Exercice 1 - Commentaire · Bac Français (1ère) Polynésie session normale 2022

Thème : Commentaire – Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle · Tiré du sujet Session normale (2022)

Énoncé

1- Commentaire (20 points)

Objet d'étude: Le roman et le récit du Moyen Âge au XXI e siècle

Mme Amédée Fleurissoire, née Péterat, sœur cadette de Véronique Armand-Dubois et de Marguerite de Baraglioul, répondait au nom baroque 1 d'Arnica 2. Philibert Péterat, botaniste assez célèbre, sous le Second Empire, par ses malheurs conjugaux, avait, dès sa jeunesse, promis des noms de fleurs aux enfants qu'il pourrait avoir. Certains amis trouvèrent un peu particulier le nom

5 de Véronique 2 dont il baptisa le premier; mais, lorsque au nom de Marguerite 2, il entendit insinuer

qu'il en rabattait 3, cédait à l'opinion, rejoignait le banal, il résolut, brusquement rebiffé 4, de gratifier son troisième produit d'un nom si délibérément botanique qu'il fermerait le bec à tous les médisants.

Peu après la naissance d'Arnica, Philibert, dont le caractère s'était aigri, se sépara d'avec

10 sa femme, quitta la capitale et s'alla fixer à Pau. L'épouse s'attardait à Paris l'hiver, mais aux

premiers beaux jours regagnait Tarbes, sa ville natale, où elle recevait ses deux aînées dans une vieille maison de famille.

Véronique et Marguerite mi-partissaient 5 l'année entre Tarbes et Pau. Quant à la petite Arnica, inconsidérée par ses sœurs et par sa mère, un peu niaise, il est vrai, et plus touchante

15 que jolie, elle demeurait, été comme hiver, près du père.

La plus grande joie de l'enfant était d'aller herboriser avec son père dans la campagne; mais souvent le maniaque 6, cédant à son humeur chagrine, la plantait là, partait tout seul pour une énorme randonnée, rentrait fourbu et, sitôt après le repas, se fourrait au lit sans faire à sa fille l'aumône d'un sourire ou d'un mot. Il jouait de la flûte à ses heures de poésie, rabâchant

20 insatiablement les mêmes airs. Le reste du temps il dessinait de minutieux portraits de fleurs.

Une vieille bonne, surnommée Réséda 2, qui s'occupait de la cuisine et du ménage, avait la garde de l'enfant; elle lui enseigna le peu qu'elle connaissait elle-même. À ce régime, Arnica savait à peine lire à dix ans. Le respect humain avertit enfin Philibert: Arnica entra en pension chez Madame veuve Semène qui inculquait des rudiments à une douzaine de fillettes et à

25 quelques très jeunes garçons.

Arnica Péterat, sans défiance et sans défense, n'avait jamais imaginé jusqu'à ce jour que son nom pût porter à rire. Elle eut, le jour de son entrée dans la pension, la brusque révélation de son ridicule; le flot des moqueries la courba comme une algue lente; elle rougit, pâlit, pleura; et Madame Semène, en punissant d'un coup toute la classe pour tenue indécente 7, eut l'art

30 maladroit de charger aussitôt d'animosité un esclaffement d'abord sans malveillance.

Longue, flasque, anémique, hébétée, Arnica restait les bras ballants au milieu de la petite classe, et quand Madame Semène indiqua:

« Sur le troisième banc de gauche, Mademoiselle Péterat », la classe repartit de plus belle en dépit des admonitions 8.

35 Pauvre Arnica ! la vie n'apparaissait déjà plus devant elle que comme une morne avenue

bordée de quolibets et d'avanies 9.

André Gide, Les Caves du Vatican, 1914

1 Baroque: ici, bizarre et ridicule.

2 Arnica, Véronique, Marguerite, Réséda: noms de plantes et de fleurs.

3 En rabattait: abandonnait une partie de ses prétentions.

4 Rebiffé: révolté.

5 Mi-partissaient: partageaient.

6 Maniaque: obsessionnel.

7 Tenue indécente: comportement irrespectueux.

8 Admonitions: avertissements.

9 De quolibets et d'avanies: de moqueries et de vexations.

Vous ferez le commentaire de cet extrait en vous appuyant sur vos connaissances et sur les analyses stylistiques et narratives du texte.

