Exercice 2 - Sujet B : Essai · Bac STMG Français Centres étrangers (Afrique) session normale 2026

Thème : Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2026)

Énoncé

Sujet B

Œuvre: Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, Premier soir, Second soir, Troisième soir. Parcours: le goût de la science

Texte de Pierre Léna et Huanming Yang, « Une promenade de science », La Science, 2003

La science naît du merveilleux spectacle qu'offre au regard, à la sensibilité et à l'intelligence de l'être humain ce monde qui nous entoure, qu'il soit proche comme l'eau qui coule, le feu qui brûle, ou lointain comme le soleil qui chauffe et les étoiles qui scintillent.

L'intensité des sentiments que peut produire la vision de la nature est bien réelle. Je ne connais guère de personnes, quel que soit leur âge, qui ne soient prises d'une grande émotion lorsque nous passons ensemble quelques heures, par une nuit claire et sans lune, loin des villes, devant le spectacle du ciel piqueté d'étoiles, riche d'une ou deux planètes brillantes, parfois sillonné d'une traînée d'étoile filante et tournant lentement autour de la Polaire 1. Nul n'échappe à la profondeur des interrogations que suscite ce mélange de beauté et d'étrangeté.

Pour qui veut de son œil nu le regarder avec attention, ce monde présente deux caractères surprenants. Le premier est l'extraordinaire diversité des choses et des phénomènes de la nature. Quoi de commun entre la simplicité de forme d'un cristal de quartz 2 et la complexité des figures que forment les vagues à la surface de l'océan ou les nuages bourgeonnant à l'approche de l'orage ? […] Quel étrange délai entre l'éclair et la détonation du tonnerre, et comment comprendre l'harmonie entre deux notes d'une flûte ! Aristote remplissait des volumes à décrire cette diversité, Léonard de Vinci des carnets à la dessiner. Où que je me tourne ou me promène, je m'étonne.

Le second trait de ce qui nous entoure est une bien étrange combinaison de changement et de permanence. Rien qui soit immuable 3 ! Les arbres ou les insectes grandissent et meurent, le Soleil se couvre tous les onze ans de taches noires, le fer rouille, l'uranium se désintègre progressivement en plomb. Le temps, ce mystérieux concept que nous subissons tous et dont nous ne savons rien, imprime ainsi au monde son irrésistible marque, ce temps qu'admirablement le philosophe grec Héraclite comparait à un fleuve où jamais deux fois on ne se baigne dans la même eau.

Pourtant tout demeure, dans d'inflexibles régularités que rien ne semblait d'avance garantir. La pierre qui tombait hier tombera encore demain, et la Lune vers la Terre aussi, et la Terre vers le Soleil toujours. Le pilote de l'avion comme ses passagers peuvent aveuglément faire confiance à la résistance de l'air, pour laquelle a été dessinée la voilure de l'appareil, afin d'emporter vers les nuages ses quelques centaines de tonnes d'acier et de kérosène. Le miracle se répète sous tous les cieux du monde, et chaque année il transporte quelques centaines de millions d'êtres humains. Le monde qui nous entoure ne paraît pas soumis à l'arbitraire 4, et même le hasard y possède ses régularités. Lancée de nombreuses fois en l'air, une pièce de monnaie donnera des nombres de pile et de face approximativement identiques: de cette simple observation naîtra, fécondée par le génie de Blaise Pascal, la science du hasard qu'on appelle calcul des probabilités.

Poursuivant ma promenade, je discerne maintenant dans l'ordre des choses le jeu des causes et des effets. Il est parfois bien simple: l'arc tendu libère la flèche et provoque son mouvement; chaque fois que le Soleil est présent, la nuit disparaît; le violoncelle émet un son dès que l'archet le sollicite. Parfois le jeu est moins limpide […]. La plante qui gèle lors des nuits claires de printemps le fait-elle en raison d'une mystérieuse influence de la « Lune rousse » (c'est-à-dire qui fait roussir, qui abîme) ou bien pour une autre cause (le sol qui se refroidit en rayonnant sa chaleur vers l'espace) ? Puis-je reproduire un phénomène et en contrôler le déroulement, pour m'assurer que j'ai bien saisi ce dont il dépend, et la multitude des facteurs dont il ne dépend point ?

La science va naître de cet acharnement à démêler l'intrication des causes. C'est là qu'elle va fonder sa capacité à prédire l'avenir, une fois ces causes clairement identifiées: non pas sur la base d'un don magique que posséderaient ceux qui savent, ni par la possession d'une boule de cristal, mais sur une adéquation 5 justement établie entre la pensée et le réel. De là procédera, presque aussitôt, l'immense pouvoir de la science, celui qui séduit et effraie: pouvoir double, puisqu'elle nous permet d'agir efficacement sur le monde et de prédire, dans certaines limites, l'avenir.

(770 mots)

1 La Polaire: l'étoile Polaire.

2 Quartz: pierre naturelle minérale.

3 Immuable: qui reste identique.

4 L'arbitraire: ce qui ne répond à aucune nécessité logique.

5 Adéquation: parfaite adaptation.

Essai

L'émerveillement face au monde suffit-il à développer le goût de la science ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les Entretiens sur la pluralité des mondes de Bernard Le Bouyer de Fontenelle, sur le texte de l'exercice de la contraction (texte de Pierre Léna et Huanming Yang) et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Essai : L'émerveillement face au monde suffit-il à développer le goût de la science ?

Réponse : Une réponse construite et argumentée s'articulera autour de trois axes complémentaires : 1. L'émerveillement comme éveil fondamental et moteur initial de la curiosité scientifique : - La sidération esthétique et affective face aux phénomènes naturels (le ciel nocturne décrit par Léna et Yang) éveille l'attention et pousse l'esprit à dépasser l'indifférence. - Chez Fontenelle, la promenade nocturne dans le parc et le spectacle enchanteur des étoiles suscitent chez la Marquise le désir passionné de comprendre l'architecture céleste. L'admiration engendre la question et prédispose à l'apprentissage. 2. L'insuffisance de l'émerveillement passif : le besoin d'effort méthodique et de rationalité : - L'émerveillement pur peut dériver vers l'illusion, la superstition ou l'ébahissement stérile s'il n'est pas relayé par la rigueur critique. L'esprit d'enfance et le merveilleux naïf trompent souvent les sens. - La science exige le dépouillement des apparences : Léna et Yang rappellent que la science naît de « l'acharnement à démêler l'intrication des causes » et de l'adéquation entre l'esprit et le réel. Chez Fontenelle, le philosophe compare l'univers aux rouages cachés d'une machinerie d'opéra qu'il faut disséquer rationnellement plutôt que simplement applaudir. 3. La synthèse du goût de la science : une dialectique féconde entre poésie du savoir et audace intellectuelle : - Le véritable « goût de la science » naît de la joie de l'élucidation : la compréhension des lois universelles (la gravitation, l'ordre statistique, la multiplicité des mondes) suscite un émerveillement second, plus noble et plus profond que la simple émotion sensorielle. - À l'époque des Lumières, la vulgarisation et l'encyclopédisme (Diderot, d'Alembert, Voltaire vulgarisateur de Newton) transforment l'étonnement en engagement civique, éthique et philosophique au service du progrès humain.

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