Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Polynésie remplacement 2026
Thème : Commentaire de texte : le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2026)
Énoncé
1- Commentaire de texte (20 points)
Objet d'étude: le théâtre, du XVII e au XXI e siècle.
Robert THOMAS, Huit Femmes, 1958.
Le matin de Noël, alors que la maison et le domaine sont couverts de neige, on trouve le père de famille assassiné dans sa chambre. Très vite on s'aperçoit que le criminel n'a pu ni entrer ni sortir. Une des huit femmes présentes est donc coupable. La scène constitue le début du dénouement.
CATHERINE 1. Alors, écoutez-moi ! Un beau conte de Noël ! Il était une fois un brave homme qui était entouré de huit femmes… Il luttait, luttait… Mais elles étaient les plus fortes. Hier soir, ce pauvre homme s'est couché… encore plus fatigué, plus ruiné, plus trompé que la veille… Et la ronde de ses huit femmes a recommencé. Et sa fille Catherine, cachée
5 derrière la porte, a tout vu et tout entendu ! (Elle se dresse.) Et voici ce qui se passe: à 10 heures premier tableau: sa belle-mère qu'il a recueillie chez lui, lui refuse ses titres 2. Une générosité peut sauver cet homme, mais la vieille est avare… Deuxième tableau: à 10 heures et demie, Augustine 3, la vipère de service, vient faire sa cour et baver les derniers potins… Tante n'a pas tué Papa, elle l'a écœuré sans plus, mais tout cela n'est pas sérieux !
10 (Mamy et Augustine se sont tassées dans un coin.) À onze heures, l'offensive commence… Sa femme, ma mère, lui fait comprendre qu'elle le quitte ! Elle part avec l'homme qui a ruiné son mari. Et allez donc, comme c'est simple ! (Un silence atroce, Gaby s'assoit, livide. Catherine enchaîne.) À 11 heures et demie, Louise 4 fait son entrée de vamp 5. Pauvre idiote, vulgaire et intéressée ! Peu après voici Pierrette 6. Elle vient traire la vache à lait:
15 500 000 francs, bonne chasse ! Mais les billets ne vont pas loin… Mais ceci est une autre histoire. Enfin, pour couronner le tout, Suzon 7, sa fille, clandestinement arrivée de Londres, lui confie qu'elle est enceinte… Sur ce, bonne nuit ! Qui Papa reçoit-il ensuite ? That is the question ! Vous m'écoutez ? Vous ne faites plus que ça maintenant ? Pour vous c'est terminé… Il ne reste plus que moi !
20 SUZON. Tais-toi… Tais-toi…
CATHERINE. Pauvre papa ! Je l'ai retrouvé à 6 heures ce matin… Il pleurait ! C'est terrible un papa qui pleure. Vous n'en avez jamais vu ? Son nez avec une grosse larme au bout. Il m'a dit: « Tu es une gentille petite fille. Tu lis trop et tu ne te laves pas les mains, mais je n'ai plus que toi au monde… » J'ai juré de faire son bonheur à tout prix. Il pleurait toujours,
25 et il a dit: « Comme on doit être bien quand on est mort ! ». Alors, j'ai eu pitié. (Elle pleure et le ton de sa voix va aller en montant.) Pitié ! Pitié ! Ses grands yeux ouverts, tout ronds, tout mouillés… Alors j'ai eu une idée… L'idée de le libérer…
Recul général de terreur. Catherine les regarde.
GABY, dans un souffle. Tu ne… veux pas dire que… c'est toi qui… aurais ?…
30 CATHERINE. …Qui aurais tué Papa ? Qui parle de tuer ? (Triomphante.) Papa n'a jamais été mort ! (Elle éclate de rire.) C'était ça, ma force à moi et ce qui me permettait de vous juger avec humour ! Papa n'a jamais été mort… Il est vivant ! Derrière sa porte !
1 Catherine: fille cadette de Marcel, la victime, et de Gaby.
2 Lui refuse ses titres: lui refuse une aide financière.
3 Augustine: belle-sœur de la victime et tante de Catherine.
4 Louise: femme de chambre.
5 Vamp: séductrice.
6 Pierrette: sœur de la victime.
7 Suzon: fille aînée de la victime, sœur de Catherine.
Vous ferez le commentaire littéraire de ce texte. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention aux éléments suivants:
Catherine, maîtresse du jeu et du suspense.
Une violente dénonciation de l'hypocrisie sociale et familiale.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Vous ferez le commentaire littéraire de ce texte. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention aux éléments suivants : Catherine, maîtresse du jeu et du suspense ; Une violente dénonciation de l'hypocrisie sociale et familiale.
