Abitur Hessen Französisch 2021 · LK

Abiturprüfung Französisch in Hessen 2021, LK: 10 Aufgaben mit Lösungen. Themen: Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez). Kostenlos.

Themen der Prüfung: Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez) · Analyse literarischer Texte (Analysez / Caractérisez) · Bezug zu Unterrichtsinhalten (Comparez / Mettez en rapport) · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position) · Adressatenbezogenes Schreiben: Blog, Rede, Brief, Bewerbung · Kreatives Schreiben: Perspektivwechsel und Fortsetzung (Journal intime, lettre d'un personnage) · Sprachmittlung Deutsch → Französisch (Médiation)

Prüfungsteil 1 - Vorschlag A · Sprachmittlung Deutsch → Französisch (Médiation)

Hessisches Kultusministerium — Landesabitur 2021

Französisch Leistungskurs — Thema und Aufgabenstellung

Prüfungsteil 1 (Sprachmittlung) – Vorschlag A

Rapports homme – femme

Aufgabe

La sœur aînée de votre ami/e français/e attend son premier enfant et a droit à un congé parental payé de 10 semaines après la naissance. Comme elle a entendu dire qu'en Allemagne, les parents avaient droit à 14 mois, elle demande quel est l'impact de ce congé sur leur situation professionnelle.

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Material

Jean-Michel Normand: J'ai trois Greta Thunberg à la maison… Ces ados écolos qui prennent en main le bilan carbone 1 de la famille (article, 2019)

Fini le plastique, la viande et l'avion. […]

La planète peut dire merci à la famille Lorrain. Dans la salle de bains de leur appartement, dans le 18 e arrondissement à Paris, point de dentifrice en tube mais sous forme solide, dans une boîte rechargeable, avec brosses à dents en bambou. Aucun emballage plastique ne saurait franchir le seuil du foyer; pour les courses, c'est Tupperware et sac en toile. À table, la viande est devenue rare et les flocons d'avoine remplacent avantageusement la levure chimique 2 pour préparer les cookies. Toute la maisonnée s'est engagée dans un défi zéro déchet 3 avec d'autres familles, un engagement pris sur cinq mois, évidemment renouvelables. Dernier acte de foi: depuis une semaine, la cour de l'immeuble accueille un lombricomposteur 4 tout neuf. Bref, c'est un sans-faute 5.

Issia Lorrain, 15 ans, l'aînée des deux filles, est la grande instigatrice 6 de ce que Sandrine, sa mère, qualifie de « révolution familiale ». Membre de Youth for Climate, l'organisation dont la jeune militante suédoise Greta Thunberg est la figure de proue 7, cette élève en seconde au lycée international Honoré-de-Balzac, à Paris, choisit ses mots avec soin et s'exprime avec une belle facilité – elle s'est notamment fait remarquer en participant à « L'émission pour la Terre », mi-octobre sur France 2 8.

À la maison, elle mène tambour battant 9 la transition écologique de la tribu, portant un regard sourcilleux sur le contenu des courses afin d'en surveiller le conditionnement 10 et de s'assurer que l'ensemble est dûment estampillé 11 bio. Elle exerce aussi un droit de regard très strict sur le programme des vacances afin d'en limiter au maximum le bilan carbone. Elle s'est vigoureusement opposée à un voyage prévu au Vietnam; les quatre membres de la famille n'allaient tout de même pas ruiner leurs efforts quotidiens en s'en allant brûler du kérosène dans un avion long-courrier. […]

Issia est devenue militante de l'environnement en 2018, lorsqu'elle était en classe de 3 e. Une prise de conscience aiguë qui a rapidement provoqué quelques tensions. « Cela a commencé quand j'ai décidé d'être végétarienne. Mes parents n'étaient pas pour », se souvient la lycéenne. Depuis, elle a poussé son avantage et entend continuer de « dire [ses] quatre vérités » autour d'elle, bien décidée à « ne rien lâcher pour faire changer [ses] parents ». « On ne peut plus te dire non », disent mon père et ma mère. À force de chercher les limites, on devient très doué pour les énerver », lance-t-elle dans un grand éclat de rire.

Bien que Youth for Climate publie sur son site français des lettres ouvertes dans lesquelles des adolescents reprochent à leurs parents de les « condamner à vivre l'enfer, aujourd'hui et demain et ce pour des générations », Issia ne veut pas accabler les siens. « Ils trouvent que j'en fais trop mais ils sont vachement compréhensifs. D'ailleurs, ce sont eux en premier lieu qui m'ont sensibilisée aux questions d'environnement », reconnaît-elle. Le fossé générationnel, estime-t-elle pourtant, est manifeste. « Pour ma mère, c'est certainement compliqué de me comprendre; lorsqu'elle était adolescente, on prenait les écolos pour des fous. » […]

Ce face-à-face entre parents et ados modifie les schémas classiques du rapport d'autorité au sein de la famille. L'adulte perd une partie de son ascendant devant sa progéniture 12 qui lui oppose des valeurs et des principes aussi difficiles à contester que la préservation des ressources naturelles, l'achat éthique et plus largement la responsabilité individuelle face à la dégradation de l'environnement. L'écolo-activiste débutant mais archi-motivé qui fait de son cercle familial un terrain de militantisme négocie d'égal à égal avec ses géniteurs 13, conscient que ceux-ci sont plus ou moins taraudés 14 par une sorte de mauvaise conscience. Déconcerté, le baby-boomer 15 se souvient que lorsqu'il était un ado vaguement gauchiste, il manifestait dans la rue, pas chez lui, et n'interpellait pas ses parents au nom de valeurs aussi largement consensuelles. […]

Pour tenter de contenir le foisonnant cahier de revendications 16 qui leur est opposé, les parents mettent en œuvre, selon les situations, plusieurs stratégies complémentaires. D'abord, fixer des limites. « Je comprends qu'Issia ait besoin de nous tenir tête – c'est de son âge –, mais je ne cède pas lorsque la demande s'apparente à une forme d'extrémisme. On ne va quand même pas cesser de partir en vacances », prévient Sandrine Lorrain. Ensuite, changer de paradigme et renvoyer à son interlocuteur l'argument de la culpabilité. « Être écolo jusqu'au bout, sans concession, c'est un luxe qui exige beaucoup de moyens et énormément de temps. Imaginez ce qu'il en serait pour une famille qui aurait du mal à joindre les deux bouts 17 », fait encore valoir la mère d'Issia dont le plaidoyer s'achève sur un cri du cœur: « Les convictions de ma fille me coûtent cher ! »

(856 Wörter)

Jean-Michel Normand: J'ai trois Greta Thunberg à la maison (17./18.11.2019), URL: https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2019/11/16/j-ai-une-greta-thunberg-a-la-maison_6019380_4497916.html (abgerufen am 24.05.2020).

Vocabulaire / Annotations

1 le bilan carbone – dt.: der Kohlenstoff-Fußabdruck

2 la levure chimique – dt.: Backpulver

3 un défi zéro déchet – le but de ne plus avoir de déchets

4 un lombricomposteur – un récipient dans lequel des vers de terre décomposent les déchets

5 c'est un sans-faute – c'est parfait, irréprochable

6 l'instigatrice f – l'inspiratrice, la personne qui pousse à faire qc

7 la figure de proue – le chef

8 France 2 – le nom d'une chaîne de télévision

9 mener tambour battant – diriger avec autorité

10 le conditionnement – dt.: Verpackung

11 dûment estampillé,e – bien marqué,e

12 la progéniture – les enfants

13 les géniteurs – les parents

14 taraudé,e – moralement tourmenté,e

15 le baby-boomer – une personne née entre 1946 et 1960

16 le foisonnant cahier de revendications – un cahier bien rempli de revendications

17 avoir du mal à joindre les deux bouts – avoir des difficultés financières

E-mail de réponse:

Aufgabe Vorschlag B1 - Aufgabe 1 · Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez)

Material

Jean-Michel Normand: J'ai trois Greta Thunberg à la maison… Ces ados écolos qui prennent en main le bilan carbone 1 de la famille (article, 2019)

Fini le plastique, la viande et l'avion. […]

La planète peut dire merci à la famille Lorrain. Dans la salle de bains de leur appartement, dans le 18 e arrondissement à Paris, point de dentifrice en tube mais sous forme solide, dans une boîte rechargeable, avec brosses à dents en bambou. Aucun emballage plastique ne saurait franchir le seuil du foyer; pour les courses, c'est Tupperware et sac en toile. À table, la viande est devenue rare et les flocons d'avoine remplacent avantageusement la levure chimique 2 pour préparer les cookies. Toute la maisonnée s'est engagée dans un défi zéro déchet 3 avec d'autres familles, un engagement pris sur cinq mois, évidemment renouvelables. Dernier acte de foi: depuis une semaine, la cour de l'immeuble accueille un lombricomposteur 4 tout neuf. Bref, c'est un sans-faute 5.

Issia Lorrain, 15 ans, l'aînée des deux filles, est la grande instigatrice 6 de ce que Sandrine, sa mère, qualifie de « révolution familiale ». Membre de Youth for Climate, l'organisation dont la jeune militante suédoise Greta Thunberg est la figure de proue 7, cette élève en seconde au lycée international Honoré-de-Balzac, à Paris, choisit ses mots avec soin et s'exprime avec une belle facilité – elle s'est notamment fait remarquer en participant à « L'émission pour la Terre », mi-octobre sur France 2 8.

