Exercice 1- Commentaire · Bac Français (1ère) Métropole remplacement 2021
Thème : Commentaire – Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle · Tiré du sujet Métropole France remplacement (2021)
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1- Commentaire (20 points)
Objet d'étude: Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle
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Honoré de Balzac, La recherche de l'absolu
Balthazar Claës ruine sa famille pour des recherches scientifiques qui devraient lui livrer le secret de l'unité de la matière: l'Absolu. Sa fille Marguerite le surprend ici dans son laboratoire.
Balthazar ne descendit pas. Lassée de l'attendre, Marguerite monta au laboratoire. En entrant, elle vit son père au milieu d'une pièce immense, fortement éclairée, garnie de machines et de verreries poudreuses; çà et là, des livres, des tables encombrées de produits étiquetés, numérotés. Partout le désordre qu'entraîne la préoccupation du savant 5 y froissait les habitudes flamandes 1. Cet ensemble de matras 2, de cornues 3, de métaux, de cristallisations fantasquement colorées, d'échantillons accrochés aux murs, ou jetés sur des fourneaux, était dominé par la figure de Balthazar Claës qui, sans habit, les bras nus comme ceux d'un ouvrier, montrait sa poitrine couverte de poils blanchis comme ses cheveux. Ses yeux horriblement fixes ne quittèrent pas une machine pneumatique. Le 10 récipient de cette machine était coiffé d'une lentille formée par de doubles verres convexes dont l'intérieur était plein d'alcool et qui réunissait les rayons du soleil entrant alors par l'un des compartiments de la rose 4 du grenier. Le récipient, dont le plateau était isolé, communiquait avec les fils d'une immense pile de Volta 5. Lemulquinier 6 occupé à faire mouvoir le plateau de cette machine montée sur un axe mobile, afin de toujours maintenir 15 la lentille dans une direction perpendiculaire aux rayons du soleil, se leva, la face noire de poussière, et dit: — Ha ! mademoiselle, n'approchez pas !
L'aspect de son père qui, presque agenouillé devant sa machine, recevait d'aplomb la lumière du soleil et dont les cheveux épars ressemblaient à des fils d'argent, son crâne bossué, son visage contracté par une attente affreuse, la singularité des objets qui 20 l'entouraient, l'obscurité dans laquelle se trouvaient les parties de ce vaste grenier d'où s'élançaient des machines bizarres, tout contribuait à frapper Marguerite qui se dit avec terreur: — Mon père est fou !
Honoré de Balzac, La recherche de l'absolu, 1834
1 Au XIX e siècle, la Flandre est réputée pour l'attachement de sa population à l'ordre et la propreté de ses habitations.
2 Matras: vase en verre au col étroit, utilisé en chimie.
3 Cornue: récipient, le plus souvent en verre, utilisé en chimie pour la distillation.
4 Rose: ouverture en forme de rose, destinée à fournir de la lumière dans le grenier.
5 La pile de Volta est la première pile électrique inventée en 1800 par le physicien italien Volta.
6 Lemulquinier est l'assistant du savant Balthazar Claës.

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Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
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Réponse : Proposition de plan détaillé pour le commentaire composé : ### Introduction - Accroche : Dans *La Comédie humaine*, Balzac s'intéresse aux passions dévorantes qui consument les individus et détruisent les familles. Dans *La recherche de l'absolu* (1834), Balthazar Claës sacrifie sa fortune et ses proches pour percer le secret de la matière. - Situation du passage : Marguerite, inquiète de l'absence de son père, monte au grenier aménagé en laboratoire et découvre le spectacle de son obsession. - Problématique : Comment cette scène de découverte transforme-t-elle le laboratoire en un antre inquiétant et fait-elle du savant une figure aliénée, entre réalisme et fantastique ? - Annonce du plan : 1. Un cadre insolite entre réalisme technique et désordre inquiétant. 2. Le portrait saisissant d'un savant habité par une passion dévorante. 3. Une scène dramatisée à travers le regard effrayé de Marguerite. --- ### I. Un cadre insolite : du réalisme matériel à l'atmosphère fantastique 1. L'accumulation réaliste et le désordre : - Le vocabulaire technique est abondant : « verreries », « matras », « cornues », « pile de Volta », « machine pneumatique ». La description minutieuse de l'appareil (lentille, alcool, plateau mobile) relève de l'esthétique réaliste. - Les énumérations et les pluriels créent un effet de foisonnement. L'opposition entre le « désordre » et les « habitudes flamandes » d'ordre et de propreté marque une rupture avec l'ordre domestique et familial. 2. Un espace mystérieux : - Le grenier est « immense ». Ses contrastes lumineux sont violents : « fortement éclairée », rayons du soleil concentrés, mais « obscurité » des parties reculées. - Une dimension quasi alchimique se dégage : « cristallisations fantasquement colorées », « machines bizarres » qui « s'élançaient », personnification inquiétante. --- ### II. La figure du savant : aliénation et déchéance 1. Une transformation physique et sociale : - Le riche bourgeois flamand oublie son rang : il est « sans habit », « les bras nus comme ceux d'un ouvrier », le corps vieilli (« poils blanchis »). - Les détails physiques ont une allure presque pathologique : « yeux horriblement fixes », « crâne bossué », « visage contracté ». 2. Une dévotion quasi religieuse et fanatique : - Sa posture est celle d'un fidèle : « presque agenouillé devant sa machine », baigné de lumière (« cheveux épars » semblables à des « fils d'argent »). La machine devient une idole. - La tension est extrême : l'« attente affreuse » du miracle scientifique confine à la possession. La passion de l'Absolu l'a coupé du monde, et il ne voit pas sa fille. --- ### III. La dramatisation à travers le regard de Marguerite 1. Le point de vue interne et la montée de la tension : - La découverte se fait par le regard de la fille (« elle vit »). Le lecteur découvre le laboratoire avec elle, du décor jusqu'au personnage central qui le « domine ». - Lemulquinier intervient de façon théâtrale, avec sa « face noire de poussière », figure de serviteur-complice. Son exclamation au discours direct (« Ha ! mademoiselle, n'approchez pas ! ») signale un danger et interdit l'accès à cet espace. 2. Le dénouement de la scène : - La longue phrase finale accumule les sujets (« L'aspect de son père…, son crâne…, son visage…, la singularité…, l'obscurité… »). Le pronom récapitulatif « tout contribuait à frapper Marguerite » produit une gradation. - La chute est brève, au discours direct : « Mon père est fou ! », introduite par « avec terreur ». Ce verdict condense l'effet de la scène, fait basculer le savant dans la folie aux yeux de sa famille et annonce le drame familial. --- ### Conclusion - Bilan : À travers une description réaliste et précise, Balzac construit un décor inquiétant aux accents fantastiques. Il fait de Balthazar Claës l'incarnation du savant possédé par sa passion. Le regard terrifié de Marguerite dramatise la scène et en fait un tournant tragique pour la famille. - Ouverture : On peut rapprocher ce personnage d'autres figures de savants dévorés par leur quête, comme le Frankenstein de Mary Shelley (1818), ou d'autres monomaniaques balzaciens comme le peintre Frenhofer du *Chef-d'œuvre inconnu*.
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