Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Centres étrangers (Afrique) session normale 2026
Thème : Commentaire de texte : le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2026)
Énoncé
Vous traiterez, au choix, l'un des deux sujets suivants:
1- Commentaire de texte (20 points)
Objet d'étude: Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle
Texte: Marcel Proust, Albertine disparue, 1925.
Le narrateur entretient depuis plusieurs mois une relation amoureuse mouvementée avec Albertine, qui vit chez lui. Dans cet extrait qui correspond au début du roman, il apprend le départ d'Albertine par Françoise, la domestique qui le connaît depuis qu'il est enfant.
« Mademoiselle Albertine est partie » ! Comme la souffrance va plus loin en
psychologie que la psychologie ! Il y a un instant, en train de m'analyser, j'avais cru
que cette séparation sans s'être revus était justement ce que je désirais, et comparant
la médiocrité des plaisirs que me donnait Albertine à la richesse des désirs qu'elle me
5 privait de réaliser, je m'étais trouvé subtil 1, j'avais conclu que je ne voulais plus la voir,
que je ne l'aimais plus. Mais ces mots: « Mademoiselle Albertine est partie » venaient
de produire dans mon cœur une souffrance telle que je sentais que je ne pourrais pas
y résister plus longtemps. Ainsi ce que j'avais cru n'être rien pour moi, c'était tout
simplement toute ma vie. Comme on s'ignore 2. Il fallait faire cesser immédiatement ma
10 souffrance; tendre pour moi-même comme ma mère pour ma grand-mère mourante,
je me disais, avec cette même bonne volonté qu'on a de ne pas laisser souffrir ce
qu'on aime: « Aie une seconde de patience, on va te trouver un remède, sois
tranquille, on ne va pas te laisser souffrir comme cela. » Ce fut dans cet ordre d'idées
que mon instinct de conservation chercha pour les mettre sur ma blessure ouverte les
15 premiers calmants: « Tout cela n'a aucune importance parce que je vais la faire
revenir tout de suite. Je vais examiner les moyens, mais de toute façon elle sera ici ce
soir. Par conséquent inutile de me tracasser. » « Tout cela n'a aucune importance »,
je ne m'étais pas contenté de me le dire, j'avais tâché d'en donner l'impression à
Françoise en ne laissant pas paraître devant elle ma souffrance, parce que, même au
20 moment où je l'éprouvais avec une telle violence, mon amour n'oubliait pas qu'il lui
importait de sembler un amour heureux, un amour partagé, surtout aux yeux de
Françoise qui n'aimait pas Albertine et avait toujours douté de sa sincérité. Oui, tout à
l'heure, avant l'arrivée de Françoise, j'avais cru que je n'aimais plus Albertine, j'avais
cru ne rien laisser de côté, en exact analyste; j'avais cru bien connaître le fond de
25 mon cœur.
1. Habile, doué d'une grande finesse.
2. Comme on s'ignore: Comme l'être humain ne se connaît pas lui-même.
Vous ferez le commentaire littéraire de ce texte de Marcel Proust.
Vous pourrez prêter plus particulièrement attention aux pistes suivantes:
les souffrances d'une rupture amoureuse;
un narrateur qui analyse la complexité des sentiments.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Vous ferez le commentaire littéraire de ce texte de Marcel Proust, en vous appuyant notamment sur les souffrances d'une rupture amoureuse et sur un narrateur qui analyse la complexité des sentiments.
Réponse : Un commentaire structuré pourrait s'organiser ainsi : I. La révélation brutale d'une souffrance insoupçonnée - La phrase rapportée de Françoise (« Mademoiselle Albertine est partie ») agit comme un choc qui vient contredire l'analyse froide que le narrateur venait de faire de lui-même (l. 1-6) : il croyait être « subtil », détaché, n'aimant plus Albertine. - Or cette simple annonce produit « une souffrance telle » qu'elle révèle que cette relation était en réalité « toute [sa] vie » (l. 8-9) : décalage entre la pensée consciente et la vérité affective, thème central de la Recherche. - Le champ lexical de la douleur physique et morale (« souffrance », « blessure ouverte », « ne pourrais pas y résister ») traduit une douleur presque corporelle. II. Un narrateur dédoublé, à la fois sujet souffrant et analyste de sa propre souffrance - Proust met en scène un narrateur qui s'observe lui-même : comparaison avec l'attitude maternelle envers la grand-mère mourante (l. 10-13), qui introduit une distance réflexive et une mise en abyme de la tendresse et du souci de soi. - Le dialogue intérieur rapporté au style direct (« Aie une seconde de patience... ») matérialise ce dédoublement : une partie de lui cherche des « calmants » à une douleur que l'autre partie éprouve pleinement. - L'expression « Comme on s'ignore » (l. 9) est la formule clé du texte : elle énonce explicitement le thème de l'auto-méconnaissance, central dans l'esthétique proustienne de l'intermittence du cœur. III. Le masque social et la pudeur du sentiment - Le souci de ne rien laisser paraître devant Françoise (l. 18-22) introduit la dimension sociale de la souffrance : le narrateur veut sembler heureux en amour, par amour-propre et par méfiance envers le jugement de Françoise, qui « avait toujours douté de sa sincérité ». - Ce souci de façade accentue le tragique de la situation : la souffrance est vécue dans la solitude et le silence, redoublant l'isolement du narrateur. - La dernière phrase (l. 23-25), qui revient sur la certitude passée (« j'avais cru... en exact analyste »), boucle le texte sur l'aveu de l'erreur de jugement : l'intelligence analytique échoue là où l'affect impose sa vérité. Conclusion : Cet extrait illustre la conception proustienne de l'amour et de la connaissance de soi : la souffrance est le véritable révélateur de la vérité intérieure, là où l'introspection rationnelle échoue. Le texte articule ainsi une réflexion sur la psychologie (« la souffrance va plus loin en psychologie que la psychologie ») qui dépasse le cadre du simple récit d'une rupture amoureuse.
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