Exercice Étude critique de document(s) 1 · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Métropole Candidat libre 2021 (sujet 2)

Thème : Conquêtes, affirmations de puissance et rivalités dans l'espace et les océans · Tiré du sujet Métropole Candidat libre 2 (2021)

Énoncé

Étude critique de document(s) 1: Les États et l'enjeu de la connaissance

Le candidat traitera une étude critique de document(s) au choix parmi les études 1 et 2.

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, montrez pourquoi et comment les États font de la connaissance un enjeu géopolitique et économique.

Document 1

L'ambassadeur des États-Unis montre les photos des sites de lancement de missiles à Cuba prises par un avion espion, au conseil de sécurité de l'ONU le 25 octobre 1962.

Document 2

Le 31 janvier 2012, le gouvernement indien avait annoncé l'entrée en négociation pour l'achat de 126 Rafale, 18 livrés par la France et 108 fabriqués en Inde. Un accord intergouvernemental a permis l'acquisition par l'Inde de 36 avions de combat Rafale, évaluée à 7,8 milliards d'euros (en incluant logistique et armement). Conclu en septembre 2016, il ouvre la voie à une coopération technologique et industrielle de très haut niveau et sans précédent.

Ce contrat conclu après la mise en place de la politique du « Make in India 1 » devait comprendre des offsets (compensations industrielles) estimées à 3,9 milliards d'euros, visant à faire émerger une filière aéronautique privée indienne. Pour mettre en œuvre une partie de ces offsets (compensations industrielles), Dassault Aviation a décidé de créer un partenariat avec le groupe Reliance qu'il a librement choisi. Cette alliance Dassault - Reliance Aerospace Ltd (DRAL) a été créée le 10 février 2017. Des partenariats ont également été signés avec d'autres entreprises indiennes telles que BTSL, DEFSYS, Kinetic, Mahindra, Maini, SAMTEL...

À Nagpur, sont installés les hangars d'assemblage et de fabrication des pièces du Falcon 2000. Le but est de fabriquer des pièces et de réaliser l'assemblage final du Falcon 2000 en Inde. L'usine DRAL de Nagpur, dont la première pierre a été posée le 27 octobre 2017, fabrique désormais des pièces de Falcon 2000 et produira, dans un second temps, des pièces de Rafale. Une première équipe de managers indiens a été initiée aux méthodes de production mises en œuvre dans l'usine Dassault Aviation de Biarritz pendant six mois. Les Indiens ont également reçu, en France, une formation intensive aux procédés de fabrication.

Les premiers agréments, y compris européens, pour obtenir les certifications nécessaires à la mise en œuvre du « Make in India », ont été délivrés en 2019. De fait, les pièces des avions civils peuvent désormais être fabriquées en Inde. Il est prévu que 30 % des offsets (compensations industrielles) soient réalisés à travers l'organisation publique indienne de recherche et développement du secteur de la défense, tandis que 28 % seront menés par Dassault Aviation lui-même et 21 % par les groupes français Thales et Safran qui construisent le Rafale. [...]

Les pilotes indiens ont été formés sur la base aérienne de Mérignac depuis avril 2019. La livraison du premier Rafale à l'Inde a eu lieu le 8 octobre 2019, à Mérignac.

Source: d'après le rapport publié sur le site Internet du Sénat, le 1 er juillet 2020. Consulté le 19 octobre 2020.

1. Make in India: produire en Inde

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, montrez pourquoi et comment les États font de la connaissance un enjeu géopolitique et économique.

Réponse : Une étude critique réussie doit d'abord présenter les deux documents (nature, auteur/source, contexte, date), puis construire une analyse croisée organisée, par exemple en deux axes. I. La connaissance comme arme géopolitique et instrument de puissance (doc. 1) Le document 1 est une photographie de l'ONU (UN photo). Elle montre l'ambassadeur américain Adlai Stevenson présentant au Conseil de sécurité, le 25 octobre 1962, des photographies aériennes de sites de missiles soviétiques à Cuba, prises par un avion espion U-2. Ce document illustre la crise des missiles de Cuba, épisode central de la guerre froide. Il montre que le renseignement (collecte et analyse d'images aériennes) est un enjeu géopolitique majeur. La connaissance précise du territoire adverse (localisation des sites de lancement) permet aux États-Unis de démontrer, preuves à l'appui, la menace soviétique. Elle leur permet aussi de légitimer leur action (quarantaine navale) devant la communauté internationale. La connaissance devient ici un instrument de puissance diplomatique et stratégique, dans un contexte de course aux armements et de rivalité pour la maîtrise du renseignement (aérien puis satellitaire). II. La connaissance comme enjeu économique et technologique dans la mondialisation contemporaine (doc. 2) Le document 2 est un extrait d'un rapport du Sénat français (2020). Il présente le contrat Rafale conclu entre la France et l'Inde en 2016, qui inclut des compensations industrielles (offsets) liées à la stratégie indienne du « Make in India ». Par ce contrat, l'Inde cherche à obtenir un transfert de savoir-faire technologique et industriel : - formation des managers indiens à Biarritz et des pilotes à Mérignac ; - création de la coentreprise Dassault-Reliance Aerospace Ltd à Nagpur ; - fabrication progressive de pièces du Falcon 2000, puis du Rafale ; - part des offsets confiée à l'organisation publique indienne de R&D de défense. La connaissance technique est ici un enjeu économique. Elle permet à l'Inde de faire émerger une filière aéronautique nationale et de réduire sa dépendance technologique. De son côté, la France exporte, soutient son industrie de défense (Dassault, Thales, Safran) et renforce son influence en Asie, tout en conservant la maîtrise des technologies les plus sensibles. Mise en relation critique Les deux documents sont séparés de près de soixante ans et de nature différente (photographie / rapport institutionnel écrit). Ils montrent pourtant une continuité : les États cherchent à produire, capter, protéger ou transférer la connaissance pour asseoir leur puissance. Cette puissance peut être militaire (renseignement, dissuasion) ou économique (souveraineté industrielle, compétitivité). On peut toutefois souligner les limites de ces documents : - la scène de 1962 est une mise en scène diplomatique destinée à convaincre l'opinion mondiale ; elle ne montre que le point de vue américain ; - le rapport du Sénat valorise la réussite du contrat sans évoquer les polémiques politiques en Inde et en France (choix contesté du partenaire Reliance, prix des avions, réduction de 126 à 36 appareils) ; - il ne dit rien non plus des limites réelles des transferts de technologie. Conclusion De la guerre froide à la mondialisation actuelle, la connaissance est une ressource stratégique que les États mobilisent. Ils s'en servent comme d'une arme (renseignement) et d'un levier de développement et d'influence (transferts technologiques, coopération industrielle). Ces usages s'inscrivent dans des rapports de puissance et des rivalités entre États.

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