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Sujet du Bac ST2S Français 2026 · Centres étrangers (Afrique) Session normale
Sujet du Bac ST2S de Français 2026, Centres étrangers (Afrique) Session normale : 1 exercice corrigé. Thèmes : Contraction de texte. Gratuit.
Thèmes du sujet : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle · Commentaire de texte : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle
Exercice 1 - Commentaire de texte
Vous traiterez, au choix, l'un des deux sujets suivants:
1- Commentaire de texte (20 points)
Objet d'étude: Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle
Texte: Marcel Proust, Albertine disparue, 1925.
Le narrateur entretient depuis plusieurs mois une relation amoureuse mouvementée avec Albertine, qui vit chez lui. Dans cet extrait qui correspond au début du roman, il apprend le départ d'Albertine par Françoise, la domestique qui le connaît depuis qu'il est enfant.
« Mademoiselle Albertine est partie » ! Comme la souffrance va plus loin en
psychologie que la psychologie ! Il y a un instant, en train de m'analyser, j'avais cru
que cette séparation sans s'être revus était justement ce que je désirais, et comparant
la médiocrité des plaisirs que me donnait Albertine à la richesse des désirs qu'elle me
5 privait de réaliser, je m'étais trouvé subtil 1, j'avais conclu que je ne voulais plus la voir,
que je ne l'aimais plus. Mais ces mots: « Mademoiselle Albertine est partie » venaient
de produire dans mon cœur une souffrance telle que je sentais que je ne pourrais pas
y résister plus longtemps. Ainsi ce que j'avais cru n'être rien pour moi, c'était tout
simplement toute ma vie. Comme on s'ignore 2. Il fallait faire cesser immédiatement ma
10 souffrance; tendre pour moi-même comme ma mère pour ma grand-mère mourante,
je me disais, avec cette même bonne volonté qu'on a de ne pas laisser souffrir ce
qu'on aime: « Aie une seconde de patience, on va te trouver un remède, sois
tranquille, on ne va pas te laisser souffrir comme cela. » Ce fut dans cet ordre d'idées
que mon instinct de conservation chercha pour les mettre sur ma blessure ouverte les
15 premiers calmants: « Tout cela n'a aucune importance parce que je vais la faire
revenir tout de suite. Je vais examiner les moyens, mais de toute façon elle sera ici ce
soir. Par conséquent inutile de me tracasser. » « Tout cela n'a aucune importance »,
je ne m'étais pas contenté de me le dire, j'avais tâché d'en donner l'impression à
Françoise en ne laissant pas paraître devant elle ma souffrance, parce que, même au
20 moment où je l'éprouvais avec une telle violence, mon amour n'oubliait pas qu'il lui
importait de sembler un amour heureux, un amour partagé, surtout aux yeux de
Françoise qui n'aimait pas Albertine et avait toujours douté de sa sincérité. Oui, tout à
l'heure, avant l'arrivée de Françoise, j'avais cru que je n'aimais plus Albertine, j'avais
cru ne rien laisser de côté, en exact analyste; j'avais cru bien connaître le fond de
25 mon cœur.
1. Habile, doué d'une grande finesse.
2. Comme on s'ignore: Comme l'être humain ne se connaît pas lui-même.
Vous ferez le commentaire littéraire de ce texte de Marcel Proust.
Vous pourrez prêter plus particulièrement attention aux pistes suivantes:
les souffrances d'une rupture amoureuse;
un narrateur qui analyse la complexité des sentiments.
Exercice 2 - Sujet A : Contraction de texte
Sujet A
Œuvre: Étienne de La Boétie, Discours sur la servitude volontaire. Parcours: « Défendre » et « entretenir » la liberté
Sujet A
Œuvre: Étienne de La Boétie, Discours sur la servitude volontaire. Parcours: « Défendre » et « entretenir » la liberté
Texte: Tahar Ben Jelloun, Pensées pour la liberté, Préface, 1999
La liberté est une valeur universelle. Cela paraît simple à dire. Mais que d'États rejettent la dimension universelle de la liberté (et d'autres valeurs comme le droit et la démocratie), avançant comme argument la spécificité et la différence ! Ils parlent de « traditions et coutumes », de « relativité du droit », de « droit à la différence » dans le sens « chacun chez soi ». Or s'il est une valeur sans frontières et non négociable, c'est bien la liberté, celle qui engage, implique des devoirs et présente des droits, ouvre des potentialités créatrices chez chacun, conjugue l'épanouissement de l'être avec la volonté des autres à exister et à exercer leurs droits, acte créateur par excellence.
