Dissertation - Sujet 2 · Bac Histoire-Géographie, Géopolitique et Sciences Politiques Polynésie 2023 (jour 1)
Thème : La dimension politique de la guerre : de Clausewitz aux guerres irrégulières · Tiré du sujet Jour 1 (2023)
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Dissertation – Sujet 2
La pensée clausewitzienne permet-elle de comprendre les conflits contemporains (à partir des années 1990) ?
Rédigez une dissertation structurée comportant une introduction (accroche, définition des termes, problématique, annonce du plan), un développement articulé en deux ou trois parties équilibrées illustrées d'exemples précis, et une conclusion (bilan et ouverture).

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La pensée clausewitzienne permet-elle de comprendre les conflits contemporains (à partir des années 1990) ?
Réponse : Proposition de plan détaillé : Introduction : - Accroche : Carl von Clausewitz, général prussien, voit son traité *De la guerre* publié à titre posthume en 1832. Il y forge la maxime selon laquelle « la guerre est la simple continuation de la politique par d'autres moyens ». En 1991, Martin van Creveld (*The Transformation of War*) puis Mary Kaldor (*New and Old Wars*, 1999) annoncent la fin de ce modèle. - Définition des termes : - La pensée clausewitzienne repose sur trois idées : la primauté du politique ; la distinction entre guerre absolue (montée aux extrêmes) et guerre réelle (limitée par le politique, les frictions et le « brouillard de la guerre ») ; la « trinité » (passions du peuple, libre activité de l'armée et de son chef sous le jeu des probabilités, raison politique du gouvernement). - Les conflits contemporains commencent avec la fin de la guerre froide. Ils regroupent les guerres civiles et intra-étatiques, les conflits asymétriques, le terrorisme transnational, les conflits hybrides et le retour des guerres interétatiques. - Problématique : Dans quelle mesure une grille d'analyse forgée pour la guerre entre États européens au XIXe siècle permet-elle encore de penser des conflits dont les acteurs, les formes et les espaces ont profondément changé ? - Annonce du plan : - I. Un modèle contesté par les « nouvelles guerres ». - II. Des concepts qui gardent pourtant une forte valeur explicative. - III. Le retour de logiques clausewitziennes classiques avec les guerres interétatiques de haute intensité. I. Une pensée mise à l'épreuve par les « nouvelles guerres » (années 1990-2010) : 1. La remise en cause du cadre interétatique : - multiplication des guerres civiles et des États faillis (ex-Yougoslavie, Rwanda 1994, Somalie 1993) ; - privatisation de la violence : milices, seigneurs de guerre, sociétés militaires privées (Executive Outcomes, Blackwater, Wagner). 2. La guerre asymétrique et le terrorisme transnational : - des acteurs non étatiques (Al-Qaïda, Daech) ; - des motivations idéologiques ou religieuses et des économies de guerre (diamants, drogue) qui semblent échapper à la rationalité politique d'un État ; - un brouillage de la trinité peuple-armée-gouvernement. 3. L'élargissement des espaces d'affrontement : - cyberattaques (Estonie 2007), guerre informationnelle et cognitive, conflits hybrides et « zones grises » (Crimée 2014) ; - absence de déclaration de guerre, effacement de la frontière entre paix et guerre. II. La permanence des concepts clausewitziens : 1. La guerre reste un instrument politique : - même les acteurs non étatiques poursuivent des fins politiques : le califat de Daech, le contrôle territorial des talibans ; - la « guerre contre le terrorisme » après le 11 septembre 2001 et les interventions en Afghanistan (2001) et en Irak (2003) relèvent de décisions politiques ; - leurs échecs montrent le danger d'une victoire militaire sans objectif politique clair. 2. La montée aux extrêmes : - les logiques génocidaires (Rwanda, Srebrenica 1995) et l'anéantissement recherché par le terrorisme illustrent une violence qui s'émancipe des freins politiques lorsque l'enjeu devient existentiel ; - à l'inverse, la dissuasion nucléaire maintient la guerre réelle en deçà de la guerre absolue. 3. Des notions opérationnelles toujours valides : - brouillard de la guerre et frictions : enlisement en Afghanistan et au Sahel avec l'opération Barkhane ; - centre de gravité, forces morales, importance de l'opinion publique : la trinité reste un outil pour comprendre le soutien populaire aux insurrections et aux contre-insurrections. III. Le retour des guerres interétatiques de haute intensité : 1. Le retour de la guerre entre États : - guerre de Géorgie (2008), invasion de l'Ukraine par la Russie (février 2022), guerre du Haut-Karabakh (2020) ; - ces conflits mettent en jeu des armées régulières, des objectifs territoriaux et des buts politiques explicites. 2. Les dynamiques décrites par Clausewitz : - supériorité de la défensive et usure, au front ukrainien ; - rôle des forces morales et de la mobilisation nationale ; - articulation entre fins politiques et moyens militaires : échec du plan russe initial puis redéfinition des objectifs. 3. Une pensée à actualiser : - les drones, le cyber et l'information transforment les moyens sans changer la nature de la guerre ; - Clausewitz lui-même distinguait la nature permanente de la guerre de ses formes changeantes (le « caméléon »). Conclusion : - Bilan : Les conflits depuis 1990 ont semblé rendre caduc le modèle clausewitzien centré sur l'État. Sa thèse centrale résiste pourtant : la guerre est un acte politique de violence soumis à la friction et à l'incertitude. Elle éclaire aussi bien les guerres asymétriques que le retour des guerres interétatiques. Ce sont donc ses formes historiques qui sont dépassées, non ses concepts. - Ouverture : L'intelligence artificielle, l'autonomie des armes et les rivalités dans l'espace ou le cyberespace remettront-elles en cause la primauté du politique sur la conduite de la guerre ? Ou la « grammaire » change-t-elle sans que la « logique » politique de la guerre ne disparaisse ?
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