Exercice 1 - Commentaire · Bac Français (1ère) Métropole Secours 2026
Thème : Commentaire – Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle · Tiré du sujet Métropole Secours (2026)
Énoncé
1 - Commentaire (20 points)
Objet d'étude: le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle
Vous commenterez le texte suivant:
Judith GAUTIER, Iskender – histoire persane, 1886.
Iskender, nouveau roi d'Iran, arrive au château du Div blanc 1 pour exiger la soumission de son occupant, le rebelle Rustem. L'édifice est protégé par un gouffre que seul Raschk, l'étalon de Rustem, est capable de franchir.
Au bord même du précipice, un immense portique, fouillé 2 d'ornements et de découpures, flanqué de deux taureaux ailés à tête d'oiseau et surmonté d'une statue d'Ahriman 3 accroupi sur la corniche, s'ouvrait sans défense sur l'abîme avec une majestueuse ironie. Au-delà du vaste seuil Iskender apercevait un jardin délicieux, où [5] les arbres n'avaient que des fleurs, où le sol était sablé de poudre d'or, où des fontaines d'eau de rose s'émiettaient dans des vasques de nacre. Mais devant le seuil il y avait le gouffre, au fond duquel le jour devenait noir.
Ce jardin du paradis laissait sa porte ouverte et se montrait sans crainte comme un trésor gardé par un dragon.
[10] Iskender frappa du pied, et son sourcil terrible et charmant s'abaissa.
– Raschk s'est moqué de moi, s'écria-t-il en tournant ses yeux courroucés vers les traces qui l'avaient conduit à cette déception.
Mais d'irrité qu'il était, le regard du roi devint attentif. Quatre empreintes de sabot creusaient profondément le sol, toutes proches l'une de l'autre. Il était évident que le [15] cheval avait pris là son élan pour sauter. Le roi frissonna et une sueur froide mouilla son front à l'idée qu'il allait sans nul doute essayer de franchir, lui aussi, l'abîme. Il tourna les talons et s'éloigna; mais il savait bien qu'il n'irait pas loin.
– Je suis roi, murmurait-il; le monde est le jardin de mon palais; les hommes m'aperçoivent au centre d'une irradiation merveilleuse, à la même hauteur que leurs [20] dieux; j'ai la force, la richesse et la toute-puissance, et voici qu'un entre-bâillement de la terre s'étant creusé entre ma volonté et son accomplissement, cela suffit pour faire de ce héros, dont le nom résonnera de siècle en siècle, un être inférieur au passereau 4 qui se joue des abîmes !
Le roi se rapprocha du bord, les bras croisés, les dents serrées, et il regarda [25] encore l'autre rive du précipice.
Des buissons fleuris se penchaient comme pour regarder la profondeur, et, par moment, une rose s'effeuillait lentement, un citron mûr se détachait d'une branche et tombait comme une perle d'or. Derrière les jardins et le palais, des collines vertes se haussaient et des troupeaux de vaches aux poils lisses et rosâtres, belles comme la [30] vache Pourmayeh, nourrice du grand Feridoun 5, erraient lentement sur les pentes.
Iskender fouillait des yeux la profondeur du gouffre, mais son regard n'en atteignait pas le fond. Tout à coup il se raidit et prit son élan. Mais il ne sauta pas.
– Lâche ! murmura-t-il en grinçant des dents.
Alors il saisit le sac où étaient enfermées ses provisions et la gourde de vin [35] précieux, et les lança de l'autre côté de l'obstacle, dans le jardin de Rustem.
– Je choisirai maintenant entre la mort par la faim et la mort par la chute, dit-il.
Puis il se dépouilla de ses vêtements, qui l'alourdissaient, et son corps pur apparut dans sa nudité. Il semblait un dieu de marbre avec un casque d'or sur le front. Il fit un paquet de ses habits et le lança sur le sable.
[40] – À mon tour ! dit-il.
Il recula de cent pas, respira longuement, se prit à courir d'une vitesse furieuse, bondit et retomba dans le jardin du Div blanc.
1 Div blanc: monstre mythologique maléfique.
2 fouillé: travaillé dans le détail, avec minutie.
3 Ahriman: démon de la mythologie iranienne.
4 passereau: petit oiseau.
5 Feridoun: roi iranien mythique.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Vous commenterez le texte suivant : Judith GAUTIER, Iskender – histoire persane, 1886.
