Exercice 1 - Commentaire · Bac Français (1ère) Métropole 2024
Thème : Commentaire – Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle · Tiré du sujet Métropole France (2024)
Énoncé
Vous traiterez, au choix, l'un des deux sujets suivants:
1- Commentaire [20 points]
Objet d'étude: Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle
Vous commenterez le texte suivant:
Claire de DURAS, Édouard, 1825
Le narrateur, Édouard, tombe amoureux d'une jeune veuve, la duchesse de Nevers. Fils d'un avocat, il ne peut lui avouer son amour parce qu'il n'est pas noble. Il passe cependant un été avec elle au château de Faverange.
Madame de Nevers s'était assise dans l'embrasure d'une des fenêtres pour respirer l'air frais du soir; un grand jasmin qui tapissait le mur de ce côté du château montait dans la fenêtre, et s'entrelaçait dans le balcon. Debout, à deux pas derrière elle, je voyais son profil charmant se dessiner sur un ciel d'azur, encore doré par les derniers 5 rayons du couchant; l'air était rempli de ces petites particules brillantes qui nagent dans l'atmosphère à la fin d'un jour chaud de l'été; les coteaux, la rivière, la forêt, étaient enveloppés d'une vapeur violette qui n'était plus le jour, et qui n'était pas encore l'obscurité. Une vive émotion s'empara de mon cœur. De temps en temps un souffle d'air arrivait à moi; il m'apportait le parfum du jasmin, et ce souffle embaumé semblait 10 s'exhaler de celle qui m'était si chère ! Je le respirais avec avidité. La paix de ces campagnes, l'heure, le silence, l'expression de ce doux visage, si fort en harmonie avec ce qui l'entourait, tout m'enivrait d'amour. Mais bientôt mille réflexions douloureuses se présentèrent à moi. Je l'adore, pensai-je, et je suis pour jamais séparé d'elle ! Elle est là; je passe ma vie près d'elle, elle lit dans mon cœur, elle 15 devine mes sentiments, elle les voit peut-être sans colère: eh bien ! jamais, jamais, nous ne serons rien l'un à l'autre ! La barrière qui nous sépare est insurmontable, je ne puis que l'adorer; le mépris la poursuivrait dans mes bras ! et cependant nos cœurs sont créés l'un pour l'autre. Et n'est-ce pas là peut-être ce qu'elle a voulu dire l'autre jour ! Un mouvement irrésistible me rapprocha d'elle; j'allai m'asseoir sur cette même 20 fenêtre où elle était assise, et j'appuyai ma tête sur le balcon. Mon cœur était trop plein pour parler. « Édouard, me dit-elle, qu'avez-vous ? – Ne le savez-vous pas ? » lui dis- je. Elle fut un moment sans répondre; puis elle me dit: « Il est vrai, je le sais; mais si vous ne voulez pas m'affliger, ne soyez pas ainsi malheureux. Quand vous souffrez, 25 je souffre avec vous; ne le savez-vous pas aussi ? – Je devrais être heureux de ce que vous me dites, répondis-je, et cependant je ne le puis. – Quoi ! dit-elle, si nous passions notre vie comme nous avons passé ces deux mois, vous seriez malheureux ? » Je n'osai lui dire que oui; je cueillis des fleurs de ce jasmin qui l'entouraient, et qu'on ne distinguait plus qu'à peine; je les lui donnai, je les lui repris; puis je les couvris de mes baisers et de mes larmes.

Corrigé
Corrigé établi d’après les éléments de correction officiels
Votre commentaire :
Réponse : Un commentaire composé rédigé et structuré analysant l'extrait de Claire de Duras.
Vous commenterez le texte suivant : Claire de DURAS, Édouard, 1825.