À la maison, elle mène tambour battant 9 la transition écologique de la tribu, portant un regard sourcilleux sur le contenu des courses afin d'en surveiller le conditionnement 10 et de s'assurer que l'ensemble est dûment estampillé 11 bio. Elle exerce aussi un droit de regard très strict sur le programme des vacances afin d'en limiter au maximum le bilan carbone. Elle s'est vigoureusement opposée à un voyage prévu au Vietnam; les quatre membres de la famille n'allaient tout de même pas ruiner leurs efforts quotidiens en s'en allant brûler du kérosène dans un avion long-courrier. […]

Issia est devenue militante de l'environnement en 2018, lorsqu'elle était en classe de 3 e. Une prise de conscience aiguë qui a rapidement provoqué quelques tensions. « Cela a commencé quand j'ai décidé d'être végétarienne. Mes parents n'étaient pas pour », se souvient la lycéenne. Depuis, elle a poussé son avantage et entend continuer de « dire [ses] quatre vérités » autour d'elle, bien décidée à « ne rien lâcher pour faire changer [ses] parents ». « On ne peut plus te dire non », disent mon père et ma mère. À force de chercher les limites, on devient très doué pour les énerver », lance-t-elle dans un grand éclat de rire.

Bien que Youth for Climate publie sur son site français des lettres ouvertes dans lesquelles des adolescents reprochent à leurs parents de les « condamner à vivre l'enfer, aujourd'hui et demain et ce pour des générations », Issia ne veut pas accabler les siens. « Ils trouvent que j'en fais trop mais ils sont vachement compréhensifs. D'ailleurs, ce sont eux en premier lieu qui m'ont sensibilisée aux questions d'environnement », reconnaît-elle. Le fossé générationnel, estime-t-elle pourtant, est manifeste. « Pour ma mère, c'est certainement compliqué de me comprendre; lorsqu'elle était adolescente, on prenait les écolos pour des fous. » […]

Ce face-à-face entre parents et ados modifie les schémas classiques du rapport d'autorité au sein de la famille. L'adulte perd une partie de son ascendant devant sa progéniture 12 qui lui oppose des valeurs et des principes aussi difficiles à contester que la préservation des ressources naturelles, l'achat éthique et plus largement la responsabilité individuelle face à la dégradation de l'environnement. L'écolo-activiste débutant mais archi-motivé qui fait de son cercle familial un terrain de militantisme négocie d'égal à égal avec ses géniteurs 13, conscient que ceux-ci sont plus ou moins taraudés 14 par une sorte de mauvaise conscience. Déconcerté, le baby-boomer 15 se souvient que lorsqu'il était un ado vaguement gauchiste, il manifestait dans la rue, pas chez lui, et n'interpellait pas ses parents au nom de valeurs aussi largement consensuelles. […]

Pour tenter de contenir le foisonnant cahier de revendications 16 qui leur est opposé, les parents mettent en œuvre, selon les situations, plusieurs stratégies complémentaires. D'abord, fixer des limites. « Je comprends qu'Issia ait besoin de nous tenir tête – c'est de son âge –, mais je ne cède pas lorsque la demande s'apparente à une forme d'extrémisme. On ne va quand même pas cesser de partir en vacances », prévient Sandrine Lorrain. Ensuite, changer de paradigme et renvoyer à son interlocuteur l'argument de la culpabilité. « Être écolo jusqu'au bout, sans concession, c'est un luxe qui exige beaucoup de moyens et énormément de temps. Imaginez ce qu'il en serait pour une famille qui aurait du mal à joindre les deux bouts 17 », fait encore valoir la mère d'Issia dont le plaidoyer s'achève sur un cri du cœur: « Les convictions de ma fille me coûtent cher ! »

(856 Wörter)

Jean-Michel Normand: J'ai trois Greta Thunberg à la maison (17./18.11.2019), URL: https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2019/11/16/j-ai-une-greta-thunberg-a-la-maison_6019380_4497916.html (abgerufen am 24.05.2020).

Vocabulaire / Annotations

1 le bilan carbone – dt.: der Kohlenstoff-Fußabdruck

2 la levure chimique – dt.: Backpulver

3 un défi zéro déchet – le but de ne plus avoir de déchets

4 un lombricomposteur – un récipient dans lequel des vers de terre décomposent les déchets

5 c'est un sans-faute – c'est parfait, irréprochable

6 l'instigatrice f – l'inspiratrice, la personne qui pousse à faire qc

7 la figure de proue – le chef

8 France 2 – le nom d'une chaîne de télévision

9 mener tambour battant – diriger avec autorité

10 le conditionnement – dt.: Verpackung

11 dûment estampillé,e – bien marqué,e

12 la progéniture – les enfants

13 les géniteurs – les parents

14 taraudé,e – moralement tourmenté,e

15 le baby-boomer – une personne née entre 1946 et 1960

16 le foisonnant cahier de revendications – un cahier bien rempli de revendications

17 avoir du mal à joindre les deux bouts – avoir des difficultés financières

Aufgaben

1

Résumez le texte. (Material) (30 BE)

Aufgabe Vorschlag B1 - Aufgabe 2 · Bezug zu Unterrichtsinhalten (Comparez / Mettez en rapport)

Material

Jean-Michel Normand: J'ai trois Greta Thunberg à la maison… Ces ados écolos qui prennent en main le bilan carbone 1 de la famille (article, 2019)

Fini le plastique, la viande et l'avion. […]

La planète peut dire merci à la famille Lorrain. Dans la salle de bains de leur appartement, dans le 18 e arrondissement à Paris, point de dentifrice en tube mais sous forme solide, dans une boîte rechargeable, avec brosses à dents en bambou. Aucun emballage plastique ne saurait franchir le seuil du foyer; pour les courses, c'est Tupperware et sac en toile. À table, la viande est devenue rare et les flocons d'avoine remplacent avantageusement la levure chimique 2 pour préparer les cookies. Toute la maisonnée s'est engagée dans un défi zéro déchet 3 avec d'autres familles, un engagement pris sur cinq mois, évidemment renouvelables. Dernier acte de foi: depuis une semaine, la cour de l'immeuble accueille un lombricomposteur 4 tout neuf. Bref, c'est un sans-faute 5.

Issia Lorrain, 15 ans, l'aînée des deux filles, est la grande instigatrice 6 de ce que Sandrine, sa mère, qualifie de « révolution familiale ». Membre de Youth for Climate, l'organisation dont la jeune militante suédoise Greta Thunberg est la figure de proue 7, cette élève en seconde au lycée international Honoré-de-Balzac, à Paris, choisit ses mots avec soin et s'exprime avec une belle facilité – elle s'est notamment fait remarquer en participant à « L'émission pour la Terre », mi-octobre sur France 2 8.

À la maison, elle mène tambour battant 9 la transition écologique de la tribu, portant un regard sourcilleux sur le contenu des courses afin d'en surveiller le conditionnement 10 et de s'assurer que l'ensemble est dûment estampillé 11 bio. Elle exerce aussi un droit de regard très strict sur le programme des vacances afin d'en limiter au maximum le bilan carbone. Elle s'est vigoureusement opposée à un voyage prévu au Vietnam; les quatre membres de la famille n'allaient tout de même pas ruiner leurs efforts quotidiens en s'en allant brûler du kérosène dans un avion long-courrier. […]

Issia est devenue militante de l'environnement en 2018, lorsqu'elle était en classe de 3 e. Une prise de conscience aiguë qui a rapidement provoqué quelques tensions. « Cela a commencé quand j'ai décidé d'être végétarienne. Mes parents n'étaient pas pour », se souvient la lycéenne. Depuis, elle a poussé son avantage et entend continuer de « dire [ses] quatre vérités » autour d'elle, bien décidée à « ne rien lâcher pour faire changer [ses] parents ». « On ne peut plus te dire non », disent mon père et ma mère. À force de chercher les limites, on devient très doué pour les énerver », lance-t-elle dans un grand éclat de rire.

Bien que Youth for Climate publie sur son site français des lettres ouvertes dans lesquelles des adolescents reprochent à leurs parents de les « condamner à vivre l'enfer, aujourd'hui et demain et ce pour des générations », Issia ne veut pas accabler les siens. « Ils trouvent que j'en fais trop mais ils sont vachement compréhensifs. D'ailleurs, ce sont eux en premier lieu qui m'ont sensibilisée aux questions d'environnement », reconnaît-elle. Le fossé générationnel, estime-t-elle pourtant, est manifeste. « Pour ma mère, c'est certainement compliqué de me comprendre; lorsqu'elle était adolescente, on prenait les écolos pour des fous. » […]

Ce face-à-face entre parents et ados modifie les schémas classiques du rapport d'autorité au sein de la famille. L'adulte perd une partie de son ascendant devant sa progéniture 12 qui lui oppose des valeurs et des principes aussi difficiles à contester que la préservation des ressources naturelles, l'achat éthique et plus largement la responsabilité individuelle face à la dégradation de l'environnement. L'écolo-activiste débutant mais archi-motivé qui fait de son cercle familial un terrain de militantisme négocie d'égal à égal avec ses géniteurs 13, conscient que ceux-ci sont plus ou moins taraudés 14 par une sorte de mauvaise conscience. Déconcerté, le baby-boomer 15 se souvient que lorsqu'il était un ado vaguement gauchiste, il manifestait dans la rue, pas chez lui, et n'interpellait pas ses parents au nom de valeurs aussi largement consensuelles. […]

Pour tenter de contenir le foisonnant cahier de revendications 16 qui leur est opposé, les parents mettent en œuvre, selon les situations, plusieurs stratégies complémentaires. D'abord, fixer des limites. « Je comprends qu'Issia ait besoin de nous tenir tête – c'est de son âge –, mais je ne cède pas lorsque la demande s'apparente à une forme d'extrémisme. On ne va quand même pas cesser de partir en vacances », prévient Sandrine Lorrain. Ensuite, changer de paradigme et renvoyer à son interlocuteur l'argument de la culpabilité. « Être écolo jusqu'au bout, sans concession, c'est un luxe qui exige beaucoup de moyens et énormément de temps. Imaginez ce qu'il en serait pour une famille qui aurait du mal à joindre les deux bouts 17 », fait encore valoir la mère d'Issia dont le plaidoyer s'achève sur un cri du cœur: « Les convictions de ma fille me coûtent cher ! »

(856 Wörter)

Jean-Michel Normand: J'ai trois Greta Thunberg à la maison (17./18.11.2019), URL: https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2019/11/16/j-ai-une-greta-thunberg-a-la-maison_6019380_4497916.html (abgerufen am 24.05.2020).

