Exercice Étude critique de document(s) 1 · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Métropole Candidat libre 2021 (sujet 1)
Thème : Histoire et mémoire : notions, enjeux et acteurs de la construction des mémoires · Tiré du sujet Métropole Candidat libre 1 (2021)
Énoncé
Étude critique de document(s) 1: Les conflits patrimoniaux
En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, montrez que les questions liées au patrimoine suscitent des débats et des conflits.
Document 1
En entrant dans le métro de Londres pour rencontrer le directeur du British Museum, je me suis souvenu de la confrontation légendaire de Melina Mercouri avec l'un de ses prédécesseurs en 1983: « Je veux récupérer mes marbres ! » dit la ministre de la Culture [grecque] à Sir David Wilson. Il la regarde dans les yeux et répond avec un flegme britannique sans précédent: « Vous voulez vos marbres, mais ils appartiennent à tout le monde ». Trente-six ans plus tard, les sculptures du Parthénon sont toujours « captives » à Londres. [...]
Monsieur Fischer, pensez-vous que les Grecs ont raison de vouloir récupérer les sculptures du Parthénon ?
Je peux comprendre que les Grecs aient une relation particulière et passionnée avec cette partie de leur patrimoine culturel. Oui, je comprends qu'ils veuillent voir toutes les sculptures du Parthénon à Athènes.
Le British Museum envisagerait-il de renvoyer les sculptures du Parthénon en Grèce ?
Le débat sur cette question est long. Les sculptures du Parthénon situées à Athènes sont exposées dans un contexte spécifique. Depuis 2009, elles font partie d'une exposition passionnante dans ce merveilleux nouveau musée. Les sculptures du Parthénon à Londres racontent différentes histoires sur un monument qui a une histoire très complexe. [...] Nous exposons les sculptures du Parthénon conservées au British Museum dans un contexte de cultures du monde, présentant des réalisations du monde entier sous un même toit et mettant en évidence l'interdépendance des cultures. Dès le début du XIX e siècle, l'histoire du monument est enrichie par le fait que certaines de ses parties sont situées à Athènes et d'autres à Londres, où chaque année six millions de personnes les voient. Dans chacun de ces deux endroits, les sculptures mettent en évidence différents aspects d'une histoire incroyablement riche et complexe.
La Grèce soutient que ce n'est pas seulement le retour des sculptures. Les sculptures sont une œuvre d'art unique qui ne doit pas être divisée et fragmentée. Que répondez-vous à cela ?
Les gens se rendent dans différents lieux pour découvrir le patrimoine culturel in situ. Ils visitent d'autres lieux pour voir le patrimoine culturel qui y a été déplacé, ce qui offre une interaction différente. Le British Museum est l'un de ces lieux: il offre des possibilités d'interagir différemment avec les œuvres, en posant des questions différentes, parce que les œuvres sont placées dans un nouveau contexte. Nous devrions apprécier cette opportunité. Vous pourriez, bien sûr, regretter à juste titre que l'environnement d'origine ait disparu. Lorsque vous déplacez le patrimoine culturel vers un musée, vous le déplacez hors de son contexte. Cependant, ce changement est aussi un acte créatif. Bien sûr, il en va de même pour le musée de l'Acropole. Les sculptures y sont hors de leur contexte d'origine. Rien de ce que nous admirons dans le musée de l'Acropole n'a été créé pour le musée de l'Acropole. Ils sont proches de l'environnement d'origine mais, encore une fois, ils s'en sont éloignés et ont été transformés par cet acte. [...]
Envisagez-vous le retour des sculptures en Grèce ?
[...] Le Parlement, qui a créé cette institution [le British Museum ], a transféré la responsabilité de la collection aux commissaires du musée, stipulant que cette collection devait être préservée pour les générations futures [...]. Le British Museum prête des milliers d'œuvres chaque année. Nous en prêtons également au musée de l'Acropole. Nous avons d'excellentes relations avec nos collègues là-bas. [...]
Envisageriez-vous la possibilité de prêter de manière illimitée les sculptures à la Grèce ?
Il y a deux aspects à prendre en compte. Premièrement, il n'y a pas de prêt illimité: tout ce que l'on prête, même à long terme, reviendra à un moment donné au British Museum. Deuxièmement, lorsque nous prêtons, nous prêtons à ceux qui reconnaissent la propriété des œuvres.
Source: d'après « La Grèce n'est pas le propriétaire légal des sculptures du Parthénon », entretien réalisé par Giannis Andritsopoulos, Ta Nea, 26 janvier 2019
Document 2
« Un rebondissement judiciaire repousserait encore le sort de la tour Triangle ». Sous ce titre, France 3 Paris Île-de-France rend compte de la situation d'un projet de construction dans le XV e arrondissement de Paris.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, montrez que les questions liées au patrimoine suscitent des débats et des conflits.
Réponse : Une étude critique réussie doit : (1) présenter chaque document (nature, auteur, date, contexte) ; (2) construire une problématique sur les tensions patrimoniales (propriété, restitution, conservation, usages du patrimoine) ; (3) analyser le Document 1 en montrant le conflit entre la Grèce et le Royaume-Uni sur la restitution des marbres du Parthénon. Il faut exposer les arguments de chaque partie. Côté britannique, les arguments sont juridiques : propriété légale issue de l'achat des marbres à Lord Elgin par le Parlement britannique en 1816, puis confiée aux administrateurs du musée. Côté grec, ils sont culturels : intégrité de l'œuvre, valeur universelle opposée au patrimoine national ; (4) analyser le Document 2 en montrant le conflit local autour de la tour Triangle à Paris. Ce conflit oppose la modernisation urbaine, portée par les promoteurs et les élus, aux défenseurs du patrimoine paysager et architectural parisien, et passe par des recours judiciaires ; (5) confronter les deux documents pour montrer que le patrimoine, qu'il soit mobilier (œuvres d'art) ou immobilier et paysager (paysage urbain, skyline parisienne), cristallise des conflits d'intérêts entre acteurs (États, institutions, collectivités, citoyens) et soulève la question de qui a le droit de décider de son sort ; (6) mobiliser des connaissances complémentaires (autres restitutions d'œuvres d'art, classements UNESCO contestés, débats sur le patrimoine colonial) ; (7) conclure en montrant que le patrimoine n'est jamais neutre : il est un enjeu de mémoire, d'identité et de pouvoir, ce qui explique la persistance de ces débats.
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