Abitur Hessen Französisch 2022 · LK
Abiturprüfung Französisch in Hessen 2022, LK: 10 Aufgaben mit Lösungen. Themen: Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez). Kostenlos.
Themen der Prüfung: Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez) · Analyse literarischer Texte (Analysez / Caractérisez) · Bezug zu Unterrichtsinhalten (Comparez / Mettez en rapport) · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position) · Kreatives Schreiben: Perspektivwechsel und Fortsetzung (Journal intime, lettre d'un personnage) · Sprachmittlung Deutsch → Französisch (Médiation)
Prüfungsteil 1 - Vorschlag A · Sprachmittlung Deutsch → Französisch (Médiation)
Emile Zola: L'Assommoir (roman, 1877)
Dans le roman « L'Assommoir » Emile Zola décrit le destin d'une famille ouvrière au 19 e siècle à Paris. Après avoir été abandonnée avec ses deux enfants par son mari, la blanchisseuse 1 Gervaise Macquart rencontre, dans un café, l'ouvrier Coupeau.
Vers onze heures et demie, un jour de beau soleil, Gervaise et Coupeau, l’ouvrier zingueur 2,
mangeaient ensemble une prune 3, à l’Assommoir 4 du père Colombe. Coupeau, qui fumait une cigarette
sur le trottoir, l’avait forcée à entrer comme elle traversait la rue, revenant de porter du linge; et son
grand panier carré de blanchisseuse était par terre, près d’elle, derrière la petite table de zinc. […]
5 Lorsque le zingueur eut allumé sa cigarette, il posa les coudes sur la table, avança la face, regarda un
instant la jeune femme, dont le joli visage de blonde avait, ce jour-là, une transparence laiteuse de fine
porcelaine. Puis, faisant allusion à une affaire connue d’eux seuls, débattue déjà, il demanda
simplement, à demi-voix:
« Alors non ? vous dites non ?
10 – Oh ! bien sûr, non monsieur Coupeau, répondit tranquillement Gervaise souriante. Vous n’allez
peut-être ne pas me parler de ça ici. Vous m’aviez promis pourtant d’être raisonnable… Si j’avais su,
j’aurais refusé votre consommation 5. »
Il ne reprit pas la parole, continua à la regarder, de tout près, avec une tendresse hardie […]. Elle,
pourtant ne se reculait pas, demeurait placide et affectueuse. Au bout d’un silence, elle dit encore:
15 « Vous n’y songez pas, vraiment. Je suis une vieille femme, moi; j’ai un grand garçon de huit ans…
Qu’est-ce que nous ferions ensemble ?
– Pardi ! murmura Coupeau en clignant les yeux, ce que font les autres ! »
Mais elle eut un geste d’ennui.
« Ah ! si vous croyez que c’est toujours amusant ? On voit bien que vous n’avez pas été en ménage 6 …
20 Non, Monsieur Coupeau, il faut que je pense aux choses sérieuses. J’ai deux bouches à la maison, et
qui avalent ferme, allez ! Comment voulez-vous que j’arrive à élever mon petit monde, si je m’amuse
à la bagatelle 7 ?… Et puis, écoutez, mon malheur a été une fameuse leçon. Vous savez, les hommes
maintenant, ça ne fait plus mon affaire. On ne me repincera 8 pas de longtemps. »
Elle s’expliquait sans colère, avec une grande sagesse, comme si elle avait traité une question
25 d’ouvrage […]. On voyait qu’elle avait arrêté ça dans sa tête, après de mûres réflexions.
Coupeau, attendri, répétait:
« Vous me causez bien de la peine, bien de la peine…
– Oui, c’est ce que je vois, reprit-elle, et j’en suis fâchée 9 pour vous, monsieur Coupeau… Il ne faut
pas que ça vous blesse. Si j’avais des idées à rire, mon Dieu ! ce serait encore plutôt avec vous qu’avec
30 un autre. Vous avez l’air bon garçon, vous êtes gentil. On se mettrait ensemble, n’est-ce pas ? et on
irait tant qu’on irait. Je ne fais pas ma princesse, je ne dis point que ça n’aurait pas pu arriver…
Seulement, à quoi bon, puisque je n’en ai pas envie ? Me voilà chez Madame Fauconnier depuis
quinze jours. Les petits vont à l’école. Je travaille, je suis contente… Hein ? le mieux alors est de
rester comme on est. »
35 Elle se baissa pour reprendre son panier.
« Vous me faites causer, on doit m’attendre chez la patronne… Vous en trouverez une autre, allez !
monsieur Coupeau, plus jolie que moi, et qui n’aura pas deux marmots à traîner. » […]
Gervaise avait repris son panier. Elle ne se levait pourtant pas, le tenait sur ses genoux, les regards
perdus, rêvant, comme si les paroles du jeune ouvrier éveillaient en elle des pensées lointaines
40 d’existence. Et elle dit encore, lentement, sans transition apparente:
« Mon Dieu ! je ne suis pas ambitieuse, je ne demande pas grand-chose… Mon idéal, ce serait de
travailler tranquille, de manger toujours du pain, d’avoir un trou un peu propre pour dormir, vous
savez, un lit, une table et deux chaises, pas davantage… Ah ! je voudrais aussi élever mes enfants, en
faire de bons sujets, si c’était possible… Il y a encore un idéal, ce serait de ne pas être battue, si je me
45 remettais jamais en ménage; non, ça ne me plairait pas d’être battue… Et c’est tout, vous voyez, c’est
tout… »
Elle cherchait, interrogeait ses désirs, ne trouvait plus rien de sérieux qui la tentât. Cependant, elle
reprit, après avoir hésité:
« Oui, on peut à la fin avoir le désir de mourir dans son lit… Moi, après avoir bien trimé 10 toute ma
50 vie, je mourrais volontiers dans mon lit, chez moi. »
Et elle se leva. Coupeau, qui approuvait vivement ses souhaits, était déjà debout, s’inquiétant de
l’heure.
(755 Wörter)
Emile Zola: L'assommoir, Paris 1961, S. 402–411.
Annotations
1 une blanchisseuse – une femme dont le métier est de laver du linge et de le repasser
2 l'ouvrier-zingueur m – dt.: hier: Bauklempner (fertigt und montiert Blechbauteile wie Dachrinnen, Regenrohre, Fassadenverkleidungen etc.)
3 une prune – hier: eine in Schnaps eingelegte Pflaume
4 l'Assommoir – ici: le nom du café (du père)
5 la consommation – ici: l'invitation à boire f
6 être en ménage – vivre ensemble
7 s'amuser à la bagatelle vieux – ici: les relations sexuelles
8 repincer qn – dt.: jdn wieder erwischen
9 être fâché,e – ici: désolé,e
10 trimer vieux – travailler
Typiquement allemand ?
Aufgabe (100 BE)
Une amie française/Un ami français doit préparer un exposé sur l'intégration des jeunes issus de l'immigration. Elle/Il vous demande, s'il y a des projets intéressants en Allemagne. Vous lui présentez celui de l'éducateur Burak Yilmaz de Duisburg décrit dans l'article « Was gehört zu Deutschland? ».
Rédigez votre réponse dans un e-mail à l'aide de l'article suivant. (Material)
Material
Timo Steppat: Junge Migranten. Was gehört zu Deutschland? (2020)
Das Dirndl? Die Shisha-Pfeife? Die Juden? Junge Migranten aus Duisburg sprechen mit einem Sozialarbeiter über Identität und Geschichte. Und warum der Holocaust zur Diskussion über heutige Werte führt.
5 Was gehört zu Deutschland? Zwanzig Jugendliche sitzen in einem Stuhlkreis und sollen diese Frage beantworten. Auf dem Boden vor ihnen liegen Bilder. Sie müssen entscheiden: „rein“ oder „raus“ aus Deutschland. Eine Schülerin ist an der Reihe, sie greift nach der Abbildung einer Shisha-Pfeife. Sie zögert kurz und hängt sie bei „raus“ auf. „Warum gehört die Shisha nicht zu Deutschland?“, fragt der Sozialarbeiter Burak Yilmaz. „Das ist ungesund.“ Die Lehrer, die im hinteren Teil des Raums sitzen und sich eigentlich raushalten sollen, kichern.
