Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Antilles-Guyane session normale 2026

Thème : Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2026)

Énoncé

Objet d'étude: la poésie du XIX e siècle au XXI e siècle.

Guy de Maupassant, Des Vers, « Les oies sauvages », 1880.

Les oies sauvages

Tout est muet, l'oiseau ne jette plus ses cris.

La morne 1 plaine est blanche au loin sous le ciel gris.

Seuls, les grands corbeaux noirs, qui vont cherchant leurs proies,

Fouillent du bec la neige et tachent sa pâleur.

5 Voilà qu'à l'horizon s'élève une clameur 2;

Elle approche, elle vient, c'est la tribu des oies.

Ainsi qu'un trait 3 lancé, toutes, le cou tendu,

Allant toujours plus vite, en leur vol éperdu,

Passent, fouettant le vent de leur aile sifflante.

10 Le guide qui conduit ces pèlerins 4 des airs

Delà les océans, les bois et les déserts,

Comme pour exciter leur allure trop lente,

De moment en moment jette son cri perçant.

Comme un double ruban la caravane 5 ondoie,

15 Bruit 6 étrangement, et par le ciel déploie

Son grand triangle ailé qui va s'élargissant.

Mais leurs frères captifs répandus dans la plaine,

Engourdis par le froid, cheminent gravement.

Un enfant en haillons 7 en sifflant les promène,

20 Comme de lourds vaisseaux 8 balancés lentement.

Ils entendent le cri de la tribu qui passe,

Ils érigent 9 leur tête; et regardant s'enfuir

Les libres voyageurs au travers de l'espace,

Les captifs tout à coup se lèvent pour partir.

25 Ils agitent en vain leurs ailes impuissantes,

Et, dressés sur leurs pieds, sentent confusément,

À cet appel errant, se lever grandissantes

La liberté première au fond du cœur dormant,

La fièvre de l'espace et des tièdes rivages.

30 Dans les champs pleins de neige ils courent effarés,

Et jetant par le ciel des cris désespérés

Ils répondent longtemps à leurs frères sauvages.

1 Morne: d'une sombre tristesse.

2 Clameur: ensemble de cris confus.

3 Trait: flèche.

4 Pèlerins: croyants faisant un voyage vers un lieu sacré.

5 Caravane: groupe qui se déplace en file.

6 Bruit: du verbe « bruire », faire du bruit.

7 Haillons: morceaux de tissu, déchirés, usés et sales.

8 Vaisseaux: bateaux.

9 Érigent: dressent.

Vous ferez le commentaire littéraire de ce texte. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention aux éléments suivants: Le spectacle du passage des oies sauvages.

L'appel de la liberté.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Vous ferez le commentaire littéraire de ce texte. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention aux éléments suivants : Le spectacle du passage des oies sauvages ; L'appel de la liberté.

