Exercice Étude critique de documents · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Métropole 1 remplacement 2026
Thème : Conquêtes, affirmations de puissance et rivalités dans l'espace et les océans · Tiré du sujet Métropole France 1 remplacement (2026)
Énoncé
Étude critique de documents - Les enjeux de la conquête de l'espace
Le candidat traitera l'étude critique de documents suivants.
Consigne
Consigne - En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez la diversité des acteurs et des enjeux liés à la conquête de l'espace.
Document 1
« L'industrie spatiale européenne est un levier de souveraineté majeur pour la France et l'Europe. Ses succès prennent appui sur l'excellence de la recherche ainsi que sur des infrastructures et des savoir-faire reconnus internationalement. Vecteur de croissance et d'emploi, elle permet à l'Union européenne d'être une puissance spatiale 5 de premier plan. La France en est le cœur battant, avec plus de 40 % des emplois européens dans le spatial, et des fleurons industriels qui permettent à notre pays d'être positionné sur toute la chaîne de la valeur spatiale. Ces succès, nombreux, ne doivent néanmoins pas effacer les bouleversements profonds qu'a connus le monde du spatial depuis 20 ans, avec l'essor du New Space. L'arrivée de nouveaux acteurs, de 10 nouvelles technologies et l'évolution du rôle de la puissance publique dans ce domaine sont en train de rebattre les cartes. La baisse des coûts et les progrès technologiques ont démocratisé l'espace, suscitant de nombreux appétits, à la fois de nouveaux acteurs, parfois verticalisés 1, souhaitant asseoir des positions dominantes sur certains marchés (Space X, Starlink par exemple), et de certains États souhaitant se hisser au 15 meilleur niveau dans un secteur d'activité par nature souverain (Chine, Inde). De l'essor des constellations de satellites, à l'émergence de mini et de micro-lanceurs, en passant par l'ensemble des applications spatiales liées au marché de la donnée, ces évolutions impliquent que la France et l'Europe prennent les bonnes décisions dans un domaine où leurs positions historiques sont remises en cause. Face à ce constat, 20 et dans un contexte marqué par des tensions, au niveau européen, sur l'avenir de la politique spatiale, il était indispensable d'interroger l'efficacité de notre politique spatiale et de réfléchir aux changements nécessaires pour rattraper certains retards (Ariane 6) et consolider des succès scientifiques et industriels construits au fil des décennies. »
Note:
1. Acteur verticalisé: qui se concentre sur un marché spécifique.
Source: Rapport d'information de la Commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale sur l'avenir de l'industrie spatiale européenne, n° 2040, décembre 2023, page 13.
Document 2
Pays ou organisation · 1957 · 1980 · 1990 · 2000 · 2024
URSS / Russie · 2 · 110 · 86 · 23 · 98
États-Unis · - · 16 · 44 · 56 · 2263
Royaume-Uni · - · - · 5 · 4 · 27
France · - · - · 2 · - · 22
Inde · - · 1 · 2 · 1 · 10
Japon · - · 2 · 7 · 3 · 26
Chine · - · - · 6 · 6 · 266
Allemagne · - · - · 2 · 3 · 7
Agence spatiale européenne · - · - · 2 · 4 · 5
Nombre d'objets lancés dans l'espace par les États ou organisations. Ce chiffre inclut les satellites, sondes, atterrisseurs, vaisseaux spatiaux habités et éléments de vol de station spatiale lancés dans l'orbite terrestre ou au-delà. Depuis 1957, 42 pays ou organisations ont lancé des objets dans l'espace. Le tableau en propose une sélection.
Source: site internet « Our World in data » auquel contribuent les chercheurs de l'Université d'Oxford, d'après des données du Bureau des affaires spatiales des Nations unies (UNOOSA) (novembre 2025).

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Consigne - En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous montrerez la diversité des acteurs et des enjeux liés à la conquête de l'espace.
