Exercice 1 - Commentaire · Bac Français (1ère) Métropole remplacement 2023

Thème : Commentaire – Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle · Tiré du sujet Métropole France remplacement (2023)

Énoncé

1- Commentaire (20 points)

Objet d'étude

Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle

Vous commenterez le texte suivant:

Jean Giono, Le Chant du monde, Première partie, II, 1934.

C'est au bord d'un fleuve, au cœur d'un paysage de montagnes, que vit Antonio le pêcheur, en harmonie avec la nature. La saison est déjà bien avancée. Il doit toutefois remonter le fleuve et traverser des gorges. Afin de savoir si ce projet est encore réalisable, il décide d'entrer dans l'eau.

Il plongea.

Dans l'habitude de l'eau, ses épaules étaient devenues comme des épaules de poisson. Elles étaient grasses et rondes, sans bosses ni creux. Elles montaient vers son cou, elles renforçaient le cou. Il entra de son seul élan dans le gluant du courant.

Il se dit:

« L'eau est épaisse. »

Il donna un coup de jarret. Il avait tapé comme sur du fer. Il ne monta pas. Il avait de longues lianes d'eau ligneuse 1 enroulées autour de son ventre. Il serra les dents. Il donna un coup de pied. Une lanière d'eau serra sa poitrine. Il était emporté par une masse vivante.

Il se dit:

« Jusqu'au rouge. »

C'était sa limite. Quand il était à bout d'air il entendait un grondement dans ses oreilles, puis le son devenait rouge et remplissait sa tête d'un grondement sanglant à goût de soufre.

Il se laissa emporter. Il cherchait la faiblesse de l'eau avec sa tête.

Il entendait dans lui:

« Rouge, rouge. »

Et puis le ronflement du fleuve, pas le même que d'en haut mais ce bruit de râpe que faisait l'eau en charriant son fond de galets.

Le sang coula dans ses yeux.

Alors, il se tourna un peu en prenant appui sur la force longue du courant; il replia son genou droit comme pour se pencher vers le fond, il ajusta sa tête bien solide dans son cou et, en même temps qu'il lançait sa jambe droite, il ouvrit les bras.

Il émergeait. Il respira. Il revoyait du vert. Ses bras luisaient dans l'écume de l'eau.

C'étaient deux beaux bras nus, longs et solides, à peine un peu renflés au-dessus du coude mais tout entourés sous la peau d'une escalade de muscles. Les belles épaules fendaient l'eau. Antonio penchait son visage jusqu'à toucher son épaule. À ce moment l'eau balançait ses longs cheveux comme des algues. Antonio lançait son bras loin là-bas devant, sa main saisissait la force de l'eau. Il la poussait en bas sous lui cependant qu'il cisaillait le courant avec ses fortes cuisses.

« L'eau est lourde », se dit Antonio.

Il y avait dans le fleuve des régions glacées, dures comme du granit, puis de molles ondulations plus tièdes qui tourbillonnaient sournoisement dans la profondeur.

« Il pleut en montagne », pensa Antonio.

Il regarda les arbres de la rive.

« Je vais aller jusqu'au peuplier. »

Il essaya de couper le courant. Il fut roulé bord sur bord comme un tronc d'arbre.

Il plongea. Il passa à côté d'une truite verte et rouge qui se laissa tomber vers les fonds, nageoires repliées comme un oiseau. Le courant était dur et serré.

« Pluie de montagne, pensa Antonio. Il faut passer les gorges aujourd'hui. »

Enfin il trouva une petite faille dans le courant. Il s'y jeta dans un grand coup de ses deux cuisses. L'eau emporta ses jambes. Il lutta des épaules et des bras, son dur visage tourné vers l'amont. Il piochait de ses grandes mains; enfin, il sentit que l'eau glissait sous son ventre dans la bonne direction. Il avançait. Au bout de son effort il entra dans l'eau plate à l'abri de la rive. Il se laissa glisser sur son erre 2. De petites bulles d'air montaient sous le mouvement de ses pieds. Il saisit à pleines mains une racine qui pendait. Il l'éprouva en tirant doucement puis il se hala 3 sur elle et il sortit de l'eau, penché en avant, au plein du soleil, ruisselant, reluisant. Ses longs bras pendaient de chaque côté de lui souples et heureux. Il avait de bonnes mains aux doigts longs et fins.

1 Ligneuse: de la nature du bois.

2 Sur son erre: sur sa lancée.

3 Se haler: s'agripper à quelque chose pour sortir de l'eau.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Vous commenterez le texte suivant : Jean Giono, Le Chant du monde, Première partie, II, 1934.

