Exercice Étude critique de documents · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Centres étrangers (Afrique) 2022 (jour 1)

Thème : La dimension politique de la guerre : de Clausewitz aux guerres irrégulières · Tiré du sujet Jour 1 (2022)

Énoncé

Étude critique de documents

Le candidat traite l'étude critique de document(s) suivante.

Étude critique de documents: les représentations et les défis de la guerre

En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, montrez comment la nature des conflits, leurs représentations et les défis qu'ils posent aux États ont évolué.

Document 1

Le tableau « Napoléon I er à la bataille de Wagram, 6 juillet 1809 » est une commande de Louis-Philippe au peintre Horace Vernet pour le Musée historique qu'il fonde à Versailles en 1837.

Document 2

Même s'il frappe indistinctement tous les régimes, le terrorisme global porte néanmoins aux démocraties un préjudice particulier en raison du lien entre le pouvoir et le peuple qui fonde ces régimes. Alors que dans le terrorisme territorialisé, l'attentat vise à faire plier le pouvoir en frappant le peuple, dans le terrorisme déterritorialisé, l'attentat vise plutôt à faire plier le peuple pour qu'il renonce lui-même à ses libertés et qu'il se précipite dans les bras du pouvoir. [...] Le terrorisme déstabilise profondément les fragiles équilibres de la relation démocratique entre le peuple et le pouvoir. Il réveille des fantasmes de part et d'autre: un désir de protection absolue de la part du peuple, l'occasion d'une nouvelle emprise sur le peuple par le pouvoir. [...]

Le discours politique emploie la métaphore de la guerre mais sans véritablement la prendre au sérieux, ce qui l'expose à faire une piètre politique et une mauvaise sécurité. Mauvaise stratégie, car il ne comprend pas que le but de cette nouvelle forme de terrorisme n'est pas de conquérir positivement un territoire mais de contrôler négativement en rendant à ses habitants la vie impossible, en transformant tout divertissement en moment spécialement anxiogène, en menaçant physiquement les participants du débat public et en grignotant peu à peu ces moments d'insouciance qui font le charme de la vie en société. D'un point de vue stratégique, le premier objectif est de maîtriser les règles d'engagement et de contraindre l'adversaire à se battre sur son terrain avec les armes que l'on a choisies. Le tout sécuritaire n'accorde-t-il pas aux terroristes cette première manche ?

La seconde règle d'or de l'art militaire est de bien identifier ce que Clausewitz appelait le « centre de gravité » des forces de l'ennemi, celui autour duquel tourne tout le reste de sa puissance. Dans le cas du terrorisme global, ce centre de gravité n'est pas le soutien financier [...], ni la clandestinité, ni la structuration de l'organisation terroriste qui ne sont que des avantages, certes importants mais pas déterminants. Le centre de gravité des combattants du djihad, c'est leur détermination à se battre, elle-même due à la grandeur de la cause embrassée et à la force de la camaraderie en leurs rangs. Les pays démocratiques sont à l'inverse handicapés par l'extrême inverse: la peur de la mort, la couardise et l'individualisme qui affaiblit le lien social. Cette volonté de se battre est insensible à la pression sociale, à l'attrait du bien-être, ni bien sûr à la menace qui est à l'inverse une marque de reconnaissance. [...]

Le terrorisme oblige les démocraties à surmonter une épreuve nouvelle en ce qu'elle recouvre à la fois une agression externe mais aussi une crise interne. Ils les surprend à un moment où elles sont guettées par une sorte de fatigue. Les sociétés démocratiques craignent que leur ouverture et leur diversité ne les affaiblissent en les exposant anormalement au danger terroriste. C'est pourquoi elles sont tentées de renoncer à leurs principes au nom de leur sécurité physique: la peur et le désir de sécurité deviennent des sentiments impérieux, qui l'emportent sur tout autre, à commencer par l'aspiration à l'égalité et l'attachement à la liberté.

Source: d'après Antoine Garapon (magistrat) et Michel Rosenfeld (professeur de droit), Démocraties sous stress. Les défis du terrorisme global, 2016

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Étude critique de documents : les représentations et les défis de la guerre. En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, montrez comment la nature des conflits, leurs représentations et les défis qu'ils posent aux États ont évolué.