Vocabulaire / Annotations

1 le bilan carbone – dt.: der Kohlenstoff-Fußabdruck

2 la levure chimique – dt.: Backpulver

3 un défi zéro déchet – le but de ne plus avoir de déchets

4 un lombricomposteur – un récipient dans lequel des vers de terre décomposent les déchets

5 c'est un sans-faute – c'est parfait, irréprochable

6 l'instigatrice f – l'inspiratrice, la personne qui pousse à faire qc

7 la figure de proue – le chef

8 France 2 – le nom d'une chaîne de télévision

9 mener tambour battant – diriger avec autorité

10 le conditionnement – dt.: Verpackung

11 dûment estampillé,e – bien marqué,e

12 la progéniture – les enfants

13 les géniteurs – les parents

14 taraudé,e – moralement tourmenté,e

15 le baby-boomer – une personne née entre 1946 et 1960

16 le foisonnant cahier de revendications – un cahier bien rempli de revendications

17 avoir du mal à joindre les deux bouts – avoir des difficultés financières

Aufgaben

2

Comparez Sandrine Lorrain, la mère d'Issia (Material), avec un personnage ou une personne que vous avez étudié(e) en cours. (40 BE)

Aufgabe Vorschlag B1 - Aufgabe 3 · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position)

Material

Jean-Michel Normand: J'ai trois Greta Thunberg à la maison… Ces ados écolos qui prennent en main le bilan carbone 1 de la famille (article, 2019)

Fini le plastique, la viande et l'avion. […]

La planète peut dire merci à la famille Lorrain. Dans la salle de bains de leur appartement, dans le 18 e arrondissement à Paris, point de dentifrice en tube mais sous forme solide, dans une boîte rechargeable, avec brosses à dents en bambou. Aucun emballage plastique ne saurait franchir le seuil du foyer; pour les courses, c'est Tupperware et sac en toile. À table, la viande est devenue rare et les flocons d'avoine remplacent avantageusement la levure chimique 2 pour préparer les cookies. Toute la maisonnée s'est engagée dans un défi zéro déchet 3 avec d'autres familles, un engagement pris sur cinq mois, évidemment renouvelables. Dernier acte de foi: depuis une semaine, la cour de l'immeuble accueille un lombricomposteur 4 tout neuf. Bref, c'est un sans-faute 5.

Issia Lorrain, 15 ans, l'aînée des deux filles, est la grande instigatrice 6 de ce que Sandrine, sa mère, qualifie de « révolution familiale ». Membre de Youth for Climate, l'organisation dont la jeune militante suédoise Greta Thunberg est la figure de proue 7, cette élève en seconde au lycée international Honoré-de-Balzac, à Paris, choisit ses mots avec soin et s'exprime avec une belle facilité – elle s'est notamment fait remarquer en participant à « L'émission pour la Terre », mi-octobre sur France 2 8.

À la maison, elle mène tambour battant 9 la transition écologique de la tribu, portant un regard sourcilleux sur le contenu des courses afin d'en surveiller le conditionnement 10 et de s'assurer que l'ensemble est dûment estampillé 11 bio. Elle exerce aussi un droit de regard très strict sur le programme des vacances afin d'en limiter au maximum le bilan carbone. Elle s'est vigoureusement opposée à un voyage prévu au Vietnam; les quatre membres de la famille n'allaient tout de même pas ruiner leurs efforts quotidiens en s'en allant brûler du kérosène dans un avion long-courrier. […]

Issia est devenue militante de l'environnement en 2018, lorsqu'elle était en classe de 3 e. Une prise de conscience aiguë qui a rapidement provoqué quelques tensions. « Cela a commencé quand j'ai décidé d'être végétarienne. Mes parents n'étaient pas pour », se souvient la lycéenne. Depuis, elle a poussé son avantage et entend continuer de « dire [ses] quatre vérités » autour d'elle, bien décidée à « ne rien lâcher pour faire changer [ses] parents ». « On ne peut plus te dire non », disent mon père et ma mère. À force de chercher les limites, on devient très doué pour les énerver », lance-t-elle dans un grand éclat de rire.

Bien que Youth for Climate publie sur son site français des lettres ouvertes dans lesquelles des adolescents reprochent à leurs parents de les « condamner à vivre l'enfer, aujourd'hui et demain et ce pour des générations », Issia ne veut pas accabler les siens. « Ils trouvent que j'en fais trop mais ils sont vachement compréhensifs. D'ailleurs, ce sont eux en premier lieu qui m'ont sensibilisée aux questions d'environnement », reconnaît-elle. Le fossé générationnel, estime-t-elle pourtant, est manifeste. « Pour ma mère, c'est certainement compliqué de me comprendre; lorsqu'elle était adolescente, on prenait les écolos pour des fous. » […]

Ce face-à-face entre parents et ados modifie les schémas classiques du rapport d'autorité au sein de la famille. L'adulte perd une partie de son ascendant devant sa progéniture 12 qui lui oppose des valeurs et des principes aussi difficiles à contester que la préservation des ressources naturelles, l'achat éthique et plus largement la responsabilité individuelle face à la dégradation de l'environnement. L'écolo-activiste débutant mais archi-motivé qui fait de son cercle familial un terrain de militantisme négocie d'égal à égal avec ses géniteurs 13, conscient que ceux-ci sont plus ou moins taraudés 14 par une sorte de mauvaise conscience. Déconcerté, le baby-boomer 15 se souvient que lorsqu'il était un ado vaguement gauchiste, il manifestait dans la rue, pas chez lui, et n'interpellait pas ses parents au nom de valeurs aussi largement consensuelles. […]

Pour tenter de contenir le foisonnant cahier de revendications 16 qui leur est opposé, les parents mettent en œuvre, selon les situations, plusieurs stratégies complémentaires. D'abord, fixer des limites. « Je comprends qu'Issia ait besoin de nous tenir tête – c'est de son âge –, mais je ne cède pas lorsque la demande s'apparente à une forme d'extrémisme. On ne va quand même pas cesser de partir en vacances », prévient Sandrine Lorrain. Ensuite, changer de paradigme et renvoyer à son interlocuteur l'argument de la culpabilité. « Être écolo jusqu'au bout, sans concession, c'est un luxe qui exige beaucoup de moyens et énormément de temps. Imaginez ce qu'il en serait pour une famille qui aurait du mal à joindre les deux bouts 17 », fait encore valoir la mère d'Issia dont le plaidoyer s'achève sur un cri du cœur: « Les convictions de ma fille me coûtent cher ! »

(856 Wörter)

Jean-Michel Normand: J'ai trois Greta Thunberg à la maison (17./18.11.2019), URL: https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2019/11/16/j-ai-une-greta-thunberg-a-la-maison_6019380_4497916.html (abgerufen am 24.05.2020).

Vocabulaire / Annotations

1 le bilan carbone – dt.: der Kohlenstoff-Fußabdruck

2 la levure chimique – dt.: Backpulver

3 un défi zéro déchet – le but de ne plus avoir de déchets

4 un lombricomposteur – un récipient dans lequel des vers de terre décomposent les déchets

5 c'est un sans-faute – c'est parfait, irréprochable

6 l'instigatrice f – l'inspiratrice, la personne qui pousse à faire qc

7 la figure de proue – le chef

8 France 2 – le nom d'une chaîne de télévision

9 mener tambour battant – diriger avec autorité

10 le conditionnement – dt.: Verpackung

11 dûment estampillé,e – bien marqué,e

12 la progéniture – les enfants

13 les géniteurs – les parents

14 taraudé,e – moralement tourmenté,e

15 le baby-boomer – une personne née entre 1946 et 1960

16 le foisonnant cahier de revendications – un cahier bien rempli de revendications

17 avoir du mal à joindre les deux bouts – avoir des difficultés financières

Aufgaben

3

Parlant des jeunes comme Issia, une sociologue dit dans le même article: « Ces jeunes rejettent le mode de consommation dominant. »

Discutez cette prise de position. (30 BE)

Aufgabe Vorschlag B2 - Aufgabe 1 · Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez)

Material

Roger Martin du Gard: Les Thibault, L'Été 1914 (roman, 1936)

L'extrait se passe en 1914. Les deux frères, Antoine et Jacques Thibault, parlent de la guerre qui s'annonce.

« Causons sérieusement, mon petit. Qu’est-ce que… tu comptes faire, toi ? »

Jacques affecta un air étonné, et ne répondit pas.

– « Tu as été réformé 1. Mais, en cas de mobilisation 2, on révisera toutes les réformes, on enverra tout le monde au feu… Qu’est-ce que tu comptes faire, toi ? »

Jacques ne pouvait se dérober 3:

– « Je n’en sais rien encore », dit-il. « Pour l’instant, je suis légalement hors de leurs griffes 4: ils ne peuvent rien contre moi. » Devant le regard insistant de son frère, il ajouta, sèchement: « Ce que je peux te dire, c’est que je me couperais plutôt les deux mains que de me laisser mobiliser. »

Antoine détourna les yeux, une seconde.