Réponse : ### Proposition de corrigé rédigé et structuré #### Introduction - Accroche : Depuis le lancement de Spoutnik en 1957 par l'URSS, l'espace extra-atmosphérique est passé du statut de théâtre de la rivalité bipolaire à celui d'une arène mondialisée, économique et multipolaire. - Présentation des documents : Le document 1 est un extrait d'un rapport d'information de la Commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale (décembre 2023). Il évalue les défis de l'industrie spatiale européenne face au *New Space*. Le document 2 est un tableau statistique du site Our World in Data (données UNOOSA, 2025). Il recense le nombre d'objets lancés dans l'espace par une sélection de pays et d'organisations entre 1957 et 2024. - Problématique : Dans quelle mesure la multiplication des acteurs étatiques et privés transforme-t-elle les enjeux géopolitiques, économiques et stratégiques de la conquête spatiale ? - Annonce du plan : Nous verrons d'abord la diversification des acteurs spatiaux. Nous analyserons ensuite la pluralité des enjeux (souveraineté, économie, rivalités), avant de porter un regard critique sur les documents. --- #### I. Une diversification croissante des acteurs de l'espace 1. De la bipolarité à la multiplication des puissances spatiales - En 1957, seule l'URSS lance des objets (2, Spoutnik 1 et 2). En 1980, elle domine encore largement avec 110 objets, contre 16 pour les États-Unis (Doc. 2). C'est la course à l'espace de la guerre froide : une compétition d'États pour affirmer leur modèle idéologique et leur supériorité techno-militaire (Gagarine en 1961, Apollo 11 en 1969). - D'autres puissances apparaissent ensuite : la France (troisième puissance spatiale en 1965 avec le satellite Astérix), le Japon (1970), la Chine (1970), le Royaume-Uni, l'Inde (1980) et l'Allemagne. L'Europe s'organise aussi collectivement avec l'ESA, créée en 1975, et le lanceur Ariane tiré depuis Kourou. - Au XXIᵉ siècle, l'Asie monte en puissance. La Chine passe de 6 objets en 2000 à 266 en 2024 : elle dispose de la station Tiangong, du programme lunaire Chang'e et d'une sonde sur Mars. L'Inde, avec Chandrayaan-3 en 2023, cherche à « se hisser au meilleur niveau » (Doc. 1). La Russie, elle, décline relativement (23 objets en 2000). 2. La rupture du *New Space* et l'essor des acteurs privés - Le document 1 souligne l'arrivée, depuis vingt ans, de « nouveaux acteurs, parfois verticalisés » comme SpaceX ou Starlink, auxquels on peut ajouter Blue Origin. - L'explosion des lancements américains (56 objets en 2000, 2 263 en 2024, Doc. 2) s'explique surtout par les méga-constellations privées comme Starlink. Elle tient aussi à la baisse des coûts permise par les lanceurs réutilisables (Falcon 9). - Le rôle de la puissance publique évolue (Doc. 1) : la NASA devient cliente d'entreprises privées (programmes COTS, Artemis). Le spatial s'ouvre à d'autres acteurs encore : start-up, mini et micro-lanceurs, opérateurs de données, universités. --- #### II. Des enjeux multiples et renouvelés 1. Un enjeu de souveraineté et de puissance - L'espace est un « secteur d'activité par nature souverain » (Doc. 1). Il conditionne l'autonomie stratégique : télécommunications militaires, renseignement, navigation (GPS américain, Galileo européen, Beidou chinois). - L'espace se militarise. La France a créé un Commandement de l'espace en 2019. On assiste à des essais antisatellites (Chine 2007, Inde 2019, Russie 2021) et les États-Unis ont créé une Space Force. En Ukraine, Starlink montre qu'un acteur privé peut devenir un acteur géopolitique. - Le prestige reste un enjeu, avec le retour vers la Lune (Artemis face au projet sino-russe ILRS). 2. Des enjeux économiques et technologiques - Le spatial est un « vecteur de croissance et d'emploi » (Doc. 1). La France concentre plus de 40 % des emplois spatiaux européens, avec des fleurons comme Airbus, Thales Alenia Space et ArianeGroup. - Le marché de la donnée (observation de la Terre, connectivité, météo, agriculture) devient central. - L'Europe voit sa position historique contestée. Ariane 6, au premier vol en juillet 2024, a pris du retard face à SpaceX. Le tableau le confirme : 5 objets pour l'ESA et 22 pour la France, contre 2 263 pour les États-Unis. Cela pose la question de son accès autonome à l'espace. 3. Des enjeux scientifiques, environnementaux et juridiques - La science reste un moteur : exploration de Mars, télescope James Webb, station spatiale internationale (ISS). - La multiplication des objets pose des problèmes : débris spatiaux, encombrement des orbites basses, pollution lumineuse. - Le droit est inadapté. Le traité de l'espace de 1967 interdit l'appropriation de l'espace. Pourtant, les accords Artemis (2020) et la loi américaine de 2015 autorisent l'exploitation des ressources, ce qui suscite des rivalités de gouvernance. --- #### III. Regard critique sur les documents - Document 1 : il émane d'une institution française. Son point de vue est donc européen et national, et il plaide pour une politique de souveraineté. Il valorise la France (« cœur battant ») tout en reconnaissant les retards. Il évoque peu la dimension militaire et les risques (débris). - Document 2 : il s'appuie sur des sources fiables (UNOOSA, Oxford). Mais il compte des objets, pas des lancements. Il ne distingue pas les acteurs publics et privés : les satellites Starlink sont comptés au profit des États-Unis. Il ne dit rien de la valeur, de la taille ou de la fonction des objets. C'est une sélection (9 acteurs sur 42), avec des années ponctuelles. La comptabilité européenne est éclatée entre la France, l'Allemagne et l'ESA, ce qui sous-estime le poids de l'Europe. - Confrontation : les deux documents se complètent. Le tableau chiffre le basculement décrit par le texte : domination écrasante des États-Unis portée par le *New Space*, essor de la Chine, décrochage relatif de l'Europe. --- #### Conclusion La conquête spatiale a profondément changé. Ce n'est plus un duel entre deux superpuissances, mais un espace multipolaire où s'affrontent des États anciens et émergents (Chine, Inde) et des entreprises privées très puissantes. Ses enjeux sont à la fois géopolitiques, économiques, technologiques, scientifiques et environnementaux. Pour la France et l'Europe, la question est de préserver leur souveraineté et leur accès autonome à l'espace dans un contexte de concurrence accrue. L'enjeu est aussi de promouvoir une gouvernance face aux risques d'encombrement et de militarisation de l'espace.
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