Exercice Étude critique de documents · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Centres étrangers (Afrique) 2023 (jour 2)

Thème : La dimension politique de la guerre : de Clausewitz aux guerres irrégulières · Tiré du sujet Jour 2 (2023)

Énoncé

Le candidat traitera l'étude critique de documents suivante.

Étude critique de documents: la guerre et ses évolutions

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous interrogerez les ruptures et les continuités dans la manière de faire la guerre depuis le XVIII e siècle.

Document 1

Face à des États disposant d'outils de défense et de sécurité puissants, mais dont les populations sont sensibles au risque, le terrorisme est devenu un mode d'action auquel ont recours des adversaires qui s'affranchissent des règles de la guerre conventionnelle pour compenser l'insuffisance de leurs moyens et atteindre leurs objectifs politiques. Frappant sans discernement des civils, la violence qu'ils déploient vise d'abord à tirer parti des effets que son irruption brutale produit sur les opinions publiques pour contraindre des gouvernements. La couverture immédiate et globale dont ces agressions sont l'objet assure leur retentissement auprès de la population des États visés, voire du monde entier.

La publicité qui leur est ainsi donnée concourt de surcroît à entretenir le phénomène terroriste. Elle favorise en effet l'auto-radicalisation d'individus isolés qu'attire la perspective d'avoir, par leurs actions, un impact global à la mesure du ressentiment qui les habite. Le rôle d'Internet doit à cet égard être souligné: il permet à ces individus de rejoindre des communautés virtuelles dans lesquelles ils peuvent se retrouver et offre ainsi à des organisations terroristes un canal efficace de recrutement.

Plus de dix ans après les attentats du 11 septembre et malgré les progrès importants de la lutte anti-terroriste conduite au niveau mondial, le niveau de la menace demeure très élevé. L'action systématique des États-Unis et de leurs alliés contre Al-Qaïda a obtenu des résultats substantiels, avec la disparition d'Oussama Ben Laden et l'affaiblissement du mouvement qu'il avait créé. Malgré l'impact médiatique qu'elles engendrent à l'échelle mondiale, les actions terroristes n'ont pas eu les effets politiques espérés par leurs auteurs. Pour autant, il n'y a pas de signes que la menace terroriste pourrait décroître à court ou moyen terme et on observe que celle-ci évolue et se diffuse sur le plan géographique. Sur fond d'États fragiles ou faillis, des groupes terroristes sévissent dans des régions jusqu'alors préservées où ils parasitent des conflits locaux qu'ils tentent de radicaliser: zone sahélo-saharienne mais aussi nord du Nigeria, Somalie, Syrie, Irak, péninsule arabique et zone afghano-pakistanaise. Se réclamant d'Al-Qaïda, ils disposent d'une capacité opérationnelle indépendante et cherchent à avoir un impact global en visant directement les intérêts occidentaux. Ils peuvent inciter des individus radicalisés présents sur notre territoire à passer à l'acte et conjuguer leur action avec eux. Certains États pourraient en outre être tentés de recourir à nouveau à des modes d'action terroristes. Sur notre territoire même persiste la menace d'un terrorisme domestique susceptible de porter atteinte à la sécurité nationale.

Les modes opératoires ont quant à eux évolué depuis 2008, en particulier dans le domaine des explosifs, dont l'acquisition ou la fabrication par des groupes ou des individus est facilitée par l'utilisation d'Internet et des technologies de l'information, ainsi que par le développement des trafics. Alors que les assassinats ciblés et les prises d'otages se sont multipliés, l'hypothèse, identifiée dans le précédent Livre blanc, d'une attaque terroriste majeure ne peut pas être exclue.

Source: extrait du Livre blanc Défense et Sécurité nationale, 2013

Remarque: Le Livre blanc fixe la stratégie française de défense et de sécurité nationale.

Document 2

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous interrogerez les ruptures et les continuités dans la manière de faire la guerre depuis le XVIIIe siècle.

