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Sujet du Bac STI2D Français 2021 · Asie Jour 2
Sujet du Bac STI2D de Français 2021, Asie Jour 2 : 1 exercice corrigé. Thèmes : Commentaire de texte et Contraction de texte. Avec correction automatique.
Thèmes du sujet : Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Essai sur la littérature d'idées du XVIe au XVIIIe siècle
Exercice 1 - Commentaire de texte
Vous traiterez au choix, l'un des deux sujets suivants:
1- Commentaire de texte [20 points]
Objet d'étude: La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle
Texte: Gaston Miron, L'Homme rapaillé, 1970.
JE T'ÉCRIS
I
Je t'écris pour te dire que je t'aime
que mon cœur qui voyage tous les jours
— le cœur parti dans la dernière neige
le cœur parti dans les yeux qui passent
5 le cœur parti dans les ciels d'hypnose —
revient le soir comme une bête atteinte
Qu'es-tu devenue toi comme hier
moi j'ai noir éclaté dans la tête
j'ai froid dans la main
10 j'ai l'ennui comme un disque rengaine 1
j'ai peur d'aller seul de disparaître demain
sans ta vague à mon corps
sans ta voix de mousse humide
c'est ma vie que j'ai mal et ton absence
15 Le temps saigne
quand donc aurai-je de tes nouvelles
je t'écris pour te dire que je t'aime
que tout finira dans tes bras amarré
que je t'attends dans la saison de nous deux
20 qu'un jour mon cœur s'est perdu dans sa peine
que sans toi il ne reviendra plus
II
Quand nous serons couchés côte à côte
dans la crevasse du temps limoneux 2
nous reviendrons de nuit parler dans les herbes
25 au moment que grandit le point d'aube
dans les yeux des bêtes découpées dans la brume
tandis que le printemps liseronne 3 aux fenêtres
Pour ce rendez-vous de notre fin du monde
c'est avec toi que je veux chanter
sur le seuil des mémoires les morts d'aujourd'hui
eux qui respirent pour nous
les espaces oubliés
1 Rengaine: refrain populaire, répété sans arrêt, ressassé.
2 Limoneux: recouvert d'un dépôt de terre fertile.
3 Liseronne: néologisme forgé à partir du nom liseron, qui désigne une plante grimpante aux fleurs blanches.
Vous ferez le commentaire du texte de Gaston Miron extrait de L'Homme rapaillé en vous aidant des pistes de lecture suivantes:
1) Vous montrerez d'abord comment l'expression poétique de l'amour met en relief la sensation du manque;
2) Vous montrerez ensuite comment la conscience du temps marque dans tout le poème l'espoir des retrouvailles des amants.
Exercice 2.A - Contraction de texte
Sujet 2 - Contraction de texte
Objet d'étude: La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle. Oeuvre: Montaigne, Essais, « Des Cannibales », I,31. Parcours: Notre monde vient d'en trouver un autre.
Texte: Michela Marzano, Visages de la peur, 2009.
L’autre dérange et déstabilise. Par sa différence, il dépayse, étonne, surprend, met en danger. Il oblige à s’interroger sur la place que l’altérité occupe dans notre vie et sur celle que nous sommes disposés à lui accorder. Il oblige aussi à regarder de plus près notre « mêmeté » 1. C’est alors, cependant, que l’inconnu surgit. 5 La proximité révèle nos faiblesses et nous fragilise: plus on regarde, plus on a peur.