10 Ein Jugendlicher greift kurz darauf nach der Abbildung einer Kippa. Er hält sie kurz in der Hand, das Symbol des Judentums scheint er zu kennen. Er hängt es auf die „raus“-Seite, gehört nicht zu Deutschland. Die Lehrer werden aufmerksamer. „Sagst du, warum?“, bittet ihn Yilmaz. „Es gibt in Deutschland vor allem Christen, wenig Juden.“ Yilmaz fragt, wie viele Juden es in Deutschland gebe. Einzelne rufen Zahlen rein, die zu hoch sind. „200 000 bis 250 000“, sagt Yilmaz. So wie es in Deutschland Moscheen und Kopftücher gebe, gebe es auch Synagogen und Kippas. Der Junge nickt und schiebt das Bild auf die „rein“-Seite.
17 Ähnlich schwierig gestaltet sich die Frage, ob ein gezeichneter älterer Herr, der Mütze und Bart trägt, auch zu Deutschland gehört. Der Junge in Jogginghose verlagert sein Gewicht von einem Bein aufs andere. „Nach ihm sind Plätze in Duisburg benannt. Du kennst doch den Mercatorplatz und die Mercatorschule“, sagt Yilmaz. „Na klar“, sagt der Junge. Er kenne einen, der auf die Mercatorschule geht. Gerhard Mercator, der Namensgeber und Wegbereiter moderner Kartographie, hat im 16. Jahrhundert in Duisburg gelebt. Wenn er zu Duisburg gehört, gehört er zu Deutschland. Also „rein“.
24 Die Jugendlichen gehören zu Duisburg. Das haben sie in der Vorstellungsrunde gezeigt, bevor es um Deutschland ging: Da sagten sie ihren Namen und das Viertel, aus dem sie stammen. Fatima, 15, aus Bruckhausen, […], Etima, 15, aus Hochfeld, Sedla, 16, aus Untermeiderich, Etienne, 15, aus Walsum und eben der Sozialarbeiter Burak Yilmaz, 32, aus Obermarxloh. Yilmaz hat vor acht Jahren angefangen, Geschichts- und Demokratie-Workshops gezielt für Jugendliche mit Migrationshintergrund zu geben. Während seines Lehramtsstudiums arbeitete er in einem Jugendzentrum in Duisburg-Hamborn und bemerkte, dass sich unter Jugendlichen „Schwarz-Weiß-Bilder über Israel“ breitmachten. Einzelne Lehrer erwarteten, dass muslimische Jugendliche in Gedenkstätten Probleme machen würden und schlossen sie von den Fahrten ganz aus. „Der Geschichtsunterricht war vollkommen auf die Mehrheitsgesellschaft zugeschnitten“, sagt Yilmaz.
33 Er beschloss, mit einer Gruppe Jugendlicher nach Auschwitz zu fahren. „Auch wenn es nicht unsere Großeltern waren, die diese Greuel begangen haben, haben wir als in Deutschland Lebende eine Verantwortung“, sagt Yilmaz. Drei Tage in Auschwitz machen keinen vom Antisemiten zum Israel-Freund, das weiß auch Yilmaz, aber in jedem Fall setzen die Bilder und Schicksale der Ermordeten etwas in Bewegung. Beim letzten Mal hörten sie die Geschichte eines jungen Ehepaars aus Polen, das in Auschwitz ermordet wurde. „Als wir das Bild von ihrer Hochzeit sahen, wie glücklich sie geschaut haben, waren wir sehr traurig“, sagt Yilmaz. Er sagt „wir“, versteht sich als Teil der Gruppe.
40 Yilmaz ärgert sich, wenn die Reise nach Auschwitz als Katharsis 1 junger Muslime begriffen wird, die gegen einen „importierten Antisemitismus“ immunisiert werden müssen. „Fehlende Gedenkkultur ist nicht allein ein Problem von jungen Menschen mit Migrationsgeschichte. Sie fehlt in weiten Teilen der deutschen Gesellschaft“, sagt er. Da unterschieden sich Jugendliche, deren Familien schon immer in Deutschland waren und jene, die erst vor ein paar Jahrzehnten hergezogen seien, wenig. Yilmaz glaubt nur, dass man jungen Migranten die deutsche Geschichte anders vermitteln müsse. […] Yilmaz hat in Duisburg ein Netzwerk aufgebaut. Jugendliche, die wie Chahin in Auschwitz waren, spielen beispielsweise mit ihm Theater […].
48 Bei seiner Bildungsarbeit landet Yilmaz immer wieder beim dunkelsten Teil der deutschen Geschichte. „Der Holocaust ist Teil der deutschen Identität. Wenn wir dabei über die Verfolgung von Minderheiten, über Rassismus und Antisemitismus reden, geht es um die Werte, die das Land auch heute ausmachen“, sagt Yilmaz. Wenn sie im Stuhlkreis darüber reden, ob eine Synagoge zu Deutschland gehöre, kommen sie auch auf den Holocaust zu sprechen. Beides gehört zu Deutschland, sind sich die Schüler sicher.
1 Katharsis – hier: Veränderung zum Besseren
Timo Steppat: Junge Migranten. Was gehört zu Deutschland?, in: Frankfurter Allgemeine Zeitung, 09.07.2020.
Aufgabe Vorschlag B1 - 1 · Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez)
Emile Zola: L'Assommoir (roman, 1877)
Dans le roman « L'Assommoir » Emile Zola décrit le destin d'une famille ouvrière au 19 e siècle à Paris. Après avoir été abandonnée avec ses deux enfants par son mari, la blanchisseuse 1 Gervaise Macquart rencontre, dans un café, l'ouvrier Coupeau.
Vers onze heures et demie, un jour de beau soleil, Gervaise et Coupeau, l’ouvrier zingueur 2,
mangeaient ensemble une prune 3, à l’Assommoir 4 du père Colombe. Coupeau, qui fumait une cigarette
sur le trottoir, l’avait forcée à entrer comme elle traversait la rue, revenant de porter du linge; et son
grand panier carré de blanchisseuse était par terre, près d’elle, derrière la petite table de zinc. […]
5 Lorsque le zingueur eut allumé sa cigarette, il posa les coudes sur la table, avança la face, regarda un
instant la jeune femme, dont le joli visage de blonde avait, ce jour-là, une transparence laiteuse de fine
porcelaine. Puis, faisant allusion à une affaire connue d’eux seuls, débattue déjà, il demanda
simplement, à demi-voix:
« Alors non ? vous dites non ?
10 – Oh ! bien sûr, non monsieur Coupeau, répondit tranquillement Gervaise souriante. Vous n’allez
peut-être ne pas me parler de ça ici. Vous m’aviez promis pourtant d’être raisonnable… Si j’avais su,
j’aurais refusé votre consommation 5. »
Il ne reprit pas la parole, continua à la regarder, de tout près, avec une tendresse hardie […]. Elle,
pourtant ne se reculait pas, demeurait placide et affectueuse. Au bout d’un silence, elle dit encore:
15 « Vous n’y songez pas, vraiment. Je suis une vieille femme, moi; j’ai un grand garçon de huit ans…
Qu’est-ce que nous ferions ensemble ?
– Pardi ! murmura Coupeau en clignant les yeux, ce que font les autres ! »
Mais elle eut un geste d’ennui.
« Ah ! si vous croyez que c’est toujours amusant ? On voit bien que vous n’avez pas été en ménage 6 …
20 Non, Monsieur Coupeau, il faut que je pense aux choses sérieuses. J’ai deux bouches à la maison, et
qui avalent ferme, allez ! Comment voulez-vous que j’arrive à élever mon petit monde, si je m’amuse
à la bagatelle 7 ?… Et puis, écoutez, mon malheur a été une fameuse leçon. Vous savez, les hommes
maintenant, ça ne fait plus mon affaire. On ne me repincera 8 pas de longtemps. »
Elle s’expliquait sans colère, avec une grande sagesse, comme si elle avait traité une question
25 d’ouvrage […]. On voyait qu’elle avait arrêté ça dans sa tête, après de mûres réflexions.
