Exercice Étude critique de documents · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Polynésie 2022 (jour 1)

Thème : La dimension politique de la guerre : de Clausewitz aux guerres irrégulières · Tiré du sujet Jour 1 (2022)

Énoncé

Étude critique de documents

Le candidat traite l'étude critique de documents suivante.

Consigne: En analysant de manière critique les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, répondez à la question suivante: la pensée clausewitzienne permet-elle de comprendre les conflits du début du XXI e siècle ?

DOCUMENT 1

DOCUMENT 2

Les pays du Sahel doivent désormais faire face à une menace à laquelle ils étaient peu préparés [...]. Désormais, nos forces de sécurité et de défense doivent se préparer à une nouvelle forme de guerre sans fin ni front contre des forces le plus souvent non conventionnelles. [...] Dans le schéma de Kissinger 1, le diplomate et le soldat formaient l'équipe duelle ou idyllique de la scène internationale. C'était sans compter avec les nouveaux acteurs qui viennent concurrencer le sujet de droit international classique qu'était l'État: ils s'appellent le rebelle, le prédicateur transnational, le djihadiste, le terroriste etc...

Les États africains doivent, désormais, intégrer la rupture conceptuelle des mouvements comme Al-Qaïda depuis l'expérience afghane. Pour les groupes djihadistes, il s'agira, de moins en moins, de visées globales coûteuses et difficilement réalisables. L'expérience malienne l'a démontré: selon un modus operandi [mode opératoire] bien simple, ces groupes bien établis, procèdent au parasitage des conflits locaux, irrédentistes 2, en leur donnant un habillage islamique espérant, ainsi, attirer l'Occident et ses alliés dans le piège d'une éventuelle intervention dont les bavures et maladresses vont certainement encore causer plus de radicalisation. Et c'est le cercle vicieux dont nous ne sommes pas prêts de sortir de sitôt. [...] Boko Haram 3 est certes harcelé au Nigeria mais ses exactions visant les soft targets (cibles faciles) à défaut d'opérations de grande envergure, s'abattent sur tout le pourtour du lac Tchad, de Garoua au Cameroun à Mitérié au Tchad, déstructurant les économies, décimant des villages entiers. Le terrorisme qui, il y a dix ans, paraissait un phénomène lointain, est devenu une réalité africaine [...].

Avec une telle configuration, les solutions strictement sécuritaires et militaires ont déjà montré leurs limites dans la lutte contre le terrorisme: les Américains sont restés plus d'une décennie en Afghanistan sans éradiquer le phénomène des talibans [...]. La transnationalité des acteurs, la porosité des frontières ainsi que la réduction de l'espace par les moyens de communication modernes semblent en faveur de la propagation du phénomène djihadiste dans le Sahel. [...] Combinés aux données stratégiques et à l'aggravation des phénomènes liés au trafic de drogue, à la prise d'otages, ces éléments impliquent une nécessaire prise en compte globale de la problématique « sécurité humaine » dans le Sahel et en Afrique de l'Ouest. [...] Au regard de l'interdépendance entre les différents risques et menaces (trafic de drogue, terrorisme, menace sur la production de nourriture liée à l'insécurité), cette prise en charge devra se faire avec une stratégie interrégionale.

« Mutations du djihadisme: l'Afrique face à la guerre asymétrique et l'impératif de prévention », article de Bakary Sambe, mis en ligne par le Timbuktu Institute, African Center for Peace Studies, le 13 janvier 2018 (consultation, 25 septembre 2020).

1 Kissinger: Henry Kissinger a été conseiller à la Sécurité nationale, puis secrétaire d'État sous Richard Nixon et Gerald Ford. Il a été lauréat du prix Nobel de la paix en 1973.

2 Irrédentisme: mouvement visant à réunir en un même État des groupes de même langue et culture vivant sur des territoires différents.

3 Boko Haram: groupe armé nigérian se réclamant du djihadisme islamique.

Énoncé: Exercice Étude critique de documents · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Polynésie 2022 (jour 1)

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

En analysant de manière critique les documents, en les confrontant et en vous appuyant sur vos connaissances, répondez à la question suivante : la pensée clausewitzienne permet-elle de comprendre les conflits du début du XXIe siècle ?