– « C’est l’attitude la plus… »

– « … la plus lâche ? »

– « Non; je n’ai pas pensé ça », fit Antoine, affectueusement. « Mais, peut-être: l’attitude la plus égoïste… » Comme Jacques ne bronchait 5 pas, il poursuivait: « Ne crois-tu pas ? En un pareil moment, refuser de servir, c’est faire passer son intérêt personnel avant l’intérêt général. »

– « Avant l’intérêt national ! », riposta 6 Jacques. « L’intérêt général, l’intérêt des masses, c’est manifestement la paix, et non la guerre ! »

Antoine fit un geste évasif, qui semblait vouloir écarter de la conversation toute controverse théorique. Mais Jacques insista:

– « L’intérêt général, c’est moi qui le sers – par mon refus ! Et je sens bien – je sens d’une façon indubitable – que ce qui se refuse en moi, aujourd’hui, c’est le meilleur ! »

Antoine retint un mouvement d’impatience:

– « Réfléchis, voyons… Quel résultat pratique peux-tu espérer de ce refus ? Aucun !… Quand tout un pays mobilise, quand l’immense majorité – comme ce serait le cas – accepte l’obligation de la défense nationale, quoi de plus vain, de plus voué à l’échec 7, qu’un acte isolé d’insubordination 8 ? »

Le ton restait si volontairement mesuré, si affectueux, que Jacques en fut touché. Très calme, il regarda son frère, et esquissa même un sourire amical.

– « Pourquoi revenir là-dessus, mon vieux ? Tu sais bien ce que je pense… Je n’accepterai jamais qu’un gouvernement puisse me forcer à prendre part à une entreprise que je considère comme un crime, comme une trahison de la vérité, de la justice, de la solidarité humaine… Pour moi, l’héroïsme, il n’est pas du côté de Roy 9: l’héroïsme n’est pas de prendre un fusil et de courir à la frontière ! c’est de lever les crosses 10 – et de se laisser conduire au poteau 11, plutôt que de se faire complice !… Sacrifice illusoire ? Qui sait ? C’est l’absurde docilité 12 des foules qui a rendu et rend encore les guerres possibles… Sacrifice isolé ? Tant pis… Si ceux qui ont le cran de dire “non” doivent être peu nombreux, qu’y puis-je ? C’est peut-être simplement parce que… » Il hésita: « parce qu’une certaine… force d’âme 13 ne court pas les rues… »

Antoine avait écouté debout, étrangement immobile. Un mouvement imperceptible faisait vibrer la ligne de ses sourcils. Il regardait fixement son frère, et respirait à petites bouffées 14, comme un dormeur.

– « Je ne nie pas qu’il faille une force morale peu commune pour s’insurger, seul ou presque, contre un décret de mobilisation », fit-il enfin, avec douceur. « Mais c’est une force perdue… Une force qui va stupidement se briser contre un mur !… L’homme convaincu, qui se refuse à la guerre et se fait fusiller pour sa conviction, je lui accorde toute ma sympathie, toute ma pitié… Mais je le tiens pour un rêveur inutile… Et je lui donne tort 15. »

Jacques se contenta d’écarter légèrement les bras, comme il avait fait déjà lorsqu’il avait dit: « Qu’y puis-je ? » […]

– « Réfléchis, mon petit… Il ne s’agit pas d’approuver la guerre – crois-tu que je l’approuve ? – il s’agit de la subir. Avec révolte, si c’est notre tempérament; mais une révolte intérieure, et que le sentiment du devoir sache museler 16. Marchander notre concours 17, au moment du danger, ce serait trahir la communauté… Oui, c’est là que serait la vraie trahison, le crime envers les autres, le manque de solidarité… Je ne prétends pas nous interdire le droit de discuter les décisions que le gouvernement va prendre. Mais plus tard. Après avoir obéi. »

Jacques ébaucha un nouveau sourire:

– « Et moi, vois-tu, je prétends qu’un individu est libre de se désintéresser totalement des prétentions nationales au nom desquelles les États se font la guerre. Je nie à l’État le droit de violenter, pour quelque motif que ce soit, les hommes dans leur conscience… Je répugne à employer toujours ces grands mots. Pourtant, c’est bien ça: c’est ma conscience qui parle plus haut, en moi, que tous les raisonnements opportunistes 18, comme les tiens. Et c’est elle, aussi, qui parle plus haut que vos lois […] »

(785 Wörter)

Roger Martin du Gard: L’Été 1914, in: Hélène Potelet/Georges Décotes (Hg.): La Première Guerre mondiale. Anthologie, Paris 2006, S. 9–13.

Vocabulaire explicatif

1 réformer qn – reconnaître qn inapte au service militaire

2 la mobilisation – l’acte d’assembler des troupes et du matériel afin de préparer une guerre

3 se dérober – ici: se retirer, s’éclipser, partir

4 être hors de leurs griffes – ici: échapper à la mobilisation

5 ne pas broncher – ne pas réagir

6 riposter – répondre avec véhémence, contre-attaquer

7 être voué,e à l’échec – dt.: dem Untergang geweiht sein

8 l’insubordination f – la désobéissance, la rébellion

9 Manuel Roy est un autre personnage du livre. Il défend des idées nationalistes.

10 la crosse – dt.: der Gewehrkolben, Griff einer Waffe

11 le poteau – ici: Erschießungspfahl

12 la docilité – la soumission

13 la force d’âme – le courage, la bravoure

14 la bouffée – le souffle

15 donner tort à qn – dt.: jmdm. Unrecht geben

16 museler – ici: contenir, dominer

17 le concours – ici: la participation, coopération à une action commune

18 opportuniste – dt.: linientreu, angepasst

Aufgabe 1

Présentez Antoine et son point de vue. (Material)

(30 BE)

Aufgabe Vorschlag B2 - Aufgabe 2 · Bezug zu Unterrichtsinhalten (Comparez / Mettez en rapport)

Material

Roger Martin du Gard: Les Thibault, L'Été 1914 (roman, 1936)

L'extrait se passe en 1914. Les deux frères, Antoine et Jacques Thibault, parlent de la guerre qui s'annonce.

« Causons sérieusement, mon petit. Qu’est-ce que… tu comptes faire, toi ? »

Jacques affecta un air étonné, et ne répondit pas.

– « Tu as été réformé 1. Mais, en cas de mobilisation 2, on révisera toutes les réformes, on enverra tout le monde au feu… Qu’est-ce que tu comptes faire, toi ? »

Jacques ne pouvait se dérober 3:

– « Je n’en sais rien encore », dit-il. « Pour l’instant, je suis légalement hors de leurs griffes 4: ils ne peuvent rien contre moi. » Devant le regard insistant de son frère, il ajouta, sèchement: « Ce que je peux te dire, c’est que je me couperais plutôt les deux mains que de me laisser mobiliser. »

Antoine détourna les yeux, une seconde.

– « C’est l’attitude la plus… »

– « … la plus lâche ? »

– « Non; je n’ai pas pensé ça », fit Antoine, affectueusement. « Mais, peut-être: l’attitude la plus égoïste… » Comme Jacques ne bronchait 5 pas, il poursuivait: « Ne crois-tu pas ? En un pareil moment, refuser de servir, c’est faire passer son intérêt personnel avant l’intérêt général. »

– « Avant l’intérêt national ! », riposta 6 Jacques. « L’intérêt général, l’intérêt des masses, c’est manifestement la paix, et non la guerre ! »

Antoine fit un geste évasif, qui semblait vouloir écarter de la conversation toute controverse théorique. Mais Jacques insista:

– « L’intérêt général, c’est moi qui le sers – par mon refus ! Et je sens bien – je sens d’une façon indubitable – que ce qui se refuse en moi, aujourd’hui, c’est le meilleur ! »

Antoine retint un mouvement d’impatience:

– « Réfléchis, voyons… Quel résultat pratique peux-tu espérer de ce refus ? Aucun !… Quand tout un pays mobilise, quand l’immense majorité – comme ce serait le cas – accepte l’obligation de la défense nationale, quoi de plus vain, de plus voué à l’échec 7, qu’un acte isolé d’insubordination 8 ? »

Le ton restait si volontairement mesuré, si affectueux, que Jacques en fut touché. Très calme, il regarda son frère, et esquissa même un sourire amical.

– « Pourquoi revenir là-dessus, mon vieux ? Tu sais bien ce que je pense… Je n’accepterai jamais qu’un gouvernement puisse me forcer à prendre part à une entreprise que je considère comme un crime, comme une trahison de la vérité, de la justice, de la solidarité humaine… Pour moi, l’héroïsme, il n’est pas du côté de Roy 9: l’héroïsme n’est pas de prendre un fusil et de courir à la frontière ! c’est de lever les crosses 10 – et de se laisser conduire au poteau 11, plutôt que de se faire complice !… Sacrifice illusoire ? Qui sait ? C’est l’absurde docilité 12 des foules qui a rendu et rend encore les guerres possibles… Sacrifice isolé ? Tant pis… Si ceux qui ont le cran de dire “non” doivent être peu nombreux, qu’y puis-je ? C’est peut-être simplement parce que… » Il hésita: « parce qu’une certaine… force d’âme 13 ne court pas les rues… »

Antoine avait écouté debout, étrangement immobile. Un mouvement imperceptible faisait vibrer la ligne de ses sourcils. Il regardait fixement son frère, et respirait à petites bouffées 14, comme un dormeur.

