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Sujet du Bac ST2S Français 2025 · Antilles-Guyane Remplacement

Sujet du Bac ST2S de Français 2025, Antilles-Guyane Remplacement : 1 exercice corrigé. Thèmes : Commentaire de texte et Contraction de texte. Gratuit.

Thèmes du sujet : Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle

Exercice 1 - Commentaire de texte

Objet d'étude: la poésie du XIX e au XXI e siècle.

Louise de Vilmorin, L'alphabet des aveux, « Plus jamais », 1954.

Romancière, poétesse et essayiste, Louise de Vilmorin est une figure marquante de la vie littéraire et artistique française du début du XX e siècle.

Plus jamais de chambre pour nous,

Ni de baisers à perdre haleine

Et plus jamais de rendez-vous

Ni de saison, d'une heure à peine,

5 Où reposer à tes genoux.

Pourquoi le temps des souvenirs

Doit-il me causer tant de peine

Et pourquoi le temps du plaisir

M'apporte-t-il si lourdes chaînes

10 Que je ne puis les soutenir ?

Rivage, oh ! rivage où j'aimais

Aborder le bleu de ton ombre

Rives de novembre ou de mai

Où l'amour faisait sa pénombre

15 Je ne vous verrai plus jamais.

Plus jamais. C'est dit. C'est fini

Plus de pas unis, plus de nombre,

Plus de toit secret, plus de nid,

Plus de lèvres où fleurit et sombre 1

20 L'instant que l'amour a béni.

Quelle est cette nuit dans le jour ?

Quel est dans le bruit ce silence ?

Mon jour est parti pour toujours,

Ma voix ne charme que l'absence,

25 Tu ne me diras pas bonjour.

Tu ne diras pas, me voyant,

Que j'illustre les différences,

Tu ne diras pas, le croyant,

Que je suis ta bonne croyance

30 Et que mon cœur est clairvoyant 2.

Mon temps ne fut qu'une saison.

Adieu saison vite passée.

Ma langueur 3 et ma déraison

Entre mes mains sont bien placées

35 Comme l'amour en sa maison.

Adieu plaisirs de ces matins

Où l'heure aux heures enlacée

Veillait un feu jamais éteint.

Adieu. Je ne suis pas lassée

40 De ce que je n'ai pas atteint.

1 Sombre: plonge.

2 Clairvoyant: qui voit clair.

3 Langueur: manque d'énergie physique et morale.

Vous ferez le commentaire littéraire de ce texte. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention à:

L'expression personnelle de la plainte.

Le souvenir d'un amour heureux.

Exercice 2 - Sujet A : Contraction de texte

Sujet A – Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV. Parcours: la bonne éducation.

Texte d'après Ben Williamson, « En classe, l'IA doit rester à sa place », Le Courrier de l'UNESCO, volume 2023, Issue 4, octobre 2023.

1 Une expérience mondiale d'intelligence artificielle est actuellement à l'œuvre dans les écoles. Depuis le lancement de ChatGPT fin 2022, rapidement suivi par d'autres « grands modèles linguistiques », les médias s'enthousiasment pour ces technologies tout en alertant sur leur impact potentiel sur l'éducation. En réponse à l'arrivée des applications 5 d'« IA générative 1 » dans les écoles, Stefania Giannini, Sous-Directrice générale de l'UNESCO pour l'éducation, a écrit: « La vitesse à laquelle les technologies d'IA générative sont intégrées dans les systèmes éducatifs en l'absence de contrôles, de règles ou de régulation est effarante 2. »

Son évaluation est sans détour. « L'éducation, compte tenu de sa fonction de 10 protection et d'encouragement du développement et de l'apprentissage, doit rester particulièrement à l'écoute des risques liés à l'IA, qu'il s'agisse de ceux connus ou de ceux que l'on commence à peine à entrevoir, écrit-elle. Mais trop souvent, nous ignorons ces risques. »

15 Or ces risques sont encore peu évalués. La communauté éducative a besoin d'être accompagnée pour mieux les comprendre et des mesures sont nécessaires pour protéger les écoles des dommages que pourraient causer ces technologies.

Les risques et effets négatifs de l'IA sont connus. À commencer par les préjugés et 20 la discrimination qui résultent de l'entraînement des systèmes sur des ensembles de données historiques. Ce seul biais devrait suffire à justifier une remise en question des déclarations hyperboliques 3 sur l'IA. Mais son application à l'école pose des problèmes plus spécifiques.