L’autre, c’est le contraire du connu, du normal, du prévisible, du même: tout ce qui fait éclater les repères; tout ce qui dérange les habitudes mentales et force l’étonnement… Mais la peur de l’autre ne fait en réalité que réveiller une peur bien plus profonde, la peur d’une étrangeté irréductible, car présente en chacun de nous. Si l’altérité nous menace et 10 nous terrorise, c’est avant tout parce qu’elle nous renvoie à notre propre ambiguïté. L’étranger n’est pas l’autre, mais la « dissipation 2 de toute identité », pour reprendre une formule de Maurice Blanchot. Et lorsqu’on a le sentiment que son identité se dissipe, on ne peut qu’avoir peur. […]
Longtemps, la notion d’identité a servi de rempart, afin de distinguer ce qui est à soi de 15 ce qui tient de l’autre, qu’on érige alors en menace. C’est la peur qui nous pousse à mettre des limites afin d’écarter l’étrangeté qui nous menace de l’intérieur et à qualifier l’autre de monstre. C’est l’autre, en effet, qui renvoie toujours à notre angoisse originaire et archaïque d’être envahis et d’éclater. D’où le besoin de mettre des limites, des frontières, des barrières. […]
20 Depuis toujours, c’est la peur de l’autre qui nous pousse à construire des frontières et des murs de séparation. C’est ainsi que les cités antiques et moyenâgeuses s’enfermaient derrière de hauts murs, dressés contre l’étranger. C’est ainsi qu’on érigeait des murailles pour empêcher l’invasion des armées ennemies et l’afflux de populations considérées comme indésirables […]
25 Mais la tentation du mur n’a pas disparu avec le temps. Elle est au contraire toujours là, malgré les fables contemporaines des années 1990 sur la « fin de l’histoire » en un monde sans frontières. Afin de marquer une ligne de partage qui se voudrait infranchissable entre un « dedans » qui se sent menacé et un « dehors » menaçant, un soi-même apeuré et un autre considéré comme étranger, de multiples murs ont fleuri ces dernières années: le mur 30 long de plus de 1000 km entre les États-Unis et le Mexique voté le 15 décembre 2005 par le Congrès américain; le mur de séparation entre les populations israélienne et palestinienne décidé par le gouvernement Sharon en 2002 […], etc. Ils indiquent tous le retour de la méfiance à l’égard de l’autre et, de ce point de vue, ils en disent long sur l’ambiguïté du processus de mondialisation. Tandis qu’on valorise les liens 35 d’interdépendance entre les hommes à l’échelle mondiale et que se répand la thèse de l’émergence d’un « village global » où, grâce aux nouvelles technologies de l’information, chacun peut désormais communiquer avec tout le monde, la Terre est traversée par de nouvelles barrières qui limitent le déplacement des individus, en particulier des plus pauvres. D’une part, on consacre la libre circulation des marchandises; d’autre part, les 40 frontières se ferment aux hommes du Sud.
Mais d’autres murs apparaissent et témoignent de la volonté de mettre à l’écart ceux qui n’appartiennent pas à la communauté. C’est ainsi que, aux États-Unis, au Canada, au Brésil, en Afrique du Sud ou encore en Italie, on voit s’ériger des murs et des fossés: certains visent à isoler des parties de la ville où s’entassent les gens « indésirables »; 45 d’autres entourent des « communautés closes » ( gated communities) où s’enferment certains afin d’être protégés du reste de la population. Dans un monde global, où l’on vante la fin des frontières, certaines « surclasses » 3 peuvent habiter, travailler et voyager dans des zones protégées sans être jamais confrontées au reste de la population du monde, en particulier aux plus démunis. Loin des yeux, loin du cœur… C’est une façon de vaincre la 50 peur des autres. Mais le résultat escompté est souvent l’opposé. Au lieu de protéger, les barrières cristallisent les différences, favorisent le repli sur soi et alimentent la peur: la présence du mur porte à croire que l’ennemi est partout, innommable et dangereux, et que tous les moyens sont légitimes pour s’en protéger.
(772 mots)
1 Selon le philosophe Paul Ricoeur, qui a forgé le mot, la « mêmeté » désigne ce que nous sommes, ce qui nous définit.
2 Dissipation: disparition progressive.
3 Surclasses: classes supérieures.
Contraction: Vous ferez la contraction de ce texte en 193 mots. Une tolérance de plus ou moins 10% est admise: les limites sont donc fixées à au moins 174 mots et au plus 212 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et vous indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.
Nombre de mots approximatif:
Exercice 2.A - Essai
Sujet 2 - Essai
Objet d'étude: La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle. Oeuvre: Montaigne, Essais, « Des Cannibales », I,31. Parcours: Notre monde vient d'en trouver un autre.
Texte: Michela Marzano, Visages de la peur, 2009.
L’autre dérange et déstabilise. Par sa différence, il dépayse, étonne, surprend, met en danger. Il oblige à s’interroger sur la place que l’altérité occupe dans notre vie et sur celle que nous sommes disposés à lui accorder. Il oblige aussi à regarder de plus près notre « mêmeté » 1. C’est alors, cependant, que l’inconnu surgit. 5 La proximité révèle nos faiblesses et nous fragilise: plus on regarde, plus on a peur.