– « Je ne nie pas qu’il faille une force morale peu commune pour s’insurger, seul ou presque, contre un décret de mobilisation », fit-il enfin, avec douceur. « Mais c’est une force perdue… Une force qui va stupidement se briser contre un mur !… L’homme convaincu, qui se refuse à la guerre et se fait fusiller pour sa conviction, je lui accorde toute ma sympathie, toute ma pitié… Mais je le tiens pour un rêveur inutile… Et je lui donne tort 15. »

Jacques se contenta d’écarter légèrement les bras, comme il avait fait déjà lorsqu’il avait dit: « Qu’y puis-je ? » […]

– « Réfléchis, mon petit… Il ne s’agit pas d’approuver la guerre – crois-tu que je l’approuve ? – il s’agit de la subir. Avec révolte, si c’est notre tempérament; mais une révolte intérieure, et que le sentiment du devoir sache museler 16. Marchander notre concours 17, au moment du danger, ce serait trahir la communauté… Oui, c’est là que serait la vraie trahison, le crime envers les autres, le manque de solidarité… Je ne prétends pas nous interdire le droit de discuter les décisions que le gouvernement va prendre. Mais plus tard. Après avoir obéi. »

Jacques ébaucha un nouveau sourire:

– « Et moi, vois-tu, je prétends qu’un individu est libre de se désintéresser totalement des prétentions nationales au nom desquelles les États se font la guerre. Je nie à l’État le droit de violenter, pour quelque motif que ce soit, les hommes dans leur conscience… Je répugne à employer toujours ces grands mots. Pourtant, c’est bien ça: c’est ma conscience qui parle plus haut, en moi, que tous les raisonnements opportunistes 18, comme les tiens. Et c’est elle, aussi, qui parle plus haut que vos lois […] »

(785 Wörter)

Roger Martin du Gard: L’Été 1914, in: Hélène Potelet/Georges Décotes (Hg.): La Première Guerre mondiale. Anthologie, Paris 2006, S. 9–13.

Vocabulaire explicatif

1 réformer qn – reconnaître qn inapte au service militaire

2 la mobilisation – l’acte d’assembler des troupes et du matériel afin de préparer une guerre

3 se dérober – ici: se retirer, s’éclipser, partir

4 être hors de leurs griffes – ici: échapper à la mobilisation

5 ne pas broncher – ne pas réagir

6 riposter – répondre avec véhémence, contre-attaquer

7 être voué,e à l’échec – dt.: dem Untergang geweiht sein

8 l’insubordination f – la désobéissance, la rébellion

9 Manuel Roy est un autre personnage du livre. Il défend des idées nationalistes.

10 la crosse – dt.: der Gewehrkolben, Griff einer Waffe

11 le poteau – ici: Erschießungspfahl

12 la docilité – la soumission

13 la force d’âme – le courage, la bravoure

14 la bouffée – le souffle

15 donner tort à qn – dt.: jmdm. Unrecht geben

16 museler – ici: contenir, dominer

17 le concours – ici: la participation, coopération à une action commune

18 opportuniste – dt.: linientreu, angepasst

Aufgabe 2

Comparez Jacques (Material) avec Antigone dans la pièce de Jean Anouilh.

(40 BE)

Aufgabe Vorschlag B2 - Aufgabe 3 · Kreatives Schreiben: Perspektivwechsel und Fortsetzung (Journal intime, lettre d'un personnage)

Material

Roger Martin du Gard: Les Thibault, L'Été 1914 (roman, 1936)

L'extrait se passe en 1914. Les deux frères, Antoine et Jacques Thibault, parlent de la guerre qui s'annonce.

« Causons sérieusement, mon petit. Qu’est-ce que… tu comptes faire, toi ? »

Jacques affecta un air étonné, et ne répondit pas.

– « Tu as été réformé 1. Mais, en cas de mobilisation 2, on révisera toutes les réformes, on enverra tout le monde au feu… Qu’est-ce que tu comptes faire, toi ? »

Jacques ne pouvait se dérober 3:

– « Je n’en sais rien encore », dit-il. « Pour l’instant, je suis légalement hors de leurs griffes 4: ils ne peuvent rien contre moi. » Devant le regard insistant de son frère, il ajouta, sèchement: « Ce que je peux te dire, c’est que je me couperais plutôt les deux mains que de me laisser mobiliser. »

Antoine détourna les yeux, une seconde.

– « C’est l’attitude la plus… »

– « … la plus lâche ? »

– « Non; je n’ai pas pensé ça », fit Antoine, affectueusement. « Mais, peut-être: l’attitude la plus égoïste… » Comme Jacques ne bronchait 5 pas, il poursuivait: « Ne crois-tu pas ? En un pareil moment, refuser de servir, c’est faire passer son intérêt personnel avant l’intérêt général. »

– « Avant l’intérêt national ! », riposta 6 Jacques. « L’intérêt général, l’intérêt des masses, c’est manifestement la paix, et non la guerre ! »

Antoine fit un geste évasif, qui semblait vouloir écarter de la conversation toute controverse théorique. Mais Jacques insista:

– « L’intérêt général, c’est moi qui le sers – par mon refus ! Et je sens bien – je sens d’une façon indubitable – que ce qui se refuse en moi, aujourd’hui, c’est le meilleur ! »

Antoine retint un mouvement d’impatience:

– « Réfléchis, voyons… Quel résultat pratique peux-tu espérer de ce refus ? Aucun !… Quand tout un pays mobilise, quand l’immense majorité – comme ce serait le cas – accepte l’obligation de la défense nationale, quoi de plus vain, de plus voué à l’échec 7, qu’un acte isolé d’insubordination 8 ? »

Le ton restait si volontairement mesuré, si affectueux, que Jacques en fut touché. Très calme, il regarda son frère, et esquissa même un sourire amical.

– « Pourquoi revenir là-dessus, mon vieux ? Tu sais bien ce que je pense… Je n’accepterai jamais qu’un gouvernement puisse me forcer à prendre part à une entreprise que je considère comme un crime, comme une trahison de la vérité, de la justice, de la solidarité humaine… Pour moi, l’héroïsme, il n’est pas du côté de Roy 9: l’héroïsme n’est pas de prendre un fusil et de courir à la frontière ! c’est de lever les crosses 10 – et de se laisser conduire au poteau 11, plutôt que de se faire complice !… Sacrifice illusoire ? Qui sait ? C’est l’absurde docilité 12 des foules qui a rendu et rend encore les guerres possibles… Sacrifice isolé ? Tant pis… Si ceux qui ont le cran de dire “non” doivent être peu nombreux, qu’y puis-je ? C’est peut-être simplement parce que… » Il hésita: « parce qu’une certaine… force d’âme 13 ne court pas les rues… »

Antoine avait écouté debout, étrangement immobile. Un mouvement imperceptible faisait vibrer la ligne de ses sourcils. Il regardait fixement son frère, et respirait à petites bouffées 14, comme un dormeur.

– « Je ne nie pas qu’il faille une force morale peu commune pour s’insurger, seul ou presque, contre un décret de mobilisation », fit-il enfin, avec douceur. « Mais c’est une force perdue… Une force qui va stupidement se briser contre un mur !… L’homme convaincu, qui se refuse à la guerre et se fait fusiller pour sa conviction, je lui accorde toute ma sympathie, toute ma pitié… Mais je le tiens pour un rêveur inutile… Et je lui donne tort 15. »

Jacques se contenta d’écarter légèrement les bras, comme il avait fait déjà lorsqu’il avait dit: « Qu’y puis-je ? » […]

– « Réfléchis, mon petit… Il ne s’agit pas d’approuver la guerre – crois-tu que je l’approuve ? – il s’agit de la subir. Avec révolte, si c’est notre tempérament; mais une révolte intérieure, et que le sentiment du devoir sache museler 16. Marchander notre concours 17, au moment du danger, ce serait trahir la communauté… Oui, c’est là que serait la vraie trahison, le crime envers les autres, le manque de solidarité… Je ne prétends pas nous interdire le droit de discuter les décisions que le gouvernement va prendre. Mais plus tard. Après avoir obéi. »

Jacques ébaucha un nouveau sourire:

– « Et moi, vois-tu, je prétends qu’un individu est libre de se désintéresser totalement des prétentions nationales au nom desquelles les États se font la guerre. Je nie à l’État le droit de violenter, pour quelque motif que ce soit, les hommes dans leur conscience… Je répugne à employer toujours ces grands mots. Pourtant, c’est bien ça: c’est ma conscience qui parle plus haut, en moi, que tous les raisonnements opportunistes 18, comme les tiens. Et c’est elle, aussi, qui parle plus haut que vos lois […] »

(785 Wörter)

Roger Martin du Gard: L’Été 1914, in: Hélène Potelet/Georges Décotes (Hg.): La Première Guerre mondiale. Anthologie, Paris 2006, S. 9–13.

Vocabulaire explicatif

1 réformer qn – reconnaître qn inapte au service militaire

2 la mobilisation – l’acte d’assembler des troupes et du matériel afin de préparer une guerre

3 se dérober – ici: se retirer, s’éclipser, partir

4 être hors de leurs griffes – ici: échapper à la mobilisation

5 ne pas broncher – ne pas réagir

6 riposter – répondre avec véhémence, contre-attaquer

7 être voué,e à l’échec – dt.: dem Untergang geweiht sein

8 l’insubordination f – la désobéissance, la rébellion

9 Manuel Roy est un autre personnage du livre. Il défend des idées nationalistes.

10 la crosse – dt.: der Gewehrkolben, Griff einer Waffe

11 le poteau – ici: Erschießungspfahl

12 la docilité – la soumission

13 la force d’âme – le courage, la bravoure

14 la bouffée – le souffle

15 donner tort à qn – dt.: jmdm. Unrecht geben

16 museler – ici: contenir, dominer

17 le concours – ici: la participation, coopération à une action commune

18 opportuniste – dt.: linientreu, angepasst

Aufgabe 3

Quelques mois plus tard, Antoine se retrouve au front tandis que son frère se cache pour ne pas aller à la guerre.

