Exercice Étude critique de documents · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Polynésie 2026 (jour 2)

Thème : L'histoire et les mémoires du génocide des Juifs et des Tsiganes · Tiré du sujet Jour 2 (2026)

Énoncé

Étude critique de documents – L'histoire et les mémoires des génocides des Juifs et des Tsiganes

Consigne – En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous expliquerez comment s'affirment les mémoires des génocides des Juifs et des Tsiganes.

Document 1

« Au moment où le monde célèbre le 80 e anniversaire de la découverte des camps et de la fin de la guerre, et alors que les derniers témoins disparaissent, laissant un vide immense et bien des interrogations sur la façon de transmettre la mémoire du génocide des Juifs, la fondation du réalisateur¹, créée en 1994, peut se prévaloir d'avoir enregistré plus de 56 000 témoignages de survivants (dans soixante-cinq pays et en quarante-quatre langues), imaginé des outils pédagogiques et numériques touchant des centaines de professeurs et des millions d'élèves à travers la planète, et constitué un fonds documentaire d'une valeur inestimable, que l'institution travaille à rendre physiquement indestructible.

« Un trésor, affirme Catherine Clark, professeure d'histoire et d'études françaises au Massachusetts Institute of Technology, depuis peu à la direction des programmes de la Shoah Foundation. Un trésor qui résonne avec les troubles et les menaces du monde actuel. Si on s'interroge parfois sur l'utilité de l'histoire, je vous assure qu'ici, à la fondation, on sait à quoi elle sert, ce qu'elle nous apprend, ce contre quoi elle nous met en garde. Et si 56 000 rescapés de la plus grande tragédie du XX e siècle ont pris la peine de partager leur douloureuse histoire, c'est dans l'espoir de prévenir, d'instruire et d'éviter que la montée de la haine et de l'intolérance produise les mêmes effets. » [...]

Toute la vision de Spielberg est là: le rescapé est la meilleure autorité qui soit pour raconter et transmettre l'histoire. Une conception contestée par nombre d'historiens, dont Annette Wieviorka, qui, dans L'Ère du témoin (Plon), paru en 1998, pointera le danger de cette illusion d'écrire l'histoire quand il ne s'agit que d'une juxtaposition de récits partiels, partiaux et subjectifs, dépourvus de la vision analytique ou synthétique nécessaire au récit historique. [...]

Le 21 mars 1994, La Liste de Schindler reçoit sept Oscars, dont celui du meilleur film et de la meilleure réalisation. En recevant son prix, le cinéaste exprime ce qui lui tient à cœur: « Il y a 350 000 survivants encore en vie aujourd'hui. J'implore tous les enseignants qui regardent ce programme [la cérémonie des Oscars] de ne pas permettre qu'il [la Shoah] devienne simplement une note en bas de page. Je vous en prie, enseignez-le dans vos écoles. Il y a 350 000 experts qui ne demandent qu'à être utiles pour le reste de leur vie. »

Mais Spielberg ne veut pas seulement instruire. Il souhaite toucher le public, convaincu que rien n'est plus fort que l'émotion et la vibration transmises par le témoin pour susciter l'empathie et mobiliser contre l'intolérance. [...]

En 2006, la fondation a quitté les studios d'Hollywood pour emménager sur le campus de l'université de Californie du Sud, à Los Angeles, devenant la USC Shoah Foundation et affirmant sa volonté de devenir pleinement un institut d'histoire visuelle et d'enseignement par le témoignage. De fait, les chercheurs de la fondation ont continué de concevoir des outils pédagogiques pour les écoles primaires et secondaires, créé une chaîne YouTube permettant de visionner de nombreux témoignages, et lancé récemment un podcast sur les racines de l'antisémitisme, « Searching for Never Again² ». [...] « Notre vocation ultime est bien là: chacun doit pouvoir visionner les témoignages de rescapés, comme c'est d'ailleurs le cas partout en Israël. La Shoah n'est pas une histoire européenne ou strictement allemande [...]. C'est une histoire universelle³. »

Source: d'après Annick COJEAN, « Steven Spielberg, gardien de la mémoire de la Shoah », Le Monde, 8 mai 2025.

¹ Il s'agit de Steven Spielberg, réalisateur du film La liste de Schindler (1993).

² En français: À la recherche du Plus Jamais Ça.

³ Propos tenu par le président de la fondation, l'historien Robert Williams.

Document 2

Intervention du président de l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, le 2 août 2024 à Auschwitz-Birkenau, lors de la journée européenne de commémoration du génocide des Roms et des Sinti (communément regroupés sous le terme « Tsiganes »).

Source: Site Internet de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. Document mis en ligne le 2 août 2024.

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Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Consigne – En analysant les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, vous expliquerez comment s'affirment les mémoires des génocides des Juifs et des Tsiganes.