L’autre, c’est le contraire du connu, du normal, du prévisible, du même: tout ce qui fait éclater les repères; tout ce qui dérange les habitudes mentales et force l’étonnement… Mais la peur de l’autre ne fait en réalité que réveiller une peur bien plus profonde, la peur d’une étrangeté irréductible, car présente en chacun de nous. Si l’altérité nous menace et 10 nous terrorise, c’est avant tout parce qu’elle nous renvoie à notre propre ambiguïté. L’étranger n’est pas l’autre, mais la « dissipation 2 de toute identité », pour reprendre une formule de Maurice Blanchot. Et lorsqu’on a le sentiment que son identité se dissipe, on ne peut qu’avoir peur. […]
Longtemps, la notion d’identité a servi de rempart, afin de distinguer ce qui est à soi de 15 ce qui tient de l’autre, qu’on érige alors en menace. C’est la peur qui nous pousse à mettre des limites afin d’écarter l’étrangeté qui nous menace de l’intérieur et à qualifier l’autre de monstre. C’est l’autre, en effet, qui renvoie toujours à notre angoisse originaire et archaïque d’être envahis et d’éclater. D’où le besoin de mettre des limites, des frontières, des barrières. […]
20 Depuis toujours, c’est la peur de l’autre qui nous pousse à construire des frontières et des murs de séparation. C’est ainsi que les cités antiques et moyenâgeuses s’enfermaient derrière de hauts murs, dressés contre l’étranger. C’est ainsi qu’on érigeait des murailles pour empêcher l’invasion des armées ennemies et l’afflux de populations considérées comme indésirables […]
25 Mais la tentation du mur n’a pas disparu avec le temps. Elle est au contraire toujours là, malgré les fables contemporaines des années 1990 sur la « fin de l’histoire » en un monde sans frontières. Afin de marquer une ligne de partage qui se voudrait infranchissable entre un « dedans » qui se sent menacé et un « dehors » menaçant, un soi-même apeuré et un autre considéré comme étranger, de multiples murs ont fleuri ces dernières années: le mur 30 long de plus de 1000 km entre les États-Unis et le Mexique voté le 15 décembre 2005 par le Congrès américain; le mur de séparation entre les populations israélienne et palestinienne décidé par le gouvernement Sharon en 2002 […], etc. Ils indiquent tous le retour de la méfiance à l’égard de l’autre et, de ce point de vue, ils en disent long sur l’ambiguïté du processus de mondialisation. Tandis qu’on valorise les liens 35 d’interdépendance entre les hommes à l’échelle mondiale et que se répand la thèse de l’émergence d’un « village global » où, grâce aux nouvelles technologies de l’information, chacun peut désormais communiquer avec tout le monde, la Terre est traversée par de nouvelles barrières qui limitent le déplacement des individus, en particulier des plus pauvres. D’une part, on consacre la libre circulation des marchandises; d’autre part, les 40 frontières se ferment aux hommes du Sud.
Mais d’autres murs apparaissent et témoignent de la volonté de mettre à l’écart ceux qui n’appartiennent pas à la communauté. C’est ainsi que, aux États-Unis, au Canada, au Brésil, en Afrique du Sud ou encore en Italie, on voit s’ériger des murs et des fossés: certains visent à isoler des parties de la ville où s’entassent les gens « indésirables »; 45 d’autres entourent des « communautés closes » ( gated communities) où s’enferment certains afin d’être protégés du reste de la population. Dans un monde global, où l’on vante la fin des frontières, certaines « surclasses » 3 peuvent habiter, travailler et voyager dans des zones protégées sans être jamais confrontées au reste de la population du monde, en particulier aux plus démunis. Loin des yeux, loin du cœur… C’est une façon de vaincre la 50 peur des autres. Mais le résultat escompté est souvent l’opposé. Au lieu de protéger, les barrières cristallisent les différences, favorisent le repli sur soi et alimentent la peur: la présence du mur porte à croire que l’ennemi est partout, innommable et dangereux, et que tous les moyens sont légitimes pour s’en protéger.