L'un de ces défis concerne le rôle des enseignants. Les optimistes affirment souvent 25 qu'elle ne remplacera jamais les professeurs par des automates. Ils soutiennent que l'IA leur fera gagner du temps, réduira leur charge de travail et assumera une série de tâches courantes. Or, la mécanisation de l'enseignement exige en réalité un surcroît de travail. Les professeurs devront en effet adapter leurs approches pédagogiques pour travailler avec des technologies automatisées. Ils ne seront peut-être pas remplacés par des robots, mais l'IA 30 pourrait robotiser certaines de leurs tâches, comme la planification des cours, la préparation du matériel, l'évaluation et l'encadrement des étudiants.

Comme l'a montré l'auteure américaine Audrey Watters dans son livre Teaching Machines, l'idée selon laquelle l'automatisation peut rationaliser l'enseignement, 35 « personnaliser » l'apprentissage et faire gagner du temps aux enseignants est ancienne. Selon elle, plutôt que de reposer sur une vision éducative, l'enseignement mécanique relève davantage du fantasme industriel d'une scolarisation ultra-efficace.

Par ailleurs, certaines utilisations parmi les plus spectaculaires de l'IA dans les classes s'appuient sur des conceptions étroites de l'apprentissage. Les scientifiques et les 40 dirigeants d'entreprise invoquent souvent une étude des années 1960 montrant que le tutorat individuel entraîne de meilleurs résultats que l'enseignement en groupe. Cet « effet de réussite » qui ressort de l'étude vient conforter l'idée d'un enseignement individualisé dispensé par des « robots tuteurs » automatisés. Le problème, c'est qu'elle repose sur une 45 vision limitée de l'objectif de l'éducation, réduite à améliorer les résultats mesurables des individus.

Cette vision fait l'impasse sur les enjeux plus vastes liés à l'éducation dont l'objectif est aussi de forger une pensée critique indépendante, favoriser le développement personnel 50 des élèves et former des citoyens engagés. L'enseignement mécanique visant à améliorer les mesures de l'apprentissage individuel ne répond pas à ces objectifs et à ces valeurs de l'instruction publique.

L'IA peut également être exploitée à des fins de censure du contenu éducatif. Dans 55 l'histoire récente, une circonscription scolaire des États-Unis a utilisé ChatGPT pour identifier les livres à bannir de la bibliothèque afin de respecter les nouvelles lois conservatrices sur les contenus éducatifs. Loin de constituer une passerelle neutre vers le savoir et la compréhension, l'IA générative peut contribuer à mettre en œuvre des politiques 60 sociales réactionnaires et régressives 4, mais aussi restreindre l'accès à des documents culturels diversifiés.

Il faut ajouter que la course à l'intégration de l'IA dans les écoles est moins motivée par des objectifs éducatifs que par les visions et les intérêts financiers du secteur de l'IA. 65 Les écoles ou les circonscriptions finiront par payer des services par le biais de contrats permettant au fournisseur d'IA de compenser ses coûts d'exploitation. En définitive, les fonds publics destinés à l'éducation seront soustraits aux écoles pour assurer la rentabilité de ces entreprises.

Dans le même temps, les écoles risquent de devenir dépendantes des entreprises technologiques et de perdre leur autonomie, avec pour conséquence un enseignement public tributaire de systèmes techniques privés n'ayant aucun compte à rendre. En outre, l'IA est gourmande en ressources énergétiques. Son utilisation dans les écoles du monde entier contribuera probablement à accélérer la dégradation de l'environnement.

752 mots

1 IA générative: Intelligence artificielle capable de produire du contenu, comme ChatGPT.

2 Effarante: qui étonne et fait peur.

3 Déclarations hyperboliques: exagérément enthousiastes.

4 Réactionnaires et régressives: qui refusent le progrès.

Contraction de texte

Vous résumerez ce texte en 188 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre texte comptera au moins 169 mots et au plus 207 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Exercice 2 - Sujet A : Essai

Sujet A – Rabelais, Gargantua / Parcours: la bonne éducation

Texte d'appui pour la contraction et l'essai:

Sujet A – Rabelais, Gargantua, chapitres XI à XXIV. Parcours: la bonne éducation.

Texte d'après Ben Williamson, « En classe, l'IA doit rester à sa place », Le Courrier de l'UNESCO, volume 2023, Issue 4, octobre 2023.

