Abitur Hessen Französisch 2022 · GK
Abiturprüfung Französisch in Hessen 2022, GK: 10 Aufgaben mit Lösungen. Themen: Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez). Kostenlos.
Themen der Prüfung: Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez) · Analyse literarischer Texte (Analysez / Caractérisez) · Analyse nicht-literarischer Texte und Dokumentvergleich (Analysez / Mettez en rapport) · Bezug zu Unterrichtsinhalten (Comparez / Mettez en rapport) · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position) · Kreatives Schreiben: Perspektivwechsel und Fortsetzung (Journal intime, lettre d'un personnage) · Sprachmittlung Deutsch → Französisch (Médiation)
Prüfungsteil 1 - Vorschlag A · Sprachmittlung Deutsch → Französisch (Médiation)
Dans le cadre d'un projet sur « la France et l'Allemagne au cœur de l'Europe », vous voulez présenter la situation et les perspectives d'avenir d'un village frontalier.
À partir de l'article ci-dessous (Material), rédigez votre contribution pour un blog commun avec votre école partenaire française.
Aufgabe Vorschlag B1 - 1 · Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez)
1
Présentez Kahina et sa situation. (Material) [30 BE]
Aufgabe Vorschlag B1 - 2 · Analyse literarischer Texte (Analysez / Caractérisez)
2
Dégagez les sentiments de Kahina face à cette situation. (Material) [40 BE]
Aufgabe Vorschlag B1 - 3.1 · Bezug zu Unterrichtsinhalten (Comparez / Mettez en rapport)
3.1
Comparez la situation de Kahina (Material) à celle d’un personnage de la littérature ou du cinéma francophone ou à celle d’une autre personne pour qui la formation joue aussi un rôle important. [30 BE]
Aufgabe Vorschlag B1 - 3.2 · Kreatives Schreiben: Perspektivwechsel und Fortsetzung (Journal intime, lettre d'un personnage)
3.2
Vingt ans plus tard, le lycée de Kahina fête ses 50 ans et à cette occasion, il demande aux ancien(ne)s élèves de présenter leur parcours professionnel et familial après le baccalauréat.
Rédigez l'article que Kahina pourrait envoyer pour le journal du lycée. [30 BE]
Aufgabe Vorschlag B2 - 1 · Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez)
Material
Nirina Ralantoaritsimba: Nous sommes les ancêtres de ceux qui ne sont pas encore nés (roman, 2018)
Mercredi 10 Novembre 2004. 12h34.
Terminal 1. Salle d'embarquement. Aéroport Roissy Charles de Gaulle.
Chère Flora,
Me voici assise sur un banc orange, et je t'écris cette lettre en me servant de mon large sac comme
5 pupitre 1. J'écris ces quelques mots alors que j'ai encore mes deux pieds sur le territoire français. […]
Affalée 2, comme épuisée 3. Je suis là, à t'écrire puisque c'est toujours plus stimulant que de s'écrire à
soi-même. Je dois avouer que j'ai les yeux un peu embués de larmichettes 4. J'ai l'estomac noué, mal au
cœur, l'impression que je vais passer un examen… Si je ne peux pas l'écrire ici, alors à qui cracher le
morceau 5 ? Soyons franches, à l'heure de partir, au moment où il serait épineux 6 de faire marche
10 arrière, j'ai la peur au ventre.
J'ai peur parce que je pars loin de ma famille, dans un pays où je ne connais strictement personne. Tu
étais là quand je l'ai choisi. Choisi de partir, de voyager et « voir du pays », comme tu dis si bien.
Tu sais, Flora, j'ai un peu retenu mes larmes dans la voiture. Mais malgré mes promesses, je me suis
effondrée lorsqu'on montait dans l'ascenseur, du parking souterrain au terminal, avec ce lourd caddie
15 poussé par ma sœur, portant mes quarante-six kilos de vie française pour neuf mois d'année scolaire
en Amérique, année renouvelable trois ans de suite, si le cœur m'en dit 7. Mon visa américain est
valable trois ans. Loin de ma famille, loin des miens. C'est toi qui m'y as encouragée. Toi, ma
meilleure amie. Je me souviens de tes « voyager, il faut le faire tant qu'on est jeune ». Et puis ce poste
de prof vacant 8 en école franco-américaine, c'était « un coche à ne pas rater » ! Mais moi, je peux te
20 dire que quand on est prêt à partir pour de bon en laissant tout derrière soi, là, c'est bien autre chose
que les belles théories sur « les vertus du voyage qui forme la jeunesse ».