Antoine pense à sa discussion avec Jacques et lui envoie une lettre dans laquelle il parle, entre autres, de ses expériences sur le front.

Rédigez cette lettre.

(30 BE)

Aufgabe Vorschlag B3 - Aufgabe 1 · Textverständnis: Inhalte wiedergeben (Présentez / Résumez)

David Diop: Frère d’âme (roman, 2018)

Alfa Ndiaye, le narrateur, grandit au Sénégal au début du XX e siècle. Il a commencé une relation amoureuse avec Fary Thiam, en dépit de la haine qui règne entre leurs pères. Dans l’extrait suivant, Alfa raconte pourquoi ces deux hommes se méprisent.

Abdou Thiam est le chef de notre village de Gandiol 1. C’est le droit coutumier 2 qui l’a voulu. Abdou Thiam déteste mon père parce que mon père, ce vieil homme, lui a fait perdre la face devant tout le monde. Abdou Thiam est le collecteur des impôts du village et c’est pour cela qu’il a convoqué un jour une grande assemblée des anciens qui bientôt ont été encerclés par tous les gens de Gandiol.

5 Inspiré par un envoyé du roi du Cayour 3 et incité par un envoyé du gouverneur de Saint-Louis 4, Abdou Thiam a dit qu’il fallait suivre une nouvelle voie, qu’il fallait cultiver l’arachide 5 plutôt que le mil 6, l’arachide plutôt que les tomates, l’arachide plutôt que les oignons, l’arachide plutôt que les choux, l’arachide plutôt que les pastèques. L’arachide, c’était un surplus d’argent pour tous. L’arachide, c’était de l’argent pour payer les impôts. L’arachide donnerait de nouveaux filets aux pêcheurs.

10 L’arachide permettrait de creuser de nouveaux puits. L’argent de l’arachide, ce seraient des maisons en brique, une école en dur, de la tôle ondulée 7 sur les toits des cases. L’argent de l’arachide, ce seraient des trains et des routes, des moteurs pour les pirogues 8, des dispensaires 9 et des maternités 10. Les cultivateurs de l’arachide, avait conclu le chef Abdou Thiam, seraient exemptés des corvées du travail obligatoire. Les récalcitrants 11, non.

15 Alors mon père, ce vieil homme, s’est levé et a demandé la parole. […] On la lui a donnée et il a dit:

« Moi Bassirou Coumba Ndiaye, petit-fils de Sidy Malamine Ndiaye, arrière-petit-fils du petit-fils d’un des cinq fondateurs de notre village, je vais te dire, Abdou Thiam, une chose qui ne va pas te plaire. Je ne refuse pas de consacrer un de mes champs à la culture de l’arachide, mais je refuse de consacrer tous mes champs à l’arachide. L’arachide ne peut pas nourrir ma famille. Abdou Thiam, tu

20 dis que l’arachide c’est de l’argent, mais par la vérité de Dieu, je n’ai pas besoin d’argent. Je nourris ma famille grâce au mil, aux tomates, aux oignons, aux haricots rouges, aux pastèques poussant dans mes champs. J’ai une vache qui me donne du lait, j’ai quelques moutons qui me donnent de la viande. Un de mes fils qui est pêcheur m’offre du poisson séché. Mes femmes vont arracher du sel 12 à la terre pour toute l’année. Avec toute cette nourriture je peux même ouvrir ma porte au voyageur qui a faim,

25 je peux m’acquitter 13 des devoirs sacrés de l’hospitalité.

Mais si je ne cultivais que de l’arachide, qui nourrirait ma famille ? Qui nourrirait tous les voyageurs de passage à qui je dois l’hospitalité ? L’argent de l’arachide ne peut pas tous les nourrir. Réponds-moi, Abdou Thiam, ne serai-je pas obligé de venir dans ta boutique acheter de quoi manger ? Abdou Thiam, ce que je vais te dire ne va pas te plaire, mais un chef de village doit se préoccuper de l’intérêt

30 de tous avant son propre intérêt. Abdou Thiam, toi et moi nous sommes des égaux et je ne voudrais pas un jour devoir venir dans ta boutique te mendier du riz à crédit, de l’huile à crédit, du sucre à crédit pour les miens. Je ne voudrais pas non plus fermer ma porte au voyageur qui a faim parce que j’aurais faim moi-même.

« Abdou Thiam, ce que je vais te dire ne va pas te plaire, mais le jour où nous cultiverons tous de

35 l’arachide partout dans les villages environnants, son prix va baisser: Nous gagnerons de moins en moins d’argent et tu pourrais finir toi-même par vivre à crédit. Un boutiquier qui n’a que des clients débiteurs devient lui-même le débiteur de ses fournisseurs.

« Abdou Thiam, ce que je vais te dire ne va pas te plaire. Moi Bassirou Coumba Ndiaye, j’ai connu l’année qu’on nomme « l’année de la faim ». Ton défunt 14 grand-père aurait pu t’en parler. […] J’étais

40 un petit enfant mais je me souviens que si nous n’avions pas tout partagé pendant cette saison sèche comme l’enfer, si nous n’avions pas partagé nos réserves de mil, de haricots rouges, nos réserves d’oignons, de manioc, si nous n’avions pas partagé notre lait et nos moutons nous serions tous morts. Abdou Thiam, l’arachide ne nous aurait pas sauvés à cette époque-là et l’argent de l’arachide ne nous aurait pas sauvés non plus. […] C’est pourquoi, Abdou Thiam, même si cela ne doit pas te plaire: je

45 dis « non » à l’arachide et je dis « non » à l’argent de l’arachide ! »

Le discours de mon père n’avait pas du tout plu à Abdou Thiam qui avait été très, très fâché, mais qui ne l’avait pas montré. Abdou Thiam n’avait pas aimé que mon père dise que c’était un mauvais chef. Abdou Thiam n’avait pas du tout aimé qu’on mentionne sa boutique. Donc, la dernière chose au monde qu’aurait voulu Abdou Thiam était que sa fille Fary s’unisse à l’un des fils de Bassirou

50 Coumba Ndiaye. Mais Fary Thiam en a décidé autrement.

(873 Wörter)

David Diop: Frère d’âme, Paris 2018, S. 145–150.

1 Gandiol – le nom d’une région sur la côte sénégalaise

2 le droit coutumier – la tradition

3 le Cayour – un ancien royaume du Sénégal

4 Saint Louis – une des plus grandes villes du Sénégal, située sur la côte nord-ouest

5 une arachide – la cacahouète

6 le mil – dt.: die Hirse

7 la tôle ondulée – dt.: das Wellblech

8 la pirogue – un bateau traditionnel en bois

9 le dispensaire – dt.: medizinische Versorgungseinrichtung, Krankenstation

10 la maternité – ici: das Entbindungs-, Geburtshaus

11 le récalcitrant – dt.: der Aufsässige

12 arracher du sel à la terre – die Felder vom (die Ernte bedrohenden) Meersalz befreien

13 s’acquitter de qc – accomplir qc; assumer qc

14 défunt, e – qui est mort, e

1 Présentez la situation décrite dans le texte. (Material) [25 BE]

Aufgabe Vorschlag B3 - Aufgabe 2 · Analyse literarischer Texte (Analysez / Caractérisez)

David Diop: Frère d’âme (roman, 2018)

Alfa Ndiaye, le narrateur, grandit au Sénégal au début du XX e siècle. Il a commencé une relation amoureuse avec Fary Thiam, en dépit de la haine qui règne entre leurs pères. Dans l’extrait suivant, Alfa raconte pourquoi ces deux hommes se méprisent.

Abdou Thiam est le chef de notre village de Gandiol 1. C’est le droit coutumier 2 qui l’a voulu. Abdou Thiam déteste mon père parce que mon père, ce vieil homme, lui a fait perdre la face devant tout le monde. Abdou Thiam est le collecteur des impôts du village et c’est pour cela qu’il a convoqué un jour une grande assemblée des anciens qui bientôt ont été encerclés par tous les gens de Gandiol.

5 Inspiré par un envoyé du roi du Cayour 3 et incité par un envoyé du gouverneur de Saint-Louis 4, Abdou Thiam a dit qu’il fallait suivre une nouvelle voie, qu’il fallait cultiver l’arachide 5 plutôt que le mil 6, l’arachide plutôt que les tomates, l’arachide plutôt que les oignons, l’arachide plutôt que les choux, l’arachide plutôt que les pastèques. L’arachide, c’était un surplus d’argent pour tous. L’arachide, c’était de l’argent pour payer les impôts. L’arachide donnerait de nouveaux filets aux pêcheurs.

10 L’arachide permettrait de creuser de nouveaux puits. L’argent de l’arachide, ce seraient des maisons en brique, une école en dur, de la tôle ondulée 7 sur les toits des cases. L’argent de l’arachide, ce seraient des trains et des routes, des moteurs pour les pirogues 8, des dispensaires 9 et des maternités 10. Les cultivateurs de l’arachide, avait conclu le chef Abdou Thiam, seraient exemptés des corvées du travail obligatoire. Les récalcitrants 11, non.