1 Une expérience mondiale d'intelligence artificielle est actuellement à l'œuvre dans les écoles. Depuis le lancement de ChatGPT fin 2022, rapidement suivi par d'autres « grands modèles linguistiques », les médias s'enthousiasment pour ces technologies tout en alertant sur leur impact potentiel sur l'éducation. En réponse à l'arrivée des applications 5 d'« IA générative 1 » dans les écoles, Stefania Giannini, Sous-Directrice générale de l'UNESCO pour l'éducation, a écrit: « La vitesse à laquelle les technologies d'IA générative sont intégrées dans les systèmes éducatifs en l'absence de contrôles, de règles ou de régulation est effarante 2. »

Son évaluation est sans détour. « L'éducation, compte tenu de sa fonction de 10 protection et d'encouragement du développement et de l'apprentissage, doit rester particulièrement à l'écoute des risques liés à l'IA, qu'il s'agisse de ceux connus ou de ceux que l'on commence à peine à entrevoir, écrit-elle. Mais trop souvent, nous ignorons ces risques. »

15 Or ces risques sont encore peu évalués. La communauté éducative a besoin d'être accompagnée pour mieux les comprendre et des mesures sont nécessaires pour protéger les écoles des dommages que pourraient causer ces technologies.

Les risques et effets négatifs de l'IA sont connus. À commencer par les préjugés et 20 la discrimination qui résultent de l'entraînement des systèmes sur des ensembles de données historiques. Ce seul biais devrait suffire à justifier une remise en question des déclarations hyperboliques 3 sur l'IA. Mais son application à l'école pose des problèmes plus spécifiques.

L'un de ces défis concerne le rôle des enseignants. Les optimistes affirment souvent 25 qu'elle ne remplacera jamais les professeurs par des automates. Ils soutiennent que l'IA leur fera gagner du temps, réduira leur charge de travail et assumera une série de tâches courantes. Or, la mécanisation de l'enseignement exige en réalité un surcroît de travail. Les professeurs devront en effet adapter leurs approches pédagogiques pour travailler avec des technologies automatisées. Ils ne seront peut-être pas remplacés par des robots, mais l'IA 30 pourrait robotiser certaines de leurs tâches, comme la planification des cours, la préparation du matériel, l'évaluation et l'encadrement des étudiants.

Comme l'a montré l'auteure américaine Audrey Watters dans son livre Teaching Machines, l'idée selon laquelle l'automatisation peut rationaliser l'enseignement, 35 « personnaliser » l'apprentissage et faire gagner du temps aux enseignants est ancienne. Selon elle, plutôt que de reposer sur une vision éducative, l'enseignement mécanique relève davantage du fantasme industriel d'une scolarisation ultra-efficace.

Par ailleurs, certaines utilisations parmi les plus spectaculaires de l'IA dans les classes s'appuient sur des conceptions étroites de l'apprentissage. Les scientifiques et les 40 dirigeants d'entreprise invoquent souvent une étude des années 1960 montrant que le tutorat individuel entraîne de meilleurs résultats que l'enseignement en groupe. Cet « effet de réussite » qui ressort de l'étude vient conforter l'idée d'un enseignement individualisé dispensé par des « robots tuteurs » automatisés. Le problème, c'est qu'elle repose sur une 45 vision limitée de l'objectif de l'éducation, réduite à améliorer les résultats mesurables des individus.

Cette vision fait l'impasse sur les enjeux plus vastes liés à l'éducation dont l'objectif est aussi de forger une pensée critique indépendante, favoriser le développement personnel 50 des élèves et former des citoyens engagés. L'enseignement mécanique visant à améliorer les mesures de l'apprentissage individuel ne répond pas à ces objectifs et à ces valeurs de l'instruction publique.

L'IA peut également être exploitée à des fins de censure du contenu éducatif. Dans 55 l'histoire récente, une circonscription scolaire des États-Unis a utilisé ChatGPT pour identifier les livres à bannir de la bibliothèque afin de respecter les nouvelles lois conservatrices sur les contenus éducatifs. Loin de constituer une passerelle neutre vers le savoir et la compréhension, l'IA générative peut contribuer à mettre en œuvre des politiques 60 sociales réactionnaires et régressives 4, mais aussi restreindre l'accès à des documents culturels diversifiés.