Réponse : ### Proposition de plan et éléments de rédaction : #### Introduction - Accroche : Célèbre prosateur réaliste et naturaliste, Guy de Maupassant s'est également illustré en poésie avec son recueil *Des Vers* (1880). - Présentation du poème : « Les oies sauvages » met en scène le passage hivernal d'un vol migrateur au-dessus d'une plaine enneigée où cheminent péniblement des oies domestiques. Le poème compte 32 alexandrins aux rimes variées. - Problématique : Comment Maupassant transforme-t-il une scène d'observation naturelle en une méditation poignante sur la captivité et sur l'appel irrépressible de la liberté ? - Annonce du plan : Nous étudierons d'abord le spectacle saisissant du passage des oies sauvages, puis l'appel de la liberté qui bouleverse les oies captives. --- #### I. Le spectacle grandiose du passage des oies sauvages 1. Un décor figé et mortifère rompu par l'arrivée du vol - Atmosphère de silence et de désolation : « Tout est muet », « morne plaine », couleurs ternes (« blanche », « ciel gris »). Les corbeaux noirs, oiseaux de mauvais augure, « tachent sa pâleur » par un contraste chromatique funèbre. - Rupture soudaine au vers 5 : présentatif « Voilà qu'à l'horizon s'élève une clameur » ; l'anaphore et la gradation « Elle approche, elle vient » traduisent l'approche progressive, puis la nomination arrive enfin : « c'est la tribu des oies ». 2. La puissance et la vitesse du vol - La comparaison « Ainsi qu'un trait lancé » assimile le vol à une flèche. Le rejet du verbe « Passent » en tête du vers 9 et le gérondif « Allant toujours plus vite » accentuent la vitesse. L'adjectif « éperdu » souligne la fougue du vol. - Les allitérations en [f] et [s] (« fouettant le vent de leur aile sifflante ») miment le souffle du vent et le sifflement des ailes. - La formation dessine une figure géométrique : « double ruban », « grand triangle ailé qui va s'élargissant » ; le présent progressif « va s'élargissant » prolonge le mouvement. 3. Une dimension épique et sacrée - Les métaphores « tribu », « pèlerins des airs » et « caravane » humanisent les oiseaux et confèrent au voyage une solennité quasi religieuse. - L'énumération « Delà les océans, les bois et les déserts » donne au voyage une envergure immense. - Le « guide » mène la troupe et l'aiguillonne : « De moment en moment jette son cri perçant ». Le chant du vol (« Bruit étrangement ») le rend mystérieux. --- #### II. L'appel de la liberté 1. L'antithèse des « frères captifs » - La conjonction « Mais » (v. 17) introduit un contraste : le terme « frères » rappelle une même origine, mais le mot « captifs » marque un destin opposé. - La lenteur et la soumission dominent : « Engourdis par le froid, cheminent gravement ». Les captifs sont menés par « un enfant en haillons », figure de pauvreté et de domination dérisoire. - La comparaison « Comme de lourds vaisseaux balancés lentement » oppose leur pesanteur à la légèreté du « trait lancé ». Les sonorités longues et nasales ralentissent le rythme. 2. Le réveil de l'instinct - Le cri déclenche une série de verbes d'action : « entendent », « érigent leur tête », « se lèvent pour partir », avec la soudaineté de « tout à coup ». - Les sauvages deviennent « Les libres voyageurs au travers de l'espace ». Les captifs ressentent « confusément » « La liberté première au fond du cœur dormant » : l'instinct originel ressurgit. L'enjambement « se lever grandissantes / La liberté première » mime cette montée. - « La fièvre de l'espace et des tièdes rivages » exprime le désir d'évasion, la chaleur rêvée s'opposant au froid de la plaine. 3. Une liberté impossible : la portée tragique et symbolique - L'élan est voué à l'échec : « Ils agitent en vain leurs ailes impuissantes ». Le pléonasme expressif souligne leur impuissance. - Leur agitation devient désespoir : « ils courent effarés », « cris désespérés ». Le dernier vers, « Ils répondent longtemps à leurs frères sauvages », fait écho au cri initial du guide et clôt le poème sur un dialogue impossible. - Une lecture symbolique s'impose : les oies captives figurent l'homme enfermé dans la société, la routine ou la condition bourgeoise, qui garde en lui la nostalgie d'une liberté originelle. Ce thème romantique est proche de l'idéal baudelairien. --- #### Conclusion - Bilan : Maupassant compose un tableau en deux temps. Au spectacle dynamique, sonore et épique du vol sauvage s'oppose la scène pesante et pathétique des captifs, que le cri réveille sans pouvoir les libérer. La scène animalière devient une allégorie de la condition humaine, tiraillée entre l'aspiration à l'infini et l'enfermement. - Ouverture : On peut rapprocher ce poème de « L'Albatros » de Baudelaire, où un grand oiseau prisonnier symbolise le poète exilé sur terre, ou de « La Mort du loup » de Vigny, autre méditation sur l'animal et la dignité face au destin.

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