Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Asie 2021 (jour 2)

Thème : Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Jour 2 (2021)

Énoncé

Vous traiterez au choix, l'un des deux sujets suivants:

1- Commentaire de texte [20 points]

Objet d'étude: La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle

Texte: Gaston Miron, L'Homme rapaillé, 1970.

JE T'ÉCRIS

I

Je t'écris pour te dire que je t'aime

que mon cœur qui voyage tous les jours

— le cœur parti dans la dernière neige

le cœur parti dans les yeux qui passent

5 le cœur parti dans les ciels d'hypnose —

revient le soir comme une bête atteinte

Qu'es-tu devenue toi comme hier

moi j'ai noir éclaté dans la tête

j'ai froid dans la main

10 j'ai l'ennui comme un disque rengaine 1

j'ai peur d'aller seul de disparaître demain

sans ta vague à mon corps

sans ta voix de mousse humide

c'est ma vie que j'ai mal et ton absence

15 Le temps saigne

quand donc aurai-je de tes nouvelles

je t'écris pour te dire que je t'aime

que tout finira dans tes bras amarré

que je t'attends dans la saison de nous deux

20 qu'un jour mon cœur s'est perdu dans sa peine

que sans toi il ne reviendra plus

II

Quand nous serons couchés côte à côte

dans la crevasse du temps limoneux 2

nous reviendrons de nuit parler dans les herbes

25 au moment que grandit le point d'aube

dans les yeux des bêtes découpées dans la brume

tandis que le printemps liseronne 3 aux fenêtres

Pour ce rendez-vous de notre fin du monde

c'est avec toi que je veux chanter

sur le seuil des mémoires les morts d'aujourd'hui

eux qui respirent pour nous

les espaces oubliés

1 Rengaine: refrain populaire, répété sans arrêt, ressassé.

2 Limoneux: recouvert d'un dépôt de terre fertile.

3 Liseronne: néologisme forgé à partir du nom liseron, qui désigne une plante grimpante aux fleurs blanches.

Vous ferez le commentaire du texte de Gaston Miron extrait de L'Homme rapaillé en vous aidant des pistes de lecture suivantes:

1) Vous montrerez d'abord comment l'expression poétique de l'amour met en relief la sensation du manque;

2) Vous montrerez ensuite comment la conscience du temps marque dans tout le poème l'espoir des retrouvailles des amants.

Énoncé: Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Asie 2021 (jour 2)

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Vous ferez le commentaire du texte de Gaston Miron extrait de L'Homme rapaillé en vous aidant des pistes de lecture suivantes : 1) l'expression poétique de l'amour et la sensation du manque ; 2) la conscience du temps et l'espoir des retrouvailles des amants.

Réponse : Plan possible en deux parties, précédées d'une introduction (présentation de Miron, poète québécois, et du poème « Je t'écris », lettre d'amour versifiée en deux mouvements) et suivies d'une conclusion (bilan et ouverture, par exemple vers d'autres poèmes d'amour de la séparation). I. Une expression poétique de l'amour qui met en relief la sensation du manque - Le refrain « Je t'écris pour te dire que je t'aime » (v.1, v.17) ouvre et relance la partie I comme une déclaration répétée qui trahit l'absence de réponse : on écrit à qui n'est pas là. - La répétition obsessionnelle de « le cœur parti » (v.3-5) et l'accumulation des compléments (dans la neige, dans les yeux, dans les ciels d'hypnose) disent l'éclatement et la dispersion du sujet amoureux privé de l'autre. - Le champ lexical de la douleur physique et du manque (« j'ai froid dans la main », « j'ai l'ennui comme un disque rengaine », « j'ai peur », « le temps saigne ») inscrit le manque dans le corps même du locuteur. - Les anaphores en « sans ta... » (v.12-13) miment la privation par la syntaxe : chaque vers énonce ce qui fait défaut. - Les images insolites et la syntaxe heurtée (absence de ponctuation, vers juxtaposés) traduisent le désordre intérieur provoqué par l'absence. II. Une conscience du temps qui porte, dans tout le poème, l'espoir des retrouvailles - Le futur est déjà présent dans la partie I (« aurai-je », « tout finira dans tes bras amarré »). Le passage du présent de la plainte à la projection au futur de la partie II (« nous serons couchés », « nous reviendrons ») fait basculer le poème du manque vers l'attente d'une réunion. - Le temps personnifié (« Le temps saigne », v.15) est ensuite apaisé (« la crevasse du temps limoneux », v.23). Cette évolution montre que le temps-blessure devient le lieu même où les amants se retrouveront, au-delà de la mort (« Quand nous serons couchés côte à côte »). - Les indices temporels d'attente (« quand donc aurai-je de tes nouvelles », « je t'attends dans la saison de nous deux », « qu'un jour ») installent une tension entre le présent de la souffrance et un avenir espéré. - La deuxième partie ouvre sur une dimension collective et presque mythique du temps (« ce rendez-vous de notre fin du monde », « les morts d'aujourd'hui / eux qui respirent pour nous »). L'amour individuel rejoint ainsi le temps de la mémoire et de la communauté, ce qui élargit l'espoir des retrouvailles à une réconciliation avec le temps et la mort.

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