Il faut ajouter que la course à l'intégration de l'IA dans les écoles est moins motivée par des objectifs éducatifs que par les visions et les intérêts financiers du secteur de l'IA. 65 Les écoles ou les circonscriptions finiront par payer des services par le biais de contrats permettant au fournisseur d'IA de compenser ses coûts d'exploitation. En définitive, les fonds publics destinés à l'éducation seront soustraits aux écoles pour assurer la rentabilité de ces entreprises.

Dans le même temps, les écoles risquent de devenir dépendantes des entreprises technologiques et de perdre leur autonomie, avec pour conséquence un enseignement public tributaire de systèmes techniques privés n'ayant aucun compte à rendre. En outre, l'IA est gourmande en ressources énergétiques. Son utilisation dans les écoles du monde entier contribuera probablement à accélérer la dégradation de l'environnement.

752 mots

1 IA générative: Intelligence artificielle capable de produire du contenu, comme ChatGPT.

2 Effarante: qui étonne et fait peur.

3 Déclarations hyperboliques: exagérément enthousiastes.

4 Réactionnaires et régressives: qui refusent le progrès.

Essai

Une bonne éducation doit-elle nécessairement s’adapter à son époque ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur les chapitres XI à XXIV de Gargantua de Rabelais, sur le texte de l’exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l’objet d’étude « La littérature d’idées du XVI e au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Exercice 2 - Sujet B : Contraction de texte

Sujet B – La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme ». Parcours: peindre les Hommes, examiner la nature humaine.

Contraction de texte

Sujet B – La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme ». Parcours: peindre les Hommes, examiner la nature humaine.

Texte d'après Jean-François Dortier, Les Humains, mode d'emploi: nouveaux regards sur la nature humaine, 2009.

Ne pas ressentir la douleur est une malédiction. L'« insensibilité congénitale à la

douleur » est une maladie très rare qui pourrait passer pour une aubaine. En réalité, c'est

un handicap majeur. En mangeant, un enfant atteint de cette maladie peut mordre sa langue

et la couper sans s'en rendre compte, comme s'il s'agissait d'un morceau de viande. Il peut

5 se brûler gravement sans même retirer sa main du feu. Il peut souffrir d'une grave infection

sans se plaindre.

On comprend à partir de ces cas rares combien la douleur nous est utile. Sans

douleur nous sommes incapables d'évaluer les agressions de l'environnement et de réagir

de façon adaptée. L'absence de douleur nous montre, en négatif, le rôle indispensable de

10 celle-ci dans notre survie: la douleur sert de système d'alerte au cerveau qui déclenche

aussitôt des réactions de défense appropriée.

Imaginez maintenant une personne sans émotions. Une personne qui ne ressentirait

pas de peine en apprenant la mort de ses parents; qui n'éprouverait pas de colère face aux

insultes; qui n'aurait pas peur de marcher au-dessus du vide; qui n'éprouverait aucune joie

15 en retrouvant ses enfants après une longue séparation.

Ces personnes existent. Elles souffrent d'une lésion cérébrale localisée dans le lobe

frontal. Le neurobiologiste Antonio Damasio a rendu célèbre plusieurs de ces cas. Parmi

ses patients, il y a Elliot, un homme d'une trentaine d'années qui avait subi une ablation

d'une partie du cortex frontal suite à une tumeur. Curieusement, l'opération n'avait pas eu

20 d'effet sur ses aptitudes intellectuelles et ses résultats aux tests de QI n'avaient pas baissé.

En revanche, sa personnalité s'était transformée. Depuis son opération, Elliot ne semblait

plus gérer normalement ses émotions. Par exemple, il réagissait avec une indifférence totale

à des images de gens mutilés, de graves accidents de la route... À l'égard de sa famille, il

ne ressentait plus vraiment d'affection. Il semblait vivre désormais dans un monde expurgé

25 de chaleur, d'amour, de tristesse, ou même d'anxiété. Au travail aussi, son comportement

s'était modifié. Elliot était maintenant incapable de gérer ses activités, pouvant passer des

heures sur des détails futiles et négliger complètement des tâches urgentes ou essentielles.

La vie d'Elliot était désormais privée des réactions émotionnelles qui donnent leur

valeur aux choses, et sa vie personnelle et professionnelle s'en trouvait profondément

30 perturbée.

Le cas de ces patients dits « frontaux » nous enseigne une première leçon: les

émotions sont utiles et nécessaires. Elles nous servent pour guider nos comportements.