Coupeau, attendri, répétait:
« Vous me causez bien de la peine, bien de la peine…
– Oui, c’est ce que je vois, reprit-elle, et j’en suis fâchée 9 pour vous, monsieur Coupeau… Il ne faut
pas que ça vous blesse. Si j’avais des idées à rire, mon Dieu ! ce serait encore plutôt avec vous qu’avec
30 un autre. Vous avez l’air bon garçon, vous êtes gentil. On se mettrait ensemble, n’est-ce pas ? et on
irait tant qu’on irait. Je ne fais pas ma princesse, je ne dis point que ça n’aurait pas pu arriver…
Seulement, à quoi bon, puisque je n’en ai pas envie ? Me voilà chez Madame Fauconnier depuis
quinze jours. Les petits vont à l’école. Je travaille, je suis contente… Hein ? le mieux alors est de
rester comme on est. »
35 Elle se baissa pour reprendre son panier.
« Vous me faites causer, on doit m’attendre chez la patronne… Vous en trouverez une autre, allez !
monsieur Coupeau, plus jolie que moi, et qui n’aura pas deux marmots à traîner. » […]
Gervaise avait repris son panier. Elle ne se levait pourtant pas, le tenait sur ses genoux, les regards
perdus, rêvant, comme si les paroles du jeune ouvrier éveillaient en elle des pensées lointaines
40 d’existence. Et elle dit encore, lentement, sans transition apparente:
« Mon Dieu ! je ne suis pas ambitieuse, je ne demande pas grand-chose… Mon idéal, ce serait de
travailler tranquille, de manger toujours du pain, d’avoir un trou un peu propre pour dormir, vous
savez, un lit, une table et deux chaises, pas davantage… Ah ! je voudrais aussi élever mes enfants, en
faire de bons sujets, si c’était possible… Il y a encore un idéal, ce serait de ne pas être battue, si je me
45 remettais jamais en ménage; non, ça ne me plairait pas d’être battue… Et c’est tout, vous voyez, c’est
tout… »
Elle cherchait, interrogeait ses désirs, ne trouvait plus rien de sérieux qui la tentât. Cependant, elle
reprit, après avoir hésité:
« Oui, on peut à la fin avoir le désir de mourir dans son lit… Moi, après avoir bien trimé 10 toute ma
50 vie, je mourrais volontiers dans mon lit, chez moi. »
Et elle se leva. Coupeau, qui approuvait vivement ses souhaits, était déjà debout, s’inquiétant de
l’heure.
(755 Wörter)
Emile Zola: L'assommoir, Paris 1961, S. 402–411.
Annotations
1 une blanchisseuse – une femme dont le métier est de laver du linge et de le repasser
2 l'ouvrier-zingueur m – dt.: hier: Bauklempner (fertigt und montiert Blechbauteile wie Dachrinnen, Regenrohre, Fassadenverkleidungen etc.)
3 une prune – hier: eine in Schnaps eingelegte Pflaume
4 l'Assommoir – ici: le nom du café (du père)
5 la consommation – ici: l'invitation à boire f
6 être en ménage – vivre ensemble
7 s'amuser à la bagatelle vieux – ici: les relations sexuelles
8 repincer qn – dt.: jdn wieder erwischen
9 être fâché,e – ici: désolé,e
10 trimer vieux – travailler
1
Résumez le texte. (Material) (30 BE)
Aufgabe Vorschlag B1 - 2 · Bezug zu Unterrichtsinhalten (Comparez / Mettez en rapport)
Emile Zola: L'Assommoir (roman, 1877)
Dans le roman « L'Assommoir » Emile Zola décrit le destin d'une famille ouvrière au 19 e siècle à Paris. Après avoir été abandonnée avec ses deux enfants par son mari, la blanchisseuse 1 Gervaise Macquart rencontre, dans un café, l'ouvrier Coupeau.
Vers onze heures et demie, un jour de beau soleil, Gervaise et Coupeau, l’ouvrier zingueur 2,
mangeaient ensemble une prune 3, à l’Assommoir 4 du père Colombe. Coupeau, qui fumait une cigarette
sur le trottoir, l’avait forcée à entrer comme elle traversait la rue, revenant de porter du linge; et son
grand panier carré de blanchisseuse était par terre, près d’elle, derrière la petite table de zinc. […]
5 Lorsque le zingueur eut allumé sa cigarette, il posa les coudes sur la table, avança la face, regarda un
instant la jeune femme, dont le joli visage de blonde avait, ce jour-là, une transparence laiteuse de fine
porcelaine. Puis, faisant allusion à une affaire connue d’eux seuls, débattue déjà, il demanda
simplement, à demi-voix:
« Alors non ? vous dites non ?
10 – Oh ! bien sûr, non monsieur Coupeau, répondit tranquillement Gervaise souriante. Vous n’allez
peut-être ne pas me parler de ça ici. Vous m’aviez promis pourtant d’être raisonnable… Si j’avais su,
j’aurais refusé votre consommation 5. »
Il ne reprit pas la parole, continua à la regarder, de tout près, avec une tendresse hardie […]. Elle,
pourtant ne se reculait pas, demeurait placide et affectueuse. Au bout d’un silence, elle dit encore:
15 « Vous n’y songez pas, vraiment. Je suis une vieille femme, moi; j’ai un grand garçon de huit ans…
Qu’est-ce que nous ferions ensemble ?
– Pardi ! murmura Coupeau en clignant les yeux, ce que font les autres ! »
Mais elle eut un geste d’ennui.
« Ah ! si vous croyez que c’est toujours amusant ? On voit bien que vous n’avez pas été en ménage 6 …
20 Non, Monsieur Coupeau, il faut que je pense aux choses sérieuses. J’ai deux bouches à la maison, et
qui avalent ferme, allez ! Comment voulez-vous que j’arrive à élever mon petit monde, si je m’amuse
à la bagatelle 7 ?… Et puis, écoutez, mon malheur a été une fameuse leçon. Vous savez, les hommes
maintenant, ça ne fait plus mon affaire. On ne me repincera 8 pas de longtemps. »
Elle s’expliquait sans colère, avec une grande sagesse, comme si elle avait traité une question
25 d’ouvrage […]. On voyait qu’elle avait arrêté ça dans sa tête, après de mûres réflexions.
Coupeau, attendri, répétait:
« Vous me causez bien de la peine, bien de la peine…
– Oui, c’est ce que je vois, reprit-elle, et j’en suis fâchée 9 pour vous, monsieur Coupeau… Il ne faut
pas que ça vous blesse. Si j’avais des idées à rire, mon Dieu ! ce serait encore plutôt avec vous qu’avec
30 un autre. Vous avez l’air bon garçon, vous êtes gentil. On se mettrait ensemble, n’est-ce pas ? et on
irait tant qu’on irait. Je ne fais pas ma princesse, je ne dis point que ça n’aurait pas pu arriver…
Seulement, à quoi bon, puisque je n’en ai pas envie ? Me voilà chez Madame Fauconnier depuis
quinze jours. Les petits vont à l’école. Je travaille, je suis contente… Hein ? le mieux alors est de
rester comme on est. »
35 Elle se baissa pour reprendre son panier.
« Vous me faites causer, on doit m’attendre chez la patronne… Vous en trouverez une autre, allez !
monsieur Coupeau, plus jolie que moi, et qui n’aura pas deux marmots à traîner. » […]
Gervaise avait repris son panier. Elle ne se levait pourtant pas, le tenait sur ses genoux, les regards
perdus, rêvant, comme si les paroles du jeune ouvrier éveillaient en elle des pensées lointaines
40 d’existence. Et elle dit encore, lentement, sans transition apparente:
« Mon Dieu ! je ne suis pas ambitieuse, je ne demande pas grand-chose… Mon idéal, ce serait de
travailler tranquille, de manger toujours du pain, d’avoir un trou un peu propre pour dormir, vous
savez, un lit, une table et deux chaises, pas davantage… Ah ! je voudrais aussi élever mes enfants, en
faire de bons sujets, si c’était possible… Il y a encore un idéal, ce serait de ne pas être battue, si je me
45 remettais jamais en ménage; non, ça ne me plairait pas d’être battue… Et c’est tout, vous voyez, c’est
tout… »
Elle cherchait, interrogeait ses désirs, ne trouvait plus rien de sérieux qui la tentât. Cependant, elle
reprit, après avoir hésité:
« Oui, on peut à la fin avoir le désir de mourir dans son lit… Moi, après avoir bien trimé 10 toute ma
50 vie, je mourrais volontiers dans mon lit, chez moi. »
Et elle se leva. Coupeau, qui approuvait vivement ses souhaits, était déjà debout, s’inquiétant de
l’heure.
(755 Wörter)
Emile Zola: L'assommoir, Paris 1961, S. 402–411.
Annotations
1 une blanchisseuse – une femme dont le métier est de laver du linge et de le repasser
2 l'ouvrier-zingueur m – dt.: hier: Bauklempner (fertigt und montiert Blechbauteile wie Dachrinnen, Regenrohre, Fassadenverkleidungen etc.)