On dit souvent que la liberté n'est pas le désordre. Elle n'est pas non plus l'ordre statique, immuable 1, militaire. Elle est la vie, dans ses mouvements contradictoires, dans ses élans pleins de lumière, dans ses fantaisies réparatrices du malheur, elle est la vie dans ses tourments, ses passions, son irrationalité, ses couleurs, ses musiques et ses épices.
Jean-Paul Sartre a mis en évidence la liberté comme volonté d'existence, volonté que n'altère 2 et n'empêche pas l'enfermement (il fait référence à la liberté du prisonnier pendant l'Occupation). Cette liberté-là est un sentiment, une conviction profonde, une attitude qu'aucun élément extérieur, aucune brutalité n'atteint. C'est la force et la puissance de la pensée. Elle est à la base de tout contrat social et politique. Rien ne sera fait, rien ne pourra être admis et respecté si on ne tient pas compte de ce sentiment profondément ancré en chacun de nous. Le prisonnier – celui privé de liberté de circuler, de faire ce qu'il a envie de faire – est condamné à être libre, c'est-à-dire à être là, présent avec ses principes et ses valeurs. Il les fait valoir même et surtout quand il en est privé par la prison.
Alors pourquoi on constate tant de manquements à ces droits ? Pourquoi tant de régimes politiques consacrent une grande partie de leur énergie à lutter contre la liberté de leurs citoyens ? C'est la tentation de la force sans justice, le pouvoir sans contrôle, le triomphe de la barbarie sur la civilisation, la volonté de puissance au mépris de l'humain, c'est la corruption de l'âme, l'absence de valeurs, la nostalgie des ténèbres, époque où le plus grand gourdin 3 imposait sa loi. Cela existe encore aujourd'hui. Car la liberté n'est pas un acquis définitif, un état immuable. À n'importe quel moment de l'Histoire, la barbarie peut triompher et balayer cet acquis.
[...] La modernité est un des acquis de la Révolution de 1789. Elle a imposé l'individu. Un individu est une voix égale à une autre voix. C'est ce qui fonde le principe de la démocratie. La liberté est un produit de la démocratie et l'illustration de la volonté de faire de chaque citoyen un individu responsable, acteur et créateur de vie et d'imaginaire.
L'abolition de l'esclavage est une des grandes victoires de l'homme sur l'homme. L'esclavage est la privation de liberté et l'appropriation d'un être humain en tant qu'objet soumis à la volonté de celui qui l'a acheté. Il a fallu beaucoup de luttes et de résistance, beaucoup de martyrs pour arriver à abolir cette chose horrible. Mais l'esclavage existe encore sous d'autres formes, sous d'autres cieux voisins de l'Europe, voire en Europe. Le travail des enfants, la prostitution, le racisme banalisé, tout cela essaie de se maintenir en refusant la liberté. Mais le combat pour la liberté nous concerne tous. À aucun moment nous ne devons renoncer à la vigilance. Je cite Victor Schoelcher, celui qui a tant combattu pour l'abolition de l'esclavage. Il écrit en 1842, six ans avant d'obtenir gain de cause: « La violence commise envers le membre le plus infime de l'espèce humaine affecte l'humanité tout entière; chacun doit s'intéresser à l'innocent opprimé, sous peine d'être victime à son tour, quand viendra un plus fort que lui pour l'asservir. La liberté d'un homme est une parcelle de la liberté universelle, vous ne pouvez toucher à l'une sans compromettre l'autre tout à la fois. »
(724 mots)
1 Immuable: qui ne peut pas changer.
2 Altère: dénature, dégrade.
3 Gourdin: grand bâton qui sert à frapper.
Contraction
Vous ferez la contraction de ce texte en 181 mots. Une tolérance de plus ou moins 10% est admise: les limites sont donc fixées à au moins 163 mots et au plus 199 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et vous indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.
