Exercice 2.C - Contraction de texte · Bac STMG Français Asie 2021 (jour 2)
Thème : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Tiré du sujet Jour 2 (2021)
Énoncé
C – Œuvre: Voltaire, L'Ingénu. Parcours: Voltaire, esprit des Lumières.
Texte: Philippe Raynaud, La Politesse des Lumières, 2013.
Notre monde — occidental, libéral, démocratique — s'est longtemps pensé sous le concept de « civilisation ». Le mot apparaît au XVIII e siècle pour désigner le processus par lequel les sociétés humaines sortent de la « sauvagerie » ou de la « barbarie » pour devenir « civilisées » grâce au progrès des arts et des sciences, mais aussi des mœurs et des manières. Aujourd'hui, au contraire, l'idée même de civilisation paraît en déclin; elle a, en tout cas, cessé d'apparaître comme l'antonyme 1 de la barbarie: les tragédies du XX e siècle ont sérieusement ébranlé la croyance commune dans [...] les « illusions du progrès ». Or, cette éclipse de la « civilisation », au moins dans son acception optimiste et européocentrique, s'est accompagnée d'un intérêt croissant pour la « civilité », qui est devenue en une vingtaine d'années un sujet majeur de recherches de tous ordres, et qui a fini par prendre une place non négligeable dans le discours public. [...]
Nous pensions jadis être irrésistiblement emportés par le cours de la civilisation; nous nous demandons aujourd'hui plus modestement comment être « civils », dans un monde marqué à la fois par la permanence de la violence et par la montée de l'exigence de liberté, d'égalité, bref, de démocratie. C'est ce que manifeste paradoxalement le succès contemporain de la notion d'« incivilité » pour désigner des comportements qui vont très au-delà de la simple impolitesse. [...]
La déploration devant la montée des « incivilités », surtout si elle va de pair avec un regard sympathique pour l'histoire de la civilité classique et moderne, ne serait-elle pas l'expression d'une antipathie cachée pour la démocratie [...] ? L'intérêt pour l'histoire de la civilité, qui conduit à glorifier l'héritage des cours et des salons de l'Ancien Régime, n'est-il pas lui-même suspect ? [...]
Quelque chose se joue dans la question de la civilité, qui concerne la manière dont les Français se comprennent eux-mêmes, mais dont la portée dépasse de beaucoup le cas français. Il ne s'agit pas seulement ici de l'héritage de l'Ancien Régime et de la Révolution, mais du monde moderne dans son ensemble, tel qu'il s'est constitué dans la seconde moitié du XVIII e siècle. C'est cette mutation que le présent ouvrage voudrait éclairer, à travers l'étude d'une controverse, ou d'une conversation, qui s'étend sur presque un siècle, et à laquelle ont pris part les plus grands esprits des Lumières et des débuts des temps démocratiques.
[...] Cette controverse n'a pas seulement un intérêt historique: elle a, au contraire, de multiples résonances dans le monde contemporain.
Dans la discussion — ou, mieux, dans la conversation — des Lumières, il est question de la politesse française, qui consacre le règne des femmes sous un monarque absolu et qui s'oppose à la vertu anglaise, fondement d'un régime où les hommes sont libres et les femmes subordonnées; de l'irrésistible développement, au siècle des Lumières, de la civilisation européenne et de l'extraordinaire stabilité de la civilité chinoise; de la contribution de la civilité à la pacification 2 des mœurs et du conflit entre la politesse et la sincérité. Ce qui est en jeu dans la question de la civilité, c'est le progrès des Lumières, son incontestable efficacité et sa valeur morale incertaine. La civilité n'est pas la moralité, car elle ne concerne que les relations extérieures entre les hommes, mais elle contribue du moins à rendre le droit et la moralité possibles en habituant les hommes à limiter leurs prétentions et à prêter attention à autrui. Pour les philosophes des Lumières, cela lui donne une portée universelle, qui trouve sa source dans la nature humaine, indissolublement sociable 3 et égoïste: en limitant les effets de l'égoïsme et de la rivalité entre les hommes, la civilité prolonge et étend la sociabilité humaine. Mais cette valeur morale et cette universalité apparentes de la civilité ne sont pas sans quelque ambiguïté, car il n'est pas certain que dans ses formes les plus subtiles et les plus raffinées — ce qu'on appelle alors la « politesse » — elle ne puisse pas devenir dangereuse pour la moralité 4, en aidant les plus forts à renforcer leur domination tout en feignant de l'adoucir et en favorisant partout l'hypocrisie sous les apparences de la bienfaisance 5.
La réflexion des philosophes des Lumières sur la politesse et la civilité est tout à la fois morale et politique. Elle met en jeu des questions — celles de la valeur de la civilisation, du conflit entre les conventions sociales et la sincérité, du sens de la diversité humaine — qui sont encore les nôtres.
(762 mots)
1 Antonyme: mot de sens contraire.
2 Pacification: action de pacifier, rétablir la paix.
3 Sociable: apte à vivre en société.
4 Moralité: idéal de conduite, conforme aux principes.
5 Bienfaisance: tendance à faire le bien, à prodiguer ses bienfaits à autrui.
Vous ferez la contraction de ce texte en 190 mots. Une tolérance de plus ou moins 10% est admise: les limites sont donc fixées à au moins 171 mots et au plus 209 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et vous indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.
Nombre de mots (approximatif):
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Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Vous ferez la contraction de ce texte en 190 mots.
Réponse : Notre monde occidental s'est longtemps pensé sous le concept de « civilisation », né au XVIIIe siècle pour désigner la sortie de la barbarie grâce au progrès des arts, des sciences et des mœurs. Aujourd'hui, cette idée optimiste et européocentrique décline : les tragédies du XXe siècle ont ruiné la croyance au /50/ progrès. En revanche, la « civilité » suscite un intérêt croissant, jusque dans le discours public qui dénonce les « incivilités ». Mais cette nostalgie de la civilité des cours et des salons de l'Ancien Régime ne trahit-elle pas une défiance envers la démocratie ? Pourtant, la question dépasse le cas français : elle /100/ concerne le monde moderne, né dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, qu'éclaire une longue controverse des Lumières aux résonances actuelles. Celle-ci oppose la politesse française, née sous un monarque absolu, à la vertu anglaise, fondée sur la liberté, et interroge l'efficacité incontestable de la civilité mais /150/ sa valeur morale incertaine. Si elle ne régit que les rapports extérieurs, la civilité rend la moralité possible en apprenant aux hommes à modérer leurs prétentions et à respecter autrui. Mais, raffinée en politesse, elle peut masquer l'hypocrisie et servir les puissants. Cette réflexion morale et politique reste actuelle. /200/ (200 mots)
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