3 une prune – hier: eine in Schnaps eingelegte Pflaume
4 l'Assommoir – ici: le nom du café (du père)
5 la consommation – ici: l'invitation à boire f
6 être en ménage – vivre ensemble
7 s'amuser à la bagatelle vieux – ici: les relations sexuelles
8 repincer qn – dt.: jdn wieder erwischen
9 être fâché,e – ici: désolé,e
10 trimer vieux – travailler
2
Comparez le rêve de bonheur de Gervaise et sa situation réelle (Material) avec ceux de Mathilde Loisel dans la nouvelle La Parure de Guy de Maupassant. (40 BE)
Aufgabe Vorschlag B1 - 3 · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position)
Emile Zola: L'Assommoir (roman, 1877)
Dans le roman « L'Assommoir » Emile Zola décrit le destin d'une famille ouvrière au 19 e siècle à Paris. Après avoir été abandonnée avec ses deux enfants par son mari, la blanchisseuse 1 Gervaise Macquart rencontre, dans un café, l'ouvrier Coupeau.
Vers onze heures et demie, un jour de beau soleil, Gervaise et Coupeau, l’ouvrier zingueur 2,
mangeaient ensemble une prune 3, à l’Assommoir 4 du père Colombe. Coupeau, qui fumait une cigarette
sur le trottoir, l’avait forcée à entrer comme elle traversait la rue, revenant de porter du linge; et son
grand panier carré de blanchisseuse était par terre, près d’elle, derrière la petite table de zinc. […]
5 Lorsque le zingueur eut allumé sa cigarette, il posa les coudes sur la table, avança la face, regarda un
instant la jeune femme, dont le joli visage de blonde avait, ce jour-là, une transparence laiteuse de fine
porcelaine. Puis, faisant allusion à une affaire connue d’eux seuls, débattue déjà, il demanda
simplement, à demi-voix:
« Alors non ? vous dites non ?
10 – Oh ! bien sûr, non monsieur Coupeau, répondit tranquillement Gervaise souriante. Vous n’allez
peut-être ne pas me parler de ça ici. Vous m’aviez promis pourtant d’être raisonnable… Si j’avais su,
j’aurais refusé votre consommation 5. »
Il ne reprit pas la parole, continua à la regarder, de tout près, avec une tendresse hardie […]. Elle,
pourtant ne se reculait pas, demeurait placide et affectueuse. Au bout d’un silence, elle dit encore:
15 « Vous n’y songez pas, vraiment. Je suis une vieille femme, moi; j’ai un grand garçon de huit ans…
Qu’est-ce que nous ferions ensemble ?
– Pardi ! murmura Coupeau en clignant les yeux, ce que font les autres ! »
Mais elle eut un geste d’ennui.
« Ah ! si vous croyez que c’est toujours amusant ? On voit bien que vous n’avez pas été en ménage 6 …
20 Non, Monsieur Coupeau, il faut que je pense aux choses sérieuses. J’ai deux bouches à la maison, et
qui avalent ferme, allez ! Comment voulez-vous que j’arrive à élever mon petit monde, si je m’amuse
à la bagatelle 7 ?… Et puis, écoutez, mon malheur a été une fameuse leçon. Vous savez, les hommes
maintenant, ça ne fait plus mon affaire. On ne me repincera 8 pas de longtemps. »
Elle s’expliquait sans colère, avec une grande sagesse, comme si elle avait traité une question
25 d’ouvrage […]. On voyait qu’elle avait arrêté ça dans sa tête, après de mûres réflexions.
Coupeau, attendri, répétait:
« Vous me causez bien de la peine, bien de la peine…
– Oui, c’est ce que je vois, reprit-elle, et j’en suis fâchée 9 pour vous, monsieur Coupeau… Il ne faut
pas que ça vous blesse. Si j’avais des idées à rire, mon Dieu ! ce serait encore plutôt avec vous qu’avec
30 un autre. Vous avez l’air bon garçon, vous êtes gentil. On se mettrait ensemble, n’est-ce pas ? et on
irait tant qu’on irait. Je ne fais pas ma princesse, je ne dis point que ça n’aurait pas pu arriver…
Seulement, à quoi bon, puisque je n’en ai pas envie ? Me voilà chez Madame Fauconnier depuis
quinze jours. Les petits vont à l’école. Je travaille, je suis contente… Hein ? le mieux alors est de
rester comme on est. »
35 Elle se baissa pour reprendre son panier.
« Vous me faites causer, on doit m’attendre chez la patronne… Vous en trouverez une autre, allez !
monsieur Coupeau, plus jolie que moi, et qui n’aura pas deux marmots à traîner. » […]
Gervaise avait repris son panier. Elle ne se levait pourtant pas, le tenait sur ses genoux, les regards
perdus, rêvant, comme si les paroles du jeune ouvrier éveillaient en elle des pensées lointaines
40 d’existence. Et elle dit encore, lentement, sans transition apparente:
« Mon Dieu ! je ne suis pas ambitieuse, je ne demande pas grand-chose… Mon idéal, ce serait de
travailler tranquille, de manger toujours du pain, d’avoir un trou un peu propre pour dormir, vous
savez, un lit, une table et deux chaises, pas davantage… Ah ! je voudrais aussi élever mes enfants, en
faire de bons sujets, si c’était possible… Il y a encore un idéal, ce serait de ne pas être battue, si je me
45 remettais jamais en ménage; non, ça ne me plairait pas d’être battue… Et c’est tout, vous voyez, c’est
tout… »
Elle cherchait, interrogeait ses désirs, ne trouvait plus rien de sérieux qui la tentât. Cependant, elle
reprit, après avoir hésité:
« Oui, on peut à la fin avoir le désir de mourir dans son lit… Moi, après avoir bien trimé 10 toute ma
50 vie, je mourrais volontiers dans mon lit, chez moi. »
Et elle se leva. Coupeau, qui approuvait vivement ses souhaits, était déjà debout, s’inquiétant de
l’heure.
(755 Wörter)
Emile Zola: L'assommoir, Paris 1961, S. 402–411.
Annotations
1 une blanchisseuse – une femme dont le métier est de laver du linge et de le repasser
2 l'ouvrier-zingueur m – dt.: hier: Bauklempner (fertigt und montiert Blechbauteile wie Dachrinnen, Regenrohre, Fassadenverkleidungen etc.)
3 une prune – hier: eine in Schnaps eingelegte Pflaume
4 l'Assommoir – ici: le nom du café (du père)
5 la consommation – ici: l'invitation à boire f
6 être en ménage – vivre ensemble
7 s'amuser à la bagatelle vieux – ici: les relations sexuelles
8 repincer qn – dt.: jdn wieder erwischen
9 être fâché,e – ici: désolé,e
10 trimer vieux – travailler
3
Formulez les conditions nécessaires pour réussir aujourd’hui sa vie face aux défis de notre monde actuel.
(30 BE)
Aufgabe Vorschlag B2 - 1 · Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez)
Material
Agnès Leclair: Le succès des « maisons partagées » entre valides et handicapés (article, 2019)
Portée par le succès du film « Intouchables » 1, l’association Simon de Cyrène fête les dix ans de son premier logement. Remède à la solitude, son modèle de vie en commun ne cesse de se développer.
Pour certains, c’est « l’auberge espagnole » 2 du handicap, pour d’autres « la fin de la solitude » grâce à un lieu « vivant et bienveillant ». En une décennie, les maisons partagées entre handicapés et valides de l’association Simon de Cyrène se sont multipliées. Cette « cousine » de l’Arche, la célèbre communauté fondée par Jean Vanier, vient de fêter les dix ans de son premier projet. L’association aux valeurs chrétiennes et humanistes réunit aujourd’hui plus de mille « compagnons », résidents cérébro-lésés 3, bénévoles, amis ou assistants professionnels. Mardi dernier, une centaine d’entre eux s’est retrouvée à Vanves, dans les Hauts-de-Seine, où le premier appartement partagé a vu le jour en décembre 2009, pour célébrer leur modèle de « vivre ensemble ». […]
« Ici, on a tous des parcours différents, des loisirs différents. Certains sont handicapés de naissance, d’autres depuis un accident. Il y en a qui peuvent parler, d’autres moins. Mais tout le monde échange. Cette diversité, c’est aussi notre richesse. Nous ne sommes pas dans un cocon mais dans un lieu ouvert sur le monde, qui évolue. Je peux me projeter dans cette aventure », témoigne Fabien, cérébro-lésé à la suite d’une maladie et un des premiers habitants du site de Vanves. Avant, ce passionné de poésie habitait un appartement en dessous de ses parents. « Ici, je suis libre », se réjouit la blonde Helena, 38 ans, qui vivait auparavant dans un foyer médicalisé. « Mon problème, c’est que je n’ai plus de mémoire à court terme, poursuit-elle. Mais on me tient au courant. Les gens me comprennent même si je ne suis pas pareil. »
Vincent, père de deux jeunes femmes devenues handicapées après un accident de voiture, a raconté l’amitié naissante dans le groupe de compagnons de Lille. Une quinzaine de personnes qui se contentent pour l’instant des dîners mensuels. Au menu: « des rigolades, des pleurs, du bon vin, des desserts… » et « des rencontres » qui permettent de s’extraire d’un univers très médicalisé. Ces liens sont le préalable 4 à l’installation de toute nouvelle maison partagée. « Notre racine, c’est la rencontre. Le foncier 5 vient après », insiste Laurent de Cherisey, l’entrepreneur social à la tête de Simon de Cyrène. Année après année, le projet essaime 6. Vingt maisons ont déjà ouvert leurs portes, à Angers, Rungis, Nantes, Dijon et sur l’île de Ré. À Marseille et Lyon, les travaux sont en cours. Dans les trois prochaines années, d’autres arriveront à Toulouse, Bordeaux et Saint-Malo. À Paris, l’association a été retenue par le diocèse pour créer une colocation rue de Vaugirard, dans un ancien couvent.