(772 mots)
1 Selon le philosophe Paul Ricoeur, qui a forgé le mot, la « mêmeté » désigne ce que nous sommes, ce qui nous définit.
2 Dissipation: disparition progressive.
3 Surclasses: classes supérieures.
Si l'autre est celui qui fait éclater les repères, quelles réactions sa rencontre peut-elle susciter ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur « Des Cannibales » ( Essais, I,31) de Montaigne, sur le texte de l'exercice de contraction (texte de Michela Marzano) et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Exercice 2.B - Contraction de texte
B – Œuvre: Jean de La Fontaine, Fables (livres VII à IX). Parcours: Imagination et pensée au XVII e siècle.
Texte: Michèle Petit, article issu de la conférence « S'accorder au monde », Sciences humaines, janvier 2020.
Pourquoi lire des histoires aux enfants ? Ce sont habituellement des arguments « sérieux » et « utiles » qui sont mis en avant: médias, enseignants, chercheurs ou parents expliquent que cette pratique est propice à de meilleures performances dans l'acquisition de la langue, qu'elle contribue à l'élargissement du répertoire lexical, à l'enrichissement de la syntaxe, à la capacité de s'exprimer, à l'accroissement du capital culturel, bref, à une adaptation des enfants et des adolescents aux exigences du monde scolaire, puis professionnel. Les uns ou les autres insistent aussi sur son rôle dans l'exercice futur de la citoyenneté par la formation de l'esprit critique, le partage d'un patrimoine commun ou la connaissance d'autres époques, d'autres cultures, à même de protéger de l'intolérance. Ces dernières décennies, avec le développement des neurosciences, on a aussi beaucoup expliqué que les facultés cognitives 1 seraient stimulées.
Pourtant, celles et ceux qui évoquent des souvenirs de textes écoutés ou lus dans l'enfance ne disent jamais: « Grâce à la lecture, j'ai eu de meilleurs résultats scolaires, j'ai été plus habile dans le maniement de la langue, ça m'a permis d'accroître mon vocabulaire. » Pas plus qu'ils racontent avoir partagé une culture commune ou être devenus des citoyens plus empathiques 2. Non, ce dont beaucoup se souviennent, ce qui leur a semblé premier, c'est que ces lectures ont ouvert une autre dimension: « Chaque soir, un monde parallèle naissait dans la voix de ma mère », dit une femme. « Je découvrais qu'il existait autre chose, un autre monde », dit un jeune homme. Ou encore: « C'était tout un paysage qui s'ouvrait, qui élargissait considérablement le lieu où je vivais. » Par le biais des textes qu'on leur lisait et des illustrations qu'on leur montrait, ils avaient découvert un univers parallèle, invisible, plus vaste, plus intense, et qui pourtant les ancrait plus dans le monde réel quand ils y faisaient retour.
Car écouter une langue littéraire, poétique, un peu chantante, donne aux enfants et aux adolescents la possibilité d'éprouver un bien-être très particulier, une sensation d'appartenance, d'être à sa place, de trouver lieu — sensation momentanée, mais qui s'inscrit dans le corps et l'esprit, et laisse des traces. C'est comme s'ils s'accordaient, au sens musical du terme, avec ce qui les entoure: non seulement la famille, les amis, les humains, mais encore le ciel, la mer, la montagne, la ville, les animaux, auxquels ils se sentent alors reliés. Partie prenante d'un ensemble, d'un tout. Grâce à un texte, ils comprennent, non pas par le raisonnement, mais par une sorte de décryptage inconscient, que ce qui les préoccupe est le lot de tous.
En fait, quand nous faisons la lecture aux enfants, quand nous leur racontons des histoires, le sens de nos gestes est peut-être avant tout celui-ci: je te présente le monde que d'autres m'ont passé et que je me suis approprié, celui que j'ai découvert, construit, aimé. Je te présente ce qui nous entoure et que tu regardes, surpris, me désignant du doigt un chat, une étoile, un avion. Je te présente le ciel en chantant Au clair de la lune, mon ami Pierrot, j'ai perdu ma plume pour écrire un mot… Et toute ta vie, Pierrot et sa plume t'accompagneront quand tu verras la lune. Je te présente la mer, je te chante Bateau sur l'eau, je te lis des histoires de pirates ou de Robinson. Je te présente la montagne, la forêt, le désert, le fleuve, à l'aide de mythes et d'œuvres d'art. Je te présente la ville pour que tu puisses y habiter. […]
À force de mettre en avant une approche utilitariste et angoissée de la lecture, on a fait une corvée de ce qui pouvait être une fête. On ne juge pas du bien-fondé de chanter des jeunes enfants par le fait que, devenus grands, ils deviendraient des musiciens. Pourquoi mettre sans cesse en avant leur devenir cognitif, scolaire, citoyen, quand il s'agit de la lecture ? Quand ils écoutent une histoire, quand ils ouvrent des livres, ils le font parce qu'ils ont besoin d'une autre dimension, parce qu'il leur faut interposer des mots, des histoires, des métaphores, des images, entre eux-mêmes et ce monde étrange qui est là autour d'eux. Parce qu'ils sont curieux, inquiets, en quête de secrets, joueurs et poétiques. Parce que les livres donnent forme à des désirs ou des craintes qu'ils pensaient être seuls à connaître et qu'ils leur permettent de substituer au chaos un peu d'ordre, de continuité, de beauté.
