Sujet 3 - Option n°2 · Bac STMG Philosophie Métropole 2025

Thème : La justice · Tiré du sujet Métropole France (2025)

Énoncé

Sujet 3 — Option n°2: Explication linéaire libre

La société peut se maintenir entre différents hommes comme entre différents marchands, à partir du sens de son utilité, sans aucun lien réciproque d’amour ou d’affection. Et quoique l’homme qui en est membre ne soit lié par aucune obligation, ni par aucune forme de gratitude vis-à-vis d’autrui, la société peut toujours être soutenue par l’échange mercenaire 1 de bons services selon des valeurs convenues. La société, toutefois, ne peut subsister entre ceux qui sont toujours prêts à se nuire et à se causer du tort. Dès que surviennent les préjudices 2, dès que s’installent le ressentiment réciproque et l’animosité 3, tous les liens de la société sont déchirés, et les différents membres en quoi elle consistait sont, en quelque sorte, disséminés et dispersés à l’entour par la violence et l’opposition de leurs sentiments discordants. S’il y a une société entre des brigands et des assassins, ils doivent au moins, selon l’observation commune, s’abstenir de se voler ou de s’assassiner les uns les autres. La bienfaisance est donc moins essentielle à l’existence de la société que la justice. La société peut se maintenir sans bienfaisance, quoique dans un état qui ne soit pas le plus confortable; mais la prédominance de l’injustice la détruira absolument.

Adam Smith, Théorie des sentiments moraux, 1759.

1 mercenaire: qui se fait payer.

2 préjudices: perte, dommage ou atteinte causée par l’action de quelqu’un.

3 animosité: sentiment hostile.

Expliquer le texte suivant en suivant le développement de votre choix.

Votre devoir doit comporter une introduction (définition du thème, problème posé par le texte, thèse de l'auteur et annonce des étapes de l'argumentation), un développement rigoureux et continu expliquant le texte ligne à ligne ou par moments d'argumentation, et une conclusion récapitulative.

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Expliquer le texte suivant en suivant le développement de votre choix :

Réponse : Une explication complète et ordonnée du texte doit mettre en lumière les éléments suivants : Introduction : - Thème : Les conditions de subsistance et de cohésion de la société humaine ; le fondement du lien social. - Problème : Une société humaine repose-t-elle sur les sentiments d'amour et de dévouement mutuel (la bienfaisance) ? Ou bien peut-elle se contenter de l'intérêt personnel et du respect obligatoire de règles de non-nuisance (la justice) ? - Thèse : La bienfaisance orne la société et la rend plus agréable, mais seule la justice en constitue le pilier irremplaçable. Les hommes peuvent vivre ensemble par intérêt sans s'aimer, mais leur société ne peut subsister si l'injustice et la violence deviennent prédominantes. - Plan du texte : 1. La viabilité d'une société marchande fondée sur l'utilité mutuelle (l. 1 à 5). 2. L'effet destructeur de l'injustice et l'exemple décisif des brigands (l. 5 à 12). 3. Bilan comparatif : la bienfaisance est secondaire, la justice est vitale (l. 12 à 15). Développement : 1. Premier moment (l. 1-5) : L'utilité marchande comme lien social minimal. Smith compare les membres d'une communauté à des « marchands ». Le lien social ne dépend pas nécessairement de sentiments moraux nobles (l'amour, l'amitié, la gratitude). Il peut reposer sur un calcul pragmatique d'utilité réciproque. L'échange mercenaire, réglé sur des valeurs convenues, permet la coopération entre des individus indifférents les uns aux autres. L'intérêt suffit à relier les hommes. 2. Deuxième moment (l. 5-12) : L'incompatibilité absolue entre société et préjudice mutuel. Si l'indifférence affective n'empêche pas la société d'exister, la malveillance mutuelle la détruit radicalement. Lorsque les préjudices, l'animosité et le ressentiment s'installent, les liens se déchirent et les membres se dispersent dans la violence. Pour prouver que la non-agression est le socle absolu de tout groupe, Smith convoque l'exemple paradoxal d'une bande de brigands et d'assassins. Même des criminels coalisés contre le reste du monde doivent s'abstenir de se voler ou de s'entretuer au sein de leur propre troupe. La justice négative (ne pas nuire) est donc la condition sine qua non de toute vie collective. 3. Troisième moment (l. 12-15) : La primauté existentielle de la justice sur la bienfaisance. Smith en tire la distinction entre deux vertus : - la bienfaisance est une vertu positive (faire le bien), non exigible ; son absence rend la vie en société moins confortable, mais non impossible ; - la justice est une vertu négative (s'abstenir du mal), impérative ; sa violation généralisée conduit au chaos et à la destruction de la communauté. Conclusion : Le texte d'Adam Smith pense le lien social de manière réaliste. Contre une vision idéaliste qui exigerait la fraternité universelle pour faire communauté, Smith montre que l'intérêt mutuel et le respect de la justice suffisent à maintenir une société. La bienfaisance n'en est que l'ornement. La justice, elle, en est le fondement nécessaire : sans elle, aucune société, pas même une bande de brigands, ne peut subsister. On peut cependant se demander si une société réduite à l'échange intéressé et à la non-nuisance n'est pas une société appauvrie, qui survit sans vraiment unir les hommes.

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