Réponse : Le corrigé propose une grille d'évaluation par paliers (1 à 4) portant sur : l'aptitude à comprendre, analyser et interpréter un texte littéraire ; l'aptitude à mobiliser une culture littéraire ; l'aptitude à construire une réflexion organisée ; et la maîtrise de la langue à l'écrit.\n\n \n\nPrésentation du texte\nCet extrait du roman Édouard de Claire de Duras, paru en 1825, s'inscrit dans le mouvement romantique : les candidats peuvent y retrouver les thèmes privilégiés de la nature, de l'expression exacerbée des sentiments et l'utilisation d'un « je » lyrique. On valorisera les copies qui proposent une présentation de ce contexte littéraire au service de la compréhension et de l'interprétation du texte.\n\nL'extrait retenu présente le portrait sublimé de la femme aimée et la souffrance d'Édouard en proie à cet amour empêché par l'ordre social. On valorisera les copies qui perçoivent la dimension topique de cette représentation de l'amour impossible.\n\nOn acceptera que le candidat adopte pour son commentaire une approche linéaire ou composée. Il apparaît que cet extrait permet d'associer une approche linéaire et thématique dans la mesure où le texte suit une progression très claire : la vision du tableau initial conduit à l'expression intérieure des tourments du personnage pour aboutir à un dialogue amoureux, la scène s'animant progressivement. On valorisera les copies qui rendent compte de l'organisation dynamique de ce passage.\n\nPistes pour le commentaire\nOn envisagera que les candidats explorent certaines des pistes suivantes au cours de leur réflexion, sans attendre de traitement exhaustif de l'ensemble de ces entrées.\n\n*Les candidats peuvent être sensibles à la dimension picturale du texte :*\n- Le cadre de la fenêtre apparaît d'emblée comme le cadre d'un tableau et délimite le portrait de Mme de Nevers. Le lecteur adopte le regard du narrateur sur la femme immobile au premier plan et le paysage à l'arrière-plan. On valorisera les copies qui perçoivent la reprise des motifs traditionnels de la femme à sa fenêtre, du balcon, du coucher de soleil romantique.\n- L'autrice souligne le jeu des couleurs et de la lumière ; sa palette est composée « d'azur », de « doré », de « petites particules brillantes », de « vapeur violette » (l.4-7).\n\n*Les candidats pourront constater que cette description est empreinte d'une dimension sensuelle :*\n- Si le tableau est immobile, il est en revanche rendu vivant par une certaine sensualité dans l'écriture : parfums, couleurs, lumière, chaleur, souffle entremêlent la vision de la femme aimée et de la nature.\n- L'extrait commence par un moment suspendu, caractérisé par l'harmonie entre l'intérieur et l'extérieur, entre la femme et la nature (parfums confondus de la femme et du jasmin), entre la vue et l'odorat, entre la nature et l'architecture (entrelacement du jasmin et du balcon) : « la paix de ces campagnes, l'heure, le silence, l'expression de ce doux visage, si fort en harmonie avec tout ce qui l'entourait » (l.11). Le personnage de Mme de Nevers paraît sublimé par la beauté du paysage qui l'environne.\n\n*Les candidats peuvent interpréter la manière dont l'autrice rend perceptible l'émoi et le tourment amoureux du personnage d'Édouard :*\n- Le « mais » (l. 12) introduit une rupture : à l'émerveillement et à la contemplation muette succède l'expression des sentiments et émotions du personnage. On valorisera les copies qui soulignent le contraste entre la « paix » (l.10) du paysage et l'agitation intérieure du narrateur.\n- Le sentiment amoureux est exprimé avec un lyrisme familier des candidats. La narration à la première personne favorise l'expression des sentiments d'Édouard et l'investissement émotionnel du lecteur. Le passage de la narration au discours direct libre (à partir de la ligne 13), laisse place à l'expression exaltée des sentiments, renforcée par une syntaxe expressive (exclamations) et par le recours aux hyperboles. Comme le suggérait la représentation idéalisée de la femme aimée, elle semble vénérée par Édouard ; on valorisera les candidats qui soulignent la dimension sacrée du verbe « adorer », repris deux fois (l.13 et 17).\n- Le texte fait également état du tourment, de sentiments contraires liés à l'impossibilité de cet amour. Les candidats peuvent retrouver ici une représentation traditionnelle de l'amour impossible : la « barrière [...] insurmontable » (l.16) qui se dresse entre deux âmes-sœurs, le risque d'opprobre.\n- Une interprétation plus fine, à valoriser, peut faire émerger l'impuissance propre au héros romantique ou tragique.\n\n*Le tableau prend vie, et donne lieu à un dialogue amoureux dont les candidats pourront examiner les enjeux :*\n- Le passage au discours direct confère de la vivacité à la scène romanesque : la contemplation et l'introspection laissent place à la fin de l'extrait à une scène vivante, où la narration se raréfie au profit des répliques qui s'enchaînent.\n- On valorisera les copies qui perçoivent une certaine théâtralité, soutenue par l'intertextualité possible avec d'autres dialogues amoureux au théâtre : amour impossible, aveu de la réciprocité des sentiments, motif de la scène du balcon. Les références, même implicites, à des pièces antérieures comme Roméo et Juliette ou postérieures comme Cyrano de Bergerac sont à valoriser.\n- Le lecteur assiste à un dialogue difficile, empêché. Les interrogations se succèdent et restent sans réponse. Les silences semblent aussi significatifs que le dialogue lui-même.\n- On valorisera les copies qui perçoivent l'aveu implicite, notamment dans l'empathie de Mme de Nevers pour Édouard : « Quand vous souffrez, je souffre avec vous » (l.23-24), le verbe « souffrir » pouvant être rapproché de l'étymologie du mot passion. Le lecteur perçoit en creux, dans la réaction de Mme de Nevers, la réciprocité encore tue du sentiment amoureux.\n- Le dialogue semble pourtant aboutir à un échec partiel : la déclaration amoureuse attendue n'a pas lieu, il n'y a pas de réciprocité dans le geste final du personnage (« je les lui donnai, je les lui repris » (l. 28)), l'union ne se réalise pas et le personnage en pleurs ne peut étreindre que le jasmin, ersatz décevant de la femme aimée. On valorisera une copie qui rapproche ce geste final du tableau initial, rappelant que « le parfum du jasmin [...] semblait s'exhaler » (l.9) de Mme de Nevers. On valorisera les remarques sur les attentes du lecteur, déçues par l'absence d'une déclaration amoureuse explicite (différée en réalité puisqu'elle advient dans les pages suivantes du roman).
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