Depuis 2011, Simon de Cyrène surfe sur le succès du film Intouchables, inspiré de la vie de Philippe Pozzo di Borgo. L’aristo 7 devenu tétraplégique avait demandé que 5 % des bénéfices réalisés par les producteurs du long-métrage soient versés à l’association dont il est le parrain. Mais Simon de Cyrène ne s’est pas contenté de ce coup de projecteur. […] En dix ans, le projet « un peu fou » est devenu un symbole de la société inclusive. « Nous sommes fiers d’être un des moteurs de l’essaimage 8 de l’habitat partagé, se réjouit Laurent de Cherisey. Nous rencontrons beaucoup d’associations à la recherche de solutions pour dupliquer ce modèle, pour des personnes âgées ou autistes par exemple. »
À mi-chemin entre l’institution médicalisée et le domicile, les maisons Simon de Cyrène doivent attirer des professionnels du médico-social dont certains vivent sur place, mais aussi des bénévoles et des volontaires de service civique 9. « Cet accompagnement est un préalable à l’art de vivre ensemble. Il faut que vivre ici ait du sens pour tous », souligne Olivier, ancien exploitant de salles de cinéma devenu responsable des ressources humaines à Vanves. Benjamin, professionnel du médico-social, y voit « un modèle différent des autres établissements car il permet d’être plus attentif aux personnes ». « C’est aussi un lieu de spiritualité où chacun vient trouver du sens à donner à sa vie », rappelle aussi Françoise, responsable de la communauté de Vanves. « Notre société centrée sur la performance est devenue très angoissante. Les personnes fragiles nous rappellent que c’est dans la relation à l’autre que l’on se construit et que l’on donne un sens à son existence, abonde Laurent de Cherisey. Ceux qui vivent dans ces maisons partagées ne viennent pas pour aider “le pauvre handicapé” mais parce qu’ils y trouvent une relation de confiance qui rend heureux ».
(780 Wörter)
Agnès Leclair: Le succès des « maisons partagées » entre valides et handicapés, in: Le Figaro, 31.05.2019, URL: http://premium.lefigaro.fr/actualite-france/le-succes-des-maisons-partagees-entre-valides-et-handicapes-20190531 (abgerufen am 23.06.2019).
Annotations
1 Le film français « Intouchables » est sorti en 2011 et parle d’une relation entre un handicapé et son aide à domicile.
2 « L’auberge espagnole » est un film franco-espagnol de l’année 2002. Il s’agit d’un étudiant français qui passe une année à Barcelone pour continuer ses études et qui s’installe dans un appartement en colocation avec d’autres étudiants de nationalités différentes.
3 cérébro-lésé,e – dt.: Person mit einer Hirnschädigung
4 le préalable – dt.: (Vor-)Bedingung
5 le foncier – dt.: Grundstücke und Gebäude
6 essaimer – dt.: sich ausbreiten
7 aristo m – aristocrate
8 l’essaimage m – dt.: hier: Verbreitung
9 le service civique – Bundesfreiwilligendienst
Vorschlag B2
1 Présentez le modèle des « maisons partagées ». (Material)
(30 BE)
Aufgabe Vorschlag B2 - 2 · Bezug zu Unterrichtsinhalten (Comparez / Mettez en rapport)
Material
Agnès Leclair: Le succès des « maisons partagées » entre valides et handicapés (article, 2019)
Portée par le succès du film « Intouchables » 1, l’association Simon de Cyrène fête les dix ans de son premier logement. Remède à la solitude, son modèle de vie en commun ne cesse de se développer.
Pour certains, c’est « l’auberge espagnole » 2 du handicap, pour d’autres « la fin de la solitude » grâce à un lieu « vivant et bienveillant ». En une décennie, les maisons partagées entre handicapés et valides de l’association Simon de Cyrène se sont multipliées. Cette « cousine » de l’Arche, la célèbre communauté fondée par Jean Vanier, vient de fêter les dix ans de son premier projet. L’association aux valeurs chrétiennes et humanistes réunit aujourd’hui plus de mille « compagnons », résidents cérébro-lésés 3, bénévoles, amis ou assistants professionnels. Mardi dernier, une centaine d’entre eux s’est retrouvée à Vanves, dans les Hauts-de-Seine, où le premier appartement partagé a vu le jour en décembre 2009, pour célébrer leur modèle de « vivre ensemble ». […]
« Ici, on a tous des parcours différents, des loisirs différents. Certains sont handicapés de naissance, d’autres depuis un accident. Il y en a qui peuvent parler, d’autres moins. Mais tout le monde échange. Cette diversité, c’est aussi notre richesse. Nous ne sommes pas dans un cocon mais dans un lieu ouvert sur le monde, qui évolue. Je peux me projeter dans cette aventure », témoigne Fabien, cérébro-lésé à la suite d’une maladie et un des premiers habitants du site de Vanves. Avant, ce passionné de poésie habitait un appartement en dessous de ses parents. « Ici, je suis libre », se réjouit la blonde Helena, 38 ans, qui vivait auparavant dans un foyer médicalisé. « Mon problème, c’est que je n’ai plus de mémoire à court terme, poursuit-elle. Mais on me tient au courant. Les gens me comprennent même si je ne suis pas pareil. »
Vincent, père de deux jeunes femmes devenues handicapées après un accident de voiture, a raconté l’amitié naissante dans le groupe de compagnons de Lille. Une quinzaine de personnes qui se contentent pour l’instant des dîners mensuels. Au menu: « des rigolades, des pleurs, du bon vin, des desserts… » et « des rencontres » qui permettent de s’extraire d’un univers très médicalisé. Ces liens sont le préalable 4 à l’installation de toute nouvelle maison partagée. « Notre racine, c’est la rencontre. Le foncier 5 vient après », insiste Laurent de Cherisey, l’entrepreneur social à la tête de Simon de Cyrène. Année après année, le projet essaime 6. Vingt maisons ont déjà ouvert leurs portes, à Angers, Rungis, Nantes, Dijon et sur l’île de Ré. À Marseille et Lyon, les travaux sont en cours. Dans les trois prochaines années, d’autres arriveront à Toulouse, Bordeaux et Saint-Malo. À Paris, l’association a été retenue par le diocèse pour créer une colocation rue de Vaugirard, dans un ancien couvent.
Depuis 2011, Simon de Cyrène surfe sur le succès du film Intouchables, inspiré de la vie de Philippe Pozzo di Borgo. L’aristo 7 devenu tétraplégique avait demandé que 5 % des bénéfices réalisés par les producteurs du long-métrage soient versés à l’association dont il est le parrain. Mais Simon de Cyrène ne s’est pas contenté de ce coup de projecteur. […] En dix ans, le projet « un peu fou » est devenu un symbole de la société inclusive. « Nous sommes fiers d’être un des moteurs de l’essaimage 8 de l’habitat partagé, se réjouit Laurent de Cherisey. Nous rencontrons beaucoup d’associations à la recherche de solutions pour dupliquer ce modèle, pour des personnes âgées ou autistes par exemple. »
À mi-chemin entre l’institution médicalisée et le domicile, les maisons Simon de Cyrène doivent attirer des professionnels du médico-social dont certains vivent sur place, mais aussi des bénévoles et des volontaires de service civique 9. « Cet accompagnement est un préalable à l’art de vivre ensemble. Il faut que vivre ici ait du sens pour tous », souligne Olivier, ancien exploitant de salles de cinéma devenu responsable des ressources humaines à Vanves. Benjamin, professionnel du médico-social, y voit « un modèle différent des autres établissements car il permet d’être plus attentif aux personnes ». « C’est aussi un lieu de spiritualité où chacun vient trouver du sens à donner à sa vie », rappelle aussi Françoise, responsable de la communauté de Vanves. « Notre société centrée sur la performance est devenue très angoissante. Les personnes fragiles nous rappellent que c’est dans la relation à l’autre que l’on se construit et que l’on donne un sens à son existence, abonde Laurent de Cherisey. Ceux qui vivent dans ces maisons partagées ne viennent pas pour aider “le pauvre handicapé” mais parce qu’ils y trouvent une relation de confiance qui rend heureux ».