Réponse : Plan indicatif : Introduction : présentation des deux documents. Le document 2 est un haut-relief de Jean-Jacques Feuchère sur l'Arc de Triomphe (1834, monarchie de Juillet). Il représente le passage du pont d'Arcole par le général Bonaparte en 1796, face aux Autrichiens, pendant la première campagne d'Italie (guerres de la Révolution, sous le Directoire). Le document 1 est un extrait du Livre blanc Défense et Sécurité nationale de 2013, document officiel fixant la stratégie française face, notamment, à la menace terroriste. Problématique : dans quelle mesure la manière de faire la guerre a-t-elle changé depuis la fin du XVIIIe siècle, entre permanences et ruptures ? Annonce du plan. I. Des continuités : la guerre reste un instrument politique - La guerre est « la continuation de la politique par d'autres moyens » (Clausewitz, qui théorise justement les guerres révolutionnaires et napoléoniennes). - Document 2 : la France révolutionnaire combat l'Autriche pour des objectifs politiques et territoriaux, dans une guerre interétatique classique. - Document 1 : les terroristes cherchent eux aussi à « atteindre leurs objectifs politiques » et à « contraindre des gouvernements ». - L'État reste l'acteur central de la défense : le Livre blanc est une doctrine nationale, et la lutte contre Al-Qaïda est conduite par les États-Unis et leurs alliés. - Dans les deux cas, la guerre s'adresse aux opinions publiques : - Document 2 : propagande et mémoire. Mise en scène héroïque de Bonaparte, drapeau, élan collectif ; sculpture commandée près de quarante ans après les faits pour glorifier l'épopée nationale. - Document 1 : la violence terroriste vise l'effet produit sur les opinions, amplifié par les médias. II. Une première rupture à la fin du XVIIIe siècle : la guerre de la nation en armes - Avec la Révolution française, la guerre devient nationale et idéologique : levée en masse (1793), armées de citoyens nombreuses et motivées, mobilisation patriotique. - Ces guerres rompent avec les guerres limitées de l'Ancien Régime, menées par des armées professionnelles. - Le document 2 en est l'image : soldats en uniforme, combat frontal sur un champ de bataille délimité, chef charismatique qui entraîne ses troupes. - Cette logique mène, aux XIXe et XXe siècles, aux guerres totales. III. Une rupture contemporaine : des conflits asymétriques, déterritorialisés et connectés - Les acteurs changent : groupes terroristes non étatiques et individus auto-radicalisés. - Ils s'affranchissent des règles de la guerre conventionnelle et compensent l'« insuffisance de leurs moyens » : c'est la guerre asymétrique. - Ils frappent « sans discernement des civils », alors que le droit de la guerre distingue combattants et non-combattants. - L'espace de la guerre se dilue : - plus de front, mais une menace diffuse et mondialisée (Sahel, Nigeria, Somalie, Syrie, Irak, zone afghano-pakistanaise) ; - des États faillis servent de base aux groupes armés ; - la menace touche aussi le territoire national (« terrorisme domestique »), ce qui brouille la frontière entre sécurité intérieure et défense extérieure. - Les vecteurs sont nouveaux : Internet et les technologies de l'information servent à la radicalisation, au recrutement et à la fabrication d'explosifs. Les médias assurent une couverture immédiate et globale, alors que la représentation de 1834 est différée et mémorielle. - Limites du document 1 : point de vue officiel français daté de 2013, juste avant les attentats de 2015 et l'essor de l'État islamique. Il ne traite que d'une forme de conflictualité, alors que les guerres interétatiques n'ont pas disparu. Conclusion : depuis le XVIIIe siècle, la guerre demeure un instrument politique où l'opinion publique joue un rôle central. Ses formes ont pourtant profondément changé. - À la guerre nationale et conventionnelle née de la Révolution, menée par des armées régulières sur un champ de bataille, s'ajoutent des conflits asymétriques. - Ces conflits sont menés par des acteurs non étatiques, sans front, ciblent les civils et s'appuient sur Internet. - Les États doivent donc repenser leur stratégie de défense et de sécurité nationale. Ouverture possible : le retour de la guerre de haute intensité entre États (Ukraine, 2022).

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