A quelques minutes de l'embarquement, là-tout-de-suite-maintenant il me vient une intuition de plus
en plus forte et de plus en plus désagréable. Et si tous tes encouragements à mon égard cachaient ta
propre incapacité de voyager ? Tu m'as toujours dit que tout dans la vie était réversible, qu'il suffisait
25 d'une pichenette 9, qu'on pouvait tout révolutionner, et que par conséquent, rien ni personne ne
t'empêchait, toi, de faire le pas et de tout plaquer 10: la France, sa capitale, ton appart au septième sans
ascenseur, ton boulot dans l'édition, ton amoureux du moment, pour partir à l'aventure, ailleurs, là où
personne ne te connaîtrait, et tout recommencer.
Tu ne t'es même pas pointée 11 à l'aéroport pour me dire au revoir et bonne chance pour tout ce que tu
30 as préfabriqué dans mon cerveau ! Et si j'avais été ta victime, ton cobaye sans le savoir ? Toi la
parfaite donneuse de leçons, tu es en fait incapable de bouger de tes habitudes, de briser tes petites
références de vie, avoue-le. Flora la cérébrale, celle qui sait si bien analyser […], versus Ninon
l'aventurière improvisée, celle qui suit en exécutant comme elle peut, mais qui craque maintenant !
C'est horrible. Je me sens vraiment seule face au néant. Je connais le boulot que je vais faire là-bas,
35 enseigner, comme je le fais depuis quelques années ici en France. C'est pour ça que j'ai postulé et
c'est pour ça qu'on m'a embauchée. Mais à part ça ? Tout s'est décidé trop vite, sur un coup de tête.
J'ai peut-être commis une erreur…
Je n'aurais jamais dû t'écouter. Je n'aurais pas dû commencer à t'écrire. […]
De toute façon, je n'enverrai pas cette lettre.
40 Ninon
(656 Wörter)
Nirina Ralantoaritsimba: Nous sommes les ancêtres de ceux qui ne sont pas encore nés, Librinova 2018, S. 11–13.
Annotations
1 le pupitre – ici: petit meuble pour pouvoir écrire
2 affalé,e – zusammengesunken
3 épuisé,e – très fatigué,e
4 les yeux un peu embués de larmichettes – avoir les yeux humides
5 cracher le morceau – pop: avouer
6 épineux, euse – ici: difficile
7 si le cœur m'en dit – si j'ai envie
8 vacant,e – libre
9 une pichenette – dt.: hier: Kleinigkeit
10 plaquer qc – tout laisser
11 se pointer – ici: arriver
1 Présentez Ninon. (Material) (30 BE)
Aufgabe Vorschlag B2 - 2 · Bezug zu Unterrichtsinhalten (Comparez / Mettez en rapport)
Material
Nirina Ralantoaritsimba: Nous sommes les ancêtres de ceux qui ne sont pas encore nés (roman, 2018)
Mercredi 10 Novembre 2004. 12h34.
Terminal 1. Salle d'embarquement. Aéroport Roissy Charles de Gaulle.
Chère Flora,
Me voici assise sur un banc orange, et je t'écris cette lettre en me servant de mon large sac comme
5 pupitre 1. J'écris ces quelques mots alors que j'ai encore mes deux pieds sur le territoire français. […]
Affalée 2, comme épuisée 3. Je suis là, à t'écrire puisque c'est toujours plus stimulant que de s'écrire à
soi-même. Je dois avouer que j'ai les yeux un peu embués de larmichettes 4. J'ai l'estomac noué, mal au
cœur, l'impression que je vais passer un examen… Si je ne peux pas l'écrire ici, alors à qui cracher le
morceau 5 ? Soyons franches, à l'heure de partir, au moment où il serait épineux 6 de faire marche
10 arrière, j'ai la peur au ventre.
