Exercice 2 - Dissertation B · Bac Français (1ère) Polynésie remplacement 2022
Thème : Dissertation – Œuvres et parcours des programmes nationaux antérieurs · Tiré du sujet Remplacement (2022)
Énoncé
Objet d'étude: la littérature d'idées du XVI e siècle au XVIII e siècle
B – La Bruyère, Les Caractères, livres V à X / parcours: la comédie sociale
Pour défendre son ouvrage, La Bruyère place en ouverture la citation d'Érasme « J'ai voulu avertir et non mordre, être utile et non blesser, servir la moralité et non lui faire obstacle ».
Cette citation d'Érasme vous paraît-elle correspondre à votre lecture des Caractères de La Bruyère ?
Vous répondrez à cette question dans un développement organisé en vous appuyant sur Les Caractères livres V à X, sur les textes que vous avez étudiés dans le cadre du parcours associé et sur votre culture personnelle.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Cette citation d'Érasme vous paraît-elle correspondre à votre lecture des Caractères de La Bruyère ?
Réponse : Proposition d'un plan dialectique détaillé : Introduction - Accroche : La Bruyère place en épigraphe de ses *Caractères* (1688) une phrase d'Érasme (« Admonere voluimus, non mordere… »). Il revendique ainsi une visée morale bienveillante plutôt qu'agressive. - Analyse / Problématique : Les couples « avertir / mordre », « être utile / blesser » opposent le moraliste classique, qui veut instruire et plaire, au satiriste qui attaque. La peinture de la comédie sociale dans les livres V à X se contente-t-elle d'avertir, ou mord-elle réellement ? Et cette morsure n'est-elle pas au service de l'avertissement ? - Annonce du plan : I. Un projet d'avertissement moral ; II. Une écriture qui mord et blesse ; III. Mordre pour mieux avertir. I. Une œuvre qui veut avertir et servir la morale 1. *Peindre des types plutôt que des personnes* : à la manière de Théophraste, La Bruyère invente des noms grecs (Giton, Phédon, Ménippe, Théodote, Arrias…). Il refuse les « clefs » et invite le lecteur à se reconnaître lui-même : « Je rends au public ce qu'il m'a prêté ». 2. *Démonter les illusions sociales* : le livre V (« De la société et de la conversation ») dénonce le bavardage et la vanité (Arrias, Théodecte). Le livre VI (« Des biens de fortune ») révèle la vanité de l'argent. Les livres VIII (« De la cour ») et IX (« Des grands ») montrent les faux prestiges du rang. 3. *Des valeurs positives* : le mérite personnel, la modestie, la sincérité et la piété véritable s'opposent à l'ostentation et à l'hypocrisie. Le livre X (« Du souverain ou de la république ») propose le portrait d'un bon roi « pasteur » de son peuple. II. Une écriture acérée qui « mord » et « blesse » 1. *La férocité du portrait* : le diptyque de Giton et Phédon (VI, 83) réduit l'homme à ses gestes et à son corps, selon qu'il est riche ou pauvre. Les partisans enrichis et les « âmes sales » (VI) sont décrits sans indulgence. Ménippe, « l'oiseau paré de divers plumages » (IX), est ridiculisé. 2. *L'attaque contre la cour et les grands* : la cour est un « pays » d'idolâtrie où l'on adore le roi en lui tournant le dos dans la chapelle (VIII, 74). Le courtisan y est une mécanique sans âme (« un homme qui sait la cour est maître de son geste… », VIII). Théodote est montré dans son servilisme. Les grands sont rabaissés : on préfère le peuple (IX, 25). 3. *Des audaces politiques* : le livre X dénonce la guerre et l'absurdité des conflits entre souverains. Les clés circulant à l'époque montrent que les contemporains se sont sentis visés. III. Mordre pour mieux avertir : la satire au service de l'utilité morale 1. *La pointe comme arme contre l'indifférence* : la chute ironique, la maxime frappante et la variété des formes (portrait, maxime, dialogue) réveillent un lecteur habitué à ses travers. On retrouve le *castigat ridendo mores* de la comédie, par exemple chez Molière (*Le Misanthrope*, *Le Bourgeois gentilhomme*). 2. *Une cruauté sans cible nominale* : la blessure vise le vice et non la personne. Chacun peut se reconnaître sans être désigné, ce qui est la condition de la correction morale. 3. *Le parcours « la comédie sociale »* : comme les Fables de La Fontaine (« Les Obsèques de la Lionne ») ou les *Lettres persanes* de Montesquieu, La Bruyère fait du rire grinçant un instrument de lucidité. L'écriture qui « mord » finit donc par être « utile ». Conclusion La citation d'Érasme correspond en partie à l'intention de La Bruyère, qui vise l'édification morale. Elle relève pourtant aussi d'une précaution oratoire : l'écriture des livres V à X mord et blesse. Mais cette morsure est mise au service de l'avertissement, ce qui réconcilie satire et morale. Ouverture possible : Voltaire ou Beaumarchais prolongeront cette satire sociale au siècle suivant.
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