Énoncé: Exercice 1 - Commentaire · Bac Français (1ère) Polynésie session normale 2022

Corrigé

Corrigé proposé par AprenAI (non officiel)

Commentaire de texte : extrait des Caves du Vatican d'André Gide (1914)

Réponse : Proposition d'organisation pour le commentaire composé : Introduction : - Accroche : Publié en 1914, *Les Caves du Vatican* d'André Gide porte l'étiquette de « sotie », genre médiéval fondé sur la bouffonnerie et la dérision critique. - Présentation de l'extrait : Le narrateur retrace l'enfance d'Arnica Péterat, cadette d'un père botaniste maniaque. Le passage va jusqu'à son entrée en pension, où elle découvre brutalement le ridicule de son prénom. - Problématique : Comment Gide mêle-t-il ironie satirique et registre pathétique pour faire de l'enfance d'Arnica une initiation cruelle au monde social ? - Annonce du plan : 1. Une satire familiale sous le signe de la manie. 2. Le portrait d'une héroïne passive et délaissée. 3. La scène de la pension, une révélation cruelle aux accents tragi-comiques. --- Axe I. Une satire familiale sous le signe de la manie 1. Un père obsessionnel : Philibert est caractérisé par des termes péjoratifs (« caractère s'était aigri », « le maniaque », « humeur chagrine »). - L'antiphrase ironique de l'incipit (« botaniste assez célèbre […] par ses malheurs conjugaux ») le ridiculise d'emblée. - L'expression « son troisième produit » réifie l'enfant : elle devient un enjeu d'amour-propre. 2. Une surenchère comique des noms : - Les prénoms progressent de Véronique à Marguerite, jugée « banal[e] », puis à Arnica. Le procédé s'étend jusqu'à la bonne, surnommée « Réséda ». - L'ironie du narrateur passe par le discours indirect libre et le rythme ternaire (« en rabattait, cédait à l'opinion, rejoignait le banal »). - Elle passe aussi par le registre familier (« fermerait le bec à tous les médisants ») et l'adjectif « baroque », c'est-à-dire bizarre et ridicule. 3. Une famille éclatée et indifférente : - La séparation et la dispersion géographique (Paris, Tarbes, Pau) laissent Arnica seule avec son père. - Le père la délaisse (« la plantait là », jeu de mots botanique ; « sans faire à sa fille l'aumône d'un sourire ou d'un mot »). - Ses manies sont répétitives (« rabâchant insatiablement les mêmes airs »). --- Axe II. Le portrait d'une héroïne passive et délaissée 1. Une enfant négligée : - Arnica est « inconsidérée par ses sœurs et par sa mère ». - Le narrateur la juge avec une cruauté amusée (« un peu niaise, il est vrai, et plus touchante que jolie »). - Son éducation est confiée à une bonne, d'où un retard frappant (« savait à peine lire à dix ans »). Le « respect humain » seul pousse le père à réagir. 2. Une candeur sans défense : Le parallélisme et la paronomase « sans défiance et sans défense » soulignent son innocence et sa vulnérabilité. 3. Une héroïne dévitalisée : - L'accumulation de quatre adjectifs péjoratifs en asyndète (« Longue, flasque, anémique, hébétée ») et l'attitude « les bras ballants » la montrent inerte. - La comparaison « comme une algue lente » prolonge le motif végétal : Arnica devient la plante que son nom désigne. --- Axe III. L'entrée en pension : une initiation cruelle et tragi-comique 1. La révélation du ridicule : - « la brusque révélation de son ridicule » marque une rupture avec « jusqu'à ce jour ». - La gradation verbale rapide « rougit, pâlit, pleura » traduit le choc émotionnel. - L'image du « flot des moqueries » rend la violence du rire collectif. 2. Une institutrice maladroite : - L'oxymore « l'art maladroit » montre que la punition collective transforme un « esclaffement d'abord sans malveillance » en « animosité ». - L'interpellation « Mademoiselle Péterat » relance le rire (jeu sur le nom) : la classe « repartit de plus belle ». - Le comique de situation est réel, mais il blesse. 3. Une chute pathétique : - L'exclamation « Pauvre Arnica ! » marque l'intrusion d'un narrateur faussement compatissant, entre pitié et ironie. - La métaphore finale de la vie comme une « morne avenue bordée de quolibets et d'avanies » scelle un destin de victime. La restriction « ne… plus que » et l'adverbe « déjà » soulignent son caractère précoce. --- Conclusion : - Bilan : Dans ce récit rétrospectif, Gide fait d'une biographie familiale une satire mordante de l'orgueil paternel et de la cruauté sociale. L'ironie du narrateur alterne avec un pathétique teinté de dérision. - Effet sur le lecteur : Arnica est à la fois ridicule et touchante. Le lecteur rit et s'apitoie, conformément à l'esprit de la sotie. - Ouverture : On peut rapprocher ce portrait des enfances malheureuses du roman réaliste, par exemple *Poil de Carotte* de Jules Renard, ou de l'ironie de Flaubert envers ses personnages. On peut aussi évoquer le personnage de Fleurissoire, futur mari d'Arnica, victime naïve de la sotie.

L’explication pas à pas, faite avec l’IA, est réservée aux membres Premium. Premium

Résous-le ici : correction automatique, indices et corrigé détaillé.

‹ Exercice 1 - Commentaire · Polynésie remplacement 2022 · Exercice 1. Commentaire · Polynésie 2021 (jour 1) ›

Plus d’exercices de Commentaire – Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle