Dissertation - Sujet 2 · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Polynésie jour 1 - Remplacement 2023

Thème : La dimension politique de la guerre : de Clausewitz aux guerres irrégulières · Tiré du sujet Jour 1 - Remplacement (2023)

Énoncé

Le candidat traite un sujet de dissertation, au choix parmi les sujets 1 et 2. Il précise sur la copie le numéro de sujet choisi pour la dissertation.

Dissertation – Sujet 2

Se rapproche-t-on, depuis la fin du XVIII e siècle, du modèle de la guerre absolue de Carl von Clausewitz ?

Énoncé: Dissertation - Sujet 2 · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Polynésie jour 1 - Remplacement 2023

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Se rapproche-t-on, depuis la fin du XVIIIe siècle, du modèle de la guerre absolue de Carl von Clausewitz ?

Réponse : Proposition de plan détaillé et éléments de contenu attendus : Introduction : - Accroche : Dans *De la guerre* (publié à titre posthume en 1832), le général prussien Carl von Clausewitz tire les leçons des guerres révolutionnaires et napoléoniennes, qui ont radicalisé la violence armée. - Définition des notions : - *Guerre absolue :* idéal-type philosophique. Il désigne la montée aux extrêmes de la violence, sans limite, en vue du désarmement total de l'ennemi. - *Guerre réelle :* guerre soumise aux « frictions » du réel et subordonnée au politique (« la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens »). La « trinité » peuple / armée / gouvernement la caractérise. - *Cadre chronologique :* de la fin du XVIIIe siècle (guerres de la Révolution, levée en masse de 1793) à nos jours. - Problématique : Dans quelle mesure les guerres depuis la fin du XVIIIe siècle se sont-elles rapprochées de l'horizon théorique de la guerre absolue ? Ce modèle reste-t-il pertinent pour penser les conflits contemporains ? I. De Napoléon aux guerres mondiales : une tendance réelle à la montée aux extrêmes - *A. La rupture révolutionnaire et napoléonienne :* fin des guerres limitées d'Ancien Régime. On voit apparaître la nation en armes, la conscription et la recherche de la bataille décisive (Iéna, 1806). - *B. La « guerre totale » de 1914-1918 :* mobilisation intégrale des sociétés, des économies et des sciences. Les batailles d'usure (Verdun) industrialisent la mort, et les civils sont mobilisés et ciblés. - *C. Le paroxysme de 1939-1945 :* guerre d'anéantissement idéologique et raciale à l'Est, Shoah, bombardements stratégiques des villes. L'arme atomique (Hiroshima et Nagasaki, août 1945) rend techniquement possible la destruction totale. - *Transition :* même alors, la guerre reste un instrument politique (buts de guerre, capitulations). On s'approche de l'absolu sans l'atteindre. II. L'ère nucléaire et la guerre froide : une guerre absolue devenue trop destructrice pour advenir - *A. Le paradoxe nucléaire :* la dissuasion (MAD, *Mutual Assured Destruction*) empêche l'affrontement direct entre superpuissances. L'apocalypse atomique n'offre aucun gain politique, ce qui confirme la primauté clausewitzienne du politique (Raymond Aron, *Penser la guerre, Clausewitz*, 1976). - *B. Le retour à des guerres limitées :* conflits par procuration (Corée, Vietnam, Afghanistan) et guerres de décolonisation (Algérie). La dimension politique et populaire y l'emporte sur la supériorité militaire. - *C. La régulation juridique de la violence :* Charte de l'ONU (1945), Conventions de Genève (1949), traités de non-prolifération (TNP, 1968) et de limitation des armements (SALT, START). III. Depuis 1991 : des conflits qui s'éloignent du modèle mais n'excluent pas un retour des extrêmes - *A. Conflits asymétriques et hybrides :* terrorisme (11 septembre 2001), guérillas et insurrections (Irak, Afghanistan, Sahel), « nouvelles guerres » selon Mary Kaldor. Ces guerres impliquent des acteurs non étatiques, se brouillent entre civils et combattants et n'ont pas de bataille décisive. - *B. Une remise en cause de la grille clausewitzienne :* John Keegan et Martin van Creveld contestent la centralité de l'État. D'autres y voient pourtant une confirmation de la « trinité », car la volonté politique et le soutien populaire restent décisifs. Les guerres « zéro mort » et les frappes ciblées (drones) traduisent au contraire une limitation volontaire. - *C. Le retour de la haute intensité et de nouvelles formes d'extrémisation :* la guerre en Ukraine depuis 2022 relance la guerre de masse interétatique, avec usure, mobilisation et menace nucléaire brandie. S'y ajoutent les guerres génocidaires (Rwanda, 1994), le cyberespace et l'espace. René Girard (*Achever Clausewitz*, 2007) y lit une montée aux extrêmes toujours possible. Conclusion : - La fin du XVIIIe siècle ouvre une tendance historique à la montée aux extrêmes, qui culmine en 1945. - La guerre absolue reste toutefois un idéal-type jamais pleinement réalisé. L'arme nucléaire la rend à la fois possible et politiquement absurde, et les conflits ultérieurs sont plutôt limités, asymétriques et fragmentés. - On ne s'en rapproche donc pas de façon linéaire : l'évolution oscille entre escalade et limitation. Cela confirme la thèse centrale de Clausewitz, selon laquelle c'est le politique qui modère ou déchaîne la violence. - Ouverture : les technologies émergentes (IA, armes autonomes) peuvent-elles affaiblir ce contrôle politique de l'escalade ?

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