Exercice 2 - Sujet A : Essai
Sujet A
Œuvre: Étienne de La Boétie, Discours sur la servitude volontaire. Parcours: « Défendre » et « entretenir » la liberté
Sujet A
Œuvre: Étienne de La Boétie, Discours sur la servitude volontaire. Parcours: « Défendre » et « entretenir » la liberté
Texte: Tahar Ben Jelloun, Pensées pour la liberté, Préface, 1999
La liberté est une valeur universelle. Cela paraît simple à dire. Mais que d'États rejettent la dimension universelle de la liberté (et d'autres valeurs comme le droit et la démocratie), avançant comme argument la spécificité et la différence ! Ils parlent de « traditions et coutumes », de « relativité du droit », de « droit à la différence » dans le sens « chacun chez soi ». Or s'il est une valeur sans frontières et non négociable, c'est bien la liberté, celle qui engage, implique des devoirs et présente des droits, ouvre des potentialités créatrices chez chacun, conjugue l'épanouissement de l'être avec la volonté des autres à exister et à exercer leurs droits, acte créateur par excellence.
On dit souvent que la liberté n'est pas le désordre. Elle n'est pas non plus l'ordre statique, immuable 1, militaire. Elle est la vie, dans ses mouvements contradictoires, dans ses élans pleins de lumière, dans ses fantaisies réparatrices du malheur, elle est la vie dans ses tourments, ses passions, son irrationalité, ses couleurs, ses musiques et ses épices.
Jean-Paul Sartre a mis en évidence la liberté comme volonté d'existence, volonté que n'altère 2 et n'empêche pas l'enfermement (il fait référence à la liberté du prisonnier pendant l'Occupation). Cette liberté-là est un sentiment, une conviction profonde, une attitude qu'aucun élément extérieur, aucune brutalité n'atteint. C'est la force et la puissance de la pensée. Elle est à la base de tout contrat social et politique. Rien ne sera fait, rien ne pourra être admis et respecté si on ne tient pas compte de ce sentiment profondément ancré en chacun de nous. Le prisonnier – celui privé de liberté de circuler, de faire ce qu'il a envie de faire – est condamné à être libre, c'est-à-dire à être là, présent avec ses principes et ses valeurs. Il les fait valoir même et surtout quand il en est privé par la prison.
Alors pourquoi on constate tant de manquements à ces droits ? Pourquoi tant de régimes politiques consacrent une grande partie de leur énergie à lutter contre la liberté de leurs citoyens ? C'est la tentation de la force sans justice, le pouvoir sans contrôle, le triomphe de la barbarie sur la civilisation, la volonté de puissance au mépris de l'humain, c'est la corruption de l'âme, l'absence de valeurs, la nostalgie des ténèbres, époque où le plus grand gourdin 3 imposait sa loi. Cela existe encore aujourd'hui. Car la liberté n'est pas un acquis définitif, un état immuable. À n'importe quel moment de l'Histoire, la barbarie peut triompher et balayer cet acquis.
[...] La modernité est un des acquis de la Révolution de 1789. Elle a imposé l'individu. Un individu est une voix égale à une autre voix. C'est ce qui fonde le principe de la démocratie. La liberté est un produit de la démocratie et l'illustration de la volonté de faire de chaque citoyen un individu responsable, acteur et créateur de vie et d'imaginaire.
L'abolition de l'esclavage est une des grandes victoires de l'homme sur l'homme. L'esclavage est la privation de liberté et l'appropriation d'un être humain en tant qu'objet soumis à la volonté de celui qui l'a acheté. Il a fallu beaucoup de luttes et de résistance, beaucoup de martyrs pour arriver à abolir cette chose horrible. Mais l'esclavage existe encore sous d'autres formes, sous d'autres cieux voisins de l'Europe, voire en Europe. Le travail des enfants, la prostitution, le racisme banalisé, tout cela essaie de se maintenir en refusant la liberté. Mais le combat pour la liberté nous concerne tous. À aucun moment nous ne devons renoncer à la vigilance. Je cite Victor Schoelcher, celui qui a tant combattu pour l'abolition de l'esclavage. Il écrit en 1842, six ans avant d'obtenir gain de cause: « La violence commise envers le membre le plus infime de l'espèce humaine affecte l'humanité tout entière; chacun doit s'intéresser à l'innocent opprimé, sous peine d'être victime à son tour, quand viendra un plus fort que lui pour l'asservir. La liberté d'un homme est une parcelle de la liberté universelle, vous ne pouvez toucher à l'une sans compromettre l'autre tout à la fois. »
(724 mots)
1 Immuable: qui ne peut pas changer.
2 Altère: dénature, dégrade.
3 Gourdin: grand bâton qui sert à frapper.
Essai: Suffit-il d'être né libre pour le rester ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur le Discours de la servitude volontaire d'Étienne de La Boétie, sur le texte de l'exercice de la contraction (texte de Tahar Ben Jelloun) et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Exercice 2 - Sujet B : Contraction de texte
Sujet B
Œuvre: Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, Premier soir, Second soir, Troisième soir. Parcours: le goût de la science
Texte de Pierre Léna et Huanming Yang, « Une promenade de science », La Science, 2003
La science naît du merveilleux spectacle qu'offre au regard, à la sensibilité et à l'intelligence de l'être humain ce monde qui nous entoure, qu'il soit proche comme l'eau qui coule, le feu qui brûle, ou lointain comme le soleil qui chauffe et les étoiles qui scintillent.
