoquée et le mécanisme pervers d'« élimination » de tant de programmes télévisuels trash, à l'instar des reality-shows, en sont les expressions les plus évidentes. Ces aspects sont d'autant plus sournois et insidieux qu'ils revendiquent l'authenticité et se dissimulent sous le mièvre sentimentalisme des larmes et des psychodrames. 15 C'est ici un marché des sentiments, que ravivent avec virtuosité les mass médias, exploitant habilement cette misérable compétitivité et dressant à dessein les individus les uns contre les autres au nom de la tyrannie de l' audience et du spectacle. […] Dans ce monde artificiel et spectaculaire accablé par une perte d'avenir et de disparition des valeurs, l'envie domine en maître. 20 Contrairement à une franche compétition en vue d'un projet, celle-ci se contente de buts transitoires et se nourrit du besoin permanent de confirmation d'un Moi sans identité. Qui aspire à la réussite, soutenait Lasch il y a déjà quelques décennies, vise, par son affirmation, à susciter l'envie plus que l'approbation des autres. Être envié devient furieusement à la mode. Ce que les humains ont généralement toujours redouté, 25 au point de mettre au point des stratégies pour l'éviter, est aujourd'hui l'objectif principal à poursuivre pour se frayer une voie dans une société de masse qui unifie et nivelle.
La quête de succès n'est, au demeurant, pas la seule manière d'apaiser cette anxieuse recherche de la distinction. Une autre possibilité offerte aux individus contemporains est la démocratisation de la consommation. 30 Nous sommes tous de voraces consommateurs, éblouis par le clinquant des marchandises, dans une société qui ressemble de plus en plus à un énorme supermarché. Nous voici compulsivement tendus vers la possession des biens les plus variés, non plus pour satisfaire des besoins mais pour céder à la tyrannie de désirs sans objet, mouvants, interchangeables, incessamment renouvelés dans une spirale de superflu. 35 Plus que l'utilité de l'objet et probablement plus que le plaisir qu'il procure, c'est sa valeur symbolique qui nous intéresse, sa fantasmatique essence de status symbol 3, confirmation d'une identité incapable de trouver ailleurs ses fondements. Comme le souligne Naomi Klein dans son ouvrage No logo, le pouvoir identificatoire de la marque s'est imposé sur la valeur anonyme de la marchandise: je désire non pas un pantalon mais un Levis, 40 non pas des chaussures mais des Nike, non pas un sac mais un Guess, jusqu'à convoiter les marques les plus chères et les plus prisées, qui nous assurent une certaine distinction. […] Une permanente course à la consommation s'installe ainsi. À travers de tentaculaires mises en spectacle, elle envahit constamment de nouveaux territoires, tels le corps, la politique, le sport ou la culture. Elle impose alors la logique de la compétition et de la comparaison et transforme les individus en rivaux disposés à tout faire pour exceller dans l'espace réduit de l'« ici et maintenant ».
45 Et pourtant, ce désir d'excellence est, pour le moins en partie, illusoire. La course à la consommation conduit, paradoxalement, à un processus d'uniformisation et de conformisme qui rend alors vaine toute prétention à se distinguer de la masse. Le pouvoir des marques incite insidieusement à l'imitation: on ne désire ce produit et cette marque que 50 parce que les autres les désirent, et l'on cherche à posséder les choses surtout pour leurs qualités fétichisées d'objets du désir collectif, ou, en d'autres termes, parce qu'elles sont à la mode. La société de consommation alimente et démultiplie ce désir mimétique, au fondement de la compétition envieuse, comme nous l'avons vu: je veux à la fois dépasser 55 mon rival, et ressembler à mon modèle. On pourrait imaginer que l'imitation prônée par la société de consommation produit une forme moins « maligne » et plus domestiquée de l'envie, puisque la consommation de masse permet, plus qu'auparavant, l'accès à l'objet du désir.
(782 mots)
1 « Life is now »: « La vie, c'est maintenant ».
2 Exemptes de tout projet: qui ne poursuivent aucun but.
3 Status symbol: signe extérieur de son statut social.
Contraction
Vous résumerez ce texte en 196 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 176 et au plus 216 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.
Essai
Vivre en société nous condamne-t-il à imiter les autres ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur le livre XI des Caractères de La Bruyère, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Essai
Vivre en société nous condamne-t-il à imiter les autres ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur le livre XI des Caractères de La Bruyère, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Nombre de mots actuel:
Réponse enregistrée. Compare ton essai avec la proposition de correction ci-dessous.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Vivre en société nous condamne-t-il à imiter les autres ? Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur le livre XI des Caractères de La Bruyère, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année, ainsi que sur vos lectures et votre culture personnelle.
Réponse : Plan possible en trois parties. I. Vivre en société expose réellement à l'imitation d'autrui. La Bruyère, dans le livre XI des Caractères, dépeint des personnages mus par le paraître, la mode et le souci du regard d'autrui (portraits de la vanité mondaine, du snobisme, de l'ostentation) : l'individu en société cherche moins à être qu'à paraître conforme à un modèle valorisé. Pulcini montre de son côté que le désir mimétique est structurellement lié à la vie sociale : on désire un objet ou un statut parce que d'autres le désirent, dans une logique de comparaison et de rivalité (l'envie, la compétition, la course aux marques). La socialisation elle-même, par l'éducation, les codes, les normes, implique une part d'imitation des modèles collectifs. II. Pourtant, cette imitation n'est ni totale ni fatale : elle laisse place à un regard critique et à des marges de liberté. Le moraliste lui-même, en écrivant et en jugeant les travers qu'il observe, prend du recul sur l'imitation qu'il décrit : décrire les Caractères, c'est déjà s'en distancier. La littérature d'idées, en donnant à voir et à juger les mécanismes sociaux (mode, vanité, envie), aide le lecteur à ne pas y être condamné aveuglément. On peut aussi distinguer imitation subie (conformisme, pression du groupe) et imitation choisie ou dépassée (apprentissage, émulation vertueuse, admiration raisonnée d'un modèle), qui ne sont pas des aliénations mais des moyens de se former. III. La possibilité d'échapper à la pure imitation suppose un travail sur soi : lucidité, jugement personnel, recherche d'authenticité. S'appuyer sur la lecture critique des moralistes, sur la culture personnelle et sur l'exercice du jugement permet de ne pas se contenter de suivre les modèles dominants ; la société elle-même, par le dialogue, le débat d'idées et la diversité des modèles proposés, offre des ressources pour construire une singularité plutôt qu'une simple copie. Ainsi, vivre en société expose à l'imitation mais n'y condamne pas absolument : c'est la vigilance critique, nourrie notamment par la littérature d'idées, qui permet d'y résister en partie.
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