15 Alors mon père, ce vieil homme, s’est levé et a demandé la parole. […] On la lui a donnée et il a dit:

« Moi Bassirou Coumba Ndiaye, petit-fils de Sidy Malamine Ndiaye, arrière-petit-fils du petit-fils d’un des cinq fondateurs de notre village, je vais te dire, Abdou Thiam, une chose qui ne va pas te plaire. Je ne refuse pas de consacrer un de mes champs à la culture de l’arachide, mais je refuse de consacrer tous mes champs à l’arachide. L’arachide ne peut pas nourrir ma famille. Abdou Thiam, tu

20 dis que l’arachide c’est de l’argent, mais par la vérité de Dieu, je n’ai pas besoin d’argent. Je nourris ma famille grâce au mil, aux tomates, aux oignons, aux haricots rouges, aux pastèques poussant dans mes champs. J’ai une vache qui me donne du lait, j’ai quelques moutons qui me donnent de la viande. Un de mes fils qui est pêcheur m’offre du poisson séché. Mes femmes vont arracher du sel 12 à la terre pour toute l’année. Avec toute cette nourriture je peux même ouvrir ma porte au voyageur qui a faim,

25 je peux m’acquitter 13 des devoirs sacrés de l’hospitalité.

Mais si je ne cultivais que de l’arachide, qui nourrirait ma famille ? Qui nourrirait tous les voyageurs de passage à qui je dois l’hospitalité ? L’argent de l’arachide ne peut pas tous les nourrir. Réponds-moi, Abdou Thiam, ne serai-je pas obligé de venir dans ta boutique acheter de quoi manger ? Abdou Thiam, ce que je vais te dire ne va pas te plaire, mais un chef de village doit se préoccuper de l’intérêt

30 de tous avant son propre intérêt. Abdou Thiam, toi et moi nous sommes des égaux et je ne voudrais pas un jour devoir venir dans ta boutique te mendier du riz à crédit, de l’huile à crédit, du sucre à crédit pour les miens. Je ne voudrais pas non plus fermer ma porte au voyageur qui a faim parce que j’aurais faim moi-même.

« Abdou Thiam, ce que je vais te dire ne va pas te plaire, mais le jour où nous cultiverons tous de

35 l’arachide partout dans les villages environnants, son prix va baisser: Nous gagnerons de moins en moins d’argent et tu pourrais finir toi-même par vivre à crédit. Un boutiquier qui n’a que des clients débiteurs devient lui-même le débiteur de ses fournisseurs.

« Abdou Thiam, ce que je vais te dire ne va pas te plaire. Moi Bassirou Coumba Ndiaye, j’ai connu l’année qu’on nomme « l’année de la faim ». Ton défunt 14 grand-père aurait pu t’en parler. […] J’étais

40 un petit enfant mais je me souviens que si nous n’avions pas tout partagé pendant cette saison sèche comme l’enfer, si nous n’avions pas partagé nos réserves de mil, de haricots rouges, nos réserves d’oignons, de manioc, si nous n’avions pas partagé notre lait et nos moutons nous serions tous morts. Abdou Thiam, l’arachide ne nous aurait pas sauvés à cette époque-là et l’argent de l’arachide ne nous aurait pas sauvés non plus. […] C’est pourquoi, Abdou Thiam, même si cela ne doit pas te plaire: je

45 dis « non » à l’arachide et je dis « non » à l’argent de l’arachide ! »

Le discours de mon père n’avait pas du tout plu à Abdou Thiam qui avait été très, très fâché, mais qui ne l’avait pas montré. Abdou Thiam n’avait pas aimé que mon père dise que c’était un mauvais chef. Abdou Thiam n’avait pas du tout aimé qu’on mentionne sa boutique. Donc, la dernière chose au monde qu’aurait voulu Abdou Thiam était que sa fille Fary s’unisse à l’un des fils de Bassirou

50 Coumba Ndiaye. Mais Fary Thiam en a décidé autrement.

(873 Wörter)

David Diop: Frère d’âme, Paris 2018, S. 145–150.

1 Gandiol – le nom d’une région sur la côte sénégalaise

2 le droit coutumier – la tradition

3 le Cayour – un ancien royaume du Sénégal

4 Saint Louis – une des plus grandes villes du Sénégal, située sur la côte nord-ouest

5 une arachide – la cacahouète

6 le mil – dt.: die Hirse

7 la tôle ondulée – dt.: das Wellblech

8 la pirogue – un bateau traditionnel en bois

9 le dispensaire – dt.: medizinische Versorgungseinrichtung, Krankenstation

10 la maternité – ici: das Entbindungs-, Geburtshaus

11 le récalcitrant – dt.: der Aufsässige

12 arracher du sel à la terre – die Felder vom (die Ernte bedrohenden) Meersalz befreien

13 s’acquitter de qc – accomplir qc; assumer qc

14 défunt, e – qui est mort, e

2 Analysez l'argumentation du père du narrateur en tenant compte des procédés stylistiques employés dans son discours. (Material) [40 BE]

Aufgabe Vorschlag B3 - Aufgabe 3.1 · Stellungnahme und Erörterung (Commentez / Discutez / Prenez position)

David Diop: Frère d’âme (roman, 2018)

Alfa Ndiaye, le narrateur, grandit au Sénégal au début du XX e siècle. Il a commencé une relation amoureuse avec Fary Thiam, en dépit de la haine qui règne entre leurs pères. Dans l’extrait suivant, Alfa raconte pourquoi ces deux hommes se méprisent.

Abdou Thiam est le chef de notre village de Gandiol 1. C’est le droit coutumier 2 qui l’a voulu. Abdou Thiam déteste mon père parce que mon père, ce vieil homme, lui a fait perdre la face devant tout le monde. Abdou Thiam est le collecteur des impôts du village et c’est pour cela qu’il a convoqué un jour une grande assemblée des anciens qui bientôt ont été encerclés par tous les gens de Gandiol.

5 Inspiré par un envoyé du roi du Cayour 3 et incité par un envoyé du gouverneur de Saint-Louis 4, Abdou Thiam a dit qu’il fallait suivre une nouvelle voie, qu’il fallait cultiver l’arachide 5 plutôt que le mil 6, l’arachide plutôt que les tomates, l’arachide plutôt que les oignons, l’arachide plutôt que les choux, l’arachide plutôt que les pastèques. L’arachide, c’était un surplus d’argent pour tous. L’arachide, c’était de l’argent pour payer les impôts. L’arachide donnerait de nouveaux filets aux pêcheurs.

10 L’arachide permettrait de creuser de nouveaux puits. L’argent de l’arachide, ce seraient des maisons en brique, une école en dur, de la tôle ondulée 7 sur les toits des cases. L’argent de l’arachide, ce seraient des trains et des routes, des moteurs pour les pirogues 8, des dispensaires 9 et des maternités 10. Les cultivateurs de l’arachide, avait conclu le chef Abdou Thiam, seraient exemptés des corvées du travail obligatoire. Les récalcitrants 11, non.

15 Alors mon père, ce vieil homme, s’est levé et a demandé la parole. […] On la lui a donnée et il a dit:

« Moi Bassirou Coumba Ndiaye, petit-fils de Sidy Malamine Ndiaye, arrière-petit-fils du petit-fils d’un des cinq fondateurs de notre village, je vais te dire, Abdou Thiam, une chose qui ne va pas te plaire. Je ne refuse pas de consacrer un de mes champs à la culture de l’arachide, mais je refuse de consacrer tous mes champs à l’arachide. L’arachide ne peut pas nourrir ma famille. Abdou Thiam, tu

20 dis que l’arachide c’est de l’argent, mais par la vérité de Dieu, je n’ai pas besoin d’argent. Je nourris ma famille grâce au mil, aux tomates, aux oignons, aux haricots rouges, aux pastèques poussant dans mes champs. J’ai une vache qui me donne du lait, j’ai quelques moutons qui me donnent de la viande. Un de mes fils qui est pêcheur m’offre du poisson séché. Mes femmes vont arracher du sel 12 à la terre pour toute l’année. Avec toute cette nourriture je peux même ouvrir ma porte au voyageur qui a faim,

25 je peux m’acquitter 13 des devoirs sacrés de l’hospitalité.

Mais si je ne cultivais que de l’arachide, qui nourrirait ma famille ? Qui nourrirait tous les voyageurs de passage à qui je dois l’hospitalité ? L’argent de l’arachide ne peut pas tous les nourrir. Réponds-moi, Abdou Thiam, ne serai-je pas obligé de venir dans ta boutique acheter de quoi manger ? Abdou Thiam, ce que je vais te dire ne va pas te plaire, mais un chef de village doit se préoccuper de l’intérêt

30 de tous avant son propre intérêt. Abdou Thiam, toi et moi nous sommes des égaux et je ne voudrais pas un jour devoir venir dans ta boutique te mendier du riz à crédit, de l’huile à crédit, du sucre à crédit pour les miens. Je ne voudrais pas non plus fermer ma porte au voyageur qui a faim parce que j’aurais faim moi-même.

« Abdou Thiam, ce que je vais te dire ne va pas te plaire, mais le jour où nous cultiverons tous de

35 l’arachide partout dans les villages environnants, son prix va baisser: Nous gagnerons de moins en moins d’argent et tu pourrais finir toi-même par vivre à crédit. Un boutiquier qui n’a que des clients débiteurs devient lui-même le débiteur de ses fournisseurs.