L'intensité des sentiments que peut produire la vision de la nature est bien réelle. Je ne connais guère de personnes, quel que soit leur âge, qui ne soient prises d'une grande émotion lorsque nous passons ensemble quelques heures, par une nuit claire et sans lune, loin des villes, devant le spectacle du ciel piqueté d'étoiles, riche d'une ou deux planètes brillantes, parfois sillonné d'une traînée d'étoile filante et tournant lentement autour de la Polaire 1. Nul n'échappe à la profondeur des interrogations que suscite ce mélange de beauté et d'étrangeté.
Pour qui veut de son œil nu le regarder avec attention, ce monde présente deux caractères surprenants. Le premier est l'extraordinaire diversité des choses et des phénomènes de la nature. Quoi de commun entre la simplicité de forme d'un cristal de quartz 2 et la complexité des figures que forment les vagues à la surface de l'océan ou les nuages bourgeonnant à l'approche de l'orage ? […] Quel étrange délai entre l'éclair et la détonation du tonnerre, et comment comprendre l'harmonie entre deux notes d'une flûte ! Aristote remplissait des volumes à décrire cette diversité, Léonard de Vinci des carnets à la dessiner. Où que je me tourne ou me promène, je m'étonne.
Le second trait de ce qui nous entoure est une bien étrange combinaison de changement et de permanence. Rien qui soit immuable 3 ! Les arbres ou les insectes grandissent et meurent, le Soleil se couvre tous les onze ans de taches noires, le fer rouille, l'uranium se désintègre progressivement en plomb. Le temps, ce mystérieux concept que nous subissons tous et dont nous ne savons rien, imprime ainsi au monde son irrésistible marque, ce temps qu'admirablement le philosophe grec Héraclite comparait à un fleuve où jamais deux fois on ne se baigne dans la même eau.
Pourtant tout demeure, dans d'inflexibles régularités que rien ne semblait d'avance garantir. La pierre qui tombait hier tombera encore demain, et la Lune vers la Terre aussi, et la Terre vers le Soleil toujours. Le pilote de l'avion comme ses passagers peuvent aveuglément faire confiance à la résistance de l'air, pour laquelle a été dessinée la voilure de l'appareil, afin d'emporter vers les nuages ses quelques centaines de tonnes d'acier et de kérosène. Le miracle se répète sous tous les cieux du monde, et chaque année il transporte quelques centaines de millions d'êtres humains. Le monde qui nous entoure ne paraît pas soumis à l'arbitraire 4, et même le hasard y possède ses régularités. Lancée de nombreuses fois en l'air, une pièce de monnaie donnera des nombres de pile et de face approximativement identiques: de cette simple observation naîtra, fécondée par le génie de Blaise Pascal, la science du hasard qu'on appelle calcul des probabilités.
Poursuivant ma promenade, je discerne maintenant dans l'ordre des choses le jeu des causes et des effets. Il est parfois bien simple: l'arc tendu libère la flèche et provoque son mouvement; chaque fois que le Soleil est présent, la nuit disparaît; le violoncelle émet un son dès que l'archet le sollicite. Parfois le jeu est moins limpide […]. La plante qui gèle lors des nuits claires de printemps le fait-elle en raison d'une mystérieuse influence de la « Lune rousse » (c'est-à-dire qui fait roussir, qui abîme) ou bien pour une autre cause (le sol qui se refroidit en rayonnant sa chaleur vers l'espace) ? Puis-je reproduire un phénomène et en contrôler le déroulement, pour m'assurer que j'ai bien saisi ce dont il dépend, et la multitude des facteurs dont il ne dépend point ?
La science va naître de cet acharnement à démêler l'intrication des causes. C'est là qu'elle va fonder sa capacité à prédire l'avenir, une fois ces causes clairement identifiées: non pas sur la base d'un don magique que posséderaient ceux qui savent, ni par la possession d'une boule de cristal, mais sur une adéquation 5 justement établie entre la pensée et le réel. De là procédera, presque aussitôt, l'immense pouvoir de la science, celui qui séduit et effraie: pouvoir double, puisqu'elle nous permet d'agir efficacement sur le monde et de prédire, dans certaines limites, l'avenir.