Réponse : ### Proposition de corrigé : Commentaire littéraire #### Introduction - Accroche et contexte : Fille de Théophile Gautier et première femme élue à l'Académie Goncourt, Judith Gautier est une grande figure de l'orientalisme fin-de-siècle. Dans *Iskender – histoire persane* (1886), elle réinvente la figure d'Alexandre le Grand à partir des récits épiques persans, notamment le *Livre des Rois* de Firdoussi. - Situation du texte : Nouveau roi d'Iran, Iskender arrive devant le château du Div blanc, où s'est retranché le rebelle Rustem. Un gouffre que seul l'étalon Raschk sait franchir l'en sépare. - Problématique : En quoi ce récit d'une épreuve surhumaine renouvelle-t-il le modèle du héros épique, en mêlant le merveilleux oriental à un drame intérieur de la volonté et de la gloire ? - Annonce du plan : I. Un décor oriental entre féerie et menace. II. La crise intérieure d'un roi confronté à ses limites. III. L'apothéose héroïque : le saut et la transfiguration mythique. #### I. Un cadre oriental entre tentation édénique et gouffre infernal 1. Un paradis inaccessible et provocateur. - Le jardin forme un Éden oriental saturé de matières précieuses : « poudre d'or », « eau de rose », « vasques de nacre », « perle d'or ». - Le texte fait plusieurs fois référence au merveilleux : des arbres qui « n'avaient que des fleurs », la « vache Pourmayeh, nourrice du grand Feridoun ». - L'ouverture du lieu est ironique : le portique « s'ouvrait sans défense […] avec une majestueuse ironie ». La comparaison « comme un trésor gardé par un dragon » transforme le gouffre en gardien fabuleux. 2. La menace de l'abîme et du mal. - Le décor comporte des figures monstrueuses : les « taureaux ailés à tête d'oiseau » et Ahriman, démon iranien. Le château est aussi celui du Div blanc, monstre maléfique. - L'antithèse lumière/ténèbres est forte : « au fond duquel le jour devenait noir ». Le regard du roi « n'en atteignait pas le fond ». - La nature elle-même mime la chute : les buissons « se penchaient comme pour regarder la profondeur », une rose s'effeuille, un citron tombe. Ces signes annoncent la mort possible. #### II. La crise de l'orgueil et le combat contre la peur 1. La blessure d'amour-propre. - Iskender réagit d'abord par la colère : « frappa du pied », « yeux courroucés », « Raschk s'est moqué de moi ». - L'oxymore « sourcil terrible et charmant » le présente à la fois comme un héros redoutable et séduisant. 2. Un monologue de la démesure et de l'humiliation. - Le roi se fait une image hyperbolique de lui-même : « le monde est le jardin de mon palais », « à la même hauteur que leurs dieux ». Le rythme ternaire « la force, la richesse et la toute-puissance » renforce cette grandeur. - Le dérisoire s'oppose à cette grandeur : un simple « entre-bâillement de la terre » fait de lui « un être inférieur au passereau ». Le texte pose ainsi la question des limites humaines et de l'hybris. 3. La peur physique et le combat intérieur. - La peur est concrète : « frissonna », « sueur froide », puis un premier élan avorté (« Mais il ne sauta pas »). - Le roi se reproche sa faiblesse en s'insultant lui-même : « Lâche ! ». Le texte met en scène un héros humain, faillible, et non un surhomme d'emblée. #### III. L'apothéose héroïque : du choix radical à la transfiguration 1. Se couper toute retraite. - Le roi jette de l'autre côté ses provisions et son vin, puis ses vêtements. Il rend ainsi le recul impossible : « la mort par la faim ou la mort par la chute ». - La volonté triomphe de la peur par un pari tragique. 2. La transfiguration en statue divine. - Une fois dévêtu, il apparaît dans la pureté de son corps : « il semblait un dieu de marbre avec un casque d'or ». C'est une esthétique de la statuaire antique, proche du goût parnassien. - Il égale désormais les dieux qu'il invoquait dans son monologue : le corps nu fait de lui un héros mythique. 3. Un saut épique d'une sobriété saisissante. - La phrase finale accumule les verbes d'action et accélère le rythme : « recula », « respira », « se prit à courir », « bondit et retomba ». Le suspense se résout brutalement. - L'exploit n'est accompagné d'aucun commentaire, ce qui consacre le héros. Il entre dans le jardin du Div blanc et rivalise avec le cheval merveilleux. La parole « À mon tour ! » scelle le défi relevé. #### Conclusion - Bilan : Judith Gautier fait d'un épisode d'épopée persane un récit à la fois merveilleux et psychologique. Le décor somptueux et menaçant met à l'épreuve un roi orgueilleux, qui surmonte sa peur par la seule force de sa volonté. - Ouverture : On peut rapprocher Iskender des héros de l'épopée et du roman de chevalerie, qui franchissent un passage périlleux (Lancelot et le pont de l'épée chez Chrétien de Troyes). On peut aussi évoquer l'orientalisme de Flaubert dans *Salammbô*.
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