Réponse : Introduction Le document 1 est un tableau d'Horace Vernet, « Napoléon Ier à la bataille de Wagram, 6 juillet 1809 », peint en 1836. C'est une commande de Louis-Philippe pour le Musée historique de Versailles, « à toutes les gloires de la France », inauguré en 1837. Le document 2 est un extrait de *Démocraties sous stress. Les défis du terrorisme global* (2016), du magistrat Antoine Garapon et du juriste Michel Rosenfeld. Il a été écrit au lendemain des attentats de 2015 en France. Problématique : en quoi ces documents, séparés par deux siècles, montrent-ils l'évolution de la nature des conflits, de leurs représentations et des défis qu'ils posent aux États ? I. De la guerre interétatique à la guerre asymétrique : une nature des conflits transformée - La guerre classique (document 1). Wagram est une bataille rangée des guerres napoléoniennes : la France affronte l'Autriche lors de la 5e coalition. Ce type de guerre correspond à la « guerre interétatique » théorisée par Clausewitz (*De la guerre*, 1832). Des armées régulières s'affrontent sur un champ de bataille délimité, sous les ordres d'un chef visible, avec un objectif politique et territorial. On le voit sur le tableau : vaste plaine, fumées de l'artillerie, état-major autour de l'Empereur. La victoire débouche sur un traité, la paix de Schönbrunn (octobre 1809). - Le terrorisme global (document 2). C'est un conflit d'un type radicalement différent : asymétrique, mené par des acteurs non étatiques (al-Qaïda, l'État islamique), « déterritorialisé ». Son but n'est pas de « conquérir positivement un territoire » mais de « contrôler négativement » les sociétés par la peur. Il frappe les civils et les lieux de loisir (Bataclan, terrasses, 13 novembre 2015 ; Nice, 2016). Il brouille les frontières entre guerre et paix, entre front et arrière, entre « agression externe » et « crise interne ». - Clausewitz sollicité dans les deux cas. Les auteurs reprennent la notion de « centre de gravité ». Celui de l'ennemi n'est plus une armée ou une capitale, mais la « détermination à se battre » nourrie par l'idéologie djihadiste. II. Des représentations opposées de la guerre - Une image de propagande (document 1). Le tableau est une peinture d'histoire officielle et une reconstruction. Il est peint 27 ans après les faits, par un artiste qui n'y a pas assisté. Napoléon, calme et dominant sur son cheval blanc, scrute l'horizon à la longue-vue : il incarne le génie militaire. La violence est mise à distance, réduite à des fumées lointaines et à quelques blessés au premier plan. Or Wagram fut l'une des batailles les plus meurtrières de l'époque, avec environ 70 000 tués et blessés. L'œuvre sert un projet politique : Louis-Philippe, roi des Français depuis 1830, veut réconcilier les mémoires révolutionnaire, impériale et monarchique et récupérer la légende napoléonienne, jusqu'au retour des Cendres en 1840. - Un regard critique (document 2). Ce n'est pas une glorification mais une réflexion de juristes sur le danger que la guerre fait courir aux démocraties. Les auteurs critiquent le discours politique qui « emploie la métaphore de la guerre » sans en tirer les conséquences stratégiques. Ils dénoncent le « tout sécuritaire » qui concède aux terroristes « la première manche ». C'est un point de vue engagé, centré sur l'État de droit. Il est aussi discutable : la description des démocraties marquées par « la couardise » et « l'individualisme » est très sévère et généralisante. III. Des défis nouveaux pour les États - Au XIXe siècle. L'enjeu est la puissance et la souveraineté : mobiliser des armées de conscrits, vaincre l'ennemi, conquérir ou défendre un territoire, légitimer le pouvoir par la gloire militaire. - Aujourd'hui, la protection des populations. Les États doivent protéger une population civile partout exposée, face à un ennemi diffus, souvent issu de la société elle-même. D'où le renseignement, l'opération Sentinelle et les interventions extérieures comme Serval puis Barkhane au Sahel, ou Chammal en Irak et en Syrie. - Le défi principal : rester une démocratie. L'état d'urgence de 2015-2017, prolongé par la loi SILT de 2017, ou le Patriot Act américain après le 11 septembre 2001 montrent la tentation de « renoncer à leurs principes au nom de leur sécurité ». La peur l'emporte alors sur « l'égalité » et « la liberté ». Le terrorisme vise ainsi la cohésion du lien entre le peuple et le pouvoir, qui fonde la démocratie. Conclusion La confrontation des deux documents montre trois évolutions : - la guerre est passée d'un affrontement interétatique, territorial et codifié à des conflits asymétriques et déterritorialisés ; - sa représentation a glissé de la glorification officielle du chef de guerre à l'analyse critique de ses effets sur les sociétés ; - le défi pour les États n'est plus seulement de vaincre un ennemi identifié, mais de protéger leurs populations sans sacrifier les libertés qui fondent leur légitimité. La pensée de Clausewitz reste toutefois mobilisée pour comprendre ces conflits.

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