(770 mots)
1 La Polaire: l'étoile Polaire.
2 Quartz: pierre naturelle minérale.
3 Immuable: qui reste identique.
4 L'arbitraire: ce qui ne répond à aucune nécessité logique.
5 Adéquation: parfaite adaptation.
Contraction de texte
Vous ferez la contraction de ce texte en 193 mots. Une tolérance de plus ou moins 10 % est admise: les limites sont donc fixées à au moins 173 mots et au plus 213 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et vous indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.
Exercice 2 - Sujet B : Essai
Sujet B
Œuvre: Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes, Premier soir, Second soir, Troisième soir. Parcours: le goût de la science
Texte de Pierre Léna et Huanming Yang, « Une promenade de science », La Science, 2003
La science naît du merveilleux spectacle qu'offre au regard, à la sensibilité et à l'intelligence de l'être humain ce monde qui nous entoure, qu'il soit proche comme l'eau qui coule, le feu qui brûle, ou lointain comme le soleil qui chauffe et les étoiles qui scintillent.
L'intensité des sentiments que peut produire la vision de la nature est bien réelle. Je ne connais guère de personnes, quel que soit leur âge, qui ne soient prises d'une grande émotion lorsque nous passons ensemble quelques heures, par une nuit claire et sans lune, loin des villes, devant le spectacle du ciel piqueté d'étoiles, riche d'une ou deux planètes brillantes, parfois sillonné d'une traînée d'étoile filante et tournant lentement autour de la Polaire 1. Nul n'échappe à la profondeur des interrogations que suscite ce mélange de beauté et d'étrangeté.
Pour qui veut de son œil nu le regarder avec attention, ce monde présente deux caractères surprenants. Le premier est l'extraordinaire diversité des choses et des phénomènes de la nature. Quoi de commun entre la simplicité de forme d'un cristal de quartz 2 et la complexité des figures que forment les vagues à la surface de l'océan ou les nuages bourgeonnant à l'approche de l'orage ? […] Quel étrange délai entre l'éclair et la détonation du tonnerre, et comment comprendre l'harmonie entre deux notes d'une flûte ! Aristote remplissait des volumes à décrire cette diversité, Léonard de Vinci des carnets à la dessiner. Où que je me tourne ou me promène, je m'étonne.
Le second trait de ce qui nous entoure est une bien étrange combinaison de changement et de permanence. Rien qui soit immuable 3 ! Les arbres ou les insectes grandissent et meurent, le Soleil se couvre tous les onze ans de taches noires, le fer rouille, l'uranium se désintègre progressivement en plomb. Le temps, ce mystérieux concept que nous subissons tous et dont nous ne savons rien, imprime ainsi au monde son irrésistible marque, ce temps qu'admirablement le philosophe grec Héraclite comparait à un fleuve où jamais deux fois on ne se baigne dans la même eau.
Pourtant tout demeure, dans d'inflexibles régularités que rien ne semblait d'avance garantir. La pierre qui tombait hier tombera encore demain, et la Lune vers la Terre aussi, et la Terre vers le Soleil toujours. Le pilote de l'avion comme ses passagers peuvent aveuglément faire confiance à la résistance de l'air, pour laquelle a été dessinée la voilure de l'appareil, afin d'emporter vers les nuages ses quelques centaines de tonnes d'acier et de kérosène. Le miracle se répète sous tous les cieux du monde, et chaque année il transporte quelques centaines de millions d'êtres humains. Le monde qui nous entoure ne paraît pas soumis à l'arbitraire 4, et même le hasard y possède ses régularités. Lancée de nombreuses fois en l'air, une pièce de monnaie donnera des nombres de pile et de face approximativement identiques: de cette simple observation naîtra, fécondée par le génie de Blaise Pascal, la science du hasard qu'on appelle calcul des probabilités.