(780 Wörter)
Agnès Leclair: Le succès des « maisons partagées » entre valides et handicapés, in: Le Figaro, 31.05.2019, URL: http://premium.lefigaro.fr/actualite-france/le-succes-des-maisons-partagees-entre-valides-et-handicapes-20190531 (abgerufen am 23.06.2019).
Annotations
1 Le film français « Intouchables » est sorti en 2011 et parle d’une relation entre un handicapé et son aide à domicile.
2 « L’auberge espagnole » est un film franco-espagnol de l’année 2002. Il s’agit d’un étudiant français qui passe une année à Barcelone pour continuer ses études et qui s’installe dans un appartement en colocation avec d’autres étudiants de nationalités différentes.
3 cérébro-lésé,e – dt.: Person mit einer Hirnschädigung
4 le préalable – dt.: (Vor-)Bedingung
5 le foncier – dt.: Grundstücke und Gebäude
6 essaimer – dt.: sich ausbreiten
7 aristo m – aristocrate
8 l’essaimage m – dt.: hier: Verbreitung
9 le service civique – Bundesfreiwilligendienst
Vorschlag B2
2 Mettez le projet des « maisons partagées » (Material) en rapport avec une ou d'autres tentatives d'intégration traitées en cours.
(40 BE)
Aufgabe Vorschlag B2 - 3 · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position)
Material
Agnès Leclair: Le succès des « maisons partagées » entre valides et handicapés (article, 2019)
Portée par le succès du film « Intouchables » 1, l’association Simon de Cyrène fête les dix ans de son premier logement. Remède à la solitude, son modèle de vie en commun ne cesse de se développer.
Pour certains, c’est « l’auberge espagnole » 2 du handicap, pour d’autres « la fin de la solitude » grâce à un lieu « vivant et bienveillant ». En une décennie, les maisons partagées entre handicapés et valides de l’association Simon de Cyrène se sont multipliées. Cette « cousine » de l’Arche, la célèbre communauté fondée par Jean Vanier, vient de fêter les dix ans de son premier projet. L’association aux valeurs chrétiennes et humanistes réunit aujourd’hui plus de mille « compagnons », résidents cérébro-lésés 3, bénévoles, amis ou assistants professionnels. Mardi dernier, une centaine d’entre eux s’est retrouvée à Vanves, dans les Hauts-de-Seine, où le premier appartement partagé a vu le jour en décembre 2009, pour célébrer leur modèle de « vivre ensemble ». […]
« Ici, on a tous des parcours différents, des loisirs différents. Certains sont handicapés de naissance, d’autres depuis un accident. Il y en a qui peuvent parler, d’autres moins. Mais tout le monde échange. Cette diversité, c’est aussi notre richesse. Nous ne sommes pas dans un cocon mais dans un lieu ouvert sur le monde, qui évolue. Je peux me projeter dans cette aventure », témoigne Fabien, cérébro-lésé à la suite d’une maladie et un des premiers habitants du site de Vanves. Avant, ce passionné de poésie habitait un appartement en dessous de ses parents. « Ici, je suis libre », se réjouit la blonde Helena, 38 ans, qui vivait auparavant dans un foyer médicalisé. « Mon problème, c’est que je n’ai plus de mémoire à court terme, poursuit-elle. Mais on me tient au courant. Les gens me comprennent même si je ne suis pas pareil. »
Vincent, père de deux jeunes femmes devenues handicapées après un accident de voiture, a raconté l’amitié naissante dans le groupe de compagnons de Lille. Une quinzaine de personnes qui se contentent pour l’instant des dîners mensuels. Au menu: « des rigolades, des pleurs, du bon vin, des desserts… » et « des rencontres » qui permettent de s’extraire d’un univers très médicalisé. Ces liens sont le préalable 4 à l’installation de toute nouvelle maison partagée. « Notre racine, c’est la rencontre. Le foncier 5 vient après », insiste Laurent de Cherisey, l’entrepreneur social à la tête de Simon de Cyrène. Année après année, le projet essaime 6. Vingt maisons ont déjà ouvert leurs portes, à Angers, Rungis, Nantes, Dijon et sur l’île de Ré. À Marseille et Lyon, les travaux sont en cours. Dans les trois prochaines années, d’autres arriveront à Toulouse, Bordeaux et Saint-Malo. À Paris, l’association a été retenue par le diocèse pour créer une colocation rue de Vaugirard, dans un ancien couvent.
Depuis 2011, Simon de Cyrène surfe sur le succès du film Intouchables, inspiré de la vie de Philippe Pozzo di Borgo. L’aristo 7 devenu tétraplégique avait demandé que 5 % des bénéfices réalisés par les producteurs du long-métrage soient versés à l’association dont il est le parrain. Mais Simon de Cyrène ne s’est pas contenté de ce coup de projecteur. […] En dix ans, le projet « un peu fou » est devenu un symbole de la société inclusive. « Nous sommes fiers d’être un des moteurs de l’essaimage 8 de l’habitat partagé, se réjouit Laurent de Cherisey. Nous rencontrons beaucoup d’associations à la recherche de solutions pour dupliquer ce modèle, pour des personnes âgées ou autistes par exemple. »
À mi-chemin entre l’institution médicalisée et le domicile, les maisons Simon de Cyrène doivent attirer des professionnels du médico-social dont certains vivent sur place, mais aussi des bénévoles et des volontaires de service civique 9. « Cet accompagnement est un préalable à l’art de vivre ensemble. Il faut que vivre ici ait du sens pour tous », souligne Olivier, ancien exploitant de salles de cinéma devenu responsable des ressources humaines à Vanves. Benjamin, professionnel du médico-social, y voit « un modèle différent des autres établissements car il permet d’être plus attentif aux personnes ». « C’est aussi un lieu de spiritualité où chacun vient trouver du sens à donner à sa vie », rappelle aussi Françoise, responsable de la communauté de Vanves. « Notre société centrée sur la performance est devenue très angoissante. Les personnes fragiles nous rappellent que c’est dans la relation à l’autre que l’on se construit et que l’on donne un sens à son existence, abonde Laurent de Cherisey. Ceux qui vivent dans ces maisons partagées ne viennent pas pour aider “le pauvre handicapé” mais parce qu’ils y trouvent une relation de confiance qui rend heureux ».
(780 Wörter)
Agnès Leclair: Le succès des « maisons partagées » entre valides et handicapés, in: Le Figaro, 31.05.2019, URL: http://premium.lefigaro.fr/actualite-france/le-succes-des-maisons-partagees-entre-valides-et-handicapes-20190531 (abgerufen am 23.06.2019).
Annotations
1 Le film français « Intouchables » est sorti en 2011 et parle d’une relation entre un handicapé et son aide à domicile.
2 « L’auberge espagnole » est un film franco-espagnol de l’année 2002. Il s’agit d’un étudiant français qui passe une année à Barcelone pour continuer ses études et qui s’installe dans un appartement en colocation avec d’autres étudiants de nationalités différentes.
3 cérébro-lésé,e – dt.: Person mit einer Hirnschädigung
4 le préalable – dt.: (Vor-)Bedingung
5 le foncier – dt.: Grundstücke und Gebäude
6 essaimer – dt.: sich ausbreiten
7 aristo m – aristocrate
8 l’essaimage m – dt.: hier: Verbreitung
9 le service civique – Bundesfreiwilligendienst
Vivre ensemble
3
Depuis quelques années, les établissements scolaires européens doivent promouvoir l'inclusion de tous les élèves.
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(30 BE)
Aufgabe Vorschlag B3 - 1 · Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez)
Material
Maryam Madjidi: Marx et la poupée (roman autobiographique, 2018)
Lorsque la famille Madjidi quitte l’Iran pour des raisons politiques et qu’elle s’installe à Paris, Maryam, l’auteure de ce roman, a six ans.
– Non. Non. Et non.
– Il le faut, tu dois apprendre le persan. Je ne te demande qu’une petite heure, c’est pas grand-
chose. Va chercher ton cahier et ton livre. Dépêche-toi. Fais plaisir à ton père.
– Je veux pas. Je suis en France, je parle français. Ça sert à rien de parler persan.
5 – C’est notre langue, tu comprends, c’est tes racines.
