Exercice 1 - Commentaire · Bac Français (1ère) Métropole remplacement 2025
Thème : Commentaire – Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle · Tiré du sujet Métropole France remplacement (2025)
Énoncé
Vous traiterez, au choix, l'un des deux sujets suivants:
1- Commentaire (20 points)
Objet d'étude: Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle
Vous commenterez le texte suivant:
Simone de BEAUVOIR, Tous les hommes sont mortels, 1946
Le narrateur est né en 1279. Devenu immortel, il traverse les siècles. Au XVIIIe siècle, suite à une offense commise contre Marianne de Sinclair, jeune femme rencontrée dans un salon, il est provoqué en duel par Richet.
Je franchis la porte. Dehors c'était une belle nuit fraîche éclairée par la lune; les
rues étaient désertes. Les gens étaient calfeutrés 1 dans leurs salons, dans leurs
mansardes: chez eux. Nulle part je n'étais chez moi, la maison que j'habitais
n'avait jamais été une maison: un campement; ce siècle n'était pas mon siècle, et cette vie
5 qui se poursuivait vainement en moi n'était pas ma vie. Je tournai le coin d'une rue et
je me trouvai sur le quai du fleuve; j'aperçus le chevet de la cathédrale avec ses arcs-
boutants 2 blancs, ses statues qui descendaient en procession du haut du toit; le fleuve
coulait froid et noir entre les murs tapissés de lierre; au fond des eaux il y avait la lune
ronde. Je marchais, et elle avançait en même temps que moi, présente au fond de
10 l'eau, présente au fond du ciel, la lune détestée qui m'accompagnait depuis cinq cents
ans, glaçant toutes choses de son regard glacé. Je m'appuyai au parapet 3 de pierre;
l'église se dressait, rigide dans la lumière morte, seule et inhumaine comme moi; tous
ces hommes qui nous entouraient allaient mourir, et nous demeurerions debout. Je
pensai: « Un jour elle s'effondrera à son tour, il n'y aura plus à sa place qu'un amas
15 de ruines; un jour il n'en restera plus aucune trace, et la lune brillera au ciel, et je serai
encore là. »
Je suivis le fleuve. Peut-être qu'en ce moment Richet regardait la lune; il regardait
la lune et les étoiles, il pensait: « Je les vois pour la dernière fois »; il se rappelait
chaque sourire de Marianne de Sinclair, pensant: « L'ai-je vue pour la dernière fois ? »
20 Dans la crainte, dans l'espoir, il attendait l'aube avec fièvre. Moi aussi, si j'eusse été
mortel, mon cœur aurait battu, cette nuit eût été sans pareille; cette lueur au ciel, c'eût
été la mort qui me faisait signe, elle m'eût attendu au bout du quai sombre. Mais non.
Il ne m'arriverait rien; ce duel était un faux semblant. C'était toujours la même nuit
sans aventure, sans joie, sans souffrance. Une seule nuit, un seul jour, se répétant
25 pendant l'éternité.
Le ciel blanchissait quand j'arrivai à la barrière de Passy. Je m'assis au bord d'un
talus. J'entendis en moi: « Je vous plains » 4; elle avait raison. C'était un être
pitoyable qui était assis au bord du talus et qui attendait le moment de commettre un
absurde assassinat. Des villes avaient flambé, des armées s'étaient entre-tuées, un
30 empire était né et s'était écroulé entre mes mains. Et j'étais là, vide, stupide, j'allais
tuer un homme sans risque et sans joie, pour m'occuper. Qui pouvait être plus à
plaindre que moi ?
1 Calfeutrés: enfermés bien au chaud.
2 Le chevet; les arcs-boutants: éléments architecturaux.
3 Parapet: muret bordant le quai.
4 Ce sont les mots prononcés par Marianne de Sinclair en réaction à l'offense du narrateur.
Compare votre réponse avec la proposition de corrigé.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Vous commenterez le texte suivant : Simone de BEAUVOIR, Tous les hommes sont mortels, 1946
Réponse : Un commentaire composé réussi pourrait s'articuler autour de trois axes : 1) Le regard d'un être immortel sur un monde mortel, marqué par l'étrangeté et la non-appartenance ('Nulle part je n'étais chez moi'). 2) La lune comme figure obsédante et double du narrateur, symbole de froideur, d'éternité et de fatalité ('la lune détestée qui m'accompagnait depuis cinq cents ans'). 3) L'ironie tragique du duel : pour les mortels (Richet, Marianne), cette nuit est unique et chargée d'émotion, tandis que pour le narrateur elle n'est qu'une répétition vide et absurde ('C'était toujours la même nuit... Une seule nuit, un seul jour, se répétant pendant l'éternité'), ce qui débouche sur une méditation existentielle sur le sens de l'action et de la souffrance humaine face à l'éternité.
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