Exercice 2 - Sujet A - Contraction de texte · Bac STMG Français Polynésie session normale 2026

Thème : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Tiré du sujet Session normale (2026)

Énoncé

Sujet A – Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1576 – Parcours: « Défendre » et « entretenir » la liberté.

Texte d'après Martin Duru, « Et si nous aimions être dominés », Sciences humaines, mars 2010.

Et si l'homme n'était pas cet être assoiffé de liberté qu'on nous dépeint souvent, mais celui que le pouvoir subjugue 1 au point de s'y soumettre de soi-même ? C'est l'hypothèse impertinente que posait déjà La Boétie au XVI e siècle.

Si Étienne de La Boétie s'était exprimé dans le langage d'aujourd'hui, il se serait probablement exclamé: « mais ils sont masos 2 ou quoi ? » Dans le Discours de la servitude volontaire, écrit dans le courant du XVI e siècle, il constate avec effarement qu'un « million d'hommes » vit sous le joug 3 d'une tyrannie féroce et se complaît dans cette situation d'asservissement généralisé. Il s'agit là d'une véritable énigme: comment se fait-il que l'homme, qui est né libre, se retrouve dans les fers 4, comme le dira Rousseau, et se plie de lui-même à la domination d'un pouvoir inique 5 ? Selon l'ami de Montaigne, l'origine de la tyrannie ne réside pas dans la lâcheté ou dans la crainte du peuple, qui n'aurait d'autre choix que de se soumettre à un régime répressif permanent. C'est bel et bien la « servitude volontaire » des hommes qui permet de rendre compte de leur oppression. Étrange paradoxe: l'état d'esclavage n'est pas subi mais voulu par ceux-là mêmes qui le connaissent. En l'occurrence, les hommes désirent être malmenés et spoliés 6 par le tyran, et c'est une telle disposition qui sert de fondement au pouvoir politique. Celui-ci ne peut se déployer dans toute sa violence que dans la mesure où les individus ont la volonté constante de tendre le bâton pour se faire battre.

L'hypothèse de La Boétie laisse donc entrevoir que le pouvoir, ici appréhendé sous la forme extrême de la tyrannie, est l'obscur objet du désir… des dominés eux-mêmes. Le ressort d'un tel phénomène doit être recherché dans le domaine des croyances et des représentations dont le pouvoir est le dépositaire 7. Les hommes sont comme « enchantés » et « charmés » par le tyran et la servitude volontaire est inséparable d'une telle fascination. C'est l'image d'une autorité omnipotente 8 et s'appliquant à l'ensemble du corps politique qui capte et séduit les gouvernés.

Le processus psychologique à l'œuvre relève de l'identification: chaque homme s'identifie au tyran et croit incarner le pouvoir par le biais de cette projection imaginaire. C'est ainsi le fantasme de ne faire qu'un avec celui qui exerce la domination qui explique la tendance à se soumettre de soi-même à un ordre marqué par l'oppression continuelle. Ce fantasme devra être savamment entretenu par le tyran, en permanence soucieux de sa popularité et de sa capacité à subjuguer les foules. Il s'agira pour le pouvoir de maintenir son emprise sur le peuple en le rendant un peu plus maso encore…

Le concept de servitude volontaire situe par conséquent l'analyse du pouvoir non du côté des éventuelles pulsions sadiques de ceux qui le possèdent, mais du côté de l'obéissance aveugle de ceux qui s'y plient. Une obéissance qui semble intériorisée et ancrée profondément dans le psychisme des individus. Il n'est donc pas étonnant que la psychanalyse se soit saisie du problème, en étudiant les mécanismes inconscients de la domination. Elle a mis en évidence le fait que les individus abandonnent leur narcissisme 9 et portent leur affection sur un même être perçu comme extraordinaire, les membres de la foule s'identifient les uns aux autres, ce qui crée une communauté fusionnelle. La cohésion des masses repose in fine sur des liens de nature libidinale 10: les individus qui les composent aiment leur chef et vivent dans l'illusion que celui-ci les aime en retour d'un amour égal.

Des moyens tels que la manipulation idéologique et la propagande doivent permettre de renforcer ces attachements émotionnels et de conforter cette conviction, en favorisant l'essor d'un culte de la personnalité. Le désir des dominés, articulé à leur besoin d'identification, se trouve à la racine de l'autorité… Une servitude volontaire revue et corrigée à la lumière de l'inconscient, en somme.

Mais en suivant cette pente, n'est-on pas conduit à adopter une vision purement aliénante 11 du pouvoir ? Chez La Boétie, les hommes sont fascinés par le tyran, chez Freud, les foules sont hypnotisées par le meneur. Une dimension essentielle se voit occultée, au grand dam 12 de ces auteurs: celle de la liberté ou de l'autonomie des êtres qui sont confrontés au pouvoir. Or, il est possible d'envisager une autre approche où celui-ci ne s'appuie pas sur une soumission de type psychologique mais sur un consentement éclairé des individus qui en font l'expérience.

782 mots

1 Subjugue: fascine.

2 Masos (= masochistes): personnes qui recherchent le plaisir à travers la souffrance.

3 Joug: domination.

4 Être dans les fers: être enfermé.

5 Inique: injuste.

6 Spoliés: dépossédés.

7 Dépositaire: dont le pouvoir est responsable.

8 Omnipotente: toute-puissante.

9 Narcissisme: amour exagéré de soi.

10 Libidinale: liée au désir.

11 Aliénante: qui rend esclave.

12 Au grand dam: au grand regret.

Contraction de texte (10 points)

Vous résumerez ce texte en 195 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre travail comptera au moins 176 mots et au plus 214 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Vous résumerez ce texte en 195 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise : votre travail comptera au moins 176 mots et au plus 214 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Réponse : L’homme aspire-t-il réellement à la liberté ? Dès le XVIe siècle, La Boétie formule une hypothèse dérangeante : la tyrannie ne s’explique ni par la peur ni par la lâcheté du peuple, mais par une « servitude volontaire ». Paradoxalement, les opprimés désirent leur propre asservissement, et ce désir fonde le pouvoir // (50) // politique. Cette soumission s’enracine dans les croyances : fascinés par l’image d’une autorité toute-puissante, les sujets s’identifient au tyran et croient incarner eux-mêmes sa puissance. Le despote entretient habilement ce fantasme pour préserver sa popularité. L’analyse du pouvoir porte donc moins sur le sadisme des maîtres // (100) // que sur l’obéissance aveugle, intériorisée, des dominés. La psychanalyse a d’ailleurs éclairé ces mécanismes inconscients : renonçant à leur narcissisme, les individus aiment un même chef, s’identifient entre eux et forment une masse fusionnelle, persuadés d’être aimés en retour. Propagande et culte de la personnalité renforcent ces // (150) // liens affectifs. Le désir des dominés constitue ainsi la racine de l’autorité. Pourtant, cette conception n’offre-t-elle pas une vision uniquement aliénante du pouvoir ? Elle néglige la liberté et l’autonomie des individus. On peut donc concevoir une autorité fondée non plus sur une soumission psychologique, mais sur le // (200) // consentement éclairé des citoyens. [204 mots]

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