(786 mots)
1 Cognitives: relatives à la connaissance.
2 Empathique: capable de reconnaître et de comprendre les émotions et les sentiments d'un autre individu.
Contraction: Vous ferez la contraction de ce texte en 197 mots. Une tolérance de plus ou moins 10% est admise: les limites sont donc fixées à au moins 177 mots et au plus 217 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et vous indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.
Exercice 2.B - Essai
B – Œuvre: Jean de La Fontaine, Fables (livres VII à IX). Parcours: Imagination et pensée au XVII e siècle.
Texte: Michèle Petit, article issu de la conférence « S'accorder au monde », Sciences humaines, janvier 2020.
Pourquoi lire des histoires aux enfants ? Ce sont habituellement des arguments « sérieux » et « utiles » qui sont mis en avant: médias, enseignants, chercheurs ou parents expliquent que cette pratique est propice à de meilleures performances dans l'acquisition de la langue, qu'elle contribue à l'élargissement du répertoire lexical, à l'enrichissement de la syntaxe, à la capacité de s'exprimer, à l'accroissement du capital culturel, bref, à une adaptation des enfants et des adolescents aux exigences du monde scolaire, puis professionnel. Les uns ou les autres insistent aussi sur son rôle dans l'exercice futur de la citoyenneté par la formation de l'esprit critique, le partage d'un patrimoine commun ou la connaissance d'autres époques, d'autres cultures, à même de protéger de l'intolérance. Ces dernières décennies, avec le développement des neurosciences, on a aussi beaucoup expliqué que les facultés cognitives 1 seraient stimulées.
Pourtant, celles et ceux qui évoquent des souvenirs de textes écoutés ou lus dans l'enfance ne disent jamais: « Grâce à la lecture, j'ai eu de meilleurs résultats scolaires, j'ai été plus habile dans le maniement de la langue, ça m'a permis d'accroître mon vocabulaire. » Pas plus qu'ils racontent avoir partagé une culture commune ou être devenus des citoyens plus empathiques 2. Non, ce dont beaucoup se souviennent, ce qui leur a semblé premier, c'est que ces lectures ont ouvert une autre dimension: « Chaque soir, un monde parallèle naissait dans la voix de ma mère », dit une femme. « Je découvrais qu'il existait autre chose, un autre monde », dit un jeune homme. Ou encore: « C'était tout un paysage qui s'ouvrait, qui élargissait considérablement le lieu où je vivais. » Par le biais des textes qu'on leur lisait et des illustrations qu'on leur montrait, ils avaient découvert un univers parallèle, invisible, plus vaste, plus intense, et qui pourtant les ancrait plus dans le monde réel quand ils y faisaient retour.
Car écouter une langue littéraire, poétique, un peu chantante, donne aux enfants et aux adolescents la possibilité d'éprouver un bien-être très particulier, une sensation d'appartenance, d'être à sa place, de trouver lieu — sensation momentanée, mais qui s'inscrit dans le corps et l'esprit, et laisse des traces. C'est comme s'ils s'accordaient, au sens musical du terme, avec ce qui les entoure: non seulement la famille, les amis, les humains, mais encore le ciel, la mer, la montagne, la ville, les animaux, auxquels ils se sentent alors reliés. Partie prenante d'un ensemble, d'un tout. Grâce à un texte, ils comprennent, non pas par le raisonnement, mais par une sorte de décryptage inconscient, que ce qui les préoccupe est le lot de tous.