J'ai peur parce que je pars loin de ma famille, dans un pays où je ne connais strictement personne. Tu
étais là quand je l'ai choisi. Choisi de partir, de voyager et « voir du pays », comme tu dis si bien.
Tu sais, Flora, j'ai un peu retenu mes larmes dans la voiture. Mais malgré mes promesses, je me suis
effondrée lorsqu'on montait dans l'ascenseur, du parking souterrain au terminal, avec ce lourd caddie
15 poussé par ma sœur, portant mes quarante-six kilos de vie française pour neuf mois d'année scolaire
en Amérique, année renouvelable trois ans de suite, si le cœur m'en dit 7. Mon visa américain est
valable trois ans. Loin de ma famille, loin des miens. C'est toi qui m'y as encouragée. Toi, ma
meilleure amie. Je me souviens de tes « voyager, il faut le faire tant qu'on est jeune ». Et puis ce poste
de prof vacant 8 en école franco-américaine, c'était « un coche à ne pas rater » ! Mais moi, je peux te
20 dire que quand on est prêt à partir pour de bon en laissant tout derrière soi, là, c'est bien autre chose
que les belles théories sur « les vertus du voyage qui forme la jeunesse ».
A quelques minutes de l'embarquement, là-tout-de-suite-maintenant il me vient une intuition de plus
en plus forte et de plus en plus désagréable. Et si tous tes encouragements à mon égard cachaient ta
propre incapacité de voyager ? Tu m'as toujours dit que tout dans la vie était réversible, qu'il suffisait
25 d'une pichenette 9, qu'on pouvait tout révolutionner, et que par conséquent, rien ni personne ne
t'empêchait, toi, de faire le pas et de tout plaquer 10: la France, sa capitale, ton appart au septième sans
ascenseur, ton boulot dans l'édition, ton amoureux du moment, pour partir à l'aventure, ailleurs, là où
personne ne te connaîtrait, et tout recommencer.
Tu ne t'es même pas pointée 11 à l'aéroport pour me dire au revoir et bonne chance pour tout ce que tu
30 as préfabriqué dans mon cerveau ! Et si j'avais été ta victime, ton cobaye sans le savoir ? Toi la
parfaite donneuse de leçons, tu es en fait incapable de bouger de tes habitudes, de briser tes petites
références de vie, avoue-le. Flora la cérébrale, celle qui sait si bien analyser […], versus Ninon
l'aventurière improvisée, celle qui suit en exécutant comme elle peut, mais qui craque maintenant !
C'est horrible. Je me sens vraiment seule face au néant. Je connais le boulot que je vais faire là-bas,
35 enseigner, comme je le fais depuis quelques années ici en France. C'est pour ça que j'ai postulé et
c'est pour ça qu'on m'a embauchée. Mais à part ça ? Tout s'est décidé trop vite, sur un coup de tête.
J'ai peut-être commis une erreur…
Je n'aurais jamais dû t'écouter. Je n'aurais pas dû commencer à t'écrire. […]
De toute façon, je n'enverrai pas cette lettre.
40 Ninon
(656 Wörter)
Nirina Ralantoaritsimba: Nous sommes les ancêtres de ceux qui ne sont pas encore nés, Librinova 2018, S. 11–13.
Annotations
1 le pupitre – ici: petit meuble pour pouvoir écrire
2 affalé,e – zusammengesunken
3 épuisé,e – très fatigué,e
4 les yeux un peu embués de larmichettes – avoir les yeux humides
5 cracher le morceau – pop: avouer
6 épineux, euse – ici: difficile
7 si le cœur m'en dit – si j'ai envie
8 vacant,e – libre
9 une pichenette – dt.: hier: Kleinigkeit
10 plaquer qc – tout laisser
11 se pointer – ici: arriver
2 Comparez les sentiments de la protagoniste (Material) face à un grand changement dans la vie avec ceux d’un personnage ou d’une personne traité/e en cours. (45 BE)
Aufgabe Vorschlag B2 - 3 · Kreatives Schreiben: Perspektivwechsel und Fortsetzung (Journal intime, lettre d'un personnage)
Material
Nirina Ralantoaritsimba: Nous sommes les ancêtres de ceux qui ne sont pas encore nés (roman, 2018)
Mercredi 10 Novembre 2004. 12h34.