Sans empathie pour son enfant qui pleure parce qu'il est tombé, cette mère atteinte du

syndrome frontal continuait son travail routinier; elle n'éprouvait pas le besoin de prendre

35 son enfant dans ses bras, de le consoler et de l'embrasser, comme le font toutes les mères

en pareil cas.

Les émotions sont par nature « évaluatives », comme l'écrit le psychologue Nico

Frijda, un des grands spécialistes du domaine. Placé devant la photo d'Obama ou

d'Oussama 1, notre cerveau réagit à la fois de façon cognitive (il perçoit et identifie la

40 personne), et émotive (il l'évalue positivement ou négativement). Notre perception de

l'environnement est colorée émotionnellement; c'est ce qui donne d'ailleurs de la valeur

aux choses et aux personnes qui nous entourent. Les émotions provoquent en nous

l'attraction ou la répulsion, le plaisir ou l'aversion.

Les patients atteints de lésions frontales nous apportent donc, selon A. Damasio,

45 cette leçon centrale: nos émotions nous sont donc indispensables pour évaluer la valeur

des choses et guider nos conduites. En ce sens, elles sont adaptatives et même

« intelligentes ».

Un tel constat va à l'encontre de toute la tradition de pensée occidentale, inspirée par

Descartes, selon laquelle les passions sont « irrationnelles » et nous aveuglent. La joie ou

50 la tristesse troublent notre jugement. « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît

point », disait Pascal. « Ni rire ni pleurer, mais comprendre » ajoutait Spinoza. L'homme est

un être rationnel: tel est donc l'héritage de la pensée occidentale.

Faudrait-il donc rejeter toute une tradition de la pensée qui fait de la raison et de

l'intelligence humaine notre meilleur guide ?

687 mots

1 La photo d'Obama ou d'Oussama: Barack Obama (président des États-Unis) et Oussama Ben Laden (chef d'une organisation terroriste).

Vous résumerez ce texte en 172 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre texte comptera au moins 155 mots et au plus 189 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Exercice 2 - Sujet B : Essai

Sujet B – La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme ». Parcours: peindre les Hommes, examiner la nature humaine.

Essai

Sujet B – La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme ». Parcours: peindre les Hommes, examiner la nature humaine.

Texte d'après Jean-François Dortier, Les Humains, mode d'emploi: nouveaux regards sur la nature humaine, 2009.

Ne pas ressentir la douleur est une malédiction. L'« insensibilité congénitale à la

douleur » est une maladie très rare qui pourrait passer pour une aubaine. En réalité, c'est

un handicap majeur. En mangeant, un enfant atteint de cette maladie peut mordre sa langue

et la couper sans s'en rendre compte, comme s'il s'agissait d'un morceau de viande. Il peut

5 se brûler gravement sans même retirer sa main du feu. Il peut souffrir d'une grave infection

sans se plaindre.

On comprend à partir de ces cas rares combien la douleur nous est utile. Sans

douleur nous sommes incapables d'évaluer les agressions de l'environnement et de réagir

de façon adaptée. L'absence de douleur nous montre, en négatif, le rôle indispensable de

10 celle-ci dans notre survie: la douleur sert de système d'alerte au cerveau qui déclenche

aussitôt des réactions de défense appropriée.

Imaginez maintenant une personne sans émotions. Une personne qui ne ressentirait

pas de peine en apprenant la mort de ses parents; qui n'éprouverait pas de colère face aux

insultes; qui n'aurait pas peur de marcher au-dessus du vide; qui n'éprouverait aucune joie

15 en retrouvant ses enfants après une longue séparation.

Ces personnes existent. Elles souffrent d'une lésion cérébrale localisée dans le lobe

frontal. Le neurobiologiste Antonio Damasio a rendu célèbre plusieurs de ces cas. Parmi

ses patients, il y a Elliot, un homme d'une trentaine d'années qui avait subi une ablation

d'une partie du cortex frontal suite à une tumeur. Curieusement, l'opération n'avait pas eu

20 d'effet sur ses aptitudes intellectuelles et ses résultats aux tests de QI n'avaient pas baissé.

En revanche, sa personnalité s'était transformée. Depuis son opération, Elliot ne semblait

plus gérer normalement ses émotions. Par exemple, il réagissait avec une indifférence totale

à des images de gens mutilés, de graves accidents de la route... À l'égard de sa famille, il

ne ressentait plus vraiment d'affection. Il semblait vivre désormais dans un monde expurgé

25 de chaleur, d'amour, de tristesse, ou même d'anxiété. Au travail aussi, son comportement

s'était modifié. Elliot était maintenant incapable de gérer ses activités, pouvant passer des

heures sur des détails futiles et négliger complètement des tâches urgentes ou essentielles.

