Exercice 1 - Commentaire de texte · Bac STMG Français Polynésie session normale 2022
Thème : Commentaire de texte : la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2022)
Énoncé
1- Commentaire de texte (20 points)
Objet d'étude: la poésie du XIXe siècle au XXIe siècle
Jules Laforgue (1860-1887), « Triste, Triste », Le Sanglot de la Terre (publication posthume).
Je contemple mon feu. J'étouffe un bâillement.
Le vent pleure. La pluie à ma vitre ruisselle.
Un piano voisin joue une ritournelle 1.
Comme la vie est triste et coule lentement.
5 Je songe à notre Terre, atome d'un moment,
Dans l'Infini criblé d'étoiles éternelles,
Au peu qu'ont déchiffré nos débiles 2 prunelles,
Au Tout qui nous est clos inexorablement 3.
Et notre sort ! toujours la même comédie,
10 Des vices, des chagrins, le spleen 4, la maladie,
Puis nous allons fleurir les beaux pissenlits d'or.
L'Univers nous reprend, rien de nous ne subsiste,
Cependant qu'ici-bas tout continue encor.
Comme nous sommes seuls ! Comme la vie est triste !
1 Air de musique monotone et répétitif.
2 Au sens étymologique: faibles, fragiles.
3 De manière inévitable et impitoyable.
4 Profond mal-être, sombre mélancolie.
Vous commenterez ce poème de Jules Laforgue. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention à:
d'une scène intime à une description plus large de l'univers
une complainte mélancolique
une méditation sur la condition humaine

Corrigé
Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)
Vous commenterez ce poème de Jules Laforgue. Vous pourrez prêter plus particulièrement attention à : - d'une scène intime à une description plus large de l'univers - une complainte mélancolique - une méditation sur la condition humaine
Réponse : ### Proposition d'organisation et de corrigé pour le commentaire composé #### Introduction - Accroche : Jules Laforgue (1860-1887), poète novateur associé au symbolisme et à l'esprit décadent de la fin du XIXe siècle, explore la désillusion métaphysique sous la forme de complaintes teintées d'ironie et de mélancolie. - Présentation du texte : Publié à titre posthume dans *Le Sanglot de la Terre*, le poème « Triste, Triste » est un sonnet en alexandrins (deux quatrains et deux tercets). Son titre, avec la répétition de l'adjectif, mime une ritournelle plaintive. - Problématique : Comment Laforgue transforme-t-il une scène d'ennui intime et familier en une méditation métaphysique universelle sur la dérisoire condition humaine ? - Annonce du plan : 1. L'ancrage dans un quotidien morne : l'expression du spleen et de la mélancolie intime. 2. Le vertige cosmique : de la chambre close à l'immensité silencieuse de l'Univers. 3. Une vision désabusée et tragi-comique de la destinée humaine. --- #### Axe 1 : L'ancrage dans un quotidien morne et l'expression du spleen intime 1. Un cadre d'enfermement et de passivité : - Le poème s'ouvre sur un cadre d'intimité domestique (« mon feu », « ma vitre ») marqué par l'inactivité : « Je contemple », « J'étouffe un bâillement ». - Les phrases courtes et paratactiques traduisent la lassitude et la monotonie. - L'environnement extérieur fait écho à l'état d'âme. La personnification « Le vent pleure » et l'image de « La pluie [...] ruisselle » matérialisent les larmes et la tristesse. 2. La répétition et l'écoulement lancinant du temps : - Le son venu du dehors (« Un piano voisin joue une ritournelle ») est mécanique et obsédant : la note définit la ritournelle comme un air monotone et répétitif. - Le vers 4 résume cette stagnation par une exclamation élégiaque : « Comme la vie est triste et coule lentement. » - L'assonance en [ɑ̃] (« bâillement », « lentement ») et les allitérations en liquides étirent la durée. --- #### Axe 2 : Du repli intime au vertige cosmique 1. L'élargissement du regard et le passage à l'universel : - Dans la deuxième strophe, le verbe de pensée « Je songe » marque le basculement du regard intérieur vers l'infini : « notre Terre, atome d'un moment ». - L'antithèse entre la petitesse spatiale et temporelle de la Terre (« atome d'un moment ») et l'éternité céleste (« l'Infini criblé d'étoiles éternelles ») crée un vertige pascalien. 2. L'inaccessibilité du savoir et l'isolement métaphysique : - L'adjectif « débiles », pris au sens étymologique (« nos débiles prunelles »), souligne l'impuissance humaine : l'homme ne peut appréhender le mystère du monde (« Au peu qu'ont déchiffré... »). - Les majuscules allégoriques (« Terre », « Infini », « Tout », « Univers ») écrasent l'homme, confronté à un cosmos muet et fermé : « Au Tout qui nous est clos inexorablement ». - L'adverbe long, placé à la rime, rend sensible cette fatalité. --- #### Axe 3 : Une méditation désabusée et tragi-comique sur la condition humaine 1. La vie humaine comme « comédie » dérisoire : - Le premier tercet s'ouvre sur une exclamation (« Et notre sort ! ») qui fait passer du cosmos au destin collectif. - Le pronom « nous » / « notre » remplace le « je » : le constat devient universel. - La métaphore théâtrale « toujours la même comédie » traduit la répétition absurde de l'existence, comme la ritournelle du début. - L'énumération asyndétique « Des vices, des chagrins, le spleen, la maladie » réduit la vie à une succession de maux. Le rythme haché et accumulatif mime cette usure. 2. La mort traitée avec ironie : - L'expression familière « nous allons fleurir les beaux pissenlits d'or » est une variante de « manger les pissenlits par la racine ». Elle évoque la mort par un euphémisme ironique et faussement lumineux (« beaux », « d'or »). - Cette rupture de registre est caractéristique de Laforgue : l'humour noir désamorce le pathétique tout en le renforçant. 3. L'effacement de l'homme et la complainte finale : - « L'Univers nous reprend, rien de nous ne subsiste » : la négation totale dit le néant, et l'homme se dissout dans la matière. - La locution « Cependant qu'ici-bas tout continue encor » oppose cette disparition à l'indifférence du monde, qui poursuit son cours. On peut y voir un écho au thème romantique de la nature indifférente (Vigny, Lamartine), traité ici sans consolation. - Le dernier vers forme une chute en double exclamation anaphorique : « Comme nous sommes seuls ! Comme la vie est triste ! ». - Il reprend en écho le vers 4 et le titre, ce qui donne au sonnet une structure circulaire de ritournelle. - Le passage du point (vers 4) aux points d'exclamation fait de la simple constatation un véritable sanglot. Il élargit la solitude du « je » à celle de l'humanité entière. --- #### Conclusion - Bilan : Laforgue part d'une scène intime d'ennui pour s'élever à une vision cosmique, puis revient à la destinée humaine. Il compose ainsi une complainte mélancolique où le spleen individuel devient angoisse métaphysique. - Originalité : la forme classique du sonnet et la gravité pascalienne se mêlent à l'ironie familière des « pissenlits ». Ce mélange désenchanté annonce la modernité poétique. - Ouverture : on peut rapprocher ce poème des « Spleen » de Baudelaire (*Les Fleurs du mal*) pour l'enfermement et la pluie, ou des *Complaintes* de Laforgue lui-même, où le ton de la ritournelle et l'autodérision deviennent un véritable style.
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