Réponse : ### Proposition de plan et éléments de réponse #### Introduction - Contexte : pendant la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne nazie extermine environ 6 millions de Juifs (Shoah) et entre 250 000 et 500 000 Tsiganes, Roms et Sinti (Samudaripen / Porajmos). Après 1945, un silence relatif et une mémoire résistancialiste ou universalisante dominent. Les mémoires de ces deux génocides s'affirment ensuite selon des temporalités et des modalités différentes. - Documents : - Doc. 1 : article d'Annick Cojean (*Le Monde*, 8 mai 2025) sur Steven Spielberg et la USC Shoah Foundation. Il traite du rôle des témoignages audiovisuels, de la transmission et du débat avec les historiens. - Doc. 2 : photographie mise en ligne par l'APCE. Elle montre son président, Theodoros Rousopoulos, à Auschwitz-Birkenau le 2 août 2024, pour le 80e anniversaire de la liquidation du « camp des familles tsiganes » (2 août 1944). - Problématique : par quels acteurs, quels vecteurs et selon quelles temporalités ces mémoires s'affirment-elles, et avec quelles limites ? #### Axe 1 : une mémoire de la Shoah affirmée tôt et mondialisée (Doc. 1) - Le témoin au centre : la parole des survivants se libère à partir du procès Eichmann (1961). Avec l'« ère du témoin », la collecte devient urgente : la fondation créée en 1994 réunit plus de 56 000 témoignages, dans 65 pays et 44 langues. - Des vecteurs culturels et éducatifs puissants : - *La Liste de Schindler* (1993, 7 Oscars) fait entrer la Shoah dans la culture populaire. - Spielberg lance un appel aux enseignants. - La fondation développe des outils pédagogiques, une chaîne YouTube et un podcast contre l'antisémitisme, avec un ancrage universitaire à l'USC depuis 2006. - Elle mise sur l'émotion et l'empathie. - Une mémoire universelle et civique : selon Robert Williams, la Shoah est « une histoire universelle » qui sert à combattre la haine et l'intolérance. Cela rejoint d'autres jalons : - Yad Vashem ; - le discours de Chirac au Vel d'Hiv (1995) ; - le Mémorial de la Shoah (2005) ; - la journée internationale du 27 janvier, instituée par l'ONU en 2005. - Limites : Annette Wieviorka (*L'Ère du témoin*, 1998) critique la confusion entre mémoire et histoire. Les témoignages sont partiels, partiaux et subjectifs, et le travail critique de l'historien reste indispensable. La disparition des derniers témoins pose enfin la question de la transmission. #### Axe 2 : une mémoire du génocide des Tsiganes longtemps occultée, reconnue tardivement (Doc. 2) - Un génocide longtemps oublié : les causes sont multiples : - une population marginalisée et discriminée après 1945 ; - une culture de transmission surtout orale et peu d'associations ; - l'absence d'État porteur de cette mémoire ; - la persécution présentée comme une répression de l'« asocialité ». En France, on a longtemps ignoré l'internement des « nomades », maintenu jusqu'en 1946. - Le combat des associations et la reconnaissance politique : - le militantisme du Conseil central des Sinti et Roms allemands (Romani Rose) ; - la reconnaissance du génocide par la RFA en 1982 (Helmut Schmidt) ; - le mémorial de Berlin en 2012 ; - la journée européenne du 2 août, instituée par le Parlement européen en 2015 ; - en France, la reconnaissance par François Hollande en 2016 de la responsabilité de l'État dans l'internement (Montreuil-Bellay). - Une commémoration solennelle et institutionnelle (Doc. 2) : - le lieu est symbolique : Birkenau, avec les ruines des baraques et les barbelés ; - la date est symbolique : le 80e anniversaire du 2 août 1944 ; - on y voit des gerbes aux couleurs nationales, dont des drapeaux allemand et polonais, et un discours officiel trilingue (anglais, polonais). Cela montre une mémoire désormais européenne, portée par le Conseil de l'Europe, défenseur des droits humains et des minorités. - Limites : il s'agit d'un document institutionnel à visée de communication. La mémoire tsigane reste moins connue du grand public et peu présente dans la culture populaire. L'antitsiganisme persiste. #### Axe 3 : confrontation des documents - Points communs : - des mémoires qui dépassent le cadre national ; - le rôle des acteurs, qu'il s'agisse de la société civile (une fondation privée) ou des institutions (le Conseil de l'Europe) ; - un même objectif civique : lutter contre l'antisémitisme et l'antitsiganisme, avec la logique du « Plus jamais ça » ; - Auschwitz comme lieu de mémoire commun. - Différences : - la mémoire de la Shoah est précoce, massive et portée par les témoins, les médias et l'éducation ; - la mémoire tsigane est tardive et passe surtout par la reconnaissance officielle et la commémoration. On peut y voir une hiérarchie, voire une « concurrence » des mémoires, aujourd'hui atténuée. #### Conclusion Les mémoires des deux génocides s'affirment par des chemins différents : d'un côté le témoignage, la culture et l'éducation mondialisées pour la Shoah, de l'autre la reconnaissance politique et commémorative, plus tardive, pour les Tsiganes. Elles convergent dans une dimension européenne et universelle. Avec la disparition des derniers témoins, le défi est de transmettre ces mémoires en s'appuyant sur le travail historique.

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