– Je suis pas un arbre, j’ai pas de racines. C’est votre langue, plus la mienne.
Mon père soupire, ma mère lui dit de me laisser tranquille.
Je retourne à mes poupées que je dispose soigneusement devant moi en cercle et je commence
à leur faire la leçon, comme ma maîtresse d’école, dans mon français encore balbutiant mais que je
10 compte fermement perfectionner.
Ouvrez votre cahier. Dictée.
Je vois, je sens la déception de mon père. Il ne dit plus rien. Il se lève et va ranger le cahier et
le livre de farsi 1 niveau CP 2 dans un tiroir. Il allume une cigarette.
Tu 3 t’acharnais à maintenir un lien entre ton pays et ta fille. Corde rongée par l’exil, ne tenant plus
15 qu’à un fil. Et ce fil était la langue. Mais cette langue, je ne l’aimais plus car elle me faisait souffrir.
Tu avais conscience que tu ne pouvais me forcer à l’apprendre. On ne force personne à apprendre
quelque chose, ça ne rentre pas. Tu réalisais peu à peu que ce nouveau pays transformerait ta fille, tu
avais peur qu’elle devienne une étrangère ou plutôt de devenir un étranger pour elle, qu’elle n’ait plus
rien en elle d’iranien et qu’elle ne t’estime plus parce que quand tu ouvrais la bouche pour parler
20 français, tu avais l’air d’un idiot avec tes erreurs de syntaxe et de phonétique.
– Alors puisque c’est comme ça, personne ne parlera français dans cette maison. Sous mon toit,
on doit parler persan.
– Et si ta fille s’obstine à te parler en français ?
– Je ne répondrai pas. Et je t’ordonne de faire la même chose.
25 – Ce n’est pas par la force que tu résoudras ce conflit. Elle va haïr le persan. C’est tout ce que tu
auras gagné.
– Je refuse qu’elle oublie sa langue maternelle. C’est la langue de ses origines, de ses parents, de
tous ses ancêtres.
– Mais on est en France. Tu n’arrêtais pas de nous le répéter au début. On est en France, il faut
30 manger des croissants. On est en France, il faut apprendre le français. On est en France, il faut
boire du vin. On est en France, il faut aimer le fromage qui pue. On est en France, il faut se
comporter comme des Français. Voilà, tu devrais être content, elle est si bien intégrée
maintenant qu’elle refuse d’apprendre et de parler ta langue.
– Ce n’est pas ce que je voulais. Elle doit avancer avec sa double culture et garder deux langues
35 car, qu’elle le veuille ou non, elle sera toujours un mélange des deux.
Au début, j’ai résisté. Je te parlais en français. Tu ne répondais rien. Je répétais la même phrase.
Toujours le silence. J’avais beau insister, tu refusais de me répondre. Nous construisions ensemble un
mur entre nous, chacun posant sa brique. Ta brique du persan et des racines. Ma brique du français et
de l’intégration. Combien de temps ton mutisme et ma résistance allaient-ils durer et jusqu’où irait ce
40 mur ?
Au bout de quelques semaines, j’ai cédé. Je m’en voulais de te faire du mal. J’avais déjà refusé
d’apprendre à lire et à écrire le persan, je pouvais peut-être au moins le parler à la maison. J’ai fini par
accepter cette loi: le persan à la maison, le français dehors. Il y avait désormais notre langue et leur
langue, nous et eux. Et moi je passais d’un monde à l’autre, d’une langue à l’autre, échangeant mes
45 rôles, jonglant tant bien que mal avec ces deux identités.
Durant toute mon enfance et mon adolescence, je priais pour que mes parents se taisent devant mes
amis. Je voulais même les présenter en disant: « Voici mes parents, ils sont muets, hélas ».
[...]
– Maryam, viens ici, j’ai besoin de toi pour une lettre.
50 – Non, j’en ai assez d’écrire vos lettres en français. Faites-le vous-mêmes !
– Tu sais très bien qu’on ne peut pas écrire correctement en français, on ferait des fautes
d’orthographe. Ne fais pas tant d’histoires, sois gentille, viens ici.
Je dois écrire tous les courriers administratifs [...]. Les pires lettres pour moi sont celles où je dois
mendier de l’argent. Ma hantise: le service des contraventions où il faut pleurer pour ne pas payer
55 l’amende, le service des réclames, où il faut pleurer parce que victime d’une injustice, le service des
demandes d’aide sociale, où il faut pleurer parce que nous sommes « les Misérables » 4.
– Maryam, dépêche-toi, j’ai besoin de toi !
(848 Wörter)
Maryam Madjidi: Marx et la poupée, Paris 2018, S. 156–161.
1 le farsi – Le persan est appelé « farsi » en Iran.
2 CP – cours préparatoire, entspricht der ersten Grundschulklasse in Frankreich
3 Tu – Perspektivwechsel als innerer Monolog. Mit dem „tu“ ist der Vater gemeint.
4 « les Misérables » – roman de Victor Hugo; ici: allusion à leur situation de « misère »
1 Résumez le conflit entre Maryam et ses parents.
(30 BE)
Aufgabe Vorschlag B3 - 2 · Analyse literarischer Texte (Analysez / Caractérisez)
Material
Maryam Madjidi: Marx et la poupée (roman autobiographique, 2018)
Lorsque la famille Madjidi quitte l’Iran pour des raisons politiques et qu’elle s’installe à Paris, Maryam, l’auteure de ce roman, a six ans.
– Non. Non. Et non.
– Il le faut, tu dois apprendre le persan. Je ne te demande qu’une petite heure, c’est pas grand-
chose. Va chercher ton cahier et ton livre. Dépêche-toi. Fais plaisir à ton père.
– Je veux pas. Je suis en France, je parle français. Ça sert à rien de parler persan.
5 – C’est notre langue, tu comprends, c’est tes racines.
– Je suis pas un arbre, j’ai pas de racines. C’est votre langue, plus la mienne.
Mon père soupire, ma mère lui dit de me laisser tranquille.
Je retourne à mes poupées que je dispose soigneusement devant moi en cercle et je commence
à leur faire la leçon, comme ma maîtresse d’école, dans mon français encore balbutiant mais que je
10 compte fermement perfectionner.
Ouvrez votre cahier. Dictée.
Je vois, je sens la déception de mon père. Il ne dit plus rien. Il se lève et va ranger le cahier et
le livre de farsi 1 niveau CP 2 dans un tiroir. Il allume une cigarette.
Tu 3 t’acharnais à maintenir un lien entre ton pays et ta fille. Corde rongée par l’exil, ne tenant plus
15 qu’à un fil. Et ce fil était la langue. Mais cette langue, je ne l’aimais plus car elle me faisait souffrir.
Tu avais conscience que tu ne pouvais me forcer à l’apprendre. On ne force personne à apprendre
quelque chose, ça ne rentre pas. Tu réalisais peu à peu que ce nouveau pays transformerait ta fille, tu
avais peur qu’elle devienne une étrangère ou plutôt de devenir un étranger pour elle, qu’elle n’ait plus
rien en elle d’iranien et qu’elle ne t’estime plus parce que quand tu ouvrais la bouche pour parler
20 français, tu avais l’air d’un idiot avec tes erreurs de syntaxe et de phonétique.
– Alors puisque c’est comme ça, personne ne parlera français dans cette maison. Sous mon toit,
on doit parler persan.
– Et si ta fille s’obstine à te parler en français ?
– Je ne répondrai pas. Et je t’ordonne de faire la même chose.
25 – Ce n’est pas par la force que tu résoudras ce conflit. Elle va haïr le persan. C’est tout ce que tu
auras gagné.
– Je refuse qu’elle oublie sa langue maternelle. C’est la langue de ses origines, de ses parents, de
tous ses ancêtres.
– Mais on est en France. Tu n’arrêtais pas de nous le répéter au début. On est en France, il faut
30 manger des croissants. On est en France, il faut apprendre le français. On est en France, il faut
boire du vin. On est en France, il faut aimer le fromage qui pue. On est en France, il faut se
comporter comme des Français. Voilà, tu devrais être content, elle est si bien intégrée
maintenant qu’elle refuse d’apprendre et de parler ta langue.
– Ce n’est pas ce que je voulais. Elle doit avancer avec sa double culture et garder deux langues
35 car, qu’elle le veuille ou non, elle sera toujours un mélange des deux.
Au début, j’ai résisté. Je te parlais en français. Tu ne répondais rien. Je répétais la même phrase.
Toujours le silence. J’avais beau insister, tu refusais de me répondre. Nous construisions ensemble un
mur entre nous, chacun posant sa brique. Ta brique du persan et des racines. Ma brique du français et
de l’intégration. Combien de temps ton mutisme et ma résistance allaient-ils durer et jusqu’où irait ce
40 mur ?