Terminal 1. Salle d'embarquement. Aéroport Roissy Charles de Gaulle.
Chère Flora,
Me voici assise sur un banc orange, et je t'écris cette lettre en me servant de mon large sac comme
5 pupitre 1. J'écris ces quelques mots alors que j'ai encore mes deux pieds sur le territoire français. […]
Affalée 2, comme épuisée 3. Je suis là, à t'écrire puisque c'est toujours plus stimulant que de s'écrire à
soi-même. Je dois avouer que j'ai les yeux un peu embués de larmichettes 4. J'ai l'estomac noué, mal au
cœur, l'impression que je vais passer un examen… Si je ne peux pas l'écrire ici, alors à qui cracher le
morceau 5 ? Soyons franches, à l'heure de partir, au moment où il serait épineux 6 de faire marche
10 arrière, j'ai la peur au ventre.
J'ai peur parce que je pars loin de ma famille, dans un pays où je ne connais strictement personne. Tu
étais là quand je l'ai choisi. Choisi de partir, de voyager et « voir du pays », comme tu dis si bien.
Tu sais, Flora, j'ai un peu retenu mes larmes dans la voiture. Mais malgré mes promesses, je me suis
effondrée lorsqu'on montait dans l'ascenseur, du parking souterrain au terminal, avec ce lourd caddie
15 poussé par ma sœur, portant mes quarante-six kilos de vie française pour neuf mois d'année scolaire
en Amérique, année renouvelable trois ans de suite, si le cœur m'en dit 7. Mon visa américain est
valable trois ans. Loin de ma famille, loin des miens. C'est toi qui m'y as encouragée. Toi, ma
meilleure amie. Je me souviens de tes « voyager, il faut le faire tant qu'on est jeune ». Et puis ce poste
de prof vacant 8 en école franco-américaine, c'était « un coche à ne pas rater » ! Mais moi, je peux te
20 dire que quand on est prêt à partir pour de bon en laissant tout derrière soi, là, c'est bien autre chose
que les belles théories sur « les vertus du voyage qui forme la jeunesse ».
A quelques minutes de l'embarquement, là-tout-de-suite-maintenant il me vient une intuition de plus
en plus forte et de plus en plus désagréable. Et si tous tes encouragements à mon égard cachaient ta
propre incapacité de voyager ? Tu m'as toujours dit que tout dans la vie était réversible, qu'il suffisait
25 d'une pichenette 9, qu'on pouvait tout révolutionner, et que par conséquent, rien ni personne ne
t'empêchait, toi, de faire le pas et de tout plaquer 10: la France, sa capitale, ton appart au septième sans
ascenseur, ton boulot dans l'édition, ton amoureux du moment, pour partir à l'aventure, ailleurs, là où
personne ne te connaîtrait, et tout recommencer.
Tu ne t'es même pas pointée 11 à l'aéroport pour me dire au revoir et bonne chance pour tout ce que tu
30 as préfabriqué dans mon cerveau ! Et si j'avais été ta victime, ton cobaye sans le savoir ? Toi la
parfaite donneuse de leçons, tu es en fait incapable de bouger de tes habitudes, de briser tes petites
références de vie, avoue-le. Flora la cérébrale, celle qui sait si bien analyser […], versus Ninon
l'aventurière improvisée, celle qui suit en exécutant comme elle peut, mais qui craque maintenant !
C'est horrible. Je me sens vraiment seule face au néant. Je connais le boulot que je vais faire là-bas,
35 enseigner, comme je le fais depuis quelques années ici en France. C'est pour ça que j'ai postulé et
c'est pour ça qu'on m'a embauchée. Mais à part ça ? Tout s'est décidé trop vite, sur un coup de tête.
J'ai peut-être commis une erreur…
Je n'aurais jamais dû t'écouter. Je n'aurais pas dû commencer à t'écrire. […]
De toute façon, je n'enverrai pas cette lettre.
40 Ninon
(656 Wörter)
Nirina Ralantoaritsimba: Nous sommes les ancêtres de ceux qui ne sont pas encore nés, Librinova 2018, S. 11–13.
