Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Antilles-Guyane remplacement 2022

Thème : Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2022)

Énoncé

1- Commentaire de texte (20 points)

Objet d'étude: La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle

Théophile Gautier, « Le Pot de fleurs », Poésies diverses, 1833-1838.

Le Pot de fleurs

Parfois un enfant trouve une petite graine,

Et tout d’abord, charmé de ses vives couleurs,

Pour la planter, il prend un pot de porcelaine

Orné de dragons bleus et de bizarres fleurs.

5 Il s’en va. La racine en couleuvres 1 s’allonge,

Sort de terre, fleurit et devient arbrisseau;

Chaque jour, plus avant, son pied chevelu plonge

Tant qu’il fasse éclater le ventre du vaisseau.

L’enfant revient; surpris, il voit la plante grasse

10 Sur les débris du pot brandir ses verts poignards;

Il la veut arracher, mais la tige est tenace;

Il s’obstine, et ses doigts s’ensanglantent aux dards.

Ainsi germa l’amour dans mon âme surprise;

Je croyais ne semer qu’une fleur de printemps:

15 C’est un grand aloès 2 dont la racine brise

Le pot de porcelaine aux dessins éclatants.

1 Couleuvre: serpent.

2 Aloès: plante aux feuilles épaisses et piquantes.

Vous commenterez ce poème de Théophile Gautier. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention à:

la croissance de la plante

l'atmosphère mystérieuse de la scène

le lien entre l'amour et la plante

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Vous commenterez ce poème de Théophile Gautier.

Réponse : ### Proposition de corrigé pour le commentaire littéraire #### Introduction - Accroche et situation : Théophile Gautier (1811-1872), d'abord proche du romantisme, devient ensuite le défenseur de l'Art pour l'Art et annonce le Parnasse. Dans ses *Poésies diverses* (1833-1838), il publie « Le Pot de fleurs ». Ce poème de quatre quatrains en alexandrins à rimes croisées prend la forme d'un petit récit allégorique. - Problématique : Comment le récit de la croissance d'une plante envahissante devient-il l'allégorie d'un amour qui brise l'âme du poète ? - Annonce du plan : Nous étudierons d'abord le récit, aux allures de conte mystérieux. Nous verrons ensuite la croissance monstrueuse et agressive de la plante. Nous montrerons enfin la révélation allégorique : l'amour est une force douloureuse et destructrice. --- #### Axe 1 : Un récit faussement naïf aux allures de conte mystérieux - Une narration simple et rapide : - Le poème suit une temporalité de fable : « Parfois un enfant trouve… », « tout d'abord », « Il s'en va », « L'enfant revient ». - Le présent de vérité générale et l'article indéfini (« un enfant », « une petite graine ») donnent au récit une portée universelle. - Les ellipses entre l'aller et le retour accélèrent le temps et préparent la surprise. - L'innocence de l'enfant : - L'enfant est séduit par les apparences (« charmé de ses vives couleurs »). - Il ignore le danger que contient la graine, ce qui crée une ironie tragique. - Un cadre exotique et étrange : - Le pot de porcelaine est un objet précieux et fragile, d'inspiration orientale (« dragons bleus », « bizarres fleurs »). - Ces dragons et ces fleurs « bizarres » installent une atmosphère mystérieuse. Ils annoncent le monstre végétal à venir. - L'absence de l'enfant laisse la plante croître hors de tout regard, ce qui renforce le mystère. #### Axe 2 : La croissance monstrueuse et agressive de la plante - Une vitalité invasive : - La gradation des verbes (« s'allonge, / Sort de terre, fleurit et devient arbrisseau ») et l'enjambement des vers 5-6 miment la poussée irrésistible de la plante. - L'expression « Chaque jour, plus avant » marque une progression continue. - Une animalisation inquiétante : - La racine pousse « en couleuvres », c'est-à-dire comme des serpents. - Le « pied chevelu » la rend vivante, presque humaine ou bestiale. - Un lexique de la violence et du combat : - Le pot est personnifié : son « ventre » éclate et il est réduit en « débris ». La fragilité de l'objet d'art ne résiste pas à la force de la nature. - Les feuilles deviennent des armes, selon une métaphore guerrière : « brandir ses verts poignards », « dards ». - La plante résiste à l'enfant (« la tige est tenace »). - L'obstination de l'enfant le blesse : « ses doigts s'ensanglantent ». Le conte s'achève dans la douleur. #### Axe 3 : La révélation allégorique : l'amour comme blessure et déchirement - La rupture finale et l'éclairage métaphorique : - L'adverbe « Ainsi » (v. 13) ouvre le dernier quatrain et révèle le sens de l'apologue. La graine, c'est l'amour ; le pot, c'est l'âme du poète. - On passe de la troisième personne au « je » lyrique, ce qui transforme la fable en confidence personnelle. - L'« âme surprise » fait écho à l'enfant « surpris » (v. 9) : le poète a été aussi naïf que lui. - L'opposition entre illusion et réalité : - L'imparfait de l'illusion (« Je croyais ne semer qu'une fleur de printemps ») s'oppose au présent brutal de la réalité (« C'est un grand aloès »). - La « fleur de printemps », légère et passagère, laisse place à l'aloès, plante épaisse et piquante. - La tournure restrictive « ne… qu' » souligne combien le poète a sous-estimé ce sentiment. - Une conception douloureuse de la passion : - Les deux derniers vers reprennent l'image du pot de porcelaine, qui encadre le poème. - L'amour « brise » l'âme, même la plus belle (« aux dessins éclatants »). - La passion apparaît comme une force incontrôlable qui grandit à notre insu, blesse et détruit. - Le poème peut aussi se lire comme une réflexion sur l'art : la forme fragile et raffinée est menacée par la violence du sentiment. --- #### Conclusion - Bilan : Sous la simplicité d'un conte, Gautier construit une allégorie rigoureuse. La croissance monstrueuse de la plante, dans une atmosphère étrange, figure l'éclosion d'un amour d'abord insignifiant qui finit par briser l'âme du poète. - Effet de la forme : La chute finale, préparée par le parallélisme entre l'enfant et le « je », donne au poème sa force. - Ouverture : On peut rapprocher ce poème des allégories de Baudelaire, par exemple « L'Ennemi », où le temps ravage le jardin de l'âme. On peut aussi le rapprocher de la poétique parnassienne d'*Émaux et Camées*, où Gautier cherche à fixer l'émotion dans une forme ciselée.

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