Exercice 2 - Sujet C : Contraction de texte · Bac STMG Français Centres étrangers (Afrique) session normale 2026

Thème : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Tiré du sujet Session normale (2026)

Énoncé

Sujet C

Œuvre: Françoise de Graffigny, Lettres d’une Péruvienne (en incluant les éléments de la seconde édition augmentée de 1752 suivants: l’introduction historique aux Lettres Péruviennes et les Lettres XXVIII, XXIX, XXX et XXXIV). Parcours: « un nouvel univers s’est offert à mes yeux »

Texte d’Antoine Lilti, « Des Tahitiens en Europe », L’Histoire, décembre 2023.

Dans l’imaginaire collectif comme chez les historiens, les Lumières sont associées aux voyages, mais les voyageurs sont européens. On pense aux Anglais parcourant l’Europe du Grand Tour, aux Russes séjournant à Paris, aux célèbres expéditions scientifiques, comme celles de Maupertuis en Laponie (1736-1737), de Carsten Niebuhr en Arabie (1761-1767) et, bien sûr, de James Cook dans le Pacifique (trois voyages entre 1768 et 1779). Depuis longtemps, on a associé ce goût des Européens pour les voyages lointains et la curiosité intellectuelle caractéristique des Lumières. En 1935 déjà, l’historien Paul Hazard voyait dans la confrontation avec d’autres sociétés et d’autres cultures l’origine de la « crise de la conscience européenne » qui allait mener aux Lumières. [...]

Bien sûr, nous savons que les grandes expéditions autour du monde étaient motivées par des préoccupations à la fois scientifiques et impérialistes. Il s’agissait d’explorer, d’inventorier 1 la faune et la flore, mais aussi de prendre possession de terres lointaines dans un contexte de rivalité commerciale et militaire entre les puissances européennes [...]

Mais que les voyages lointains soient perçus comme des explorations savantes désintéressées ou comme des entreprises coloniales, ce sont toujours les Européens qui voyagent, c’est à eux seuls que revient l’initiative de la rencontre, c’est leur regard qui est privilégié. Cette idée est si bien installée qu’il est difficile d’envisager la mobilité des populations non européennes autrement que comme le résultat d’une contrainte.

La traite atlantique 2, avec ses 12 millions de victimes, s’impose comme le paradigme tragique de ces transferts forcés. À un moindre degré, ni les chefs illinois venus en France en 1725, qui inspirèrent à Jean-Philippe Rameau sa pièce Les Sauvages, ni les Cherokees séjournant à Londres en 1762 ne sont perçus comme des voyageurs de plein droit. De même, Ahutoru 3 serait un otage ou un captif, au mieux une victime innocente de l’inconséquence des marins français et de sa propre naïveté. C’était ainsi, déjà, que le décrivait Diderot au début de son Supplément au voyage de Bougainville (écrit en 1772 mais connu du public uniquement en 1795). Certains historiens contemporains vont plus loin, faisant des séjours européens d’Ahutoru et de Mai les précurseurs des zoos humains, comme si la présence en Europe d’un Tahitien ne pouvait susciter qu’une curiosité malsaine, transformant l’autre en « sauvage », en archétype d’une humanité inférieure. Cette perspective nie l’expérience vécue des Tahitiens, efface les motivations de leurs voyages, néglige les ambivalences de la curiosité qu’ils ont suscitée. Si nous n’avons, faute de sources, que des bribes de réponses, il vaut la peine de s’interroger sur ces destins énigmatiques.