Annotations
1 le pupitre – ici: petit meuble pour pouvoir écrire
2 affalé,e – zusammengesunken
3 épuisé,e – très fatigué,e
4 les yeux un peu embués de larmichettes – avoir les yeux humides
5 cracher le morceau – pop: avouer
6 épineux, euse – ici: difficile
7 si le cœur m'en dit – si j'ai envie
8 vacant,e – libre
9 une pichenette – dt.: hier: Kleinigkeit
10 plaquer qc – tout laisser
11 se pointer – ici: arriver
Ninon ne voulait pas envoyer la lettre, mais l’a fait quand même.
3 Rédigez la réponse de Flora. (25 BE)
Aufgabe Vorschlag B3 - 1 · Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez)
Material 1
Albert Camus: La Peste (roman, 1947)
A Oran, ville française de la côte algérienne, une maladie étrange s’est déclarée. Les médecins finissent par découvrir qu’il s’agit de la peste qu’on croyait disparue depuis longtemps. Dans l’extrait qui suit, le docteur Rieux, médecin, et Raymond Rambert, journaliste qui est de passage à Oran, s’entretiennent.
A partir de ce moment, il est possible de dire que la peste fut notre affaire à tous. Jusque-là, malgré la surprise et l’inquiétude que leur avaient apportées ces événements singuliers, chacun de nos concitoyens avait poursuivi ses occupations, comme il l’avait pu, à sa place ordinaire. Et sans doute, cela devait continuer. Mais une fois les portes fermées, ils s’aperçurent qu’ils étaient tous, et le 5 narrateur lui-même, pris dans le même sac et qu’il fallait s’en arranger. [...]
Une des conséquences les plus remarquables de la fermeture fut, en effet, la soudaine séparation où furent placés des êtres qui n’y étaient pas préparés. Des mères et des enfants, des époux, des amants qui avaient cru procéder quelques jours auparavant à une séparation temporaire, qui s’étaient embrassés sur le quai de notre gare avec deux ou trois recommandations, certains de se revoir 10 quelques jours ou quelques semaines plus tard, enfoncés dans la stupide confiance humaine, à peine distraits par ce départ de leurs préoccupations habituelles, se virent d’un seul coup éloignés sans recours 1, empêchés de se rejoindre ou de communiquer. [...]
Trois semaines après la fermeture des portes, Rieux trouva, à la sortie de l’hôpital, un jeune homme qui l’attendait.
15 – Je suppose, lui dit ce dernier, que vous me reconnaissez.
Rieux croyait le connaître, mais il hésitait.
– Je suis venu avant ces événements, dit l’autre, vous demander des renseignements sur les conditions de vie des Arabes. Je m’appelle Raymond Rambert.
– Ah ! oui dit Rieux. Eh bien vous avez maintenant un beau sujet de reportage.
20 L’autre paraissait nerveux. Il dit que ce n’était pas cela et qu’il venait demander une aide au docteur Rieux. [...]
Rambert parlait, très agité. Il avait laissé sa femme à Paris. A vrai dire, ce n’était pas sa femme, mais c’était la même chose. Il lui avait télégraphié dès la fermeture de la ville. Il avait d’abord pensé qu’il s’agissait d’un événement provisoire et il avait seulement cherché à correspondre avec elle. Ses 25 confrères d’Oran lui avaient dit qu’ils ne pouvaient rien, la poste l’avait renvoyé, une secrétaire de la préfecture lui avait ri au nez 2. Il avait fini, après une attente de deux heures dans une file, par faire accepter un télégramme où il avait inscrit: « Tout va bien. A bientôt. » Mais le matin, en se levant, l’idée lui était venue brusquement qu’après tout il ne savait pas combien de temps cela pouvait durer.
Il avait décidé de partir. [...]
30 – C’est stupide, docteur, vous comprenez. Je n’ai pas été mis au monde pour faire des reportages. Mais peut-être ai-je été mis au monde pour vivre avec une femme. Cela n’est-il pas dans l’ordre ? [...]