Réponse : Proposition de corrigé et plan détaillé : Introduction - Accroche : Comédie policière de 1958, *Huit Femmes* de Robert Thomas reprend les codes du roman d'énigme en huis clos pour livrer une satire féroce de la famille bourgeoise. - Situation : Au matin de Noël, Marcel est retrouvé apparemment assassiné dans une maison isolée par la neige. Les soupçons ont circulé entre les huit femmes. Au début du dénouement, Catherine, la cadette, prend la parole. - Problématique : Comment cette scène de dénouement fait-elle de Catherine une metteuse en scène qui tient son auditoire en haleine, tout en transformant l'enquête en réquisitoire contre l'hypocrisie familiale ? - Annonce du plan : I. Catherine, maîtresse du jeu et du suspense ; II. Une violente dénonciation de l'hypocrisie sociale et familiale ; III. Un coup de théâtre qui mêle pathétique et comique. --- I. Catherine, maîtresse du jeu et du suspense 1. Une meneuse de jeu : - Elle s'impose dès l'impératif « Alors, écoutez-moi ! ». - Elle annonce son récit comme un genre, « Un beau conte de Noël ! Il était une fois… ». - Elle découpe la nuit en scènes au moyen d'un vocabulaire théâtral : « premier tableau », « Deuxième tableau », « fait son entrée ». C'est une mise en abyme : elle est une dramaturge à l'intérieur de la pièce. - Elle se présente comme témoin omniscient : « cachée derrière la porte, a tout vu et tout entendu ». 2. Une domination physique et scénique : - Les didascalies l'opposent aux autres : « Elle se dresse », « Catherine enchaîne ». - Les autres femmes sont réduites et écrasées : « tassées dans un coin », « Gaby s'assoit, livide », « Recul général de terreur ». 3. Une gestion savante du suspense : - La chronologie est précise et progresse vers le crime : 10 h, 10 h 30, 11 h, 11 h 30, « Peu après », « Enfin », puis 6 h du matin. - Elle disculpe ironiquement certaines : « Tante n'a pas tué Papa ». - La question rhétorique « Qui Papa reçoit-il ensuite ? That is the question ! » parodie Hamlet et relance l'attente. - Les points de suspension et les phrases suspendues (« L'idée de le libérer… ») laissent croire à un aveu de meurtre. Gaby n'achève pas sa phrase (« c'est toi qui… aurais ?… »), ce qui montre la tension à son comble. --- II. Une violente dénonciation de l'hypocrisie sociale et familiale 1. Un défilé de vices : - Mamy incarne l'avarice : « la vieille est avare », elle refuse une aide qui pourrait sauver son gendre. - Augustine incarne la médisance : « la vipère de service », « baver les derniers potins » (image animale et dégradante). - Gaby incarne la trahison : elle part « avec l'homme qui a ruiné son mari ». La phrase « Et allez donc, comme c'est simple ! » est sarcastique. - Louise incarne la vénalité de la séductrice : « Pauvre idiote, vulgaire et intéressée ». - Pierrette incarne la cupidité : « traire la vache à lait : 500 000 francs, bonne chasse ! ». - Suzon a une vie secrète : « clandestinement », « enceinte ». 2. Un père victime : - Le conte de Noël est détourné de façon ironique. - Le père est un « brave homme » assailli : « Il luttait, luttait… Mais elles étaient les plus fortes ». - Les comparatifs en gradation (« plus fatigué, plus ruiné, plus trompé ») et la « ronde » des femmes en font une proie. - Les femmes se sont toutes cachées derrière les apparences. Catherine les démasque publiquement, dans une sorte de tribunal : « vous juger ». 3. Un ton satirique : - Catherine use d'une ironie mordante et d'un registre familier. - Ses formules sont lapidaires : « Sur ce, bonne nuit ! », « Pour vous c'est terminé… ». - Le comique de caricature n'atténue pas la noirceur du constat : la famille bourgeoise est gouvernée par l'argent, le mensonge et l'égoïsme. --- III. Un coup de théâtre entre pathétique et comique 1. Un passage pathétique : - Le registre change : « Pauvre papa ! », « C'est terrible un papa qui pleure ». - Le détail est grotesque et touchant : « Son nez avec une grosse larme au bout ». - Les paroles du père sont rapportées au discours direct : « je n'ai plus que toi au monde ». - La répétition « Pitié ! Pitié ! » et la didascalie « le ton de sa voix va aller en montant » accentuent l'émotion. - Le spectateur, comme les personnages, croit à un meurtre par compassion. 2. Le renversement : - « Qui parle de tuer ? (Triomphante.) Papa n'a jamais été mort ! », puis « (Elle éclate de rire.) ». - Le coup de théâtre dément tout le genre policier : il n'y a pas de crime, la mort était une mise en scène organisée avec la complicité de Catherine. - « Derrière sa porte ! » : la phrase rappelle que tout était spectacle et fait du père, lui aussi, un spectateur. 3. La fonction de ce dénouement : - Le rire libérateur de Catherine (« vous juger avec humour ») rend la satire encore plus cruelle. - Il n'a pas fallu de crime pour révéler les vices : il a suffi de les exposer. - Le dénouement relève de la comédie mais laisse une amertume. La suite de la pièce, qui s'achève par le suicide du père, confirme cette noirceur. --- Conclusion - Bilan : Catherine, véritable dramaturge intérieure, manipule le suspense et son public jusqu'au coup de théâtre. Son récit-réquisitoire démasque l'avarice, la trahison et la cupidité d'un univers familial bourgeois. - Ouverture : On peut rapprocher ce passage des dénouements de Molière, où la vérité éclate et confond les hypocrites (*Tartuffe*). On peut aussi évoquer l'adaptation cinématographique de François Ozon (*8 femmes*, 2002).
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Résous-le ici : correction automatique, indices et corrigé détaillé.
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