Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Antilles-Guyane remplacement 2025

Thème : Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2025)

Énoncé

Objet d'étude: la poésie du XIX e au XXI e siècle.

Louise de Vilmorin, L'alphabet des aveux, « Plus jamais », 1954.

Romancière, poétesse et essayiste, Louise de Vilmorin est une figure marquante de la vie littéraire et artistique française du début du XX e siècle.

Plus jamais de chambre pour nous,

Ni de baisers à perdre haleine

Et plus jamais de rendez-vous

Ni de saison, d'une heure à peine,

5 Où reposer à tes genoux.

Pourquoi le temps des souvenirs

Doit-il me causer tant de peine

Et pourquoi le temps du plaisir

M'apporte-t-il si lourdes chaînes

10 Que je ne puis les soutenir ?

Rivage, oh ! rivage où j'aimais

Aborder le bleu de ton ombre

Rives de novembre ou de mai

Où l'amour faisait sa pénombre

15 Je ne vous verrai plus jamais.

Plus jamais. C'est dit. C'est fini

Plus de pas unis, plus de nombre,

Plus de toit secret, plus de nid,

Plus de lèvres où fleurit et sombre 1

20 L'instant que l'amour a béni.

Quelle est cette nuit dans le jour ?

Quel est dans le bruit ce silence ?

Mon jour est parti pour toujours,

Ma voix ne charme que l'absence,

25 Tu ne me diras pas bonjour.

Tu ne diras pas, me voyant,

Que j'illustre les différences,

Tu ne diras pas, le croyant,

Que je suis ta bonne croyance

30 Et que mon cœur est clairvoyant 2.

Mon temps ne fut qu'une saison.

Adieu saison vite passée.

Ma langueur 3 et ma déraison

Entre mes mains sont bien placées

35 Comme l'amour en sa maison.

Adieu plaisirs de ces matins

Où l'heure aux heures enlacée

Veillait un feu jamais éteint.

Adieu. Je ne suis pas lassée

40 De ce que je n'ai pas atteint.

1 Sombre: plonge.

2 Clairvoyant: qui voit clair.

3 Langueur: manque d'énergie physique et morale.

Vous ferez le commentaire littéraire de ce texte. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention à:

L'expression personnelle de la plainte.

Le souvenir d'un amour heureux.

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Corrigé

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Vous ferez le commentaire littéraire de ce texte. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention à : l'expression personnelle de la plainte ; le souvenir d'un amour heureux.

Réponse : Proposition d'un parcours de lecture pour le commentaire composé : Introduction - Accroche / Présentation : Louise de Vilmorin (1902-1969), poétesse et femme de lettres, publie en 1954 *L'alphabet des aveux*, un recueil marqué par une écriture fluide, musicale et ciselée de l'intime. - Présentation du poème : « Plus jamais » est un poème élégiaque de huit quintils d'octosyllabes (vers isométriques, rimes alternées ababa). La voix poétique y pleure une rupture amoureuse irrévocable, tout en ravivant la beauté d'un bonheur enfui. - Problématique : Comment Louise de Vilmorin parvient-elle, à travers l'élégie de la rupture, à sublimer la plainte douloureuse en un hommage vibrant à l'amour vécu ? - Annonce du plan : 1. L'expression lyrique d'une douleur inguérissable. 2. L'évocation nostalgique d'une intimité amoureuse heureuse. 3. La transfiguration poétique du deuil : entre acceptation lucide et fidélité au désir. --- Axe 1 : L'expression personnelle de la plainte - Le leitmotiv de la rupture : L'anaphore de « Plus jamais » (titre, ouverture des strophes 1 et 4, vers 15) martèle l'irréversibilité. Les phrases brèves et la parataxe (« Plus jamais. C'est dit. C'est fini », v. 16) sonnent comme un verdict sans appel. L'anaphore de « Plus de… » (v. 17-19) dresse l'inventaire de ce qui est perdu. - La souffrance d'un « je » lyrique : La première personne est omniprésente. Le champ lexical de la douleur (« peine », « lourdes chaînes », « langueur », « déraison ») dit un accablement physique et moral. Les interrogations rhétoriques de la strophe 2 opposent le temps des souvenirs et le temps du plaisir, devenus sources de tourment. - Un monde déréglé : Les antithèses et oxymores (« cette nuit dans le jour », « dans le bruit ce silence », v. 21-22) traduisent le bouleversement intérieur. Le dialogue est rompu : « Ma voix ne charme que l'absence » (v. 24). L'anaphore négative au futur (« Tu ne me diras pas… », « Tu ne diras pas… », v. 25-28) projette la perte dans l'avenir. --- Axe 2 : Le souvenir d'un amour heureux - Un refuge intime et sensuel : Le poème évoque un espace protecteur et secret (« chambre », « toit secret », « nid », v. 1 et 18). Les baisers « à perdre haleine » (v. 2), les « lèvres » (v. 19) et le geste tendre (« reposer à tes genoux », v. 5) restituent l'intensité de la relation. - L'union des amants : Les « pas unis » (v. 17) disent la fusion du couple. L'amour est sacralisé : « L'instant que l'amour a béni » (v. 20). - Un temps suspendu et une nature complice : L'image « l'heure aux heures enlacée » (v. 37) et la métaphore du feu (« un feu jamais éteint », v. 38) suggèrent un bonheur hors du temps ordinaire. Le « rivage » (apostrophe lyrique « Rivage, oh ! rivage », v. 11) et les « Rives de novembre ou de mai » (v. 13) offrent un décor de recueillement amoureux, baigné de « bleu » et de « pénombre ». --- Axe 3 : La transfiguration poétique du deuil - Les adieux : L'anaphore d'« Adieu » (v. 32, 36, 39) donne au poème la forme d'un rituel de séparation. La brièveté du bonheur est assumée : « Mon temps ne fut qu'une saison » (v. 31). - Une souffrance apprivoisée : La « langueur » et la « déraison » sont « entre mes mains bien placées / Comme l'amour en sa maison » (v. 33-35). La douleur est recueillie et intériorisée comme un bien précieux. - La fidélité au désir : La chute « Je ne suis pas lassée / De ce que je n'ai pas atteint » (v. 39-40) transforme la perte en élan persistant : le désir demeure intact. - Une musique consolatrice : Régularité de l'octosyllabe, rimes, refrains et anaphores : la musicalité donne forme à la plainte et la sublime en chant. --- Conclusion Le poème mêle plainte élégiaque et célébration du bonheur passé. La rupture, dite avec force, n'efface pas la beauté de l'amour vécu, que l'écriture préserve. On peut le rapprocher de la tradition élégiaque (Lamartine, « Le Lac » ; Apollinaire, « Le Pont Mirabeau »), où le chant poétique répond à la fuite du temps.

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