Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Polynésie remplacement 2024
Thème : Commentaire de texte : le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Remplacement (2024)
Énoncé
1- Commentaire de texte [20 points]
Objet d'étude: le théâtre du XVIIe au XXIe siècle.
Texte de Corneille, L'Illusion comique, acte II, scène 3, 1635.
Adraste est un gentilhomme amoureux d'Isabelle. La scène 3 de l'acte II s'ouvre sur cette réplique d'Adraste que les spectateurs découvrent pour la première fois.
ADRASTE. – Hélas ! S'il est ainsi, quel malheur est le mien !
Je soupire, j'endure, et je n'avance rien;
Et malgré les transports 1 de mon amour extrême,
Vous ne voulez pas croire encor que je vous aime.
5 ISABELLE. – Je ne sais pas, monsieur, de quoi vous me blâmez.
Je me connais aimable, et crois que vous m'aimez:
Dans vos soupirs ardents 2 j'en vois trop d'apparence;
Et quand bien 3 de leur part j'aurais moins d'assurance,
Pour peu qu'un honnête homme ait vers moi de crédit 4,
10 Je lui fais la faveur de croire ce qu'il dit.
Rendez-moi la pareille; et puisqu'à votre flamme
Je ne déguise rien de ce que j'ai dans l'âme,
Faites-moi la faveur de croire sur ce point
Que bien que vous m'aimiez, je ne vous aime point.
15 ADRASTE. – Cruelle, est-ce là donc ce que vos injustices
Ont réservé de prix à de si longs services ?
Et mon fidèle amour est-il si criminel
Qu'il doive être puni d'un mépris éternel ?
ISABELLE. – Nous donnons bien souvent de divers noms aux choses:
20 Des épines pour moi, vous les nommez des roses;
Ce que vous appelez service, affection,
Je l'appelle supplice et persécution.
Chacun dans sa croyance également s'obstine.
Vous pensez m'obliger 5 d'un feu qui m'assassine;
25 Et ce que vous jugez digne du plus haut prix
Ne mérite, à mon gré, que haine et que mépris.
ADRASTE. – N'avoir que du mépris pour des flammes 6 si saintes
Dont j'ai reçu du Ciel les premières atteintes !
Oui, le Ciel, au moment qu'il me fit respirer,
30 Ne me donna de cœur que pour vous adorer.
1 Transports: émotions fortes.
2 Ardents: passionnés.
3 Et quand bien: et quand bien même.
4 Ait vers moi de crédit: me semble digne de confiance.
5 M'obliger: m'être agréable.
6 Flammes: flammes de l'amour.
Vous ferez le commentaire littéraire de ce texte en vous aidant des pistes suivantes:
Un amour contrarié.
La force argumentative d'Isabelle.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Vous ferez le commentaire littéraire de ce texte en vous aidant des pistes suivantes : - Un amour contrarié. - La force argumentative d'Isabelle.