Poursuivant ma promenade, je discerne maintenant dans l'ordre des choses le jeu des causes et des effets. Il est parfois bien simple: l'arc tendu libère la flèche et provoque son mouvement; chaque fois que le Soleil est présent, la nuit disparaît; le violoncelle émet un son dès que l'archet le sollicite. Parfois le jeu est moins limpide […]. La plante qui gèle lors des nuits claires de printemps le fait-elle en raison d'une mystérieuse influence de la « Lune rousse » (c'est-à-dire qui fait roussir, qui abîme) ou bien pour une autre cause (le sol qui se refroidit en rayonnant sa chaleur vers l'espace) ? Puis-je reproduire un phénomène et en contrôler le déroulement, pour m'assurer que j'ai bien saisi ce dont il dépend, et la multitude des facteurs dont il ne dépend point ?
La science va naître de cet acharnement à démêler l'intrication des causes. C'est là qu'elle va fonder sa capacité à prédire l'avenir, une fois ces causes clairement identifiées: non pas sur la base d'un don magique que posséderaient ceux qui savent, ni par la possession d'une boule de cristal, mais sur une adéquation 5 justement établie entre la pensée et le réel. De là procédera, presque aussitôt, l'immense pouvoir de la science, celui qui séduit et effraie: pouvoir double, puisqu'elle nous permet d'agir efficacement sur le monde et de prédire, dans certaines limites, l'avenir.
(770 mots)
1 La Polaire: l'étoile Polaire.
2 Quartz: pierre naturelle minérale.
3 Immuable: qui reste identique.
4 L'arbitraire: ce qui ne répond à aucune nécessité logique.
5 Adéquation: parfaite adaptation.
Essai
L'émerveillement face au monde suffit-il à développer le goût de la science ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les Entretiens sur la pluralité des mondes de Bernard Le Bouyer de Fontenelle, sur le texte de l'exercice de la contraction (texte de Pierre Léna et Huanming Yang) et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Exercice 2 - Sujet C : Contraction de texte
Sujet C
Œuvre: Françoise de Graffigny, Lettres d’une Péruvienne (en incluant les éléments de la seconde édition augmentée de 1752 suivants: l’introduction historique aux Lettres Péruviennes et les Lettres XXVIII, XXIX, XXX et XXXIV). Parcours: « un nouvel univers s’est offert à mes yeux »
Texte d’Antoine Lilti, « Des Tahitiens en Europe », L’Histoire, décembre 2023.
Dans l’imaginaire collectif comme chez les historiens, les Lumières sont associées aux voyages, mais les voyageurs sont européens. On pense aux Anglais parcourant l’Europe du Grand Tour, aux Russes séjournant à Paris, aux célèbres expéditions scientifiques, comme celles de Maupertuis en Laponie (1736-1737), de Carsten Niebuhr en Arabie (1761-1767) et, bien sûr, de James Cook dans le Pacifique (trois voyages entre 1768 et 1779). Depuis longtemps, on a associé ce goût des Européens pour les voyages lointains et la curiosité intellectuelle caractéristique des Lumières. En 1935 déjà, l’historien Paul Hazard voyait dans la confrontation avec d’autres sociétés et d’autres cultures l’origine de la « crise de la conscience européenne » qui allait mener aux Lumières. [...]
Bien sûr, nous savons que les grandes expéditions autour du monde étaient motivées par des préoccupations à la fois scientifiques et impérialistes. Il s’agissait d’explorer, d’inventorier 1 la faune et la flore, mais aussi de prendre possession de terres lointaines dans un contexte de rivalité commerciale et militaire entre les puissances européennes [...]
Mais que les voyages lointains soient perçus comme des explorations savantes désintéressées ou comme des entreprises coloniales, ce sont toujours les Européens qui voyagent, c’est à eux seuls que revient l’initiative de la rencontre, c’est leur regard qui est privilégié. Cette idée est si bien installée qu’il est difficile d’envisager la mobilité des populations non européennes autrement que comme le résultat d’une contrainte.
La traite atlantique 2, avec ses 12 millions de victimes, s’impose comme le paradigme tragique de ces transferts forcés. À un moindre degré, ni les chefs illinois venus en France en 1725, qui inspirèrent à Jean-Philippe Rameau sa pièce Les Sauvages, ni les Cherokees séjournant à Londres en 1762 ne sont perçus comme des voyageurs de plein droit. De même, Ahutoru 3 serait un otage ou un captif, au mieux une victime innocente de l’inconséquence des marins français et de sa propre naïveté. C’était ainsi, déjà, que le décrivait Diderot au début de son Supplément au voyage de Bougainville (écrit en 1772 mais connu du public uniquement en 1795). Certains historiens contemporains vont plus loin, faisant des séjours européens d’Ahutoru et de Mai les précurseurs des zoos humains, comme si la présence en Europe d’un Tahitien ne pouvait susciter qu’une curiosité malsaine, transformant l’autre en « sauvage », en archétype d’une humanité inférieure. Cette perspective nie l’expérience vécue des Tahitiens, efface les motivations de leurs voyages, néglige les ambivalences de la curiosité qu’ils ont suscitée. Si nous n’avons, faute de sources, que des bribes de réponses, il vaut la peine de s’interroger sur ces destins énigmatiques.