La vie d'Elliot était désormais privée des réactions émotionnelles qui donnent leur

valeur aux choses, et sa vie personnelle et professionnelle s'en trouvait profondément

30 perturbée.

Le cas de ces patients dits « frontaux » nous enseigne une première leçon: les

émotions sont utiles et nécessaires. Elles nous servent pour guider nos comportements.

Sans empathie pour son enfant qui pleure parce qu'il est tombé, cette mère atteinte du

syndrome frontal continuait son travail routinier; elle n'éprouvait pas le besoin de prendre

35 son enfant dans ses bras, de le consoler et de l'embrasser, comme le font toutes les mères

en pareil cas.

Les émotions sont par nature « évaluatives », comme l'écrit le psychologue Nico

Frijda, un des grands spécialistes du domaine. Placé devant la photo d'Obama ou

d'Oussama 1, notre cerveau réagit à la fois de façon cognitive (il perçoit et identifie la

40 personne), et émotive (il l'évalue positivement ou négativement). Notre perception de

l'environnement est colorée émotionnellement; c'est ce qui donne d'ailleurs de la valeur

aux choses et aux personnes qui nous entourent. Les émotions provoquent en nous

l'attraction ou la répulsion, le plaisir ou l'aversion.

Les patients atteints de lésions frontales nous apportent donc, selon A. Damasio,

45 cette leçon centrale: nos émotions nous sont donc indispensables pour évaluer la valeur

des choses et guider nos conduites. En ce sens, elles sont adaptatives et même

« intelligentes ».

Un tel constat va à l'encontre de toute la tradition de pensée occidentale, inspirée par

Descartes, selon laquelle les passions sont « irrationnelles » et nous aveuglent. La joie ou

50 la tristesse troublent notre jugement. « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît

point », disait Pascal. « Ni rire ni pleurer, mais comprendre » ajoutait Spinoza. L'homme est

un être rationnel: tel est donc l'héritage de la pensée occidentale.

Faudrait-il donc rejeter toute une tradition de la pensée qui fait de la raison et de

l'intelligence humaine notre meilleur guide ?

687 mots

1 La photo d'Obama ou d'Oussama: Barack Obama (président des États-Unis) et Oussama Ben Laden (chef d'une organisation terroriste).

Pour pouvoir peindre les hommes, faut-il nécessairement s'intéresser à leurs émotions ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur le chapitre « De l'Homme » des Caractères de La Bruyère, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVI e au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

Exercice 2 - Sujet C : Contraction de texte

Sujet C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

Parcours: écrire et combattre pour l'égalité

Sujet C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Parcours: écrire et combattre pour l'égalité.

Texte d'après Titiou Lecoq, Libérées ! Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale, Paris, 2017.

1 Les femmes sont prises dans un terrible paradoxe. D'un côté, elles ont hérité de cette figure de l'Ange du foyer, du besoin d'être conciliantes, de se préoccuper des autres, de se contraindre elles-mêmes, de répondre aux demandes implicites qu'on a à leur encontre. De l'autre, ces « qualités » qu'on valorise chez les petites filles sont dévalorisées par le monde 5 du travail actuel. C'est ce qu'on appelle le paradoxe féminin et l'une des hypothèses pour expliquer une partie des inégalités homme/femme au travail. Les filles réussissent mieux à l'école, elles redoublent moins, décrochent moins, sont scolarisées plus longtemps et finissent plus diplômées: 31 % des filles obtiennent un diplôme allant de la licence au doctorat contre 24 % des garçons. Pourtant, elles accusent très vite du retard dans leur 10 carrière professionnelle. Alors qu'est-ce qui se met à dysfonctionner ensuite ? Les deux univers, école et boulot, ne recherchent pas les mêmes qualités. Le monde du travail n'aime pas les élèves trop scolaires. Il va donner une prime au culot, à l'audace, bref, des qualités traditionnellement davantage associées aux garçons – et qu'on cultive donc chez eux très 15 tôt.

