Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Polynésie session normale 2025
Thème : Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2025)
Énoncé
Objet d’étude: La poésie du XIX e siècle au XXI e siècle
Sully Prudhomme, Stances et poèmes, 1865.
L’Habitude
L’habitude est une étrangère
Qui supplante 1 en nous la raison:
C’est une ancienne ménagère 2
Qui s’installe dans la maison.
5 Elle est discrète, humble, fidèle,
Familière avec tous les coins;
On ne s’occupe jamais d’elle,
Car elle a d’invisibles soins:
Elle conduit les pieds de l’homme,
10 Sait le chemin qu’il eût choisi,
Connaît son but sans qu’il le nomme,
Et lui dit tout bas: « Par ici. »
Travaillant pour nous en silence,
D’un geste sûr, toujours pareil,
15 Elle a l’œil de la vigilance,
Les lèvres douces du sommeil.
Mais imprudent qui s’abandonne
À son joug 3 une fois porté !
Cette vieille au pas monotone
20 Endort la jeune liberté;
Et tous ceux que sa force obscure
A gagnés insensiblement
Sont des hommes par la figure,
Des choses par le mouvement.
1 Supplante: remplace.
2 Ménagère: femme au foyer.
3 Joug: morceau de bois servant à attacher les bœufs et les atteler à un charriot ou une charrue.
Vous ferez le commentaire littéraire de ce texte. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention aux éléments suivants:
L’habitude présentée comme une compagne.
Une compagne redoutable.

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Vous ferez le commentaire littéraire de ce texte. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention aux éléments suivants : L’habitude présentée comme une compagne ; Une compagne redoutable.
Réponse : ### Proposition de corrigé : Commentaire littéraire #### Introduction - Accroche : Sully Prudhomme (premier prix Nobel de littérature en 1901), proche du Parnasse, pratique une poésie philosophique et réflexive. *Stances et poèmes* (1865) en est un bon exemple. - Présentation du texte : « L'Habitude » compte six quatrains d'octosyllabes à rimes croisées. Le poème analyse un phénomène intime et universel sous la forme d'une allégorie. - Problématique : Comment Sully Prudhomme, par une allégorie d'abord rassurante puis inquiétante, dénonce-t-il la perte insidieuse de la liberté humaine au profit de la routine mécanique ? - Annonce du plan : Nous verrons d'abord que l'habitude est personnifiée en compagne familière et dévouée. Nous montrerons ensuite que cette présence se révèle une force aliénante et déshumanisante. --- #### I. L'habitude, une compagne familière et protectrice 1. Une allégorie féminine et domestique - L'habitude est personnifiée en « ancienne ménagère / Qui s'installe dans la maison » (v. 3-4). La maison figure l'intériorité et la vie quotidienne de l'homme. - Le premier quatrain est pourtant ambigu. « Étrangère » qui « supplante en nous la raison » (v. 1-2), elle prend la place de la raison : la menace est posée d'emblée. - L'énumération d'adjectifs mélioratifs (« discrète, humble, fidèle », v. 5) et l'intimité (« Familière avec tous les coins », v. 6) en font une présence rassurante, presque maternelle. 2. Un soutien silencieux et prévenant - Elle agit sans se montrer : « On ne s'occupe jamais d'elle » (v. 7), « d'invisibles soins » (v. 8), « en silence » (v. 13). - Elle devine et devance la volonté humaine : « Sait le chemin qu'il eût choisi, / Connaît son but sans qu'il le nomme » (v. 10-11). Le discours direct chuchoté, « Par ici », fait d'elle un guide bienveillant (v. 12). - Le portrait des vers 15-16 oppose « l'œil de la vigilance » et « Les lèvres douces du sommeil ». Cette alliance ambivalente prépare le basculement : le sommeil annonce l'endormissement de la conscience. - La régularité de l'octosyllabe et des rimes croisées mime le « geste sûr, toujours pareil » (v. 14) de la routine. --- #### II. Une compagne redoutable, aliénante et déshumanisante 1. Le basculement vers la domination - La conjonction « Mais » (v. 17) marque la rupture du cinquième quatrain. La tournure exclamative à valeur de mise en garde (« imprudent qui s'abandonne… ! ») donne au texte une portée morale. - La métaphore du « joug » (v. 18) ravale l'homme au rang de bête de somme privée de volonté. L'expression « une fois porté » souligne le caractère irréversible de cette sujétion. - L'antithèse « Cette vieille au pas monotone » / « la jeune liberté » (v. 19-20) oppose l'inertie à l'élan vital. Le verbe « Endort » reprend l'image du sommeil et en révèle la face funeste. 2. La réification de l'être humain - L'emprise est sournoise : « force obscure » (v. 21) et « gagnés insensiblement » (v. 22). L'adverbe long, qui occupe presque tout le vers, mime la lenteur de cette conquête. - La chute repose sur un parallélisme antithétique : « Sont des hommes par la figure, / Des choses par le mouvement » (v. 23-24). L'homme ne garde que l'apparence humaine ; il devient un automate, un objet mû mécaniquement. - La pointe finale achève le renversement du poème : la compagne dévouée a transformé l'homme en chose. --- #### Conclusion - Bilan : Par une allégorie filée, Sully Prudhomme présente d'abord l'habitude comme une servante discrète et rassurante. Il en dévoile ensuite le pouvoir tyrannique : elle endort la liberté et réduit l'homme à une mécanique. La forme régulière et la progression du poème, de l'éloge apparent à la mise en garde, servent cette réflexion morale et philosophique. - Ouverture : On peut rapprocher ce poème du « divertissement » de Pascal, ou de Bergson pour qui le comique naît « du mécanique plaqué sur du vivant ». On peut aussi penser à Camus, qui évoque dans *Le Mythe de Sisyphe* le « train » quotidien que la conscience vient soudain interrompre.
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