Exercice 2 - Sujet B : Contraction de texte · Bac STMG Français Antilles-Guyane remplacement 2025
Thème : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Tiré du sujet Remplacement (2025)
Énoncé
Sujet B – La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme ». Parcours: peindre les Hommes, examiner la nature humaine.
Contraction de texte
Sujet B – La Bruyère, Les Caractères, livre XI « De l'Homme ». Parcours: peindre les Hommes, examiner la nature humaine.
Texte d'après Jean-François Dortier, Les Humains, mode d'emploi: nouveaux regards sur la nature humaine, 2009.
Ne pas ressentir la douleur est une malédiction. L'« insensibilité congénitale à la
douleur » est une maladie très rare qui pourrait passer pour une aubaine. En réalité, c'est
un handicap majeur. En mangeant, un enfant atteint de cette maladie peut mordre sa langue
et la couper sans s'en rendre compte, comme s'il s'agissait d'un morceau de viande. Il peut
5 se brûler gravement sans même retirer sa main du feu. Il peut souffrir d'une grave infection
sans se plaindre.
On comprend à partir de ces cas rares combien la douleur nous est utile. Sans
douleur nous sommes incapables d'évaluer les agressions de l'environnement et de réagir
de façon adaptée. L'absence de douleur nous montre, en négatif, le rôle indispensable de
10 celle-ci dans notre survie: la douleur sert de système d'alerte au cerveau qui déclenche
aussitôt des réactions de défense appropriée.
Imaginez maintenant une personne sans émotions. Une personne qui ne ressentirait
pas de peine en apprenant la mort de ses parents; qui n'éprouverait pas de colère face aux
insultes; qui n'aurait pas peur de marcher au-dessus du vide; qui n'éprouverait aucune joie
15 en retrouvant ses enfants après une longue séparation.
Ces personnes existent. Elles souffrent d'une lésion cérébrale localisée dans le lobe
frontal. Le neurobiologiste Antonio Damasio a rendu célèbre plusieurs de ces cas. Parmi
ses patients, il y a Elliot, un homme d'une trentaine d'années qui avait subi une ablation
d'une partie du cortex frontal suite à une tumeur. Curieusement, l'opération n'avait pas eu
20 d'effet sur ses aptitudes intellectuelles et ses résultats aux tests de QI n'avaient pas baissé.
En revanche, sa personnalité s'était transformée. Depuis son opération, Elliot ne semblait
plus gérer normalement ses émotions. Par exemple, il réagissait avec une indifférence totale
à des images de gens mutilés, de graves accidents de la route... À l'égard de sa famille, il
ne ressentait plus vraiment d'affection. Il semblait vivre désormais dans un monde expurgé
25 de chaleur, d'amour, de tristesse, ou même d'anxiété. Au travail aussi, son comportement
s'était modifié. Elliot était maintenant incapable de gérer ses activités, pouvant passer des
heures sur des détails futiles et négliger complètement des tâches urgentes ou essentielles.
La vie d'Elliot était désormais privée des réactions émotionnelles qui donnent leur
valeur aux choses, et sa vie personnelle et professionnelle s'en trouvait profondément
30 perturbée.
Le cas de ces patients dits « frontaux » nous enseigne une première leçon: les
émotions sont utiles et nécessaires. Elles nous servent pour guider nos comportements.
Sans empathie pour son enfant qui pleure parce qu'il est tombé, cette mère atteinte du
syndrome frontal continuait son travail routinier; elle n'éprouvait pas le besoin de prendre
35 son enfant dans ses bras, de le consoler et de l'embrasser, comme le font toutes les mères
en pareil cas.
Les émotions sont par nature « évaluatives », comme l'écrit le psychologue Nico
Frijda, un des grands spécialistes du domaine. Placé devant la photo d'Obama ou
d'Oussama 1, notre cerveau réagit à la fois de façon cognitive (il perçoit et identifie la
40 personne), et émotive (il l'évalue positivement ou négativement). Notre perception de
l'environnement est colorée émotionnellement; c'est ce qui donne d'ailleurs de la valeur
aux choses et aux personnes qui nous entourent. Les émotions provoquent en nous
l'attraction ou la répulsion, le plaisir ou l'aversion.
Les patients atteints de lésions frontales nous apportent donc, selon A. Damasio,
45 cette leçon centrale: nos émotions nous sont donc indispensables pour évaluer la valeur
des choses et guider nos conduites. En ce sens, elles sont adaptatives et même
« intelligentes ».
Un tel constat va à l'encontre de toute la tradition de pensée occidentale, inspirée par
Descartes, selon laquelle les passions sont « irrationnelles » et nous aveuglent. La joie ou
50 la tristesse troublent notre jugement. « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît
point », disait Pascal. « Ni rire ni pleurer, mais comprendre » ajoutait Spinoza. L'homme est
un être rationnel: tel est donc l'héritage de la pensée occidentale.
Faudrait-il donc rejeter toute une tradition de la pensée qui fait de la raison et de
l'intelligence humaine notre meilleur guide ?
687 mots
1 La photo d'Obama ou d'Oussama: Barack Obama (président des États-Unis) et Oussama Ben Laden (chef d'une organisation terroriste).
Vous résumerez ce texte en 172 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre texte comptera au moins 155 mots et au plus 189 mots.
Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Contraction de texte : résumer le texte en 172 mots (+/- 10 %)
Réponse : Ne pas ressentir la douleur constitue un grave handicap. Les rares malades qui en sont privés se blessent sans réagir, ce qui révèle combien la douleur, signal d'alerte du cerveau, protège notre survie. De même, certains patients étudiés par le neurobiologiste Damasio, atteints d'une lésion du lobe frontal, /50/ ne ressentent plus d'émotions. Tel Elliot, ils conservent leur intelligence intacte mais deviennent indifférents à la souffrance d'autrui comme à leurs proches et incapables d'organiser leur travail. Privée des émotions qui donnent leur prix aux choses, leur existence est bouleversée. Ces cas démontrent que les émotions sont /100/ indispensables : elles orientent nos comportements. Par nature évaluatives, elles colorent notre perception du monde, nous faisant juger positivement ou négativement ce qui nous entoure et provoquant attirance ou rejet. Utiles à l'adaptation, elles sont donc « intelligentes ». Cette conclusion contredit la tradition occidentale, héritée de Descartes, qui voit dans les /150/ passions des forces irrationnelles aveuglant le jugement et définit l'homme par la raison. Faut-il alors renoncer à cet héritage qui fait de la raison notre guide ? [178 mots]
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