Depuis longtemps, les navigateurs européens avaient l’habitude de prendre à bord des autochtones 4 pour aider à la navigation dans des mers inconnues, ou pour les ramener en Europe comme curiosités ou comme captifs. On pense aux fameux Tupinambas du Brésil venus en France avec les navigateurs normands et que Montaigne avait rencontrés à Rouen en 1562. Mais ce sont des centaines d’Amérindiens qui ont séjourné en Angleterre ou en France aux XVI e et XVII e siècles. Au XVIII e, toutefois, les mentalités avaient changé. Les gouvernements comme les navigateurs mettaient un point d’honneur à se distinguer de pratiques anciennes qui leur paraissaient désormais condamnables. Ils se voulaient responsables à l’égard des populations indigènes, ils souhaitaient autant que possible nouer des relations « amicales » et éviter la contrainte, même s’ils n’empêchaient pas toujours les situations de conflit et l’usage de la violence.
Bougainville a dû se justifier d’avoir fait faire un si long voyage à Ahutoru, sans assurance de revoir un jour les rivages polynésiens. Il s’en expliqua avec humeur dans son Voyage autour du monde, répétant à plusieurs reprises qu’Ahutoru s’était embarqué de son plein gré et que les Français n’avaient rien fait pour l’y encourager. Les journaux de bord de l’expédition confirment cette version des faits. Dès l’arrivée des navires français, le Tahitien manifesta son intérêt à l’égard des nouveaux venus. Loin de paraître intimidé, Ahutoru monta à bord de l’ Étoile, la flûte 5 qui accompagnait la Boudeuse, sautant de sa pirogue pour s’accrocher aux chaînes des haubans du navire alors que celui-ci continuait à naviguer. Accueilli sur le bateau, il donna tout loisir à sa curiosité, prenant plaisir à goûter tous les plats, imitant les gestes de ses hôtes, insistant pour se faire servir comme les officiers.
(747 mots)
1 Inventorier: faire la liste de.
2 Traite atlantique: commerce d’esclaves africains vers l’Amérique du XVI e au XVIII e siècle.
3 Ahutoru et Mai sont des Tahitiens qui ont voyagé jusqu’en Europe.
4 Autochtones: habitants originaires du lieu.
5 Flûte: grand navire.
Contraction: Vous ferez la contraction de ce texte en 186 mots. Une tolérance de plus ou moins 10 % est admise: les limites sont donc fixées à au moins 167 mots et au plus 205 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et vous indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.
Nombre de mots utilisés:
Compare ta contraction avec la proposition de correction et vérifie que tu respectes la limite de mots (167 à 205 mots).
Exercice 2 - Sujet C : Essai
Sujet C
Œuvre: Françoise de Graffigny, Lettres d’une Péruvienne (en incluant les éléments de la seconde édition augmentée de 1752 suivants: l’introduction historique aux Lettres Péruviennes et les Lettres XXVIII, XXIX, XXX et XXXIV). Parcours: « un nouvel univers s’est offert à mes yeux »
Texte d’Antoine Lilti, « Des Tahitiens en Europe », L’Histoire, décembre 2023.
Dans l’imaginaire collectif comme chez les historiens, les Lumières sont associées aux voyages, mais les voyageurs sont européens. On pense aux Anglais parcourant l’Europe du Grand Tour, aux Russes séjournant à Paris, aux célèbres expéditions scientifiques, comme celles de Maupertuis en Laponie (1736-1737), de Carsten Niebuhr en Arabie (1761-1767) et, bien sûr, de James Cook dans le Pacifique (trois voyages entre 1768 et 1779). Depuis longtemps, on a associé ce goût des Européens pour les voyages lointains et la curiosité intellectuelle caractéristique des Lumières. En 1935 déjà, l’historien Paul Hazard voyait dans la confrontation avec d’autres sociétés et d’autres cultures l’origine de la « crise de la conscience européenne » qui allait mener aux Lumières. [...]