– Soyez sûr que je vous comprends, dit enfin Rieux, mais votre raisonnement n’est pas bon. Je ne peux pas vous faire ce certificat parce qu’en fait, j’ignore si vous avez ou non cette maladie et 35 parce que, même dans ce cas, je ne puis pas certifier qu’entre la seconde où vous sortirez de mon bureau et celle où vous entrerez à la préfecture, vous ne serez pas infecté. Et puis même…
– Et puis même ? dit Rambert.
– Et puis, même si je vous donnais ce certificat, il ne vous servirait de rien.
– Pourquoi ?
40 – Parce qu’il y a dans cette ville des milliers d’hommes dans votre cas et qu’on ne peut cependant pas les laisser sortir.
– Mais s’ils n’ont pas la peste eux-mêmes ?
– Ce n’est pas une raison suffisante. Cette histoire est stupide, je sais bien, mais elle nous concerne tous. Il faut la prendre comme elle est.
45 – Mais je ne suis pas d’ici !
– A partir de maintenant, hélas ! vous serez d’ici comme tout le monde. [...]
– Si, cela vous regarde, fit Rambert, avec un éclat soudain. Je suis venu vers vous parce qu’on m’a dit que vous aviez eu une grande part dans les décisions prises. J’ai pensé alors que, pour un cas au moins, vous pourriez défaire ce que vous aviez contribué à faire. Mais cela vous est égal. Vous 50 n’avez pas pensé à personne. Vous n’avez pas tenu compte de ceux qui étaient séparés.
Rieux reconnut que, dans un sens, cela était vrai, il n’avait pas voulu en tenir compte.
– Ah ! je vois, fit Rambert, vous allez parler de service public. Mais le bien public 3 est fait du bonheur de chacun.
(759 Wörter)
Albert Camus: La peste, Paris, 1996, S. 79–100.
1 sans recours – ici: sans autres alternatives
2 rire au nez de qn – dt.: jdm. ins Gesicht lachen
3 le bien public – dt.: das Gemeinwohl
1
Résumez le texte. (Material 1)
(30 BE)
Aufgabe Vorschlag B3 - 2 · Bezug zu Unterrichtsinhalten (Comparez / Mettez en rapport)
Material 1
Albert Camus: La Peste (roman, 1947)
A Oran, ville française de la côte algérienne, une maladie étrange s’est déclarée. Les médecins finissent par découvrir qu’il s’agit de la peste qu’on croyait disparue depuis longtemps. Dans l’extrait qui suit, le docteur Rieux, médecin, et Raymond Rambert, journaliste qui est de passage à Oran, s’entretiennent.
A partir de ce moment, il est possible de dire que la peste fut notre affaire à tous. Jusque-là, malgré la surprise et l’inquiétude que leur avaient apportées ces événements singuliers, chacun de nos concitoyens avait poursuivi ses occupations, comme il l’avait pu, à sa place ordinaire. Et sans doute, cela devait continuer. Mais une fois les portes fermées, ils s’aperçurent qu’ils étaient tous, et le 5 narrateur lui-même, pris dans le même sac et qu’il fallait s’en arranger. [...]
Une des conséquences les plus remarquables de la fermeture fut, en effet, la soudaine séparation où furent placés des êtres qui n’y étaient pas préparés. Des mères et des enfants, des époux, des amants qui avaient cru procéder quelques jours auparavant à une séparation temporaire, qui s’étaient embrassés sur le quai de notre gare avec deux ou trois recommandations, certains de se revoir 10 quelques jours ou quelques semaines plus tard, enfoncés dans la stupide confiance humaine, à peine distraits par ce départ de leurs préoccupations habituelles, se virent d’un seul coup éloignés sans recours 1, empêchés de se rejoindre ou de communiquer. [...]
Trois semaines après la fermeture des portes, Rieux trouva, à la sortie de l’hôpital, un jeune homme qui l’attendait.
15 – Je suppose, lui dit ce dernier, que vous me reconnaissez.
Rieux croyait le connaître, mais il hésitait.
– Je suis venu avant ces événements, dit l’autre, vous demander des renseignements sur les conditions de vie des Arabes. Je m’appelle Raymond Rambert.
– Ah ! oui dit Rieux. Eh bien vous avez maintenant un beau sujet de reportage.
