Exercice 2 - Sujet A : Contraction de texte · Bac STMG Français Polynésie remplacement 2026

Thème : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Tiré du sujet Remplacement (2026)

Énoncé

Sujet A – Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, 1576

Parcours: « Défendre » et « entretenir » la liberté.

Contraction de texte (10 points)

Texte d'après Michel Agier, « Vouloir la fête pour le peuple, c'est accepter d'ouvrir un moment de désordre », Le Monde, 30 juin 2025.

La fête serait-elle barbare ? Qu'est-ce qui « déborde » dans la fête ? Les fêtes de foules en mouvement, dont le parangon 1 est depuis dix siècles le carnaval, créent un espace et un temps de liberté et d'égalité qui marquent une pause dans le courant de la vie ordinaire avec ses inégalités et ses dominations. À Bahia, au Brésil, au premier des cinq jours de carnaval, tout le monde dit « A rua e do povo » (la rue est au peuple) et c'est en effet ce qui se passe, même si les contextes sociopolitiques ne disparaissent pas de la conscience des participants et peuvent transformer les parades en protestations, même si des milliers, voire dizaines de milliers, de policiers parcourent les rues en fête pour essayer de contenir l'événement et son million de participants. Car, dès les premières fêtes médiévales en Europe, les autorités politiques ou religieuses ont craint le peuple dans la rue et le risque séditieux 2, qui prend d'abord la forme de « débordements ». À la fin du XIX e siècle, dans le carnaval de Trinité-et-Tobago, des soulèvements carnavalesques ont eu lieu lorsque les participants ont utilisé des « cannes brûlées » (symbolisant le travail des esclaves de la canne à sucre) pour affronter les policiers, un moment gardé en mémoire sous le nom de « Canboulay Riots » et rejoué chaque année dans le rituel des combats de bâtons du même carnaval. Plus près de nous, en 2009, on sait le rôle moteur joué par les groupes carnavalesques gwoka, et plus généralement par le Voukoum Mouvman Kiltirel Gwadloup, dans la formation du mouvement de protestation contre l'exploitation et la vie chère à la Guadeloupe.

On parlera aujourd'hui de « fun », d'« apnée » ou de « teuf », mais le principe est le même: c'est un moment qui fait sortir chaque personne de sa condition sociale quotidienne, et sortir aussi d'un monde anxiogène. En outre, si tout le monde s'accorde aujourd'hui pour dire que nous traversons une crise de la démocratie, celle-ci ne se contient ni ne se résout dans le seul cadre politique. La crise « déborde ». Pour les sans-voix, l'exception de la fête est une chance d'existence publique, même si ce sont eux qui seront visés comme les « barbares ».

Mais ce rapport entre la fête rituelle et son contexte social se complique et se généralise aujourd'hui, quand le monde entier nous renvoie au quotidien une politique de plus en plus faite de mépris, de violence, de brutalisation des relations sociales ou internationales dont les cibles récurrentes partout sont les personnes d'« origine étrangère », les migrants et les pays du Sud eux-mêmes. Le besoin de fête n'est jamais aussi fort que dans les moments de crise et de dérèglements, qui accroissent les peurs existentielles (la peur de mourir), sociales (la peur de la société) et cosmiques (la peur de l'effondrement). Dans un monde qui « déborde » ainsi au quotidien, les débordements de foules festives ne font que lui tendre un miroir inversé.

En Europe, le caractère total et envahissant de la fête rituelle a été une réalité avant la mise en ordre et l'individualisation des existences. C'est ce qui fait dire à certains qu'aujourd'hui « on ne sait plus faire la fête ». Mais surtout c'est ce qui explique la panique des politiques sécuritaires face à la foule en fête avec toute sa diversité. L'esprit carnavalesque serait-il en train de revenir, comme un besoin de vivre dans une dimension collective, et aussi comme phénomène total, envahissant, avec ses incarnations rebelles, ses protestations, ses images et ses utopies ?

Crise sociale, démocratique et globale, tout le monde qui nous entoure explique ce besoin de refaire communauté, au sens des communautés de l'instant, occupant entièrement tout l'espace-temps qu'on lui donne. Vouloir la fête pour le peuple, accepter l'idée que c'est un moment social et politique qui laisse place à l'imagination et à la liberté pour tous, c'est accepter d'ouvrir un moment de désordre.

Ce moment est possible au prix d'une révision des modes de contrôle et de régulation de la fête. Non pas sans police, mais avec une police mieux adaptée aux mouvements de la foule en fête, une foule à respecter dès lors qu'on l'autorise à croire que « la rue est au peuple ».

727 mots

1 Parangon: exemple typique.

2 Risque séditieux: risque d'émeute.

Consigne

Vous résumerez ce texte en 182 mots. Une tolérance de +/- 10 % est admise: votre texte comptera au moins 163 mots et au plus 201 mots.

Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et indiquerez, à la fin de votre contraction, le nombre total de mots utilisés.

Énoncé: Exercice 2 - Sujet A : Contraction de texte · Bac STMG Français Polynésie remplacement 2026

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Contraction de texte : résumez ce texte en 182 mots (+/- 10 %, soit entre 163 et 201 mots).

Réponse : Les fêtes de foules, incarnées par le carnaval, instaurent un temps suspendu d'égalité et de liberté rompant avec les hiérarchies sociales ordinaires. Historiquement, de l'Europe médiévale aux révoltes caribéennes, les pouvoirs publics ont redouté ces rassemblements prompts à transformer la liesse festive en subversion politique contre l'oppression [50] et l'injustice. Aujourd'hui, la fête constitue une échappatoire indispensable face à un monde anxiogène, tout en offrant aux populations marginalisées une visibilité citoyenne. Cette quête de célébration s'intensifie précisément parce que notre société traverse des crises démocratiques majeures, marquées par la brutalisation des relations humaines et le rejet [100] des minorités. Toutefois, l'individualisme contemporain a affaibli cette ferveur collective d'antan, que redoutent les politiques sécuritaires. Face au malaise contemporain, l'esprit carnavalesque resurgit néanmoins sous des formes rebelles pour recréer une communauté éphémère. Reconnaître cette dimension politique du rassemblement populaire exige d'accepter l'émergence d'un [150] désordre créatif et libérateur. Une telle émancipation nécessite dès lors de repenser la régulation policière : il convient d'adapter le maintien de l'ordre pour respecter la foule plutôt que de réprimer l'expression légitime du peuple dans l'espace public. Nombre total de mots : 191 mots.

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