Réponse : ### Proposition de plan et éléments rédigés #### Introduction - Accroche : Représentée en 1635 et publiée en 1639, *L'Illusion comique* de Corneille est une pièce hybride, mêlant comédie, pastorale et tragédie. Elle met en scène les amours de Clindor et d'Isabelle, contrariées par le père de la jeune fille, Géronte, qui lui destine le gentilhomme Adraste. - Situation : À l'acte II, scène 3, Adraste paraît pour la première fois sur scène. Il s'engage aussitôt dans un affrontement dialogué avec Isabelle, qui repousse ses avances. - Problématique : Comment cette scène d'affrontement amoureux met-elle en échec les codes de la galanterie au profit de l'affirmation de la liberté féminine ? - Annonce du plan : Nous étudierons d'abord l'expression d'un amour contrarié chez Adraste, puis la force argumentative d'Isabelle. --- #### Axe I. Un amour contrarié : la plainte d'Adraste 1. Un amant conforme aux conventions galantes et pétrarquistes - Il emploie le lexique hyperbolique de la souffrance : « Hélas ! », « quel malheur est le mien », « transports », « amour extrême ». - Le rythme ternaire « Je soupire, j'endure, et je n'avance rien » (v. 2) exprime l'impuissance de l'amant. - Il conçoit l'amour comme un « service » chevaleresque : « si longs services » (v. 16), « fidèle amour » (v. 17). - Il sacralise sa passion : « flammes si saintes » (v. 27), « le Ciel » (v. 28-29), « vous adorer » (v. 30). L'amour devient une destinée voulue par Dieu ; la tournure restrictive « Ne me donna de cœur que pour » le souligne. 2. Une rhétorique de la plainte et de l'accusation - Les exclamations et les interrogations rhétoriques se succèdent (v. 15-18, 27-28). - L'apostrophe « Cruelle » (v. 15) et le terme « injustices » font d'Isabelle la coupable. Le lexique judiciaire (« criminel », « puni », « mépris éternel ») permet à Adraste de se poser en victime. - Son discours tourne en rond : il ne répond pas aux arguments d'Isabelle. La rime « respirer / adorer » montre la fermeture de sa posture. - Le spectateur découvre un personnage figé dans un rôle convenu, presque comique. --- #### Axe II. La force argumentative d'Isabelle 1. Une logique rigoureuse et une ironie mondaine - La concession initiale est faussement accommodante : « Je me connais aimable, et crois que vous m'aimez » (v. 6). Elle désamorce le reproche du v. 4 (« Vous ne voulez pas croire »). - L'ironie piquante transparaît dans « Je me connais aimable » et dans « j'en vois trop d'apparence ». - Isabelle invoque la réciprocité : « Rendez-moi la pareille » (v. 11), et la reprise de « Je lui fais la faveur » (v. 10) par « Faites-moi la faveur » (v. 13). Elle retourne la politesse galante contre Adraste. - La chute est un refus net, mis en relief en fin de vers par l'opposition « bien que vous m'aimiez, je ne vous aime point » (v. 14). Le chiasme verbal et la négation forte « point » renforcent ce refus. 2. Une déconstruction du langage amoureux - Une maxime générale ouvre la réplique : « Nous donnons bien souvent de divers noms aux choses » (v. 19). Isabelle dénonce l'arbitraire des mots de la galanterie. - Des antithèses systématiques, construites en parallélismes, renversent la vision d'Adraste : - « épines » / « roses » (v. 20) ; - « service, affection » / « supplice et persécution » (v. 21-22) ; - « plus haut prix » / « haine et mépris » (v. 25-26). - Le parallélisme « Ce que vous appelez… / Je l'appelle… » oppose deux points de vue irréconciliables. Le vers 23 le constate : « Chacun dans sa croyance également s'obstine. » - Isabelle retourne aussi la métaphore usée de la flamme : le « feu » devient meurtrier (« un feu qui m'assassine », v. 24, avec un oxymore implicite avec « m'obliger »). - Elle reprend même le terme « mépris », qu'Adraste lui reprochait, et l'assume. - Ses répliques construites et posées s'opposent aux plaintes répétitives d'Adraste. La maîtrise de la parole est de son côté ; elle affirme sa liberté de choix face à la convention et à l'autorité paternelle. --- #### Conclusion - Bilan : Cette scène oppose un amant enfermé dans les clichés de la galanterie à une jeune femme lucide et brillante. Isabelle démonte avec ironie et rigueur le discours amoureux qui prétend l'obliger. - Portée : Corneille fait de ce dialogue un véritable duel verbal, à la fois comique et sérieux, qui annonce le conflit de la pièce : Isabelle refusera Adraste pour Clindor. - Ouverture : On peut rapprocher cette scène de Molière, par exemple *Les Précieuses ridicules* ou *Le Misanthrope* (Célimène). On peut aussi penser à Marivaux, qui interroge à son tour la sincérité du langage amoureux.
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