Réponse : ### Proposition de corrigé détaillé #### Introduction - Accroche : Élaborée au début du XIXe siècle à la suite des guerres napoléoniennes dans son traité posthume *De la guerre* (1832), la pensée de Carl von Clausewitz demeure la référence classique de la polémologie occidentale. Cependant, l'émergence des guerres irrégulières et du terrorisme global au XXIe siècle interroge son actualité. - Présentation des documents : Le document 1 est un schéma conceptuel synthétisant la théorie clausewitzienne (nature de la guerre comme duel entre États, recherche de l'anéantissement de l'adversaire, notion de guerre absolue/limitée et de friction). Le document 2 est une analyse de Bakary Sambe (2018, *Timbuktu Institute*) mettant en évidence la spécificité des conflits asymétriques sahéliens (djihadisme, porosité frontalière, acteurs non-étatiques, limites des réponses strictement militaires). - Problématique : Dans quelle mesure la grille de lecture clausewitzienne, pensée pour l'affrontement régulier entre États, reste-t-elle pertinente pour appréhender des conflits asymétriques et transnationaux au début du XXIe siècle ? - Annonce du plan : Si le modèle classique de Clausewitz semble dépassé par l'asymétrie et la prolifération d'acteurs non-étatiques (I), certains de ses concepts fondamentaux conservent une profonde actualité pour décrypter les dynamiques de ces nouveaux conflits (II). --- #### I. Une pensée clausewitzienne mise à l'épreuve par les mutations des conflits contemporains 1. La fin du monopole étatique de la guerre et l'essor des acteurs non-étatiques : - Selon Clausewitz (doc. 1, encadré 4), la guerre oppose des États souverains dont les armées s'affrontent pour imposer la volonté politique de leur gouvernement (« le diplomate et le soldat » évoqués par Kissinger, doc. 2). - Au XXIe siècle, le doc. 2 montre l'irruption de nouveaux acteurs hybrides : « le rebelle, le prédicateur transnational, le djihadiste, le terroriste » (Al-Qaïda, Boko Haram). La guerre n'est plus interétatique mais intra-étatique ou transnationale. 2. De la guerre conventionnelle à la guerre asymétrique sans front ni fin : - Chez Clausewitz, la guerre vise la destruction des forces armées adverses dans une bataille décisive pour renverser l'État ennemi (doc. 1, encadré 2). - À l'inverse, au Sahel comme en Afghanistan (doc. 2), les belligérants mènent une « guerre sans fin ni front » : refus de l'engagement direct, guérilla, ciblage délibéré des populations civiles et des *soft targets* (enlèvements, attentats), parasitage des conflits locaux et irrédentismes. 3. L'inefficacité des solutions militaires classiques et l'absence de paix par traité : - L'objectif clausewitzien de « contraindre l'adversaire à exécuter notre volonté » par la force armée échoue face à des mouvements insurrectionnels diffus : comme le souligne Sambe, les forces occidentales et régionales s'enlisent (« cercle vicieux » des bavures et de la radicalisation), démontrant les limites d'une réponse purement sécuritaire face aux besoins de « sécurité humaine » (développement, gouvernance). --- #### II. La permanence et la réinvention des concepts clausewitziens pour penser le XXIe siècle 1. La guerre comme « caméléon » : une formidable capacité d'adaptation conceptuelle : - Clausewitz qualifiait lui-même la guerre de « caméléon » capable d'adapter ses formes aux contextes historiques et sociétaux (doc. 1, encadré 2). Les mutations contemporaines (cyberguerre, terrorisme, guerres hybrides) confirment cette intuition plutôt qu'elles ne l'invalident. 2. La persistance du politique sous de nouvelles formes idéologiques : - Même si les belligérants ne sont plus des États westphaliens, le djihadisme poursuit des objectifs politiques et théologico-politiques précis : chasser les puissances étrangères, délégitimer les gouvernements locaux, instaurer un ordre théocratique. La formule canonique (« la guerre est la poursuite de la politique par d'autres moyens ») garde son sens si l'on élargit la notion de politique aux idéologies révolutionnaires ou religieuses. 3. La « friction » et le « brouillard de la guerre » au cœur des opérations sahéliennes : - Le concept clausewitzien de « friction » (doc. 1, encadré 3 : « tout ce qui s'oppose à l'action de guerre fait que quelque chose de pourtant simple n'est jamais facile à réaliser ») s'applique parfaitement au Sahel : immensité désertique, frontières poreuses, renseignements faillibles, alliances locales instables et interdépendance des trafics illicites. --- #### Conclusion - Bilan : La pensée de Clausewitz ne peut s'appliquer mécaniquement aux guerres du XXIe siècle, car elle a été formulée pour le système westphalien d'États réguliers. Toutefois, sa conception de la guerre comme instrument au service d'un dessein collectif et sa théorie du « caméléon » fournissent des outils précieux pour éviter l'illusion d'une victoire purement technologique et militaire. - Ouverture : Le retour des conflits de haute intensité interétatiques (comme la guerre en Ukraine déclenchée en 2022) rappelle brutalement que la guerre interétatique classique n'a pas disparu, replaçant Clausewitz au centre de l'actualité géopolitique.

L’explication pas à pas, faite avec l’IA, est réservée aux membres Premium. Premium

Résous-le ici : correction automatique, indices et corrigé détaillé.

‹ Dissertation - Sujet 2 · Polynésie jour 1 - Remplacement 2023

Plus d’exercices de La dimension politique de la guerre : de Clausewitz aux guerres irrégulières