Au bout de quelques semaines, j’ai cédé. Je m’en voulais de te faire du mal. J’avais déjà refusé
d’apprendre à lire et à écrire le persan, je pouvais peut-être au moins le parler à la maison. J’ai fini par
accepter cette loi: le persan à la maison, le français dehors. Il y avait désormais notre langue et leur
langue, nous et eux. Et moi je passais d’un monde à l’autre, d’une langue à l’autre, échangeant mes
45 rôles, jonglant tant bien que mal avec ces deux identités.
Durant toute mon enfance et mon adolescence, je priais pour que mes parents se taisent devant mes
amis. Je voulais même les présenter en disant: « Voici mes parents, ils sont muets, hélas ».
[...]
– Maryam, viens ici, j’ai besoin de toi pour une lettre.
50 – Non, j’en ai assez d’écrire vos lettres en français. Faites-le vous-mêmes !
– Tu sais très bien qu’on ne peut pas écrire correctement en français, on ferait des fautes
d’orthographe. Ne fais pas tant d’histoires, sois gentille, viens ici.
Je dois écrire tous les courriers administratifs [...]. Les pires lettres pour moi sont celles où je dois
mendier de l’argent. Ma hantise: le service des contraventions où il faut pleurer pour ne pas payer
55 l’amende, le service des réclames, où il faut pleurer parce que victime d’une injustice, le service des
demandes d’aide sociale, où il faut pleurer parce que nous sommes « les Misérables » 4.
– Maryam, dépêche-toi, j’ai besoin de toi !
(848 Wörter)
Maryam Madjidi: Marx et la poupée, Paris 2018, S. 156–161.
1 le farsi – Le persan est appelé « farsi » en Iran.
2 CP – cours préparatoire, entspricht der ersten Grundschulklasse in Frankreich
3 Tu – Perspektivwechsel als innerer Monolog. Mit dem „tu“ ist der Vater gemeint.
4 « les Misérables » – roman de Victor Hugo; ici: allusion à leur situation de « misère »
2 Caractérisez Maryam.
(40 BE)
Aufgabe Vorschlag B3 - 3.1 · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position)
3.1
Apprendre et parler la langue du pays dans lequel on vit: un facteur essentiel d'intégration sociale ? Prenez position et justifiez votre réponse en donnant des exemples.
[30 BE]
Aufgabe Vorschlag B3 - 3.2 · Kreatives Schreiben: Perspektivwechsel und Fortsetzung (Journal intime, lettre d'un personnage)
Material
Maryam Madjidi: Marx et la poupée (roman autobiographique, 2018)
Lorsque la famille Madjidi quitte l’Iran pour des raisons politiques et qu’elle s’installe à Paris, Maryam, l’auteure de ce roman, a six ans.
– Non. Non. Et non.
– Il le faut, tu dois apprendre le persan. Je ne te demande qu’une petite heure, c’est pas grand-
chose. Va chercher ton cahier et ton livre. Dépêche-toi. Fais plaisir à ton père.
– Je veux pas. Je suis en France, je parle français. Ça sert à rien de parler persan.
5 – C’est notre langue, tu comprends, c’est tes racines.
– Je suis pas un arbre, j’ai pas de racines. C’est votre langue, plus la mienne.
Mon père soupire, ma mère lui dit de me laisser tranquille.
Je retourne à mes poupées que je dispose soigneusement devant moi en cercle et je commence
à leur faire la leçon, comme ma maîtresse d’école, dans mon français encore balbutiant mais que je
10 compte fermement perfectionner.
Ouvrez votre cahier. Dictée.
Je vois, je sens la déception de mon père. Il ne dit plus rien. Il se lève et va ranger le cahier et
le livre de farsi 1 niveau CP 2 dans un tiroir. Il allume une cigarette.
Tu 3 t’acharnais à maintenir un lien entre ton pays et ta fille. Corde rongée par l’exil, ne tenant plus
15 qu’à un fil. Et ce fil était la langue. Mais cette langue, je ne l’aimais plus car elle me faisait souffrir.
Tu avais conscience que tu ne pouvais me forcer à l’apprendre. On ne force personne à apprendre
quelque chose, ça ne rentre pas. Tu réalisais peu à peu que ce nouveau pays transformerait ta fille, tu
avais peur qu’elle devienne une étrangère ou plutôt de devenir un étranger pour elle, qu’elle n’ait plus
rien en elle d’iranien et qu’elle ne t’estime plus parce que quand tu ouvrais la bouche pour parler
20 français, tu avais l’air d’un idiot avec tes erreurs de syntaxe et de phonétique.
– Alors puisque c’est comme ça, personne ne parlera français dans cette maison. Sous mon toit,
on doit parler persan.
– Et si ta fille s’obstine à te parler en français ?
– Je ne répondrai pas. Et je t’ordonne de faire la même chose.
25 – Ce n’est pas par la force que tu résoudras ce conflit. Elle va haïr le persan. C’est tout ce que tu
auras gagné.
– Je refuse qu’elle oublie sa langue maternelle. C’est la langue de ses origines, de ses parents, de
tous ses ancêtres.
– Mais on est en France. Tu n’arrêtais pas de nous le répéter au début. On est en France, il faut
30 manger des croissants. On est en France, il faut apprendre le français. On est en France, il faut
boire du vin. On est en France, il faut aimer le fromage qui pue. On est en France, il faut se
comporter comme des Français. Voilà, tu devrais être content, elle est si bien intégrée
maintenant qu’elle refuse d’apprendre et de parler ta langue.
– Ce n’est pas ce que je voulais. Elle doit avancer avec sa double culture et garder deux langues
35 car, qu’elle le veuille ou non, elle sera toujours un mélange des deux.
Au début, j’ai résisté. Je te parlais en français. Tu ne répondais rien. Je répétais la même phrase.
Toujours le silence. J’avais beau insister, tu refusais de me répondre. Nous construisions ensemble un
mur entre nous, chacun posant sa brique. Ta brique du persan et des racines. Ma brique du français et
de l’intégration. Combien de temps ton mutisme et ma résistance allaient-ils durer et jusqu’où irait ce
40 mur ?
Au bout de quelques semaines, j’ai cédé. Je m’en voulais de te faire du mal. J’avais déjà refusé
d’apprendre à lire et à écrire le persan, je pouvais peut-être au moins le parler à la maison. J’ai fini par
accepter cette loi: le persan à la maison, le français dehors. Il y avait désormais notre langue et leur
langue, nous et eux. Et moi je passais d’un monde à l’autre, d’une langue à l’autre, échangeant mes
45 rôles, jonglant tant bien que mal avec ces deux identités.
Durant toute mon enfance et mon adolescence, je priais pour que mes parents se taisent devant mes
amis. Je voulais même les présenter en disant: « Voici mes parents, ils sont muets, hélas ».
[...]
– Maryam, viens ici, j’ai besoin de toi pour une lettre.
50 – Non, j’en ai assez d’écrire vos lettres en français. Faites-le vous-mêmes !
– Tu sais très bien qu’on ne peut pas écrire correctement en français, on ferait des fautes
d’orthographe. Ne fais pas tant d’histoires, sois gentille, viens ici.
Je dois écrire tous les courriers administratifs [...]. Les pires lettres pour moi sont celles où je dois
mendier de l’argent. Ma hantise: le service des contraventions où il faut pleurer pour ne pas payer
55 l’amende, le service des réclames, où il faut pleurer parce que victime d’une injustice, le service des
demandes d’aide sociale, où il faut pleurer parce que nous sommes « les Misérables » 4.
– Maryam, dépêche-toi, j’ai besoin de toi !
(848 Wörter)
Maryam Madjidi: Marx et la poupée, Paris 2018, S. 156–161.
1 le farsi – Le persan est appelé « farsi » en Iran.
2 CP – cours préparatoire, entspricht der ersten Grundschulklasse in Frankreich
3 Tu – Perspektivwechsel als innerer Monolog. Mit dem „tu“ ist der Vater gemeint.
4 « les Misérables » – roman de Victor Hugo; ici: allusion à leur situation de « misère »
3.2 Lettre de motivation
(30 BE)
L'association « F.L.A. Français Langue d'Accueil », chargée d'intégrer les immigrés et les réfugiés par l'apprentissage de la langue française cherche des bénévoles. Maryam, désormais étudiante, est intéressée. Elle présente, dans une lettre, les raisons qui la motivent à travailler bénévolement dans ce domaine.
Rédigez la lettre de Maryam.
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