Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Métropole Secours 2025

Thème : Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Métropole Secours (2025)

Énoncé

Vous traiterez au choix, l'un des deux sujets suivants:

1- Commentaire de texte (20 points)

Objet d'étude: la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle

Marie Mennessier-Nodier, « À M. Fontaney », 1830.

À M. Fontaney

Penserez-vous, ami, sous votre ciel d'Espagne,

Sous cet ardent soleil inondant la campagne

De ses rayons de feu,

Ami, penserez-vous à notre froide neige,

5 Au brouillard, à l'hiver, à son triste cortège,

Et puis, à nous, un peu ?

Le bonheur vous attend, le bonheur et la joie,

Les dames de Madrid, en mantilles 1 de soie,

Les beaux soirs, les beaux jours;

10 Garderez-vous alors l'amitié forte et sainte,

Si fortement au cœur, après longtemps empreinte

Et promise à toujours 2 ?

Hélas ! Qui peut savoir ? Sans en laisser de trace

Le temps enlève tout, et, sans pitié ni grâce,

15 Il marche son chemin,

Emportant avec lui nos plus belles années,

Brisant sur notre front nos couronnes fanées

D'une puissante main.

Mais il faut tout quitter pour un bien long voyage;

20 Puissent nos vœux ardents en écarter l'orage

Et les tristes revers 3 !

Et vous pour qui la vie enfin s'ouvre si belle,

N'oubliez pas les sons de la voix fraternelle

Qui murmurait vos vers !

1 Mantille: longue et large écharpe de soie ou de dentelle, le plus souvent noire, couvrant la tête et les épaules, qui fait partie du costume traditionnel des Espagnoles.

2 « après longtemps empreinte et promise à toujours »: expression qui montre que l'amitié a marqué le cœur de façon à durer éternellement.

3 Revers: événement malheureux et accident survenant après une série de succès qui retourne une situation et la change en mal.

Vous commenterez ce poème de Marie Mennessier-Nodier. Vous pourrez vous aider des pistes de lecture suivantes et observer:

l'expression de l'inquiétude;

l'importance de l'amitié.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Vous commenterez ce poème de Marie Mennessier-Nodier. Vous pourrez vous aider des pistes de lecture suivantes et observer : l'expression de l'inquiétude ; l'importance de l'amitié.

Réponse : Proposition de plan détaillé et éléments de commentaire composé : ### Introduction - Accroche et contexte : Fille de Charles Nodier, Marie Mennessier-Nodier anime le salon romantique de l'Arsenal. En 1830, elle adresse ce poème au jeune poète Antoine Fontaney, ami du cénacle, sur le point de partir pour l'Espagne. - Présentation du poème : Le poème compte quatre sizains hétérométriques. Chacun associe deux alexandrins et un hexasyllabe, deux fois (12-12-6 / 12-12-6), sur des rimes AABCCB. Ce poème élégiaque d'adieu mêle effusion lyrique et angoisse de la séparation. - Problématique : Comment ce poème d'adieu transforme-t-il la crainte de l'oubli et de la fuite du temps en un éloge de l'amitié fraternelle et poétique ? - Annonce du plan : 1. L'expression de l'inquiétude face à l'éloignement. 2. Une méditation élégiaque sur le temps destructeur. 3. L'amitié sacralisée, rempart contre l'oubli. ### Axe I – L'expression de l'inquiétude face à la séparation 1. Une parole interrogative et suppliante : - Questions rhétoriques au futur : « Penserez-vous [...] ? », « Garderez-vous alors [...] ? ». - Chiasme des vers 1 et 4 (« Penserez-vous, ami » / « Ami, penserez-vous »). - Apostrophe répétée « ami », qui traduit un besoin d'être rassurée. - Chute modeste et touchante de l'hexasyllabe : « Et puis, à nous, un peu ? ». 2. L'antithèse de deux univers : - L'Espagne lumineuse et séduisante : champ lexical du feu (« ardent soleil », « rayons de feu ») ; plaisirs mondains (« Les dames de Madrid, en mantilles de soie ») ; anaphore « Les beaux soirs, les beaux jours » ; répétition de « le bonheur ». - Le Nord froid et triste : énumération « froide neige », « brouillard », « hiver », « triste cortège », dont la connotation est funèbre. - La crainte que l'éclat de la nouvelle vie efface le souvenir des amis restés à Paris. ### Axe II – Une méditation élégiaque sur la fuite du temps 1. Le topos du *tempus fugit* : - L'interjection « Hélas ! » et la question « Qui peut savoir ? » font basculer le poème dans le registre élégiaque. - Le Temps est personnifié en marcheur implacable : « Il marche son chemin », « sans pitié ni grâce », « Sans en laisser de trace ». La sentence « Le temps enlève tout » a une portée générale. 2. La fragilité de la jeunesse et des gloires : - Les participes présents « Emportant », « Brisant » montrent une action continue et violente. - Les « couronnes fanées » évoquent des lauriers poétiques flétris, brisés « D'une puissante main ». - Le « bien long voyage » fait craindre une rupture définitive. L'« orage » et les « tristes revers » sont des métaphores des malheurs possibles. ### Axe III – L'importance de l'amitié, sacralisée et poétique 1. Une amitié présentée comme sacrée et éternelle : - Les adjectifs « forte et sainte » donnent une dimension religieuse à l'amitié. - Le polyptote « forte » / « fortement » insiste sur sa force. - L'image de l'empreinte gravée « au cœur » et l'engagement « promise à toujours » en font un serment. 2. Une parole de vœu et d'affection : - Le subjonctif optatif « Puissent nos vœux ardents en écarter l'orage » prend la forme d'une prière protectrice. - Le « nous » collectif inclut le cercle amical. - La générosité envers l'ami est sincère : « la vie enfin s'ouvre si belle ». 3. L'amitié inscrite dans la poésie : - L'impératif final « N'oubliez pas » formule une supplique. - La « voix fraternelle / Qui murmurait vos vers » rappelle le lien né du partage de la poésie dans le salon. - Le poème lui-même devient un gage de mémoire contre l'oubli et le temps. ### Conclusion - Bilan : Ce poème d'adieu mêle l'inquiétude de la séparation et la méditation sur le temps à un vibrant éloge de l'amitié. Les procédés soutiennent cette alliance : interrogations, antithèses, personnification et vœux. - Ouverture : On peut le rapprocher de l'élégie romantique sur la fuite du temps, comme « Le Lac » de Lamartine (« Ô temps, suspends ton vol ! »), ou de la poésie d'amitié de Marceline Desbordes-Valmore.

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