Exercice 2.A - Contraction de texte · Bac STMG Français Asie 2021 (jour 2)

Thème : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Tiré du sujet Jour 2 (2021)

Énoncé

Sujet 2 - Contraction de texte

Objet d'étude: La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle. Oeuvre: Montaigne, Essais, « Des Cannibales », I,31. Parcours: Notre monde vient d'en trouver un autre.

Texte: Michela Marzano, Visages de la peur, 2009.

L’autre dérange et déstabilise. Par sa différence, il dépayse, étonne, surprend, met en danger. Il oblige à s’interroger sur la place que l’altérité occupe dans notre vie et sur celle que nous sommes disposés à lui accorder. Il oblige aussi à regarder de plus près notre « mêmeté » 1. C’est alors, cependant, que l’inconnu surgit. 5 La proximité révèle nos faiblesses et nous fragilise: plus on regarde, plus on a peur.

L’autre, c’est le contraire du connu, du normal, du prévisible, du même: tout ce qui fait éclater les repères; tout ce qui dérange les habitudes mentales et force l’étonnement… Mais la peur de l’autre ne fait en réalité que réveiller une peur bien plus profonde, la peur d’une étrangeté irréductible, car présente en chacun de nous. Si l’altérité nous menace et 10 nous terrorise, c’est avant tout parce qu’elle nous renvoie à notre propre ambiguïté. L’étranger n’est pas l’autre, mais la « dissipation 2 de toute identité », pour reprendre une formule de Maurice Blanchot. Et lorsqu’on a le sentiment que son identité se dissipe, on ne peut qu’avoir peur. […]

Longtemps, la notion d’identité a servi de rempart, afin de distinguer ce qui est à soi de 15 ce qui tient de l’autre, qu’on érige alors en menace. C’est la peur qui nous pousse à mettre des limites afin d’écarter l’étrangeté qui nous menace de l’intérieur et à qualifier l’autre de monstre. C’est l’autre, en effet, qui renvoie toujours à notre angoisse originaire et archaïque d’être envahis et d’éclater. D’où le besoin de mettre des limites, des frontières, des barrières. […]

20 Depuis toujours, c’est la peur de l’autre qui nous pousse à construire des frontières et des murs de séparation. C’est ainsi que les cités antiques et moyenâgeuses s’enfermaient derrière de hauts murs, dressés contre l’étranger. C’est ainsi qu’on érigeait des murailles pour empêcher l’invasion des armées ennemies et l’afflux de populations considérées comme indésirables […]

25 Mais la tentation du mur n’a pas disparu avec le temps. Elle est au contraire toujours là, malgré les fables contemporaines des années 1990 sur la « fin de l’histoire » en un monde sans frontières. Afin de marquer une ligne de partage qui se voudrait infranchissable entre un « dedans » qui se sent menacé et un « dehors » menaçant, un soi-même apeuré et un autre considéré comme étranger, de multiples murs ont fleuri ces dernières années: le mur 30 long de plus de 1000 km entre les États-Unis et le Mexique voté le 15 décembre 2005 par le Congrès américain; le mur de séparation entre les populations israélienne et palestinienne décidé par le gouvernement Sharon en 2002 […], etc. Ils indiquent tous le retour de la méfiance à l’égard de l’autre et, de ce point de vue, ils en disent long sur l’ambiguïté du processus de mondialisation. Tandis qu’on valorise les liens 35 d’interdépendance entre les hommes à l’échelle mondiale et que se répand la thèse de l’émergence d’un « village global » où, grâce aux nouvelles technologies de l’information, chacun peut désormais communiquer avec tout le monde, la Terre est traversée par de nouvelles barrières qui limitent le déplacement des individus, en particulier des plus pauvres. D’une part, on consacre la libre circulation des marchandises; d’autre part, les 40 frontières se ferment aux hommes du Sud.

Mais d’autres murs apparaissent et témoignent de la volonté de mettre à l’écart ceux qui n’appartiennent pas à la communauté. C’est ainsi que, aux États-Unis, au Canada, au Brésil, en Afrique du Sud ou encore en Italie, on voit s’ériger des murs et des fossés: certains visent à isoler des parties de la ville où s’entassent les gens « indésirables »; 45 d’autres entourent des « communautés closes » ( gated communities) où s’enferment certains afin d’être protégés du reste de la population. Dans un monde global, où l’on vante la fin des frontières, certaines « surclasses » 3 peuvent habiter, travailler et voyager dans des zones protégées sans être jamais confrontées au reste de la population du monde, en particulier aux plus démunis. Loin des yeux, loin du cœur… C’est une façon de vaincre la 50 peur des autres. Mais le résultat escompté est souvent l’opposé. Au lieu de protéger, les barrières cristallisent les différences, favorisent le repli sur soi et alimentent la peur: la présence du mur porte à croire que l’ennemi est partout, innommable et dangereux, et que tous les moyens sont légitimes pour s’en protéger.

(772 mots)

1 Selon le philosophe Paul Ricoeur, qui a forgé le mot, la « mêmeté » désigne ce que nous sommes, ce qui nous définit.

2 Dissipation: disparition progressive.

3 Surclasses: classes supérieures.

Contraction: Vous ferez la contraction de ce texte en 193 mots. Une tolérance de plus ou moins 10% est admise: les limites sont donc fixées à au moins 174 mots et au plus 212 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et vous indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.

Nombre de mots approximatif:

Énoncé: Exercice 2.A - Contraction de texte · Bac STMG Français Asie 2021 (jour 2)

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Vous ferez la contraction de ce texte en 193 mots.

Réponse : L'autre nous dérange et nous déstabilise. Par sa différence, il nous oblige à nous interroger sur la place que nous lui accordons et sur notre propre identité. Mais plus nous le regardons de près, plus l'inconnu surgit : cette proximité révèle nos faiblesses et nous effraie. Contraire du connu [50] et du prévisible, l'autre bouleverse nos repères. Pourtant, la peur qu'il inspire en réveille une plus profonde, celle d'une étrangeté présente en chacun de nous. L'altérité nous terrifie parce qu'elle nous renvoie à notre propre ambiguïté : l'étranger dissipe toute identité, et cette menace nous [100] angoisse. C'est pourquoi l'identité a longtemps servi de rempart : par peur d'être envahis, nous traçons des limites pour écarter l'étrangeté intérieure et faisons de l'autre un monstre. Depuis toujours, cette peur fait ériger des murs, et cette tentation persiste malgré le mythe d'un monde [150] sans frontières : de nouveaux murs fleurissent, révélant l'ambiguïté de la mondialisation : on libère les marchandises, mais on ferme les frontières aux plus pauvres. D'autres murs isolent les indésirables ou protègent des élites. Mais loin de protéger, ces barrières figent les différences, favorisent le repli et nourrissent la peur [200] en faisant croire l'ennemi omniprésent. [206 mots]

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