Les femmes deviennent ainsi leurs pires ennemies. L'attitude de retrait qu'on leur enseigne, l'idée que leur place naturelle serait la maison et que leur but doit être de plaire, entraîne une multitude de conséquences sur leur vie professionnelle. Elles vont avoir tendance à postuler pour des emplois un cran en-dessous de leurs compétences, elles vont 20 avoir peur de prendre des responsabilités et elles vont rencontrer sans cesse ce fameux problème de prise de parole. Aucun milieu n'échappe à cette discrimination. Ainsi, à la Maison-Blanche, pendant le premier mandat de Barack Obama, les deux tiers des chefs de cabinet et des conseillers étaient des hommes. Dans ce contexte, il était très compliqué 25 pour les femmes de se faire entendre. Alors elles se sont organisées pour s'entraider et elles ont mis au point la stratégie de l'amplification. Lorsque l'une d'elles avait une idée à faire valoir, elle l'exposait, puis les autres la reprenaient et la répétaient jusqu'à ce qu'elle soit entendue.

S'affirmer par la parole, c'est aussi une question pécuniaire 1. C'est être capable de 30 demander un rendez-vous pour engager une discussion sur une augmentation, une promotion, un entretien d'embauche. Or les femmes ne savent pas faire. Il faut dire que c'est difficile de défendre son intérêt personnel quand on a appris très tôt à faire plaisir à l'autre. De l'autre côté, mettez-vous à la place d'un employeur. Pour un poste à 35 responsabilité, vous préférez choisir un candidat sûr de lui qui vous affirme qu'il y arrivera ou une candidate qui hésite et dont l'attitude dit qu'elle n'est elle-même pas certaine qu'elle sera à la hauteur ?

En règle générale, les femmes sous-estiment donc leurs compétences et surestiment celles des hommes. Et les hommes font pareil. Mais ce n'est pas uniquement une question 40 de compétence professionnelle. Profondément, les femmes se pensent moins intelligentes que les hommes. Évidemment, la difficulté, c'est de montrer cette intériorisation de leur prétendue infériorité intellectuelle. C'est quasiment impossible.

Dans Ainsi soit-elle, Benoîte Groult rapporte une étude américaine de 1968. On avait demandé à deux cents étudiantes de juger un essai philosophique. Pour un groupe, l'essai 45 était signé John Mac Kay, pour l'autre Joan Mac Kay 2. Le travail de John a été jugé original, fécond, profond. Celui de Joan superficiel, banal, sans grand intérêt. A-t-on vraiment évolué depuis 1968 sur ces questions ? En janvier 2017, la revue Science rapportait une nouvelle étude américaine. L'une des expériences consiste à raconter à des enfants l'histoire d'une 50 personne très intelligente, sans préciser son sexe. Interrogés ensuite pour savoir s'ils pensaient qu'il s'agissait d'une femme ou d'un homme, les enfants de 5 ans avaient tendance à identifier leur propre genre, les filles répondaient ainsi « une femme ». En revanche, à partir de 6 ans, la majorité des enfants, tous sexes confondus, répondait « un homme ». En cinquante ans, la situation n'a donc pas évolué, tout simplement parce que l'on n'a pas travaillé dessus. C'est pour cela que des démarches comme celle de Pénélope Bagieu, qui, à travers ses albums Les Culottées, présente de nouvelles images de la femme, crée de nouvelles associations (femme et astronaute, femme et informaticienne, etc.), sont essentielles.

1 Question pécuniaire: question d'argent.

2 Joan: prénom féminin.

711 mots

Contraction de texte

Vous résumerez ce texte en 178 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre texte comptera au moins 159 mots et au plus 195 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Exercice 2 - Sujet C : Essai

Sujet C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

Parcours: écrire et combattre pour l'égalité

Sujet C – Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Parcours: écrire et combattre pour l'égalité.

Texte d'après Titiou Lecoq, Libérées ! Le combat féministe se gagne devant le panier de linge sale, Paris, 2017.

