Exercice Deuxième partie : essai littéraire · Bac Humanités, Littérature et Philosophie Polynésie 2023 (jour 2)

Thème : Histoire et violence · Tiré du sujet Jour 2 (2023)

Énoncé

Les événements humains naissent des passions, qui engendrent les systèmes de mythes qui les accompagnent. Les psychanalystes ont étudié les manifestations individuelles de ce processus chez les fous, reconnus ou non reconnus comme tels. Un homme qui a souffert quelque humiliation invente une théorie selon laquelle il est roi d'Angleterre et il trouve toutes sortes d'explications ingénieuses pour justifier le fait qu'il n'est pas traité avec tous les égards dus à sa haute situation. Dans ce cas particulier, son illusion ne provoque pas de sympathie de la part de ses voisins, et c'est pourquoi ils l'enferment. Mais si, au lieu d'affirmer sa propre grandeur, il affirme la grandeur de sa nation ou de sa classe ou de sa foi, il gagne des armées d'adhérents et devient un chef politique ou religieux, même si, pour un observateur impartial, son opinion semble aussi absurde que celles qu'on trouve dans les asiles de fous. Ainsi naissent des folies collectives qui suivent des lois très analogues à celles de la folie individuelle. Tout le monde sait qu'il est dangereux de discuter avec un fou qui se croit roi de l'Angleterre; mais comme il est isolé, on peut avoir raison de lui. Quand une nation tout entière participe à une erreur, sa colère est du genre de celle d'un individu fou quand on discute ses prétentions; mais il ne faut pas moins d'une guerre pour la forcer à se soumettre à la raison.

Bertrand Russell, « Introduction: de la valeur du scepticisme », dans Essais sceptiques, 1928.

Deuxième partie: essai littéraire

La littérature et les arts éclairent-ils les mécanismes de la violence ?

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Corrigé

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La littérature et les arts éclairent-ils les mécanismes de la violence ?

Réponse : Un essai littéraire réussi articulera une réflexion nuancée en plusieurs temps : 1. Révéler les ressorts intimes et psychologiques de la violence : La littérature donne à voir l'engrenage des passions (orgueil, jalousie, humiliation) qui débouche sur la destruction. Dans la tragédie grecque (*L'Iliade*, *Médée* d'Euripide) ou shakespearienne (*Macbeth*, *Othello*), l'art expose la genèse de l'acte violent avant même qu'il ne se produise. 2. Démonter les mythes et les délires collectifs : En écho à l'analyse de Russell, les œuvres démontrent comment la propagande, le nationalisme ou le fanatisme aveuglent les foules. Les romans dystopiques (*1984* d'Orwell) ou les récits de guerre (*Le Feu* de Barbusse, *Voyage au bout de la nuit* de Céline) mettent à nu la manipulation idéologique et la déshumanisation nécessaire à la guerre. 3. Les limites de l'éclairage artistique : Si les arts éclairent la violence en la représentant, ils risquent aussi parfois de la fasciner ou de l'esthétiser (la peinture d'histoire glorifiant les conquêtes). Cependant, par la catharsis et la distanciation critique (Goya et *Les Désastres de la guerre*, Picasso et *Guernica*), l'art transforme le spectacle de l'horreur en lucidité éthique.

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