Depuis longtemps, les navigateurs européens avaient l’habitude de prendre à bord des autochtones 4 pour aider à la navigation dans des mers inconnues, ou pour les ramener en Europe comme curiosités ou comme captifs. On pense aux fameux Tupinambas du Brésil venus en France avec les navigateurs normands et que Montaigne avait rencontrés à Rouen en 1562. Mais ce sont des centaines d’Amérindiens qui ont séjourné en Angleterre ou en France aux XVI e et XVII e siècles. Au XVIII e, toutefois, les mentalités avaient changé. Les gouvernements comme les navigateurs mettaient un point d’honneur à se distinguer de pratiques anciennes qui leur paraissaient désormais condamnables. Ils se voulaient responsables à l’égard des populations indigènes, ils souhaitaient autant que possible nouer des relations « amicales » et éviter la contrainte, même s’ils n’empêchaient pas toujours les situations de conflit et l’usage de la violence.

Bougainville a dû se justifier d’avoir fait faire un si long voyage à Ahutoru, sans assurance de revoir un jour les rivages polynésiens. Il s’en expliqua avec humeur dans son Voyage autour du monde, répétant à plusieurs reprises qu’Ahutoru s’était embarqué de son plein gré et que les Français n’avaient rien fait pour l’y encourager. Les journaux de bord de l’expédition confirment cette version des faits. Dès l’arrivée des navires français, le Tahitien manifesta son intérêt à l’égard des nouveaux venus. Loin de paraître intimidé, Ahutoru monta à bord de l’ Étoile, la flûte 5 qui accompagnait la Boudeuse, sautant de sa pirogue pour s’accrocher aux chaînes des haubans du navire alors que celui-ci continuait à naviguer. Accueilli sur le bateau, il donna tout loisir à sa curiosité, prenant plaisir à goûter tous les plats, imitant les gestes de ses hôtes, insistant pour se faire servir comme les officiers.

(747 mots)

1 Inventorier: faire la liste de.

2 Traite atlantique: commerce d’esclaves africains vers l’Amérique du XVI e au XVIII e siècle.

3 Ahutoru et Mai sont des Tahitiens qui ont voyagé jusqu’en Europe.

4 Autochtones: habitants originaires du lieu.

5 Flûte: grand navire.

Contraction: Vous ferez la contraction de ce texte en 186 mots. Une tolérance de plus ou moins 10 % est admise: les limites sont donc fixées à au moins 167 mots et au plus 205 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et vous indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Nombre de mots utilisés:

Compare ta contraction avec la proposition de correction et vérifie que tu respectes la limite de mots (167 à 205 mots).

Énoncé: Exercice 2 - Sujet C : Contraction de texte · Bac STMG Français Centres étrangers (Afrique) session normale 2026

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Contraction : Vous ferez la contraction de ce texte en 186 mots.

Réponse : Les Lumières sont associées aux voyages, mais les voyageurs semblent toujours européens : aristocrates du Grand Tour, expéditions scientifiques de Maupertuis ou de Cook. Depuis longtemps, on relie ce goût des voyages lointains à la curiosité intellectuelle des Lumières ; Paul Hazard y voyait l'origine de la « crise de la conscience européenne ». (50) Certes, ces expéditions étaient à la fois scientifiques et impérialistes : inventorier la nature, mais aussi conquérir des terres dans un contexte de rivalités européennes. Pourtant, qu'on les juge savantes ou coloniales, ce sont toujours les Européens qui voyagent et prennent l'initiative de la rencontre. La mobilité non européenne paraît subie. (100) La traite atlantique aux douze millions de victimes incarne ces transferts forcés. Ni les chefs illinois ni les Cherokees venus en Europe ne sont vus comme de vrais voyageurs, et Ahutoru passe pour un otage, voire un précurseur des zoos humains. Cette vision nie l'expérience des Tahitiens et leurs motivations. (150) Jadis, les navigateurs embarquaient des autochtones comme guides, curiosités ou captifs. Mais au XVIIIe siècle, les mentalités changent : on condamne ces pratiques et recherche des relations « amicales ». Bougainville affirma qu'Ahutoru s'était embarqué librement, ce que confirment les journaux de bord : curieux, le Tahitien monta à bord, imitant ses hôtes. (199 mots)

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