1 Les femmes sont prises dans un terrible paradoxe. D'un côté, elles ont hérité de cette figure de l'Ange du foyer, du besoin d'être conciliantes, de se préoccuper des autres, de se contraindre elles-mêmes, de répondre aux demandes implicites qu'on a à leur encontre. De l'autre, ces « qualités » qu'on valorise chez les petites filles sont dévalorisées par le monde 5 du travail actuel. C'est ce qu'on appelle le paradoxe féminin et l'une des hypothèses pour expliquer une partie des inégalités homme/femme au travail. Les filles réussissent mieux à l'école, elles redoublent moins, décrochent moins, sont scolarisées plus longtemps et finissent plus diplômées: 31 % des filles obtiennent un diplôme allant de la licence au doctorat contre 24 % des garçons. Pourtant, elles accusent très vite du retard dans leur 10 carrière professionnelle. Alors qu'est-ce qui se met à dysfonctionner ensuite ? Les deux univers, école et boulot, ne recherchent pas les mêmes qualités. Le monde du travail n'aime pas les élèves trop scolaires. Il va donner une prime au culot, à l'audace, bref, des qualités traditionnellement davantage associées aux garçons – et qu'on cultive donc chez eux très 15 tôt.

Les femmes deviennent ainsi leurs pires ennemies. L'attitude de retrait qu'on leur enseigne, l'idée que leur place naturelle serait la maison et que leur but doit être de plaire, entraîne une multitude de conséquences sur leur vie professionnelle. Elles vont avoir tendance à postuler pour des emplois un cran en-dessous de leurs compétences, elles vont 20 avoir peur de prendre des responsabilités et elles vont rencontrer sans cesse ce fameux problème de prise de parole. Aucun milieu n'échappe à cette discrimination. Ainsi, à la Maison-Blanche, pendant le premier mandat de Barack Obama, les deux tiers des chefs de cabinet et des conseillers étaient des hommes. Dans ce contexte, il était très compliqué 25 pour les femmes de se faire entendre. Alors elles se sont organisées pour s'entraider et elles ont mis au point la stratégie de l'amplification. Lorsque l'une d'elles avait une idée à faire valoir, elle l'exposait, puis les autres la reprenaient et la répétaient jusqu'à ce qu'elle soit entendue.

S'affirmer par la parole, c'est aussi une question pécuniaire 1. C'est être capable de 30 demander un rendez-vous pour engager une discussion sur une augmentation, une promotion, un entretien d'embauche. Or les femmes ne savent pas faire. Il faut dire que c'est difficile de défendre son intérêt personnel quand on a appris très tôt à faire plaisir à l'autre. De l'autre côté, mettez-vous à la place d'un employeur. Pour un poste à 35 responsabilité, vous préférez choisir un candidat sûr de lui qui vous affirme qu'il y arrivera ou une candidate qui hésite et dont l'attitude dit qu'elle n'est elle-même pas certaine qu'elle sera à la hauteur ?

En règle générale, les femmes sous-estiment donc leurs compétences et surestiment celles des hommes. Et les hommes font pareil. Mais ce n'est pas uniquement une question 40 de compétence professionnelle. Profondément, les femmes se pensent moins intelligentes que les hommes. Évidemment, la difficulté, c'est de montrer cette intériorisation de leur prétendue infériorité intellectuelle. C'est quasiment impossible.

Dans Ainsi soit-elle, Benoîte Groult rapporte une étude américaine de 1968. On avait demandé à deux cents étudiantes de juger un essai philosophique. Pour un groupe, l'essai 45 était signé John Mac Kay, pour l'autre Joan Mac Kay 2. Le travail de John a été jugé original, fécond, profond. Celui de Joan superficiel, banal, sans grand intérêt. A-t-on vraiment évolué depuis 1968 sur ces questions ? En janvier 2017, la revue Science rapportait une nouvelle étude américaine. L'une des expériences consiste à raconter à des enfants l'histoire d'une 50 personne très intelligente, sans préciser son sexe. Interrogés ensuite pour savoir s'ils pensaient qu'il s'agissait d'une femme ou d'un homme, les enfants de 5 ans avaient tendance à identifier leur propre genre, les filles répondaient ainsi « une femme ». En revanche, à partir de 6 ans, la majorité des enfants, tous sexes confondus, répondait « un homme ». En cinquante ans, la situation n'a donc pas évolué, tout simplement parce que l'on n'a pas travaillé dessus. C'est pour cela que des démarches comme celle de Pénélope Bagieu, qui, à travers ses albums Les Culottées, présente de nouvelles images de la femme, crée de nouvelles associations (femme et astronaute, femme et informaticienne, etc.), sont essentielles.

1 Question pécuniaire: question d'argent.

2 Joan: prénom féminin.

711 mots

Essai

La littérature peut-elle faire évoluer nos préjugés ?

Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question en prenant appui sur la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouges, sur le texte de l'exercice de la contraction et sur ceux que vous avez étudiés dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.

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