En fait, quand nous faisons la lecture aux enfants, quand nous leur racontons des histoires, le sens de nos gestes est peut-être avant tout celui-ci: je te présente le monde que d'autres m'ont passé et que je me suis approprié, celui que j'ai découvert, construit, aimé. Je te présente ce qui nous entoure et que tu regardes, surpris, me désignant du doigt un chat, une étoile, un avion. Je te présente le ciel en chantant Au clair de la lune, mon ami Pierrot, j'ai perdu ma plume pour écrire un mot… Et toute ta vie, Pierrot et sa plume t'accompagneront quand tu verras la lune. Je te présente la mer, je te chante Bateau sur l'eau, je te lis des histoires de pirates ou de Robinson. Je te présente la montagne, la forêt, le désert, le fleuve, à l'aide de mythes et d'œuvres d'art. Je te présente la ville pour que tu puisses y habiter. […]
À force de mettre en avant une approche utilitariste et angoissée de la lecture, on a fait une corvée de ce qui pouvait être une fête. On ne juge pas du bien-fondé de chanter des jeunes enfants par le fait que, devenus grands, ils deviendraient des musiciens. Pourquoi mettre sans cesse en avant leur devenir cognitif, scolaire, citoyen, quand il s'agit de la lecture ? Quand ils écoutent une histoire, quand ils ouvrent des livres, ils le font parce qu'ils ont besoin d'une autre dimension, parce qu'il leur faut interposer des mots, des histoires, des métaphores, des images, entre eux-mêmes et ce monde étrange qui est là autour d'eux. Parce qu'ils sont curieux, inquiets, en quête de secrets, joueurs et poétiques. Parce que les livres donnent forme à des désirs ou des craintes qu'ils pensaient être seuls à connaître et qu'ils leur permettent de substituer au chaos un peu d'ordre, de continuité, de beauté.
(786 mots)
1 Cognitives: relatives à la connaissance.
2 Empathique: capable de reconnaître et de comprendre les émotions et les sentiments d'un autre individu.
Essai: Dans quelle mesure la lecture ou l'écoute des œuvres d'imagination nous permet-elle de mieux nous accorder avec le monde dans lequel nous vivons ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur les livres VII à IX des Fables de La Fontaine, sur le texte de l'exercice de la contraction (texte de Michèle Petit) et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVI e siècle au XVIII e siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
Exercice 2.C - Contraction de texte
C – Œuvre: Voltaire, L'Ingénu. Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.
Texte: Philippe Raynaud, La Politesse des Lumières, 2013.
Notre monde — occidental, libéral, démocratique — s'est longtemps pensé sous le concept de « civilisation ». Le mot apparaît au XVIII e siècle pour désigner le processus par lequel les sociétés humaines sortent de la « sauvagerie » ou de la « barbarie » pour devenir « civilisées » grâce au progrès des arts et des sciences, mais aussi des mœurs et des manières. Aujourd'hui, au contraire, l'idée même de civilisation paraît en déclin; elle a, en tout cas, cessé d'apparaître comme l'antonyme 1 de la barbarie: les tragédies du XX e siècle ont sérieusement ébranlé la croyance commune dans [...] les « illusions du progrès ». Or, cette éclipse de la « civilisation », au moins dans son acception optimiste et européocentrique, s'est accompagnée d'un intérêt croissant pour la « civilité », qui est devenue en une vingtaine d'années un sujet majeur de recherches de tous ordres, et qui a fini par prendre une place non négligeable dans le discours public. [...]
Nous pensions jadis être irrésistiblement emportés par le cours de la civilisation; nous nous demandons aujourd'hui plus modestement comment être « civils », dans un monde marqué à la fois par la permanence de la violence et par la montée de l'exigence de liberté, d'égalité, bref, de démocratie. C'est ce que manifeste paradoxalement le succès contemporain de la notion d'« incivilité » pour désigner des comportements qui vont très au-delà de la simple impolitesse. [...]
La déploration devant la montée des « incivilités », surtout si elle va de pair avec un regard sympathique pour l'histoire de la civilité classique et moderne, ne serait-elle pas l'expression d'une antipathie cachée pour la démocratie [...] ? L'intérêt pour l'histoire de la civilité, qui conduit à glorifier l'héritage des cours et des salons de l'Ancien Régime, n'est-il pas lui-même suspect ? [...]