« Abdou Thiam, ce que je vais te dire ne va pas te plaire. Moi Bassirou Coumba Ndiaye, j’ai connu l’année qu’on nomme « l’année de la faim ». Ton défunt 14 grand-père aurait pu t’en parler. […] J’étais

40 un petit enfant mais je me souviens que si nous n’avions pas tout partagé pendant cette saison sèche comme l’enfer, si nous n’avions pas partagé nos réserves de mil, de haricots rouges, nos réserves d’oignons, de manioc, si nous n’avions pas partagé notre lait et nos moutons nous serions tous morts. Abdou Thiam, l’arachide ne nous aurait pas sauvés à cette époque-là et l’argent de l’arachide ne nous aurait pas sauvés non plus. […] C’est pourquoi, Abdou Thiam, même si cela ne doit pas te plaire: je

45 dis « non » à l’arachide et je dis « non » à l’argent de l’arachide ! »

Le discours de mon père n’avait pas du tout plu à Abdou Thiam qui avait été très, très fâché, mais qui ne l’avait pas montré. Abdou Thiam n’avait pas aimé que mon père dise que c’était un mauvais chef. Abdou Thiam n’avait pas du tout aimé qu’on mentionne sa boutique. Donc, la dernière chose au monde qu’aurait voulu Abdou Thiam était que sa fille Fary s’unisse à l’un des fils de Bassirou

50 Coumba Ndiaye. Mais Fary Thiam en a décidé autrement.

(873 Wörter)

David Diop: Frère d’âme, Paris 2018, S. 145–150.

1 Gandiol – le nom d’une région sur la côte sénégalaise

2 le droit coutumier – la tradition

3 le Cayour – un ancien royaume du Sénégal

4 Saint Louis – une des plus grandes villes du Sénégal, située sur la côte nord-ouest

5 une arachide – la cacahouète

6 le mil – dt.: die Hirse

7 la tôle ondulée – dt.: das Wellblech

8 la pirogue – un bateau traditionnel en bois

9 le dispensaire – dt.: medizinische Versorgungseinrichtung, Krankenstation

10 la maternité – ici: das Entbindungs-, Geburtshaus

11 le récalcitrant – dt.: der Aufsässige

12 arracher du sel à la terre – die Felder vom (die Ernte bedrohenden) Meersalz befreien

13 s’acquitter de qc – accomplir qc; assumer qc

14 défunt, e – qui est mort, e

3.1 Quel rôle la littérature peut-elle jouer pour une meilleure compréhension d'autres cultures ? Prenez position en partant du texte ci-dessous et justifiez votre point de vue. [35 BE]

Aufgabe Vorschlag B3 - Aufgabe 3.2 · Adressatenbezogenes Schreiben: Blog, Rede, Brief, Bewerbung

David Diop: Frère d’âme (roman, 2018)

Alfa Ndiaye, le narrateur, grandit au Sénégal au début du XX e siècle. Il a commencé une relation amoureuse avec Fary Thiam, en dépit de la haine qui règne entre leurs pères. Dans l’extrait suivant, Alfa raconte pourquoi ces deux hommes se méprisent.

Abdou Thiam est le chef de notre village de Gandiol 1. C’est le droit coutumier 2 qui l’a voulu. Abdou Thiam déteste mon père parce que mon père, ce vieil homme, lui a fait perdre la face devant tout le monde. Abdou Thiam est le collecteur des impôts du village et c’est pour cela qu’il a convoqué un jour une grande assemblée des anciens qui bientôt ont été encerclés par tous les gens de Gandiol.

5 Inspiré par un envoyé du roi du Cayour 3 et incité par un envoyé du gouverneur de Saint-Louis 4, Abdou Thiam a dit qu’il fallait suivre une nouvelle voie, qu’il fallait cultiver l’arachide 5 plutôt que le mil 6, l’arachide plutôt que les tomates, l’arachide plutôt que les oignons, l’arachide plutôt que les choux, l’arachide plutôt que les pastèques. L’arachide, c’était un surplus d’argent pour tous. L’arachide, c’était de l’argent pour payer les impôts. L’arachide donnerait de nouveaux filets aux pêcheurs.

10 L’arachide permettrait de creuser de nouveaux puits. L’argent de l’arachide, ce seraient des maisons en brique, une école en dur, de la tôle ondulée 7 sur les toits des cases. L’argent de l’arachide, ce seraient des trains et des routes, des moteurs pour les pirogues 8, des dispensaires 9 et des maternités 10. Les cultivateurs de l’arachide, avait conclu le chef Abdou Thiam, seraient exemptés des corvées du travail obligatoire. Les récalcitrants 11, non.

15 Alors mon père, ce vieil homme, s’est levé et a demandé la parole. […] On la lui a donnée et il a dit:

« Moi Bassirou Coumba Ndiaye, petit-fils de Sidy Malamine Ndiaye, arrière-petit-fils du petit-fils d’un des cinq fondateurs de notre village, je vais te dire, Abdou Thiam, une chose qui ne va pas te plaire. Je ne refuse pas de consacrer un de mes champs à la culture de l’arachide, mais je refuse de consacrer tous mes champs à l’arachide. L’arachide ne peut pas nourrir ma famille. Abdou Thiam, tu

20 dis que l’arachide c’est de l’argent, mais par la vérité de Dieu, je n’ai pas besoin d’argent. Je nourris ma famille grâce au mil, aux tomates, aux oignons, aux haricots rouges, aux pastèques poussant dans mes champs. J’ai une vache qui me donne du lait, j’ai quelques moutons qui me donnent de la viande. Un de mes fils qui est pêcheur m’offre du poisson séché. Mes femmes vont arracher du sel 12 à la terre pour toute l’année. Avec toute cette nourriture je peux même ouvrir ma porte au voyageur qui a faim,

25 je peux m’acquitter 13 des devoirs sacrés de l’hospitalité.

Mais si je ne cultivais que de l’arachide, qui nourrirait ma famille ? Qui nourrirait tous les voyageurs de passage à qui je dois l’hospitalité ? L’argent de l’arachide ne peut pas tous les nourrir. Réponds-moi, Abdou Thiam, ne serai-je pas obligé de venir dans ta boutique acheter de quoi manger ? Abdou Thiam, ce que je vais te dire ne va pas te plaire, mais un chef de village doit se préoccuper de l’intérêt

30 de tous avant son propre intérêt. Abdou Thiam, toi et moi nous sommes des égaux et je ne voudrais pas un jour devoir venir dans ta boutique te mendier du riz à crédit, de l’huile à crédit, du sucre à crédit pour les miens. Je ne voudrais pas non plus fermer ma porte au voyageur qui a faim parce que j’aurais faim moi-même.

« Abdou Thiam, ce que je vais te dire ne va pas te plaire, mais le jour où nous cultiverons tous de

35 l’arachide partout dans les villages environnants, son prix va baisser: Nous gagnerons de moins en moins d’argent et tu pourrais finir toi-même par vivre à crédit. Un boutiquier qui n’a que des clients débiteurs devient lui-même le débiteur de ses fournisseurs.

« Abdou Thiam, ce que je vais te dire ne va pas te plaire. Moi Bassirou Coumba Ndiaye, j’ai connu l’année qu’on nomme « l’année de la faim ». Ton défunt 14 grand-père aurait pu t’en parler. […] J’étais

40 un petit enfant mais je me souviens que si nous n’avions pas tout partagé pendant cette saison sèche comme l’enfer, si nous n’avions pas partagé nos réserves de mil, de haricots rouges, nos réserves d’oignons, de manioc, si nous n’avions pas partagé notre lait et nos moutons nous serions tous morts. Abdou Thiam, l’arachide ne nous aurait pas sauvés à cette époque-là et l’argent de l’arachide ne nous aurait pas sauvés non plus. […] C’est pourquoi, Abdou Thiam, même si cela ne doit pas te plaire: je

45 dis « non » à l’arachide et je dis « non » à l’argent de l’arachide ! »

Le discours de mon père n’avait pas du tout plu à Abdou Thiam qui avait été très, très fâché, mais qui ne l’avait pas montré. Abdou Thiam n’avait pas aimé que mon père dise que c’était un mauvais chef. Abdou Thiam n’avait pas du tout aimé qu’on mentionne sa boutique. Donc, la dernière chose au monde qu’aurait voulu Abdou Thiam était que sa fille Fary s’unisse à l’un des fils de Bassirou

50 Coumba Ndiaye. Mais Fary Thiam en a décidé autrement.

(873 Wörter)

David Diop: Frère d’âme, Paris 2018, S. 145–150.

1 Gandiol – le nom d’une région sur la côte sénégalaise

2 le droit coutumier – la tradition

3 le Cayour – un ancien royaume du Sénégal

4 Saint Louis – une des plus grandes villes du Sénégal, située sur la côte nord-ouest

5 une arachide – la cacahouète

6 le mil – dt.: die Hirse

7 la tôle ondulée – dt.: das Wellblech

8 la pirogue – un bateau traditionnel en bois

9 le dispensaire – dt.: medizinische Versorgungseinrichtung, Krankenstation

10 la maternité – ici: das Entbindungs-, Geburtshaus

11 le récalcitrant – dt.: der Aufsässige

12 arracher du sel à la terre – die Felder vom (die Ernte bedrohenden) Meersalz befreien

13 s’acquitter de qc – accomplir qc; assumer qc

14 défunt, e – qui est mort, e

3.2 Vous êtes stagiaire dans une maison d'édition française qui veut publier un recueil de textes sur « l'Afrique dans le monde – hier, aujourd'hui et demain ». On vous demande de prendre position par rapport à la question de savoir si les sujets traités dans l'extrait du roman de David Diop s'y prêteraient.

Rédigez votre commentaire. [35 BE]

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