Bien sûr, nous savons que les grandes expéditions autour du monde étaient motivées par des préoccupations à la fois scientifiques et impérialistes. Il s’agissait d’explorer, d’inventorier 1 la faune et la flore, mais aussi de prendre possession de terres lointaines dans un contexte de rivalité commerciale et militaire entre les puissances européennes [...]
Mais que les voyages lointains soient perçus comme des explorations savantes désintéressées ou comme des entreprises coloniales, ce sont toujours les Européens qui voyagent, c’est à eux seuls que revient l’initiative de la rencontre, c’est leur regard qui est privilégié. Cette idée est si bien installée qu’il est difficile d’envisager la mobilité des populations non européennes autrement que comme le résultat d’une contrainte.
La traite atlantique 2, avec ses 12 millions de victimes, s’impose comme le paradigme tragique de ces transferts forcés. À un moindre degré, ni les chefs illinois venus en France en 1725, qui inspirèrent à Jean-Philippe Rameau sa pièce Les Sauvages, ni les Cherokees séjournant à Londres en 1762 ne sont perçus comme des voyageurs de plein droit. De même, Ahutoru 3 serait un otage ou un captif, au mieux une victime innocente de l’inconséquence des marins français et de sa propre naïveté. C’était ainsi, déjà, que le décrivait Diderot au début de son Supplément au voyage de Bougainville (écrit en 1772 mais connu du public uniquement en 1795). Certains historiens contemporains vont plus loin, faisant des séjours européens d’Ahutoru et de Mai les précurseurs des zoos humains, comme si la présence en Europe d’un Tahitien ne pouvait susciter qu’une curiosité malsaine, transformant l’autre en « sauvage », en archétype d’une humanité inférieure. Cette perspective nie l’expérience vécue des Tahitiens, efface les motivations de leurs voyages, néglige les ambivalences de la curiosité qu’ils ont suscitée. Si nous n’avons, faute de sources, que des bribes de réponses, il vaut la peine de s’interroger sur ces destins énigmatiques.
Depuis longtemps, les navigateurs européens avaient l’habitude de prendre à bord des autochtones 4 pour aider à la navigation dans des mers inconnues, ou pour les ramener en Europe comme curiosités ou comme captifs. On pense aux fameux Tupinambas du Brésil venus en France avec les navigateurs normands et que Montaigne avait rencontrés à Rouen en 1562. Mais ce sont des centaines d’Amérindiens qui ont séjourné en Angleterre ou en France aux XVI e et XVII e siècles. Au XVIII e, toutefois, les mentalités avaient changé. Les gouvernements comme les navigateurs mettaient un point d’honneur à se distinguer de pratiques anciennes qui leur paraissaient désormais condamnables. Ils se voulaient responsables à l’égard des populations indigènes, ils souhaitaient autant que possible nouer des relations « amicales » et éviter la contrainte, même s’ils n’empêchaient pas toujours les situations de conflit et l’usage de la violence.
Bougainville a dû se justifier d’avoir fait faire un si long voyage à Ahutoru, sans assurance de revoir un jour les rivages polynésiens. Il s’en expliqua avec humeur dans son Voyage autour du monde, répétant à plusieurs reprises qu’Ahutoru s’était embarqué de son plein gré et que les Français n’avaient rien fait pour l’y encourager. Les journaux de bord de l’expédition confirment cette version des faits. Dès l’arrivée des navires français, le Tahitien manifesta son intérêt à l’égard des nouveaux venus. Loin de paraître intimidé, Ahutoru monta à bord de l’ Étoile, la flûte 5 qui accompagnait la Boudeuse, sautant de sa pirogue pour s’accrocher aux chaînes des haubans du navire alors que celui-ci continuait à naviguer. Accueilli sur le bateau, il donna tout loisir à sa curiosité, prenant plaisir à goûter tous les plats, imitant les gestes de ses hôtes, insistant pour se faire servir comme les officiers.
(747 mots)
1 Inventorier: faire la liste de.
2 Traite atlantique: commerce d’esclaves africains vers l’Amérique du XVI e au XVIII e siècle.
3 Ahutoru et Mai sont des Tahitiens qui ont voyagé jusqu’en Europe.
4 Autochtones: habitants originaires du lieu.
5 Flûte: grand navire.
Essai: Comment les voyageurs renouvellent-ils notre regard sur le monde ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les Lettres d'une Péruvienne de Françoise de Graffigny, sur le texte de l'exercice de la contraction (texte d'Antoine Lilti) et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Compare la structure et les arguments de ton essai avec la proposition de correction.
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