Quelque chose se joue dans la question de la civilité, qui concerne la manière dont les Français se comprennent eux-mêmes, mais dont la portée dépasse de beaucoup le cas français. Il ne s'agit pas seulement ici de l'héritage de l'Ancien Régime et de la Révolution, mais du monde moderne dans son ensemble, tel qu'il s'est constitué dans la seconde moitié du XVIII e siècle. C'est cette mutation que le présent ouvrage voudrait éclairer, à travers l'étude d'une controverse, ou d'une conversation, qui s'étend sur presque un siècle, et à laquelle ont pris part les plus grands esprits des Lumières et des débuts des temps démocratiques.
[...] Cette controverse n'a pas seulement un intérêt historique: elle a, au contraire, de multiples résonances dans le monde contemporain.
Dans la discussion — ou, mieux, dans la conversation — des Lumières, il est question de la politesse française, qui consacre le règne des femmes sous un monarque absolu et qui s'oppose à la vertu anglaise, fondement d'un régime où les hommes sont libres et les femmes subordonnées; de l'irrésistible développement, au siècle des Lumières, de la civilisation européenne et de l'extraordinaire stabilité de la civilité chinoise; de la contribution de la civilité à la pacification 2 des mœurs et du conflit entre la politesse et la sincérité. Ce qui est en jeu dans la question de la civilité, c'est le progrès des Lumières, son incontestable efficacité et sa valeur morale incertaine. La civilité n'est pas la moralité, car elle ne concerne que les relations extérieures entre les hommes, mais elle contribue du moins à rendre le droit et la moralité possibles en habituant les hommes à limiter leurs prétentions et à prêter attention à autrui. Pour les philosophes des Lumières, cela lui donne une portée universelle, qui trouve sa source dans la nature humaine, indissolublement sociable 3 et égoïste: en limitant les effets de l'égoïsme et de la rivalité entre les hommes, la civilité prolonge et étend la sociabilité humaine. Mais cette valeur morale et cette universalité apparentes de la civilité ne sont pas sans quelque ambiguïté, car il n'est pas certain que dans ses formes les plus subtiles et les plus raffinées — ce qu'on appelle alors la « politesse » — elle ne puisse pas devenir dangereuse pour la moralité 4, en aidant les plus forts à renforcer leur domination tout en feignant de l'adoucir et en favorisant partout l'hypocrisie sous les apparences de la bienfaisance 5.
La réflexion des philosophes des Lumières sur la politesse et la civilité est tout à la fois morale et politique. Elle met en jeu des questions — celles de la valeur de la civilisation, du conflit entre les conventions sociales et la sincérité, du sens de la diversité humaine — qui sont encore les nôtres.
(762 mots)
1 Antonyme: mot de sens contraire.
2 Pacification: action de pacifier, rétablir la paix.
3 Sociable: apte à vivre en société.
4 Moralité: idéal de conduite, conforme aux principes.
5 Bienfaisance: tendance à faire le bien, à prodiguer ses bienfaits à autrui.
Vous ferez la contraction de ce texte en 190 mots. Une tolérance de plus ou moins 10% est admise: les limites sont donc fixées à au moins 171 mots et au plus 209 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et vous indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.
Nombre de mots (approximatif):
Contraction envoyée. Consultez la solution ci-dessous pour comparer votre travail.
Exercice 2.C - Essai
C – Œuvre: Voltaire, L'Ingénu. Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.
Texte: Philippe Raynaud, La Politesse des Lumières, 2013.
Notre monde — occidental, libéral, démocratique — s'est longtemps pensé sous le concept de « civilisation ». Le mot apparaît au XVIII e siècle pour désigner le processus par lequel les sociétés humaines sortent de la « sauvagerie » ou de la « barbarie » pour devenir « civilisées » grâce au progrès des arts et des sciences, mais aussi des mœurs et des manières. Aujourd'hui, au contraire, l'idée même de civilisation paraît en déclin; elle a, en tout cas, cessé d'apparaître comme l'antonyme 1 de la barbarie: les tragédies du XX e siècle ont sérieusement ébranlé la croyance commune dans [...] les « illusions du progrès ». Or, cette éclipse de la « civilisation », au moins dans son acception optimiste et européocentrique, s'est accompagnée d'un intérêt croissant pour la « civilité », qui est devenue en une vingtaine d'années un sujet majeur de recherches de tous ordres, et qui a fini par prendre une place non négligeable dans le discours public. [...]