20 L’autre paraissait nerveux. Il dit que ce n’était pas cela et qu’il venait demander une aide au docteur Rieux. [...]
Rambert parlait, très agité. Il avait laissé sa femme à Paris. A vrai dire, ce n’était pas sa femme, mais c’était la même chose. Il lui avait télégraphié dès la fermeture de la ville. Il avait d’abord pensé qu’il s’agissait d’un événement provisoire et il avait seulement cherché à correspondre avec elle. Ses 25 confrères d’Oran lui avaient dit qu’ils ne pouvaient rien, la poste l’avait renvoyé, une secrétaire de la préfecture lui avait ri au nez 2. Il avait fini, après une attente de deux heures dans une file, par faire accepter un télégramme où il avait inscrit: « Tout va bien. A bientôt. » Mais le matin, en se levant, l’idée lui était venue brusquement qu’après tout il ne savait pas combien de temps cela pouvait durer.
Il avait décidé de partir. [...]
30 – C’est stupide, docteur, vous comprenez. Je n’ai pas été mis au monde pour faire des reportages. Mais peut-être ai-je été mis au monde pour vivre avec une femme. Cela n’est-il pas dans l’ordre ? [...]
– Soyez sûr que je vous comprends, dit enfin Rieux, mais votre raisonnement n’est pas bon. Je ne peux pas vous faire ce certificat parce qu’en fait, j’ignore si vous avez ou non cette maladie et 35 parce que, même dans ce cas, je ne puis pas certifier qu’entre la seconde où vous sortirez de mon bureau et celle où vous entrerez à la préfecture, vous ne serez pas infecté. Et puis même…
– Et puis même ? dit Rambert.
– Et puis, même si je vous donnais ce certificat, il ne vous servirait de rien.
– Pourquoi ?
40 – Parce qu’il y a dans cette ville des milliers d’hommes dans votre cas et qu’on ne peut cependant pas les laisser sortir.
– Mais s’ils n’ont pas la peste eux-mêmes ?
– Ce n’est pas une raison suffisante. Cette histoire est stupide, je sais bien, mais elle nous concerne tous. Il faut la prendre comme elle est.
45 – Mais je ne suis pas d’ici !
– A partir de maintenant, hélas ! vous serez d’ici comme tout le monde. [...]
– Si, cela vous regarde, fit Rambert, avec un éclat soudain. Je suis venu vers vous parce qu’on m’a dit que vous aviez eu une grande part dans les décisions prises. J’ai pensé alors que, pour un cas au moins, vous pourriez défaire ce que vous aviez contribué à faire. Mais cela vous est égal. Vous 50 n’avez pas pensé à personne. Vous n’avez pas tenu compte de ceux qui étaient séparés.
Rieux reconnut que, dans un sens, cela était vrai, il n’avait pas voulu en tenir compte.
– Ah ! je vois, fit Rambert, vous allez parler de service public. Mais le bien public 3 est fait du bonheur de chacun.
(759 Wörter)
Albert Camus: La peste, Paris, 1996, S. 79–100.
1 sans recours – ici: sans autres alternatives
2 rire au nez de qn – dt.: jdm. ins Gesicht lachen
3 le bien public – dt.: das Gemeinwohl
2
Comparez la situation et l’attitude de Rambert (Material 1) à celles d’un personnage ou d’une personne que vous avez étudié(e) en cours.
(40 BE)
Aufgabe Vorschlag B3 - 3.1 · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position)
3.1
« J’ai découvert que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. » (Blaise Pascal, 1623–1662)
Commentez cette phrase en vous référant à une situation extrême.
(30 BE)
Aufgabe Vorschlag B3 - 3.2 · Analyse nicht-literarischer Texte und Dokumentvergleich (Analysez / Mettez en rapport)
Material 2
Ateliersfar: Le confinement vu par les dessinateurs, in: Le Figaro, 18.03.2020, URL: https://www.lefigaro.fr/bd/le-confinement-vu-par-les-dessinateurs-202 (abgerufen am 21.10.2021).
Hinweis
Le texte de la caricature est: « il y a comme un rempart de maisons qui me protège de la rue. »
3.2
Interprétez la caricature. (Material 2) [30 BE]
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