Réponse : Proposition de plan de commentaire composé : Introduction : - Accroche / Contexte : Jean Giono (1895-1970), chantre de la Provence et d'une nature puissante, publie *Le Chant du monde* en 1934. Ce roman d'aventure célèbre les forces cosmiques et l'immersion des hommes dans les éléments. - Présentation du texte : Antonio, dit « Bouche d'or », pêcheur intimement lié au fleuve, plonge dans ses eaux gonflées pour savoir s'il est encore possible de remonter le fleuve et de passer les gorges. - Problématique : Comment cet extrait transforme-t-il une simple épreuve de natation en un affrontement épique et en une fusion avec la nature ? - Annonce du plan : I. Un combat physique aux accents épiques contre un fleuve redoutable II. La métamorphose animale et mythique d'Antonio : l'homme-poisson III. Une communion sensorielle et panthéiste avec le monde élémentaire --- I. Un combat physique aux accents épiques contre un fleuve redoutable 1. Un fleuve personnifié et monstrueux : - L'eau est rendue solide, minérale (« comme sur du fer », « dures comme du granit ») ou végétale (« lianes d'eau ligneuse »). - Elle est aussi animée et menaçante : « masse vivante », « une lanière d'eau serra sa poitrine », ondulations qui tourbillonnent « sournoisement ». 2. La violence de l'épreuve corporelle : - Le lexique de l'effort et du combat domine : « coup de jarret », « serra les dents », « lutta des épaules », « cisaillait le courant », « piochait ». - L'asphyxie fait peser un danger mortel, rendu par des synesthésies : « le son devenait rouge », « grondement sanglant à goût de soufre », « Le sang coula dans ses yeux ». 3. La progression héroïque et la victoire : - Les phrases courtes en parataxe suivent pas à pas les gestes et la stratégie d'Antonio (« Il plongea », « Il émergeait. Il respira »). - La recherche de la « faiblesse de l'eau » mène à la « petite faille ». La sortie au soleil, « ruisselant, reluisant », a valeur de triomphe. --- II. La métamorphose animale et mythique d'Antonio 1. L'hybridation avec la faune aquatique : - La comparaison est explicite dès le début : « ses épaules étaient devenues comme des épaules de poisson ». - Les cheveux ondulent « comme des algues ». La truite qu'il croise, « nageoires repliées comme un oiseau », fait d'Antonio un habitant du fleuve parmi d'autres. 2. Une morphologie héroïque et sculpturale : - Le corps vigoureux est célébré : « deux beaux bras nus, longs et solides », « escalade de muscles », « belles épaules », « fortes cuisses ». - Ce blason du corps évoque une divinité fluviale antique ou un héros de l'épopée. --- III. Une communion sensorielle et panthéiste 1. Le dialogue intime avec le fleuve : - Le discours intérieur, en paroles brèves, traduit le savoir du pêcheur : « L'eau est épaisse », « L'eau est lourde », « Il pleut en montagne ». - Antonio sait « lire » le fleuve : il déduit de la densité et de la température de l'eau la pluie en montagne, et décide qu'« il faut passer les gorges aujourd'hui ». Son corps devient un instrument de connaissance du monde. 2. Une écriture des sensations : - Tous les sens sont sollicités : le toucher (« gluant », « glacées », « tièdes »), l'ouïe (« ronflement du fleuve », « bruit de râpe »), la vue (« rouge », « vert », « écume »), le goût (« goût de soufre »). - Le passage du rouge (la mort frôlée) au vert puis au soleil dessine une renaissance. 3. L'harmonie retrouvée : - La fin apaisée, avec l'« eau plate », les « petites bulles d'air » et la racine qui l'aide à sortir, montre la nature redevenue accueillante. - Les bras sont « souples et heureux » : l'homme sort de l'épreuve réconcilié avec les éléments. C'est la vision panthéiste de Giono, pour qui l'homme fait partie du « chant du monde ». --- Conclusion : - Bilan : Par un style à la fois sobre (phrases brèves) et poétique (images, synesthésies), Giono fait de la baignade d'Antonio une lutte épique contre un fleuve vivant. Elle débouche sur une fusion presque mythique entre l'homme et la nature. - Ouverture : On peut rapprocher ce texte de la vision lyrique de la nature dans *Regain* ou *Colline*, ou du combat de Santiago contre l'océan dans *Le Vieil Homme et la mer* d'Hemingway.

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