Nous pensions jadis être irrésistiblement emportés par le cours de la civilisation; nous nous demandons aujourd'hui plus modestement comment être « civils », dans un monde marqué à la fois par la permanence de la violence et par la montée de l'exigence de liberté, d'égalité, bref, de démocratie. C'est ce que manifeste paradoxalement le succès contemporain de la notion d'« incivilité » pour désigner des comportements qui vont très au-delà de la simple impolitesse. [...]
La déploration devant la montée des « incivilités », surtout si elle va de pair avec un regard sympathique pour l'histoire de la civilité classique et moderne, ne serait-elle pas l'expression d'une antipathie cachée pour la démocratie [...] ? L'intérêt pour l'histoire de la civilité, qui conduit à glorifier l'héritage des cours et des salons de l'Ancien Régime, n'est-il pas lui-même suspect ? [...]
Quelque chose se joue dans la question de la civilité, qui concerne la manière dont les Français se comprennent eux-mêmes, mais dont la portée dépasse de beaucoup le cas français. Il ne s'agit pas seulement ici de l'héritage de l'Ancien Régime et de la Révolution, mais du monde moderne dans son ensemble, tel qu'il s'est constitué dans la seconde moitié du XVIII e siècle. C'est cette mutation que le présent ouvrage voudrait éclairer, à travers l'étude d'une controverse, ou d'une conversation, qui s'étend sur presque un siècle, et à laquelle ont pris part les plus grands esprits des Lumières et des débuts des temps démocratiques.
[...] Cette controverse n'a pas seulement un intérêt historique: elle a, au contraire, de multiples résonances dans le monde contemporain.
Dans la discussion — ou, mieux, dans la conversation — des Lumières, il est question de la politesse française, qui consacre le règne des femmes sous un monarque absolu et qui s'oppose à la vertu anglaise, fondement d'un régime où les hommes sont libres et les femmes subordonnées; de l'irrésistible développement, au siècle des Lumières, de la civilisation européenne et de l'extraordinaire stabilité de la civilité chinoise; de la contribution de la civilité à la pacification 2 des mœurs et du conflit entre la politesse et la sincérité. Ce qui est en jeu dans la question de la civilité, c'est le progrès des Lumières, son incontestable efficacité et sa valeur morale incertaine. La civilité n'est pas la moralité, car elle ne concerne que les relations extérieures entre les hommes, mais elle contribue du moins à rendre le droit et la moralité possibles en habituant les hommes à limiter leurs prétentions et à prêter attention à autrui. Pour les philosophes des Lumières, cela lui donne une portée universelle, qui trouve sa source dans la nature humaine, indissolublement sociable 3 et égoïste: en limitant les effets de l'égoïsme et de la rivalité entre les hommes, la civilité prolonge et étend la sociabilité humaine. Mais cette valeur morale et cette universalité apparentes de la civilité ne sont pas sans quelque ambiguïté, car il n'est pas certain que dans ses formes les plus subtiles et les plus raffinées — ce qu'on appelle alors la « politesse » — elle ne puisse pas devenir dangereuse pour la moralité 4, en aidant les plus forts à renforcer leur domination tout en feignant de l'adoucir et en favorisant partout l'hypocrisie sous les apparences de la bienfaisance 5.
La réflexion des philosophes des Lumières sur la politesse et la civilité est tout à la fois morale et politique. Elle met en jeu des questions — celles de la valeur de la civilisation, du conflit entre les conventions sociales et la sincérité, du sens de la diversité humaine — qui sont encore les nôtres.
(762 mots)
1 Antonyme: mot de sens contraire.
2 Pacification: action de pacifier, rétablir la paix.
3 Sociable: apte à vivre en société.
4 Moralité: idéal de conduite, conforme aux principes.
5 Bienfaisance: tendance à faire le bien, à prodiguer ses bienfaits à autrui.
Essai: Selon vous, faut-il préférer le naturel à la civilité ?
Vous développerez de manière organisée votre réponse à cette question, en prenant appui sur L'Ingénu de Voltaire, sur le texte de l'exercice de la contraction (texte de Raynaud) et sur ceux que vous avez étudiés dans l'année dans le cadre de l'objet d'étude « La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle ». Vous pourrez aussi faire appel à vos lectures et à votre culture personnelle.
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