Exercice 2.B - Contraction de texte · Bac STMG Français Asie 2021 (jour 2)

Thème : Contraction de texte (littérature d'idées moderne et contemporaine) · Tiré du sujet Jour 2 (2021)

Énoncé

B – Œuvre: Jean de La Fontaine, Fables (livres VII à IX). Parcours: Imagination et pensée au XVII e siècle.

Texte: Michèle Petit, article issu de la conférence « S'accorder au monde », Sciences humaines, janvier 2020.

Pourquoi lire des histoires aux enfants ? Ce sont habituellement des arguments « sérieux » et « utiles » qui sont mis en avant: médias, enseignants, chercheurs ou parents expliquent que cette pratique est propice à de meilleures performances dans l'acquisition de la langue, qu'elle contribue à l'élargissement du répertoire lexical, à l'enrichissement de la syntaxe, à la capacité de s'exprimer, à l'accroissement du capital culturel, bref, à une adaptation des enfants et des adolescents aux exigences du monde scolaire, puis professionnel. Les uns ou les autres insistent aussi sur son rôle dans l'exercice futur de la citoyenneté par la formation de l'esprit critique, le partage d'un patrimoine commun ou la connaissance d'autres époques, d'autres cultures, à même de protéger de l'intolérance. Ces dernières décennies, avec le développement des neurosciences, on a aussi beaucoup expliqué que les facultés cognitives 1 seraient stimulées.

Pourtant, celles et ceux qui évoquent des souvenirs de textes écoutés ou lus dans l'enfance ne disent jamais: « Grâce à la lecture, j'ai eu de meilleurs résultats scolaires, j'ai été plus habile dans le maniement de la langue, ça m'a permis d'accroître mon vocabulaire. » Pas plus qu'ils racontent avoir partagé une culture commune ou être devenus des citoyens plus empathiques 2. Non, ce dont beaucoup se souviennent, ce qui leur a semblé premier, c'est que ces lectures ont ouvert une autre dimension: « Chaque soir, un monde parallèle naissait dans la voix de ma mère », dit une femme. « Je découvrais qu'il existait autre chose, un autre monde », dit un jeune homme. Ou encore: « C'était tout un paysage qui s'ouvrait, qui élargissait considérablement le lieu où je vivais. » Par le biais des textes qu'on leur lisait et des illustrations qu'on leur montrait, ils avaient découvert un univers parallèle, invisible, plus vaste, plus intense, et qui pourtant les ancrait plus dans le monde réel quand ils y faisaient retour.

Car écouter une langue littéraire, poétique, un peu chantante, donne aux enfants et aux adolescents la possibilité d'éprouver un bien-être très particulier, une sensation d'appartenance, d'être à sa place, de trouver lieu — sensation momentanée, mais qui s'inscrit dans le corps et l'esprit, et laisse des traces. C'est comme s'ils s'accordaient, au sens musical du terme, avec ce qui les entoure: non seulement la famille, les amis, les humains, mais encore le ciel, la mer, la montagne, la ville, les animaux, auxquels ils se sentent alors reliés. Partie prenante d'un ensemble, d'un tout. Grâce à un texte, ils comprennent, non pas par le raisonnement, mais par une sorte de décryptage inconscient, que ce qui les préoccupe est le lot de tous.

En fait, quand nous faisons la lecture aux enfants, quand nous leur racontons des histoires, le sens de nos gestes est peut-être avant tout celui-ci: je te présente le monde que d'autres m'ont passé et que je me suis approprié, celui que j'ai découvert, construit, aimé. Je te présente ce qui nous entoure et que tu regardes, surpris, me désignant du doigt un chat, une étoile, un avion. Je te présente le ciel en chantant Au clair de la lune, mon ami Pierrot, j'ai perdu ma plume pour écrire un mot… Et toute ta vie, Pierrot et sa plume t'accompagneront quand tu verras la lune. Je te présente la mer, je te chante Bateau sur l'eau, je te lis des histoires de pirates ou de Robinson. Je te présente la montagne, la forêt, le désert, le fleuve, à l'aide de mythes et d'œuvres d'art. Je te présente la ville pour que tu puisses y habiter. […]

À force de mettre en avant une approche utilitariste et angoissée de la lecture, on a fait une corvée de ce qui pouvait être une fête. On ne juge pas du bien-fondé de chanter des jeunes enfants par le fait que, devenus grands, ils deviendraient des musiciens. Pourquoi mettre sans cesse en avant leur devenir cognitif, scolaire, citoyen, quand il s'agit de la lecture ? Quand ils écoutent une histoire, quand ils ouvrent des livres, ils le font parce qu'ils ont besoin d'une autre dimension, parce qu'il leur faut interposer des mots, des histoires, des métaphores, des images, entre eux-mêmes et ce monde étrange qui est là autour d'eux. Parce qu'ils sont curieux, inquiets, en quête de secrets, joueurs et poétiques. Parce que les livres donnent forme à des désirs ou des craintes qu'ils pensaient être seuls à connaître et qu'ils leur permettent de substituer au chaos un peu d'ordre, de continuité, de beauté.

(786 mots)

1 Cognitives: relatives à la connaissance.

2 Empathique: capable de reconnaître et de comprendre les émotions et les sentiments d'un autre individu.

Contraction: Vous ferez la contraction de ce texte en 197 mots. Une tolérance de plus ou moins 10% est admise: les limites sont donc fixées à au moins 177 mots et au plus 217 mots. Vous placerez un repère dans votre travail tous les 50 mots et vous indiquerez à la fin de la contraction le nombre de mots qu'elle comporte.

Énoncé: Exercice 2.B - Contraction de texte · Bac STMG Français Asie 2021 (jour 2)

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Contraction : Vous ferez la contraction de ce texte en 197 mots. Une tolérance de plus ou moins 10% est admise : les limites sont donc fixées à au moins 177 mots et au plus 217 mots.

Réponse : On justifie généralement la lecture d'histoires aux enfants par des bénéfices utiles : maîtrise de la langue, enrichissement du vocabulaire, réussite scolaire puis professionnelle, formation du futur citoyen, ouverture à d'autres cultures ou encore stimulation des facultés cognitives. Pourtant, les adultes qui se souviennent de leurs lectures d'enfance [50 mots] n'évoquent jamais ces avantages. Ils racontent plutôt la découverte d'un univers parallèle, plus vaste et plus intense, qui paradoxalement les ancrait davantage dans la réalité. En effet, écouter une langue poétique et chantante procure un bien-être singulier, un sentiment durable d'appartenance : l'enfant s'accorde avec les [100 mots] êtres et la nature qui l'entourent. Il comprend intuitivement que ses inquiétudes sont partagées par tous. Lire des histoires, c'est donc d'abord présenter à l'enfant le monde que l'on a reçu et aimé : le ciel, la mer, la montagne ou la ville, à travers comptines, [150 mots] mythes et récits qui l'accompagneront toute sa vie. À force de privilégier une vision utilitaire et anxieuse, on a transformé cette fête en corvée. Les enfants lisent parce qu'ils ont besoin d'interposer des mots et des images entre eux et l'étrangeté du monde, et parce que les livres ordonnent leurs désirs et leurs peurs, substituant au chaos un peu de beauté. [215 mots]

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